mardi 10 mai 2011

Aspirations

SACRED FILM Music by David Hykes from David Hykes/Harmonic Presence Fo on Vimeo.


Chapitre 11 : conclusion

Un être qui qui considère tout ceci

Avec l'attention qui convient

En viendra bientôt à se dire cela : 1


"Parce que je suis libre,

J'ai joué à oublier que je suis Śiva.

C'est alors que, ne voyant que la dualité,

Je suis devenu captif des chaînes

Du péché et du vice et autres (couples de contraires),

Je vis des expériences de bonheur et de malheur,

Transmigrant que je suis,

Résigné à la faiblesse[1]. 2


Heureusement, Śiva a maintenant

Déversé sa grâce sur moi,

Puisque je m'intéresse à (son) enseignement.

Puisse mon amour pour Śiva

Croître encore et encore ! 3


Puissé-je me dévouer au service

D'un vrai maître avec amour

Et recevoir l'initiation de Śiva[2].

Puis, méditant[3] sur la voie de Śiva,

Puissé-je pacifier mes difficultés sans exception.

Obtenant alors une relative liberté[4],

Aimant aussi mon pays

Et participant au bonheur de ma nation,

Puissé-je réaliser directement

Mon essence suprême. 4-5


Aspirant au bien de tous,

Respectant les coutumes enseignées dans le Pays des Seigneurs[5],

Faisant ce qui doit être fait,

Puissé-je obtenir

En contemplant de toutes parts

Le jeu du Soi". 6


De fait, les obstacles s'aplanissent peu à peu

Devant qui a la foi[6]

Et l'intelligence devient limpide.

Alors, alors, son amour

Pour Śiva devient profond[7]. 7


Le chemin de sa vie

Est alors tissé de bien-être.

Il atteint le contentement

Et il se détache (sans effort) des plaisirs des sens[8],

S'attachant au contraire à rendre service aux autres. 8


Et en cet être

Une grâce pénétrante s'affermit en un instant.

Voilà pourquoi il passe en l'état de Śiva

Sans délai, en ce corps même. 9


A la fin de sa vie[9],

Il passe en l'état de Bhairava[10].

Ou bien, il ne fait qu'un avec Śiva.

Il savoure alors sans fin

(La joie) d'être Śiva,

Indépendance absolue de Śiva. 10


L'enseignement de Śiva,

Douceur du chant de la liberté,

Révélateur de la liberté,

Offre ainsi aux vrais amoureux

Tant la jouissance que la liberté[11]. 11


Cette composition inédite

De l'enseignement

Consiste en deux cent vingt et cinq

Versets dans le mètre gīti.

Elle a été achevée en l'an 5034 des Sept Sages[12]. 12


Vingt quatre versets dans le mètre gīti

Lui ont été ajouté

Dans le chapitre sur le yoga

Lors de la pleine lune

Du mois de Caitra de l'an 2031 de Vikrama[13]. 13


La liberté absolue

De Śiva, notre vraie nature,

Incarnation même d'une pure indépendance

Au beau visage emprunt de bienveillance

A été (ainsi) décrite un brin

(Par celui) qui n'est qu'en partie libre[14]. 14


Ô vous qui êtes éveillés !

Réaliser tout ce qu'il y a à réaliser

En méditant pour vous-mêmes[15]

La perfection de votre (vraie) nature

Dans cet enseignement de Śiva

Qui est comme un miroir de la liberté[16]. 15


Ô gens de bien !

Si vous être plein du désir

De connaître

Le jeu de votre propre liberté

Alors lisez le Jeu du Soi[17]

Tombé du lotus du visage

Du maître sublime. 16


Puisse Śiva se réjouir

De ce traité composé

Par Balajinnātha,

Natif du Cachemire,

Qui s'intéresse à l'enseignement de Śiva

Et trouve la paix dans l'amour des pieds [18]

Du Grand Seigneur. 17


Balajinnātha Paṇḍita, Le Miroir de la liberté (Svātantrya-darpaṇaḥ), Munshiram Manoharlal, Delhi, 1993



[1] Litt. "habitué a n'avoir que peu de pouvoir".

[2] En effet, le maître est celui par qui Śiva octroie la grâce sous la forme d'une initiation, ici synonyme de délivrance.

[3] Au sens philosophique (vicāra).

[4] La liberté politique, sociale et économique évoquée dans le chapitre huit.

[5] Ārya : l'Inde. Ou, plus exactement selon les tantras de Śiva, n'importe quel pays dans lequel le śivaïsme sert de norme. Ce qui fût le cas en de nombreuses contrées autres que l'Inde, telles que l'Afghanistan ou le Cambodge.

[6] śraddhā : "le fait de mettre son cœur en", la confiance.

[7] gāḍha : "intense".

[8] Il s'agit ici d'une fascination pour les choses en général, obnubilation mêlée paradoxalement de torpeur.

[9] "A la fin du corps".

[10] Selon l'A., un Bhairava est une sorte d'officier du seigneur Śiva, œuvrant pour le salut des êtres, un peu comme les bodhisattvas bouddhistes ou les saints chrétiens.

[11] La liberté par rapport aux conditions de cette expérience et à ses conséquences (le karma). L'adepte vit dans le monde, libre du monde, participant à sa création.

[12] 1958 A.D.

[13] 1974 A.D.

[14] Jeu de mots difficile à rendre. La liberté n'a été révélée que partiellement, par l'auteur qui est partiellement libre.

[15] pratyavamarśa.

[16] D'où le titre : ce texte est comme un miroir limpide dans lequel nous pouvons reconnaître notre vraie nature absolument souveraine.

[17] L'A. renvoie ainsi humblement son lecteur à l'enseignement de son maître, Amṛtavāgbhava. Pour avoir un aperçu de sa vie et de son œuvre, voir notre traduction du Siddhamahārahasyam. Malheureusement, nous 'avons pus obtenir un exemplaire de ce Jeu du Soi ( Ātmavilāsa). En note, l'auteur conseil du reste la lecture du Siddhamahārahasya, ainsi que du Traité en vingt stances (Viṃśatikāśāstra).

[18] En Inde il est de coutume que le disciple masse tendrement les pieds de son maître, spirituel ou autre.

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