samedi 23 février 2013

Qui est "je suis" ?

Conférence du lundi 25 février 2013 sur le shivaïsme du Cachemire

La philosophie de la Reconnaissance (pratyabhinâ), de même qu'un vaste courant de la philosophie occidentale, affirme que le moi est une construction mentale, produite principalement par le langage. Pourtant, elle affirme également que l'absolu est le Soi. Mieux, le Soi est la conscience la plus immédiate que l'on peut exprimer sous la forme d'un "je", d'un "je suis je" dont tous les sujets et les objets ne sont que des manifestations partielles et factices. Il y aurait donc deux "je", l'un authentique et l'autre, factice.

Temple des yoginîs, centre de l'Inde

Mais comment peut-on affirmer que l'absolu est "je" ? N'est-il pas, dès lors, condamné lui aussi à n'être qu'un concept dualiste élaboré par opposition avec le "tu" et le "il" ? N'est-il pas une fiction dualisante (vikalpa) marquée par l'emploi d'un mot ? Or, comme le fait remarquer Dharmakîrti, la division en soi et autrui n'est-elle pas la base de toutes les émotions destructrices ?

Dans sa Réalisation du réel (Tattvasiddhi), le bouddhiste Śāntarakṣita cite ce vers célèbre de Dharmakīrti (Pramāṇavārttika II, 219) :

S'il y a un Soi, il y a la notion de "l'autre".
Cette division entre le Soi et l'Autre engendre la haine et l'appropriation.
En découlent directement
Toutes les pathologies mentales. 8

A quoi Utpaladeva, philosophe de la Reconnaissance, rétorque, dans sa Réalisation du sujet comme conscience (Ajaḍapramātṛsiddhi) :

Les êtres dépourvus de conscience (propre)
Sont presque inexistants : ils n'existent que dans la manifestation, dans le Soi.
C'est une seule et même manifestation de notre Soi (qui se manifeste)
Comme soi-même et comme autrui. 

Mais cette affirmation est-elle justifiée ? Est-il légitime de désigner l'absolu, ou même la conscience, comme "je" ? Cette réflexion nous permettra de prolonger les séances précédentes sur la question du rapport entre la conscience et le désir. La conscience est-elle sans ego ? Ou bien faut-il, comme le fait la Reconnaissance, reconnaître que le "je" est l'essence même de la conscience ? Le non dualisme du Védânta tient que la conscience est sans ego. Elle n'est donc un "Soi" qu'en un sens faible, métaphorique. Le non dualisme de la Reconnaissance, en revanche, soutient que la conscience est "je". Elle est donc un "Soi" au sens fort.

Cette voie, originale, peut se réclamer de l'héritage prestigieux des Upanishads, pour qui "je" est le nom privilégié du Soi, de l'absolu, de notre vraie nature. Au vingtième siècle, cette thèse sera aussi partiellement reprise par Ramana.

Qu'est-ce que le "je" ? Une illusion seulement plus ancrée que les autres, ou bien l'indice de l'absolu ?

Le lundi 25 février ainsi que le lundi 25 avril 2013, au CPEC, 37 bis rue du Sentier, 75002 Paris, 18h30-20h30.

Bibliographie :
Sur Abhinavagupta, l'un de ses principaux philosophes.
Sur le statut de l'ego dans la pensée indienne.

6 commentaires:

Carlos Echarri a dit…

Je viens de lire le article sur Ramana Maharsi qui etait indiqué dans la bibliographie. Et c´est tres intiresant la difinition qu´on fait du aham sphurana comme l ídee de realisation du conscient. Mais selon le shivaisme cete I-I est le prope Shiva, nommé ahambhava ou superego. Je ne sais pa si la distinction entre le ahamkara et le I-I est permanente. Le ego disparait, aneanti dans le superego. Donc il ne peut jamais remerger comme identique, eternel retour de l´indentique. Mais porquoi pas. Si Deu est uns superego peut etre il veule que je reemerge como ego. Le vedanta dit que la conscience est pasif. Il n´y a pas de superego. Je crois que il y a une schole de visnuisme, pancharatra qui dasn la Cachemire tentait la union du Reconaissance du seigneur comme Visnu avec Spanda. Je aime bien un teologien espagnol, Raimon Panikkar qui a ecrit bel et bien sur le hinduisme. Il parle de "amor teandrico" comme celui du Christ et de Krishna dans la bhakti.Donc si la relation entre le ego et le aham sphurana reste como un tendre a, bhakti, le ahambhava qui est superego, peut etre me aime commo je le aime. Amour de Dieu et Dieu, en deux direcctions, amor teo-andrico. Et je peux vivre comme ego pour jamais uni au supergo.

Dubois David a dit…

@Carlos
Oui. L'expérience du "je suis" est compatible avec l'ego factice. De toutes façons, cet ego factice n'est possible que sur fond de "superego". C'est bien pourquoi l'ego est la porte vers l'absolu.
J'aime beaucoup Panikkar.

Isabelle Ferrand a dit…

"Je suis" est le Penseur tout simplement.
Ce Penseur est seulement Etre, pur Esprit, conscience,Vivant.
Le Penseur(conscience) pense qu'il est "je"(conscience) et s'identifie à
ce qu'il n'est pas en pensant "je" suis ceci ou cela.
Il pense qu'il est en train d'être "je"; ainsi, cette pensée n'est pas séparée de lui-même.Il est conscience et "je" est conscience.
Il faut bien être pour penser,il ne peut donc s'inventer lui-même,se penser lui-même. S'il devait se penser lui-même, cela voudrait dire qu'il n'est pas, qu'il devrait se créer lui-même son êtreté.Or, c'est une impossibilité puisqu 'il faut bien être pour penser (d'où la permanence de l'Etre).
Le Penseur est donc Réel et n'est pas un concept. Il est l'Absolu.
Je suis ce "je suis" c'est à dire le Penseur (Etre, Conscience).


Amicalement

Dubois David a dit…

@Isabelle
Qu'est-ce qui vous dit que ce "je suis" n'est pas lui-même un prédicat de quelque chose de plus fondamental ? Et que ce fondement a lui-même besoin d'un fondement, et ainsi de suite, à l'infini ?

En outre, qu'est-ce qui vous permet d'affirmer que le "je suis" est plus fondamental que le "ceci" et le "cela" ? Si le "ceci" et le "cela" ne peuvent exister sans le "je suis", qu'est-ce qui permet d'affirmer que le "je suis" peut être sans le "ceci" et le "cela" ? Peut-être qu'ils sont interdépendants à égalité ? Pourquoi donc l'un devrait-il être plus "réel" que l'autre ?

Isabelle Ferrand a dit…

Je l'ai dit, "je suis" est le Penseur.
Le Penseur pense "je suis".Donc "je suis" est une pensée.Mais le Penseur EST et ne peut pas ne pas être.
Le Penseur qui est Etre pense "je suis", il est en train de penser être "je suis".Etre est ce "je suis", et ce "je suis" est Etre.
Le ceci et le cela sont seulement des pensées de l'Etre, du Penseur.Celui-ci reste inchangé quelque soient ses pensées mais n'en est pas séparé non plus, puisqu'il est en train d'être ce qu'il pense.
Tout n'est que pensées sauf le fait d'Etre,l'Esprit pensant.
Le Penseur est Réel, "je suis" est réel, et donc les pensées aussi mais ce ne sont que des pensées, qui ne peuvent être séparées du Penseur.
Quand j'imagine que je suis ceci ou cela, le "je" est-il modifié pour autant? Non, "je" ne bouge pas, il n'y a que les pensées qui changent.
Si "je" ne pense pas, "je" continue toujours à être."je" est une pensée également mais qui pense "je" ou "je suis"? le Penseur qui est Etre, pure conscience.
"Je suis"(pure conscience) pense "je suis".
Il n'y a donc que l'Etre qui soit Réel.Mais il y a des pensées et donc un Penseur et il faut bien Etre pour penser. Par conséquent, le Penseur est Etre.
Qui pourrait créer le fait d'être si celui-ci n'existait pas?
Etre (Esprit,Conscience) n'est pas une conception de quelque chose d'autre, c'est impossible car il faut bien être pour concevoir.
Etre=Penseur

Amitiés

Jean-philippe a dit…

le "je suis" , est la formulation de la présence , de la conscience , vis a vis d'elle meme ..

cela ne concerne pas quelqun ni quelque chose .. donc au final la question qui ? ou quoi ? ne se pose pas réelement , ou plutot elle ne re-pose sur rien de réel ....

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