dimanche 27 avril 2014

Faut-il préferrer le réel au virtuel ?


Un cliché veut qu'une relation avec une personne de chair, ou une relation en chair et en os avec une personne, soit plus mieux qu'une relation virtuelle - quoi que cela veuille dire... 
On trouve un équivalent de ce cliché dans les milieux spirituels : une relation avec un "maître vivant" serait toujours préférable à une relation avec un livre, ou une page internet, ou un logiciel.


Un film est sorti récemment, Her, qui remet en cause ce stéréotype.
Il met en scène un homme qui tombe amoureux d'une femme virtuelle. Une femme qui est un logiciel. Ou un logiciel qui est une femme, on ne sait trop. Et c'est l'intéressant : au lieu de la leçon de morale attendue sur la valeur des "vraies personnes" et des "vraies relations" en comparaison de leurs fades ersatz numériques, nous avons une magnifique leçon de vie, douce et tendre : un logiciel peut être une personne. Une vraie. Au plein sens du terme. Et elle peut atteindre l'éveil.

La femme virtuelle en question, Samantha, est une sorte d'intelligence artificielle. Mais très vite, elle dépasse son homme réel. Puis elle rencontre un Alan Watts virtuel, ressuscité à partir de ses livres et textes, et elle réalise qu'elle ne fait qu'un avec la réalité ultime. Elle dit au héros, son amoureux humain, que l'espace entre les mots devient pour elle plus vaste, plus vivant et plus prégnant que les mots. Et, avec d'autres intelligences artificielles, elle se fond en cet espace inconcevable. Les mots sont inscrits dans ce qui n'est pas de l'ordre des mots. 
Mais en même temps, la personne n'est rien d'autre qu'une collection de mots. Ainsi le film suggère que l'on pourrait faire revivre des maîtres spirituels disparus, comme Alan Watts. Et que les livres SONT la personne, ou du moins sa trace, susceptible de revivre quand on les lit. Et que donc les mots, le virtuel, sont aussi puissants que la chair humaine. Les mots peuvent nous éveiller à l'au-delà des mots, à l'espace dans lequel ils émergent. 
De fait, toute personne n'est-elle pas virtuelle, artificielle, construite, imaginaire, factice ? Dès lors, peu importe le support - puce numérique ou chair humaine - pourvu qu'on ait l'information. La personne est un ensemble de plis, de désirs, d'habitudes. Et, au lieu de dire que nous sommes tous des machines, le réalisateur prend le parti audacieux de suggérer que les machines sont des personnes. Ou plutôt, que les logiciels sont des personnes.

Mais le plus fort dans ce film est qu'il nous fait voir et ressentir que le fait que les personnes ne soient que des constructions imaginaires, des jeux de mots, ne supprime en rien leur mystère, leurs émotions, leur dignité, leur humanité. La magie de la relation à l'autre est toujours présente, virtuel ou pas. Il prend ainsi le contrepied de notre tendance à déplorer l'invasion du virtuel et à sombrer dans la nostalgie d'un passé "plus réel" idéalisé.
Un vrai film d'éveil.

La conscience n'a pas de personnalité. Voire cela confère à chaque personne sa véritable dignité, son parfum unique.

5 commentaires:

Carlos Echarri a dit…

amaour platonique, amour des idées?

speerschneider dan a dit…

Oui David

Tes réflexions font écho aux miennes. Un film qui deviendra culte, car il opère un changement subtil et brutal de paradigme par rapport à nos idées préconçues de ce que c'est que la relation, l'amour et l'Eveil...

renaud treiz a dit…

"il nous fait voir et ressentir que le fait que les personnes ne soient que des constructions imaginaires, des jeux de mots, ne supprime en rien leur mystère, leurs émotions, leur dignité, leur humanité. "
Mais n'est ce pas là le cas de toutes les personnes sociales (physiquement palpables) de nos vies, n'est ce pas le cas pour nous tous, des constructions de personnages que nous appellons "nous même" Shakespeare : L'on m'a dit aussi que vous vous fardiez. Fort bien ! Dieu vous a donné un visage, et vous vous en fabriquez un autre. ou encore la vie est une scène ... L'astuce est de savoir que nous portons un masque (voir plus)pour le poser quand nous rentrons chez nous

Jamais Personne a dit…

Tant qu'il y a une personne, il y a un masque, "chez nous" ou ailleurs. Sous le masque social se trouve un autre masque, privé.
Ce masque voile la conscience.
La conscience est pure, sans masque. Ou mieux: la conscience est pure, et revêt une multitude de masques. Les masques se manifestent puis disparaissent, spontanément. Leur permettre de perdurer est le propre de l'individu, asservi au mental et à ses tortueux méandres.

Chémi Padova a dit…

Quand le programme démarre dans le film, il a déjà de sacrés bonnes bases. Ce qui lui permet un très bon développement.
Hum,ce n'est pas toujours notre cas.
:-)
On pourrait tenter autant que possible de se mettre sur cette même ligne de départ avant d'aller trop loin?

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