dimanche 24 mars 2013

Sur Corps de silence d'Eric Baret



Quelques notes sur Corps de silence d'Eric Baret. Ce n'est pas une revue critique en bonne et due forme, juste quelques remarques en vrac.

Quelques qualités :
-Baret est sincère, passionné. Pratiquant de ce yoga depuis l'adolescence, il en a fait son mode de vie.
-Il ne tombe pas dans cet occultisme paranoïde qui vérole parfois les groupuscules de yogis d'ici et d'ailleurs.
-Les œuvres d'art sont bien choisies, quoique bien peu soient en rapport avec le śivaïsme tantrique ou le Cachemire.
-Les propos sur le ressenti sont profonds. Les points subtils des postures et des souffles sont décrits de l'intérieur, ce qui nous change de la médiocrité habituelle sur le yoga. Tout est réinterprété comme étant la description d'une expérience à la première personne. Cela me paraît tout à fait juste. 

Quelques aspects discutables :
-Baret prétend parler au nom de la tradition : "le cœur de ce livre est la stricte transmission, santâna, de Jean Klein", l'enseignement de Jean Klein "vient directement du Trika cachemirien" (p. 27) grâce au contact qu'il eut "lors d'un long séjour à Srinagar avec quelques maîtres de lignée cachemirienne" (p. 26), "ce qui est dit ici n'est pas original mais bien ancré dans la tradition", (p. 19), "reçu directement d'une lignée authentique, guruvogha (sic)", (p. 29). Mais il n'apporte aucune preuve. Son "maître", Jean Klein, n'en n'a pas fourni non plus. Les éléments (qui ne sont pas des preuves) qu'ils rapportent sont peu crédibles au regard de ce que l'on sait par ailleurs de Srinagar. Or ce qui est affirmé sans preuves peut être rejeté sans preuves. Il y a bien des photos (p. 27), mais elles sont de Krishnamâchârya et d'un professeur de sanskrit, tous deux de Mysore au Karnataka. Rien à voir avec le Cachemire. Pourtant, M. Baret nous demande de le croire, jusqu'à renoncer à tout esprit critique : le but du propos est "l'abdication à toute autonomie personnelle et la soumission à la transmission initiatique" (p. 45). Ou encore : "L'enseignement d'une tradition n'est jamais intellectuel" (p. 210).
-Baret réinterprète le śivaïsme à la lumière de Guénon. Cela se voit aux mantras guénoniens typiques tels que "l'aspect interne, métaphysique" (p. 16), "l'Inde traditionnelle" (p. 21), "L'Inde traditionnelle ne connaît pas de 'découverte'" (p. 248). "La mentalité darwinienne, très présente chez les spécialistes des études tantriques" (p. 299). "Comme René Guénon l'a si souvent souligné, seul le rattachement initiatique (...) permet de découvrir les clés pratiques pour transposer la tradition dans la vie de tous les jours" (p. 137). L'embêtant, c'est que M. Baret n'a pas ce rattachement. La question revient plus loin, à propos des innovations des commentateurs traditionnels : "Ce n'est pas personnalisation [car tout ce qui est personnel est ignoble], comme leurs lointains [=Occidentaux] et pseudo-héritiers actuels [=modernes] peuvent le faire, mais transposition fonctionnelle, par des maîtres authentiques, d'archétypes éternels pour leurs élèves" (p. 207). Tout cela est "éloigné des discussions d'érudits modernes" (p. 214). De même "la philosophie ne découvre rien de nouveau", citation du dualiste Jayanta, pourtant adversaire impitoyable des śivaïtes non-dualistes (p. 209). Somānanda et Utpaladeva, fondateurs de la "voie nouvelle" (nava mārga) de la reconnaissance (pratyabhijñā), apprécieront. Tel est donc l'un des principaux reproches que je ferais à M. Baret : il a lu Guénon, bien sans doute. Mais il a mal lu Abhinavagupta, et il surimpose les idées de l'un sur les idées de l'autre. Pourtant, M. Baret a conscience du danger : "Le texte sacré (...) doit être reçu avec humilité, libre de référence à un savoir, sans comparaison ni conclusion" (p. 209). On ne peut donc qu'espérer le jour où M. Baret s'affranchira de la tutelle de Guénon.   
-Baret annonce qu'il va laisser de côté divers aspects du śivaïsme du Cachemire. Il ne mentionne même pas la philosophie. En revanche, il informe le lecteur qu'il va écarter "les subtilités de la terminologie sanskrite". Il y aura pourtant une bonne douzaine de mots sanskrits par page ! Je n'en n'avais jamais vu autant.
-Baret rejette tout esprit critique. Le bon sens, les arguments ne sont pour lui qu'une "catégorie de l'ego" (p. 17) qui cherche à "hiérarchiser et classifier". C'est là un argument intéressant... qui hiérarchise en plaçant les affirmations gratuites et l'argument d'autorité (le lecteur sera contraint de croire M. Baret) au-dessus de l'attitude - plus humble - qui consiste simplement à argumenter clairement, à jouer cartes sur table. Donc en réalité, M. Baret avance un argument ad hominem pour écarter d'emblée tout contre-argument, tout en argumentant par la suite et jusqu'à la fin du livre, mais sur le mode de l'Autorité qui condescend, gracieusement, à s'adresser au mental de l'Occidental moderne (Guénon oblige) et, donc, dégénéré (mais ce n'est pas sa faute). Plus loin, il réinterprète sat-tarka "la droite raison" : "Satarka (sic) n'est fondé ni sur l'expérience objective, bhâvanâ, ni sur les arguments logiques" (p. 137). "Cette raison n'est ni déductive ni analytique mais se réfère à la pure intériorité. (...) à mille lieues de ce qui est appelé de nos jours réflexion ou raisonnement logique, et à quoi se réfère la pensée moderne [=dégénérée]". (p. 243). "L'étude et la pensée n'ont pas accès à l'inconnu" (p. 243). Abhinavagupta et les autres maîtres du śivaïsme du Cachemire apprécieront, eux qui ont consacré tant d'effort à établir précisément le contraire.
-Parmi les preuves "traditionnelles", il mentionne p. 21 l'expérience et la parole autorisée du maître et des textes, mais il omet, comme par hasard, l'inférence ou raison (anumāna, upapatti). En revanche il cite, à l'appui de sa thèse "traditionnelle", une autorité reconnue par tous les maîtres cachemiriens : un certain Abu Al-Hasan Al Shâdhili qui invoque le Corân et la Sunnâ... Très fiable, en effet.
-Les termes sanskrits abondent, mais un sur deux est mal énoncé. Sachant qu'en plus il manque les diacritiques, le lecteur est perdu. Une erreur consistant à oublier un point sous un "n" n'est sans doute pas conséquente. Mais quand  M. Baret écrit kârya pour "chant" (p. 22), le lecteur doit deviner cārya. Comment le non-sanskritiste pourrait-il s'y retrouver ? Et ce genre d'erreur se rencontre littéralement page après page.
-Pour être "sans culture" et réfractaire aux choses de l'intellect, M. Baret n'en cite pas moins de nombreux intellectuels, mais toujours de manière allusive, sans s'embarrasser de préciser la source. Ainsi, le lecteur apprendra que "les multiples regards vers l'absolu (...) ne sont que désignation, comme chez Dun Scot" (p. 38). Une référence au "docteur subtil". Excusez du peu ! Mais le lecteur n'en saura pas plus. Là comme ailleurs, il devra croire M. Baret sur parole et faire taire son intellect égotique.
-M. Baret affirme que les savoir intellectuels "n'ont pas leur place dans la perception directe de l'essentiel" (p. 206). Encore un jugement intellectuel à l'emporte-pièce, un argument qui sert à hiérarchiser, "classifier", mais de manière tout à fait traditionnelle, bien sûr... Abhinavagupta donne en vérité la première place à l'intellect et aux savoir intellectuels. Mais pour en parler, encore faudrait-il le lire, et le citer.
-M. Baret affirme beaucoup de choses sur l'histoire des idées en Inde - juste après avoir dénigré l'importance de cette histoire. Par exemple, p. 41, il affirme que le Thirumandiram (sic) est une œuvre śivaïte du VIIe siècle. Là encore, il ne fait que répéter ce qu'il a lu dans des livres, qui eux-mêmes répétaient d'autres livres, etc. Car tout porte à croire que ledit Tirumantiram  (Śrīmantra en sanskrit) de Tirumūlar est postérieur au XIIe siècle. C'est en effet une compilation de haṭhayoga. Quelques lignes plus bas, il affirme que la notion de temps que l'on trouve dans le "Kâlachakratantra, l'Hevajra et le Guhyasamâja, provient du Tantrâloka d'Abhinavagupta" (p. 41). Sans avancer la moindre preuve : inutile, quand on a "la Tradition" de son côté, bien au-delà de l'intellect égotique... Cela étant, une preuve nous aurait été bien utile pour comprendre comment le Guhyasamāja, datant du VIIe siècle, aurait pu emprunter au Tantrāloka, postérieur de trois siècles. Sans doute ma conception du temps est-elle trop "moderne", péché mortel aux yeux de tout guénonien qui se respecte.
-Autre exemple de confusion, sur un concept cette fois (toujours sur la même page, mais au vu de la qualité du texte, je n'aurais certes pas la force de tout couvrir) : "Le Yoga-vasistha véhicule de nombreux aspects essentiels du Trika, notamment l'absence de cause à effet, kâkatâlîya" (p. 41). Le Yogavāsiṣṭha est  une œuvre aux dimensions océaniques dont le noyau a vraisemblablement été composé à Srinagar vers 950, en effet. Elle évoque quelques éléments des Spandakārikā dont elle cite une stance à plusieurs reprises. Pas étonnant : les Spandakārikā sont datée du VIIIe siècle, et l'on sait, au vu du nombre de commentaires et d'allusions dans la littérature de l'époque, que ce texte a eu une certaine diffusion. Cela étant, le Yogavāsiṣṭha n'est pas un texte du śivaïsme, a fortiori du Trika. M. Baret invoque une métaphore centrale dans le Yogavāsiṣtha : kāka-tālīya-nyāya. Elle désigne le hasard, c'est-à-dire la rencontre fortuite de chaînes causales indépendantes. Dans le texte, la métaphore est celle d'un corbeau qui, passant sous un cocotier, se fait écraser par une noix de coco qui, par hasard, tombe à cet instant. Le sens en est clair : tout ce qui arrive, arrive par hasard, c'est-à-dire sans volonté de la part d'une intelligence divine. Sur ce point, le Yogavāsiṣṭha ne suit pas le Trika ou une quelconque tradition théiste, mais plutôt le bouddhisme. Nous sommes donc bien loin d'une "absence de cause à effet" (?). Si le Yogavāsiṣṭha parle de quelque chose d'approchant, ce serait sans doute de la notion de "non production" (ajāti), là encore empruntée au bouddhisme. D'autre part il y a bien une doctrine de la transcendance de la relation de cause à effet dans le Trika d'Abhinavagupta, mais elle est toute différente : elle signifie simplement que la conscience, dans son absolue liberté, n'est pas réellement contrainte par la loi de cause à effet puisqu'elle la manifeste librement, par jeu. Par conséquent, aucune pratique ne peut garantir la pleine manifestation de la conscience. C'est donc une doctrine de la grâce, bien éloignée de l'univers impersonnel du Yogavāsiṣṭha. Au reste, l'expression kākatālīya ne se trouve, à ma connaissance, nulle part dans le corpus du śivaïsme cachemirien.
-Mais il est vrai que l'on apprend, quelque pages plus loin que "comparer et classifier les traditions n'a de valeur qu'intellectuelle" (p. 45). Toujours la même rhétorique : quand j'ai raison, c'est la Tradition ; quand j'ai tord, c'est l'intellect égotique. Bien entendu... Après avoir pompé allègrement dans les sources livresques, il se couvre ainsi : "Laissons le savoir des connaissances historiques aux érudits (...) La lecture des textes est émotion, révélation, non étude ni réflexion" (p. 45). Pour le coup, voilà qui sonne moins guénonien. D'où viennent ces références récurrentes à l'émotion versus l'intellect ? Ne serait-ce pas lié au New Age et à un certain public de yoginîs ? Bref, M. Baret adapte Guénon au New Age. Dans cette histoire, le śivaïsme du Cachemire n'est que la dernière roue du carrosse.
-Dans ma précédente critique, j'avais remarqué que M. Baret est plus proche des bouddhistes comme Dharmakīrti que d'Abhinavagupta. Pour ces bouddhistes, en effet, seule la perception donne accès au réel, tandis que les concepts divaguent. Ce qui est précisément la thèse que M. Baret rabâche à longueur de livre. Abhinavagupta, au contraire, défend l'idée d'une continuité entre concept et percept. Mais dans cette nouvelle édition, M. Baret nous offre une précision sur ce point : "A l'opposé de Dinnaga [maître de Dharmakīrti] et des écoles bouddhistes en général, l'acceptation de l'inconcevabilité et de l'informabilité  (sic) du réel, svalaksana, n'implique pas ici [dans le śivaïsme du Cachemire] vide ou même parfois nihilisme ; bien au contraire" (p. 133). Ce qui confirme ce que j'avais pressenti : M. Baret n'a rien compris au bouddhisme, fidèle en cela encore à Guénon. 
-M. Baret convoque l'islam pour éclairer le lecteur sur le śivaïsme non-dualiste, alors que les "barbares" (mleccha, turuṣka) sont ceux qui ont détruit le tantrisme et, singulièrement, le śivaïsme ésotérique. Mais sans doute est-il difficile de voir la vérité de l'islam quand on prend Guénon comme autorité sur la "Tradition". M. Baret va jusqu'à consacrer un chapitre entier à l'islam qu'il pare de toutes les vertus. Même quand le musulman tue, assassine, viole et razzie, M. Baret est d'accord pour y voire la main du Tout-Puissant : "Vous ne les avez pas tués mais c'est Dieu qui les a tués" Coran 9.14, cité (avec un degré de précision unique dans tout le livre) p. 141. Pour M. Baret, l'éveillé transcende la morale. Sa violence est non-violence, etc. (p. 145).
-En revanche, M. Baret snobe le bouddhisme, en particulier le bouddhisme tantrique. Lequel comprend pourtant le dzogchen et mahāmudrā, et les formes de spiritualités les plus proches, dans l'esprit comme dans la lettre, du śivaïsme. Les seules références sont négatives : "le moralisme bêtifiant de certaines formes de l'enseignement progressif, tibétain notamment, ne sont que caricature de l'enseignement originel (...) il en est de même pour le Védantisme et le yoga édulcoré et nivelé de l'Inde créés au XIXe siècle" (p. 42). Drôle de critique, pour quelqu'un qui gagne sa vie en enseignant le yoga de Krishnamâchârya, inventeur de yoga à partir, notamment, des exercices de l'armée anglaise ! (voir The Yoga Tradition). Sans parler du Vedānta d'Âtmânanda Krishna Menon, sans doute le maître principal de Jean Klein. En quoi Krishnan Menon fût-il un représentant du Vedānta traditionnel ? Je ne dis pas que son Vedānta ne présente aucun intérêt, mais il reflète justement l'ouverture d'esprit du XXe siècle (Krishna Menon était policier, marié, de caste guerrière), et sûrement pas la tradition du Vedānta !


Bref, ce livre a de bons côtés, mais il donne aussi une image fausse, ou faussée, du śivaïsme du Cachemire : il est anti-intellectuel, obscurantiste, antimoderne, traditionaliste et pourtant sans rattachement à la tradition, souvent méprisant, hautain, il abuse de l'argument d'autorité pour faire passer un propos qui, de fait, manque d'autorité.
Je tiens à souligner, pour finir, que ceci est d'autant plus regrettable que ces travers n'apportent absolument rien à ce qui fait la force de ce livre : son interprétation du śivaïsme du Cachemire comme autant de descriptions d'expériences à la première personne. Mais pourquoi diable M. Baret s'embarrasse-t-il de ce traditionalisme désuet ? Pourquoi ces prétentions à un rattachement traditionnel imaginaire ? Pourquoi cet anti-intellectualisme outré ? Pourquoi cette haine de la modernité et de la démocratie ? Pourquoi ce ton dédaigneux et définitif ?

10 commentaires:

Hridaya artha a dit…

J'ai pensé que ta critique pourrait fournir des éléments pour une grille de lecture qu'on pourrait appliquer à d'autres ouvrages religieux, spirituels et New Age. Par exemple "l'abdication à toute autonomie personnelle et la soumission à la transmission initiatique", "traditionalisme désuet", "rattachement traditionnel imaginaire" "anti-intellectualisme outré", "haine de la modernité et de la démocratie", "ton dédaigneux et définitif". On pourrait y ajouter des éléments comme l'attitude envers la femme etc.

On pourrait reprocher à une telle grille qu'elle représente les critères de notre époque et que ce serait injuste de juger des traditions anciennes selon ces critères forcément plus modernes. Mais c'est justement ce dont il s'agit. C'est dans l'optique de ce que ces traditions peuvent nous offrir encore ici et maintenant, en quoi leur message est toujours d'actualité et en quoi il est désuet, voire illégitime, et doit être adapté.

Cela évidemment sans distinction de religion ou de spiritualité.

Autre question. Dans cāryagīti, traduit en tibétain par spyod pa'i glu, cārya peut signifier ou signifie donc "chant" ?

Karen a dit…

Bonjour.

Je connaissais vaguement, pour en avoir entendu parler, Eric Baret.

Votre article a éveillé ma curiosité. Pour moi tout est résumé par la rhétorique vaguement spiritualiste et très à la mode inscrite sur la page d'un site qui lui est dédié www.bhairava.ws/eric.html:

"Sans études ni culture, Éric Baret ne possède aucune compétence particulière. Ayant été touché par la tradition non duelle à travers l'enseignement de Jean Klein, il propose de se mettre à l'écoute,sans but d'aucun profit. Rien à enseigner, pas d'enseignant.
Des rencontres pour la joie de ne rien être.
"
je souligne le jargon new-advaita.
Drôle d'époque,être sans études ni culture, ne posséder aucune compétence particulière, - au fond être sans qualification,sauf mettre à contrario une expérience subjective incontrôlable mais faisant autorité, est un plus dans un CV spiritualiste en donnant à l'ignorance un avantage prépondérant sur la connaissance et la compétence.

Dubois David a dit…

@Joy
Oui, mais quand je dis "traditionalisme" à propos de Baret, je fais uniquement référence à Guénon et au courant qui s'est cristallisé autour de sa personne. Baret n'est pas traditionaliste au sens où peut l'être un lama bhoutanais. Il est pour l'adaptation, etc. et il n'a pas à faire face au choc des cultures ni à la lourdeur des institutions. Sur ce courant traditionaliste occidental très influent, il y a cette bonne synthèse :

http://www.amazon.fr/Contre-monde-moderne-traditionalisme-intellectuelle/dp/2844545637/ref=sr_1_2?ie=UTF8&qid=1364149281&sr=8-2

@Karen
Oui, il y a cette rhétorique "Forest Gump", c'est vrai. Mais contrairement à d'autres, l'enseignement de Baret offre une véritable profondeur. Son traditionalisme et son discours anti-intellectuel sont d'autant plus vains.

Dubois David a dit…

@Joy
P.S. : non, bien sûr cârya signifie "conduite", "pratique" et gîti "chant". Mais par métonymie, on dit parfois simplement cârya pour cârya-gîti, comme on peut dire doha pour doha-gîti, etc.

Hridaya artha a dit…

Merci pour la référence au livre. J'avais bien compris que tu faisais référence à Guénon. Je ne connaissais pas Guénon avant de venir en France, et je n'ai jamais eu trop envie de me plonger dans ses théories à cause de la place centrale de "la Tradition". Je le connais principalement à travers des discussions avec des fans qui avaient des points de vue très arrêtés sur la société (royalisme, extrême droite, la femme au foyer et tout ce qui s'ensuit).

Je me demande ce qui peut bien justifier des adaptations quand on croit que "l'abdication à toute autonomie personnelle et la soumission à la transmission initiatique" et "comme René Guénon l'a si souvent souligné, seul le rattachement initiatique (...) permet de découvrir les clés pratiques pour transposer la tradition dans la vie de tous les jours". Sur quels critères ? Surtout quand "L'enseignement d'une tradition n'est jamais intellectuel"...

Un lama bhoutanais que je connaissais avait coutume de dire, que contrairement aux occidentaux, "paysan bhoutanais pas penser, paysan bhoutanais toujours heureux".

tarik-etoile-du-matin a dit…

Il semble aussi que vous n'appréciez pas M. Baret parce que tout comme M. René Guénon, que vous stigmatisez aussi, il fait aussi resplendir les beaux aspects de l'Islam. Guenon, qui a embrassé le soufisme, vous dérange surtout pour cela.

Il est facile de stigmatiser l’Islam par pauvreté d’esprit. Regardez un peu que dans ces moments vous n’êtes sujet qu’à l’émotion et ne voyez plus très clair. Ce qui est assez curieux pour quelqu’un qui se dit avoir un tel parcours spirituel. Tentez plutôt de parler un peu de la grandeur des saints du soufisme, tout comme vous parlez des grands mystiques Chrétiens ou bien alors ayez le courage de nous parler de cette belle période de l’inquisition. Ceci pourrait contrebalancer ce qui passe, dans vos articles, pour de l’acharnement anti-Islamique.

Vous vous défendez d’être bouddhiste mais vous employez les mêmes arguments éculés de façon à entretenir la flamme de la querelle et de l’animosité.

Non l’Islam ne se réduit pas à ce que vous avez l’impression de dénoncer. Nous n’avons pas besoin de vous pour balayer devant notre porte. Nous connaissons notre passé et les actes délictueux actuels de certains groupuscules. Regardez aussi vos extrémistes qui vont évangéliser par la force des peuplades entières que l’on considère comme des sauvages, ou des membres de votre église qui s’enfoncent dans des fonctionnements mafieux qui tuent par la drogue, les armes et l’argent.

Vous voulez faire le ménage dans le Shivaisme non-duel du Cachemire en France mais attention de ne pas vous laisser emporter trop loin dans vos considérations très personnelles, qui n’ont rien à voir avec la doctrine sur laquelle vous prétendez vous appuyer pour vos critiques.

Vous espérant que ce pseudo ménage vous laisse la place prépondérante que vous semblez briguer de toute force.

Peut-être aurez-vous le courage de ne pas censurer cette réponse ; réponse rapide car il est inutile d’entrer dans un argumentaire étayé car vous semblez tant campé sur vos positions.

Donc pour terminer, Monsieur Dubois, comprenez que vous êtes lu par d’éminentes personnes qui en ont peut-être assez de voir leur religion trainée dans la boue quand ce n’est pas de goûter les relents xénophobes d’articles d’intellectuels de tout crin et qui se veulent des sommités dans leur spécialité.

Salutations

Dubois David a dit…

@Tarik
Bel échantillonnage d'arguments ad hominem et de paralogismes informels !

Renaud a dit…

Pour prendre la défense de Eric Baret je suppose qu'il réagit à une prédominance du mental chez l'homme moderne. Que cela corresponde à une tendance personnelle chez lui à l'anti intellectualisme n'exclut pas qu'il le fasse en conscience. Mettre l'accent sur la nature au détriment de la culture donne toujours un air fasciste et je ne serais pas étonné qu'il goûte cette position avec gourmandise. A l'heure actuelle la haine de l'homme pour sa nature me parait bien plus dangereuse que la critique radical du totalitarisme culturel. Critique qui ne prend pas à ma connaissance la forme de la haine chez Eric Baret.

Gérard Beaulet a dit…

Bonjour Monsieur Dubois, merci pour vos commentaires intelligents et votre érudisme en la matière ainsi que pour les pointes que vous savez porter juste avant qu'elles ne s'enfoncent totalement.
Je fais partie de la secte des ignorants qui n'entrave rien à toutes ces lignées de pure sang qui tentent à labéliser leur vérité d'appellation d'origine contôlée, mais je me réjouis de cette saga.

Je m'en tiendrais aux "quelques qualités" de Monsieur Baret comme vous dites.
Je ne fais que pratiquer ce yoga depuis un bon nombre d'années avec Monsieur Baret et c'est cela peut être le plus important, pratiquer ce yoga, vous ne dites pas le contraire d'ailleurs.
Je le pratique en toute imperfection sans jamais ne vouloir progresser ni rien chercher là bas, au bout de l'asana.

"Corps de silence", le titre de l'ouvrage peut être aurait il suffit à lui même, et d'y mettre des pages blanches sur les 200 suivantes pour terminer le bouquin.
De mon côté, je me réjouis de toutes ces belles images et de ces textes magnifiques. Je ne suis pas très content que vous tentiez de casser mon jouet.

Je voulais quand même vous poser une question Monsieur Dubois ; Auriez vous déjà pratiqué ce yoga?

Si vous voyez une pointe de malice dans ma question, vous aurez raison, encore une fois.

Très cordialement.

Gérard.







PIlpuye a dit…

Bonsoir,

J'ai fait un séminaire avec Eric Baret. Une merveilleuse découverte de la vibration produite par un yoga minimaliste. Mon corps éprouvait l'intensité dans toutes ses fibres. La méditation s'impose naturellement en bout de course, comme une douche cosmique et elle semble sans fin, si ce n'était l'appel du corps.
La rencontre avec une montagne, impassible, sans doute bienveillante, soutenant par son silence les affres expressionnistes des êtres disparates, qui s'agitent empreints d'enthousiasme euphorisant, ou pas.
La séance du soir, le discours où la discussion coule inflexiblement dans un sens, comme vous l'avez relevé, érige le maître en sage omniscient. J'ai pu entrevoir que l'intensité n'est pas parvenue à ébranler sa stature mais qu'elle la nourrit. La méthode nourrit le praticien qui la lui rend bien.
Mes cellules, orphelines, dissoutes un jour, et pour mémoire toujours, dans le cosmos, n'ont pas rencontré leur mère dans cette montagne à la cîme embrumée de syllogismes et qui se maintient au-delà dans la puissance de la vibration. Mais je suis fixé: la montagne n'est pas un volcan, même si elle bouillonne ardemment.
Ce qui se vit ne s'oublie pas !

Bien à vous.

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