samedi 15 octobre 2011

Comment peut-on ne pas voir ?

L’Espace illimité, ici, au-dessus de vos, de nos épaules, est plus évident que toute chose, que toute pensée ou sensation. "Plus proche de toi que ta veine jugulaire", "Plus intérieur à moi-même que moi !". 
Pourtant, comme dit Abhinavagupta, "ce qui est vu sans être pris à cœur est comme ces touffes d'herbes que l'on voit en conduisant un char" : faute d'attention, c'est comme si on les voyait pas. Des jeux de langage, des expériences simples sont nécessaires pour mettre en évidence cette évidence. Ainsi, voir comme une vache regarde passer un train, c'est voir sans voir. Voir vraiment, c'est voir qu'il n'y a rien à voir. Voilà qui explique pourquoi l'évidence passe inaperçue pour la plupart d'entre nous. 

Du reste, quand un homme filme, il oublie l'espace à partir duquel il filme. Focalisé sur la troisième personne, là-bas, il passe à côté de l'Espace. 

Mais alors, les rares personnes qui filment en assumant un point de vue de Première Personne devraient réaliser cet Espace. Comment filmer ces bras qui sortent de l'Espace sans prendre conscience de cet Espace, sans réaliser tout ce qu'il implique ?

Cela semble presque impossible.
Et pourtant... il suffit d'effectuer une recherche sur le Net pour constater que les films à la Première Personne ne montrent pas que l'Espace. Ou plutôt, l'Espace est d'autant plus évident pour nous, qui sommes avertis. La violence, l'agitation, le mouvement soulignent, par un effet de contraste, la paix, la tranquillité, l'immobilité. Mais pour ceux qui font ces films et les regardent, il ne semble pas en être ainsi :



Et que dire du du développement incroyable des "First Person Shooters" ?



En dehors des petits films (excellents) créés par Richard Lang et quelques amis comme José Leroy, il faut bien avouer qu'il n'y a pas grand' chose, juste cette collection de documents à des fins publicitaires.

Une explication consiste à invoquer le pouvoir de l'imagination. Même quand l'Espace est mis en évidence, le mental a un tel pouvoir qu'il recouvre aussitôt cette évidence.

Une autre explication consiste à invoquer l'emprise de la proprioception. Les sensations viscérales, plus que la vision ou l'imagination, nous construisent littéralement et nous "identifient" à la situation. D'où, à mon sens, la valeur des approches corporelles comme la méthode Alexander ou l'exploration-célébration initiée par Jean Klein. 

Mais on peut également se demander comment cet Espace peut-être la Source de tant de violence. Qu'il accueille la violence, dans une posture de patience, d'amour, d'écoute, soit. Cependant, si cet Espace est omniprésent et un, alors il est la source de tout. Contrairement à l'espace physique, en effet, il n'est pas simplement condition de possibilité des choses, il est aussi leur créateur, leur auteur.
Comment concilier le ressenti de cet Espace comme amour et vie, avec la constatation que cet Espace est aussi source d'une violence inimaginable ?

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