jeudi 19 décembre 2013

La musique atonale a-t-elle un sens ?



La musique atonale c'est, en très gros, la musique contemporaine. Ni rythmes, ni mélodies, ni... rien. Des sons à l'état brut, sans logique, sans rime ni raison. Ce brut n'est-il que du bruit ? Frédéric gros n'est pas loin de le dire dans cette conférence, cocasse et cruelle à la fois :


Pourtant, force est de constater que la plupart de ces compositeurs de non-musique furent des chercheurs spirituels. Les titres de leurs œuvres le signifient clairement :






Dès lors, comment expliquer l'absurdité de leur musique, au point que personne ne l'entend comme de la musique ? 

Voici mon hypothèse : Dans la tradition du Vedânta non-dualiste, la méthode pour conduire l'auditeur à l'éveil est de construire un schéma, puis de le déconstruire. Un mensonge, une pieuse fable, que l'on démonte ensuite. Pourquoi, pour laisser à nu la conscience. On ne peut la pointer directement, car elle est partout. On pointe donc quelque part - par exemple ici, au-dessus des épaules -, puis dans un second temps, on dit que ce "ici" est partout et nulle part, qu'il explose telle une sphère de présence sans limites. Autre cas : on dit que le Soi, notre vraie nature, est le sujet qui ne peut jamais devenir objet. Puis, dans un second temps, on dit que le Soi n'est ni sujet, ni objet. En fait, on peut employer mille autres schémas, selon la culture et la mentalité de l'auditeur. Ou des rituels, lesquels ne sont rien d'autre que des schémas en images et symboles. Puis on dit que les rituels sont vains. Ou bien, on peut voir cette pédagogie comme une intrigue et son dénouement. On pose une dualité suprême, épurée, simplifiée (cause-effet, matière-forme, sujet-objet, simple-composé...), puis on l'efface, révélation de la non-dualité. On suscite une tension pour faire vivre un soulagement. Ou bien, c'est comme dire que la lune est "posée" sur la branche de l'arbre. C'est faux, mais ça marche. Le Soi n'est pas le sujet. C'est faux, mais ça marche.

Eh bien pour la musique atonale, le même stratagème est à l'œuvre. Après des siècles de construction, on déconstruit. Pourquoi ? Pour laisser place nette au silence sous-jacent. Ah, j'entends s'élever des voix de protestation ! Mais le fait demeure. Et il y a des précédents traditionnels, comme l'art zen : la peinture vide, la calligraphie "herbes folles", la cérémonie du thé, l'art du tire à l'arc, voire des passages de soûtras bouddhistes qui font exprès d'être absurdes, des charabias exprès pour nous délivrer de nos charabias ordinaires. C'est fade, âpre, insipide. Exactement comme le silence. Pour beaucoup, le vide est insupportable, ennuyeux car, au fond, anxiogène. La musique atonale est une forme de folle sagesse, un koân musical, une musique qui pointe vers la musique du réel : "Hé ! Écoutez ! Il y a aussi cette musique qui se joue maintenant, à chaque instant, sans arrière-monde !"

1 commentaire:

Philippe a dit…

C'est une approche intéressante mais qui peut, comme dans la majorité de l'art contemporain, justifier tout et, parfois, n'importe quoi.

Etant donné qu'on n'est jamais sûr de la "réalisation" de l'auteur, seule notre réalisation intérieure devrait donc permettre de trier le bon grain de l'ivraie.

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