mercredi 4 mai 2011

Danse de Kâlî, ronde des temps

La première branche (de la méthode inférieure de l'individu) est la visualisation,

Puis l'actualisation du souffle vital

Le yoga des postures divines 20


Et, enfin, le yoga de la Résonance (de la conscience).

Ensuite vient le yoga de l'imagination de l'espace sacré[1],

Célébration de l'état de Śiva au moyen d'une contemplation intense

Dans le corps, le souffle et dans un objet extérieur. 21


On doit (en particulier) visualiser

Le Feu de la conscience - Bhairava[2] -

Sous la forme de la roue (rayonnante) de (la déesse) Kālī[3],

Fusion (créatrice) du feu, du soleil et de la lune

Qui (symbolisent respectivement) le sujet, le moyen et l'objet (de n'importe quelle expérience). 22


Cette fusion (créatrice) projette d'abord (l'expérience) à l'extérieur[4],

Puis elle la fait subsister (un temps),

Avant de la résorber (en elle-même[5]).

Puis, méditant intensément (cette expérience),

Elle atteint l' (identité) parfaite avec le (Soi) insurpassable[6]. 23


En contemplant sa propre Puissance (de conscience)

En cette œuvre qui commence par la projection (de l'expérience dans l'espace de la conscience),

(L'adepte) devient Śiva.

Tel est ce yoga nommé "visualisation",

Enseigné par Śiva et qui procure ce fruit - l'état de Śiva. 24



Balajinnātha Paṇḍita, Le Miroir de la liberté (Svātantrya-darpaṇaḥ), Munshiram Manoharlal, Delhi, 1993



[1] sthāna-kalpanā : ce terme difficile à traduire regroupe en fait la quasi totalité des pratiques yogiques et rituelles enseignées par Abhinavagupta dans le Tantrāloka. Il consiste à projeter en imagination les hiérarchies cosmiques et divines sur différents objets, à commencer par le corps (voie de l'espace) et e souffle (voie du temps). Ou encore, dans le cas du rituel quotidien, on peut, en plus du corps et du souffle (qui viennent toujours en premier, avant tout rituel externe), projeter ces mêmes hiérarchies dans un liṅga (emblème abstrait) de Śiva, un crâne, un maṇḍala, un miroir, le corps du maître, un trident, etc. Abhinavagupta explique qu'il n'y a pas de limite dans ce domaine.

[2] Bhairava désigne le Seigneur en sa forme ultime qui synthétise les opposés.

[3] Il s'agit du rituel d'adoration de la tradition du Kālīkrama, doctrine la plus secrète selon Abhinavagupta, selon bon nombre et de Cachemiriens et d'autres Indiens. Je traduis au singulier - "LA déesse Kālī - car, bien qu'il y ait douze formes de cette déesse, Abhinavagupta insiste sur le fait qu'il s'agit en réalité de douze visages de l'unique déesse - la conscience. Autrement dit, l'expérience ordinaire devient le symbole d'un rituel. Alors que, plus communément, c'est le rituel qui symbolise une expérience mystique. Ce trait est propre à la tradition Krama.

[4] Quand, par exemple, on voit une table.

[5] Cette résorption dans la conscience n'est toutefois pas totale. Il demeure un résidu, une impression (vāsanā) qui est le germe d'expériences futures.

[6] Quand il ne reste plus l'ombre d'un doute que cette table est bien conscience et rien d'autre, alors c'est la quatrième phase de toute expérience - phase intemporelle - dite "indicible" (anākhyā). Elle est la finalité de toute expérience. Seule cette contemplation ardente et totalement spontanée à la fois, nourrie par un amour et un abandon sans aucune retenue, est capable de "consumer" l'expérience. C'est le but de la reconnaissance (pratyabhijñā).

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