vendredi 24 mai 2013

Conscience au présent



Je lis la nouvelle traduction du Chöying Dzöd de Longchenpa par Keith Dowman. Il n'y a pas l’auto-commentaire, mais la traduction est étonnante.

Spaciousness

Quelques propositions de Dowman : chos = expérience. Et surtout, ye shes = conscience au présent.
Cette traduction du sanskrit āna en tibétain ye nas shes pa a toujours déconcerté les traducteurs. Que signifie "ye", alors qu'il ne semble pas être présent dans l'original sanskrit ? On a rendu ye shes par "sagesse primordiale", "prime sagesse", "connaissance principielle", "timeless awareness", "primal gnosis", etc. Or, selon Dowman, ye serait une onomatopée comme "hé !", et désignerait le présent, le "maintenant". Dès lors ye nas = "au présent" et ye nas shes pa = conscience au présent, ce qui colle avec les gloses de rig pa par da lta'i shes pa, "conscience au présent" dont j'avais parlé ici. C'est tout un corpus qui change ainsi de parfum. Cette conscience au présent évoque des discours New Age, mais Dowman se défend de toute édulcoration.

Quoi qu'il en soit, la traduction est remarquable.
Un verset au hasard :

La vision suprême ne fait pas de différences en pratique,
Car en réalité la rencontre directe avec l'essence est inévitable :
La conscience née d'elle-même est la nature de l'esprit lumineux.
Inutile de la chercher désespérément au loin.
Reste simplement en toi-même. Tu ne la trouveras nulle part ailleurs.

Nous savons que la réalité, telle le soleil,
Demeure à jamais en son état naturel de claire lumière qui contient tout.
Confiant en leurs efforts pour éclairer l'obscurité,
D'autres essaient d'illuminer le soleil primordial :
Il y a une vraie différence entre la vision causale et la vision suprême.

2 commentaires:

Hridaya artha a dit…

Je n'ai pas lu le livre de Dowman. Mais en me basant sur les précédents, c'est quelqu'un qui ose, qui explore, ce qui est bon pour la réflexion et le débat. Que demande le peuple ?

Je sais que le Space et le présent ont le vent en poupe, mais si je comprends bien, l'espace et le présent se situent toujours dans une dimension spatio-temporelle, ne serait-ce qu'au niveau de notre représentation. Pour moi, le "ye" serait plutôt éternel dans le sens d'atemporel. Il désigne ce qui dépasse les trois temps (tout en y évoluant), y compris le présent. Car il ne s'agit pas de se limiter au présent (voir Michel Laroque). Un peu comme la dimension turya. Voilà la seule réserve que j'aurai au sujet de cette approche.

Sinon, on ne peut évidememnt pas tout traduire en français, comme c'est le cas pour les anglophones qui ont plus de moyens. Mais ce type de texte (chos dbyings mdzod, grub mtha' mdzod,...) sont indispensables, car ils feront avancer le schmilblick bouddhiste (et spirituel en général) en occident beaucoup plus que ces livres qui se répètent les uns les autres.

Dubois David a dit…

Oui. Dowman est encore plus radical cette fois-ci, semble-t-il. Même le chapitre dix où Longchenpa évoque les préceptes de trekchöd et thögäl ont, selon lui, comme un parfum de gradualisme ! Sans parler des allusions au bardo dans le dernier chapitre. Jamais, je crois aucun adepte formé dans la tradition n'avait été aussi loin dans la critique de la tradition.
C'est aussi pourquoi j'ai été déçu par The Great Secret of Mind. Tulku Rigsal est sympatoche, mais fragile en sciences. Et puis il touille l'eau du dzogchen avec l'huile des Neufs Véhicules. Il remue vite et longtemps, mais c'est peine perdue... Dowman écrit d'ailleurs une intro étrange. Je suppute qu'il a traduit ce livre par politesse, ou parce qu'il avait besoin d'argent.

Bon courage pour tes traductions !

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