dimanche 7 septembre 2014

La voie de l'amour est-elle toujours celle de... l'amour ?


J'aime beaucoup le soufisme. Loin des égorgements, des massacres et du totalitarisme que certains égarés Occidentaux (oh les vilains !) attribuent aux pauvres Musulmans persécutés, les soufis sont gentils. Ils prouvent que l'islam est une religion de paix. Lisez ces propos sur l'anéantissement du moi. N'est-ce pas là l'essence de toute spiritualité ? Ah, comme c'est beau ! Mais lisons :

« Le plus juré de tes ennemis est ton “moi” qui se trouve entre tes flancs » [dit un hadith…]. Il est pire que tous les ennemis, plus grand que toutes les idoles : […] « La mère des idoles est celle de votre “moi” » [dit un vers de Rûmî]. De toutes les idoles, c’est celle-ci que l’homme sert le plus […] et tant qu’il ne l’a pas détruite, il ne peut devenir divin. Il ne peut y avoir en même tant l’idole et Dieu, il ne peut y avoir en même temps égoïsme et divinité. Tant que nous ne nous sommes pas […] détournés de cette idole et tournés vers Dieu, […] nous sommes en réalité idolâtres, même si en apparence nous adorons Dieu. En parole nous disons « Dieu » et ce qui est dans notre cœur c’est nous-mêmes. Nous voulons Dieu aussi pour nous-mêmes !
Sans cet amour de soi et cet égoïsme, l’homme ne dénigrerait pas les défauts des autres. Ces dénigrements que nous faisons les uns envers les autres sont tous parce que nous sommes à nos yeux très bons et justes et qu’en raison de cet amour de soi que nous avons, nous nous considérons nous-mêmes comme un homme parfait et tous les autres comme défectueux, et nous critiquons leurs défauts. Dans une poésie que je ne veux pas citer, un monsieur fait des reproches à une femme d’un certain genre et elle lui répond : « Je suis tout ce que tu dis, mais toi, es-tu tel que tu parais ? »
Tous les actes de service divin sont un moyen, toutes les prières sont un moyen, tout cela est un moyen pour que se révèle en l’homme le meilleur de lui-même, pour que ce qui est en puissance et qui est l’essentiel en l’homme s’actualise et qu’il devienne humain, pour que l’homme en puissance devienne un homme en acte, pour que l’homme naturel devienne un homme divin, de sorte que tout en lui devienne divin et qu’en tout ce qu’il voit, il voie la Réalité divine. Les Prophètes aussi sont venus pour cela, eux aussi sont des moyens. Les Prophètes ne sont pas venus pour constituer un gouvernement : que voudraient-ils bien en faire ? […] Ils instaurent aussi un gouvernement, qui est gouvernement juste, mais là n’est pas l’objectif : tout cela, ce sont des moyens pour que l’homme arrive à un autre niveau, et c’est pour cela que les Prophètes sont venus.

"Mais tant que l’homme est voilé par son ego et préoccupé par lui-même, […] sa nature essentielle reste voilée. Pour passer cette étape, il faut, en sus du combat intérieur [contre soi-même], être guidé par la Réalité sublime. […]
“O mon Dieu ! accorde-moi de totalement me consacrer à Toi et illumine les regards de nos cœurs par la clarté d’un regard vers Toi, afin que les regards des cœurs traversent les voiles de lumière, parviennent à la source de l’Immensité et que nos esprits soient rattachés à la toute-puissance de Ta sainteté ! O mon Dieu ! Fais de moi quelqu’un que Tu appelles et qui réponde à Ton appel, quelqu’un que Tu regardes et qui tombe foudroyé par Ta majesté, quelqu’un avec qui Tu t’entretiens dans l’intimité…”.
Cette consécration totale consiste à sortir de l’étape de l’ego et de ce qui s’y rapporte. […] C’est là un don divin à Ses proches amis dévoués qui intervient après qu’ils soient tombés foudroyés par la Majesté divine, dès lors qu’Il a porté sur eux un coin de Son regard […] L’entretien intime de la Réalité divine avec Ses serviteurs d’élite ne prend forme qu’après qu’ils aient été foudroyés et que la montagne de leur propre existence ait été pulvérisée […]
Ma fille, l’infatuation et la suffisance viennent d’une ignorance extrême de sa propre nullité et de l’immensité du Créateur. Si l’on réfléchit un tant soit peu sur l’immensité de la création, dans la mesure où l’humanité est parvenue jusqu’à présent, avec tous les progrès de la science, à en connaître une infime partie, on prendra conscience de sa propre nullité et de celle des systèmes solaires et de toutes les galaxies ; on saisira quelque peu l’immensité de leur Créateur ; on aura honte de son infatuation, de son égoïsme et de sa suffisance ; et l’on se sentira bien ignorant."

Et outre ces propos dignes des plus profonds gnostiques, ce soufi sublime a aussi écrit ces vers. Ne s'adressent-ils pas directement au Coeur ? Laissons-nous bercer :

         Épris je fus, ma mie, de la mouche à tes lèvres
         Je vis ton œil languide et en fus alangui.
L’Amie n’a pas passé la porte et ma vie touche à sa fin,
C’est le bout de mon histoire et ce chagrin n’a pas pris fin ;
La coupe de la mort en main, je n’ai point vu celle de vin,
Après tant d’années passées, de l’Aimée nulle bonté ne vint.


Un nœud s’est défait de la tresse emmêlée de l’Aimée,
Tout comme un jeune amant, le vieil ascète est à Ses pieds.
Au calice de Ta grâce, j’ai bu une goutte de vin,
Alors mon âme s’est noyée dans la vague de Ton chagrin. […]
Aux drilles de la taverne est venue l’annonce de l’union,
Aussitôt ce fut le tumulte, danse et joie à l’unisson.

C’est dans la voie d’Amour qu’il faut chercher à jouir 
Et l’engagement pris, il te faut le tenir ! 
Tant que tu es toi-même, point d’union à l’aimée ! 
Moi-même doit s’éteindre dans la voie de l’aimée.

En me demandant une lettre gnostique, Fâti
Exige le trône de Salomon d’une fourmi
A croire qu’elle ne l’a pas entendu
Dire “certes nous ne T’avons point connu”
L’homme de qui l’ange Gabriel, envieux,
Mendiait le Souffle du Miséricordieux



L’échanson, coupe à la main, a éveillé mon âme :
A la taverne des amants, je suis devenu serviteur,
Cet amant ivre a fait de moi, de cette cour, le serviteur.
Le rossignol du Paradis, vers l’Amie n’avait pas de voie,
Ma chance fut cet égayeur qui m’a orienté sur la voie.
Le soufi comme le gnostique sont bien loin de cet endroit :
De l’égayeur prends le calice et, vers la pureté, va droit.
Au seuil de ce maître mage, désormais je reste attaché,
Qui d’une seule gorgée de vin, des deux mondes m’a rassasié ;

Ce fut bien mon bonheur que le maître tavernier, de sa main,
M’a subjugué, qu’il m’a anéanti, et puis qu’il m’a éteint ;
Je suis le serviteur de mon maître qui, de par sa bonté,
M’a rendu absent de moi-même, et tout entier bouleversé. 

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