mardi 10 février 2015

Une conscience sans dualité n'est pas une conscience

Tout passe dans l'espace qui ne passe pas


Souvent on accable le "mental" de tous les défauts. "La pensée est votre ennemie !" disait U.G. Krishnamurti. La pensée (l'imagination, les souvenirs, les actes conscients), engendrent une dualité, c'est vrai. Une séparation. Quand je prend conscience que j'ai un corps, je ne suis plus le corps, je ne fais plus corps avec le corps, pour ainsi dire. 
Mais si le but de la vie spirituelle se réduit à cela, alors nous en faisons déjà tous l'expérience. En effet, dans le sommeil profond, je suis être pur, pure unité donc sans aucun dualité, sans aucune séparation. Mais je ne le sais pas. Du coup, quand la pensée revient, je ne suis guère plus éveillé. C'est une expérience d'unité, mais inutile, car sans conscience. Or, la conscience semble aller de paire avec la dualité. Comme le dit le philosophe Alain dans ce texte :

"Dans le sommeil, je suis tout ; mais je n'en sais rien. La conscience suppose réflexion, division. La conscience n'est pas immédiate. Je pense, et puis je pense que je pense, par quoi je distingue Sujet et Objet, Moi et le monde. Moi et ma sensation. Moi et mon sentiment. Moi et mon idée. C'est bien le pouvoir de douter qui est la vie du moi. Par ce mouvement, tous les instants tombent au passé. Si l'on se retrouvait tout entier, c'est alors qu'on ne se reconnaîtrait pas. Le passé est insuffisant, dépassé. Je ne suis plus cet enfant, cet ignorant, ce naïf. ce moment-là même j'étais autre chose en espérance en avenir. La conscience de soi est la conscience d'un devenir et d'une formation de soi irréversible, irréparable. Ce que je voulais, je le suis devenu. Voilà le lien entre le passé et le présent, pour le mal comme pour le bien. Ainsi le moi est un refus d'être moi, qui en même temps conserve les moments dépassés. Se souvenir, c'est sauver ses souvenirs, c'est se témoigner qu'on les a dépassés. c'est les juger. Le passé, ce sont des expérience que je ne ferai plus. Un artiste reconnaît dans ses oeuvres qu'il ne s'était pas encore trouvé lui-même, qu'il ne s'était pas encore délivré ; mais il y retrouve un pressentiment de ce qui a suivi. C'est cet élan qui ordonne les souvenirs selon le temps."

Mais alors que devient notre soif d'unité ? Est-elle vaine, une illusion ?

Non.

Mais il faut vivre la dualité dans l'unité : les pensées émergent, vivent et meurent dans le silence.

L'unité seule repose, puis ennuie.

La dualité seule excite, puis épuise.

La non-dualité, c'est vivre la dualité, mais sur fond d'unité. C'est vivre comme tout le monde, avec passé, avenir, imagination, mémoire, plaisir, douleur : mais en faisant attention au fait que tout ceci va et vient dans la conscience une, aussi une maintenant que quand je n'avais conscience de rien.
Même en cet instant, je suis tout. Mais je le sais.

"Ah, mais alors", dira-t-on, "c'est devenu une pensée !" Oui et alors ? Enfin oui et non. Oui je peux dire "je suis tout", mais non, cette compréhension ne se réduit pas à ces mots. Elle peut s'exprimer ainsi, autrement ou pas du tout, mais elle ne dépend pas des mots. Les mots dépendent d'elle. 

La clef est toujours la même : revenir à l'espace de conscience qui englobe tout et son contraire.  

2 commentaires:

Micheline Laporte a dit…

Bonjour David,

Oui, c'est très important de saisir cette base "la Conscience sans dualité n'est pas une Conscience" comme vous le disiez si bien lors de vos derniers articles, Shiva et Shakti sont inséparables !

À la suite de votre dernier article, Mâyâ est-elle une perfide séductrice ou l'amour absolu,j'aimerais connaître votre commenaire ?


Micheline

Dubois David a dit…

Les deux mon capitaine !
Mâyâ est la magie. La magie de tout. La magie de tout gagner. La magie de tout perdre. Mâyâ est le cœur. Mais assurément, je ne suis pas avec Shankara sur ce coup de renoncer à la vie et fuir le monde. Pour moi, le monde est réel, Mâyâ est une sublime tromperie. Donc l'amour, oui.

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