vendredi 16 août 2013

Jai Ganga ma ! Jai Sharada ! Jai qalandar !

Voici un voyage à Benares. La vieille ville, située d'un seul côté du Ganges, est à nulle autre pareille. Les deux rives sont peuplées d'incroyables ascètes de toutes les traditions, avec parfois quelques Occidentaux. J'ai même vu un aghori japonais ! Les aghoris sont habillés en noir et ont un crâne qui leur sert d'objet rituel principal. Ils se vantent volontiers de les avoir prélevés sur un bûcher funéraire, l'un de ceux qui illuminent le Ganges nocturne. Ils sont les lointains descendants des kâpâlikas ("porteurs de crânes"), subculture dans laquelle est née le tantra non-dualiste, dont le "shivaïsme du Cachemire". Benares est une cité étonnante, un échantillonnage de l'Inde entière. Chaque quartier, chaque secte y est représentée. Pérégriner à Kâshî, c'est visiter tous les sanctuaires, dit-on.



Le Cachemire, justement. Quelle tragédie. Un véritable ethnocide, discret mais qui a bel et bien lieu, n'en déplaise à tous ceux qui ne veulent pas sortir de leur tour d'ivoire. Au centre du lac Dal, à Shrinagar, trône la bannière du Prophète, les photos de Khomeini et de quelques sheykhs sunnites pakistanais, voire saoudiens, tandis que les ruines des temples hindous (ou des monastères bouddhistes) servent à construire les tombes des cimetières musulmans et les mosquées. Les hindous du Cachemire (appelés "pandits") ont du s'exiler dans leur propre pays. Du moins ceux qui ont survécus aux égorgements en série, aux humiliations en tous genres. Comme de bien entendu, la communauté musulmane a réussi à se faire passer pour victime : ils sont des combattants de la liberté, etc. Bien sûr, une bonne partie de la gauche indienne a cru bon de prendre parti pour ces "opprimés" épris de démocratie, contre les méchants hindous réactionnaires. Cela étant, la droite pro-hindoue n'a rien fait non plus... Pourtant l'Inde a fait preuve d'une tolérance sans égale à l'endroit de l'islam. En dépit des invasions, de l'occupation, des destructions sauvages, de la partition du Pakistan et du Bangladesh, l'Inde a opté pour le communautarisme, accordant des privilèges à la communauté musulmane (par exemple à propos du divorce). Mais les attentats n'ont cessé d'augmenter. J'ai vu, à Benares, les Musulmans attendre, en embuscade, des Hindous qui passaient, dans la rue principale de la ville, en transportant une icône de la déesse. Protégés par l'armée et la police pour traverser ce "quartier difficile", j'ai vu, là comme dans tant d'autres occasions, la haine organisée, planifiée, le culte de la Mort érigé en religion. Comme dans certains "quartiers difficiles" de la métropole, je me suis senti bien heureux d'être entouré de policiers armés jusqu'au dents. Même expérience à Shrinagar, quand j'étais protégé des hordes de barbus aux regards noirs par des légions de soldats en gilets pare-balles. Quand je suis revenu en France et que j'ai entendu parler du "Cachemire occupé par l'armée indienne" dans les média, cela m'a fait une impression bizarre... Un exemple de plus du syndrome de Stockholm.





Il n'y a presque plus de soufis hétérodoxes, ni à Benares, ni ailleurs. Il n'y a plus que des soufis orthodoxes, barbus, voilés, avec leur Coran à la main, l'écume à la bouche. Les dernier soufis du genre "qalandar", par exemple, on les trouve dans les campagne. Habillés de couleurs vives, jaune, vert clair et rouge, leurs chants se font rares. Il en reste au Pakistan, aussi, malgré des attentats contre les mausolées soufis, reliques de la vie détestées par les esclaves de l'Oeil unique. Voici un documentaire sur quelques soufis qui chantent des poètes persans, indiens, arabes. Pour combien de temps ?





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