lundi 26 octobre 2015

La contemplation selon un moine marseillais

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Dans la vie quotidienne, nous méditons déjà. Et nous aimons, et nous pratiquons déjà tout ce qui se pratique dans la méditation. Seulement, nous nous trompons d'objet : nous y méditons des êtres et des choses qui ne peuvent nous combler, car elles ne font que refléter plus ou moins la Lumière incréée. Et pourtant, quels efforts, quelle énergie et combien de temps nous leur consacrons ! Si nous pouvions nous convertir au véritable objet de nos désirs, et être aussi ardents en lui qu'en les choses qui nous tracassent d'ordinaire, nous plongerions sans tarder dans l'océan de la plénitude.
Comme le fait remarquer avec malice ce moine de Provence :

"Je dis qu'il n'y a personne qui ne sache très bien faire tout ce qui se fait dans la méditation : les jeunes et les vieux, les ignorants et les savants, les pauvres et les riches. Et vous serez surpris si je vous dis que cet avare, que ce libertin, que ce cavalier, et que cette jeune demoiselle qui se plaît à la belle compagnie et qui ne s'emploie qu'à dérober des cœurs à Dieu, tous ceux-là sont très propres à bien faire l'oraison et tous savent très bien faire la méditation. Mais vous serez encore plus surpris si je vous dis que non seulement ils savent, mais encore qu'ils font très bien chacun à sa mode, puisqu'il n'est pas un de ceux-là, qui ne fasse pour plaire au monde tout ce qu'on fait pour plaire à Dieu dans la parfaite méditation.
Car dites-moi : cette jeune délicate ne sait-elle pas très bien l'art d'aimer et de se faire aimer ? Or pour bien et parfaitement méditer, le tout consiste à aimer et à se faire aimer. Si l'on considérait que l'oraison est une union, où la volonté étant élevée par la grâce et enflammée des lumières de la foi n'a pas besoin des autres puissances, où la perfection ne se trouve que dans le repos, l'on ferait connaître à cette âme qu'elle peut aimer, et qu'elle peut être unie avec Dieu sans la participation des puissances sensibles. Et que lorsque sans son congé elles s'unissent avec les créatures, l'âme ne doit pas sortir de son fond, où elle est unie avec son bien-aimé, pour arrêter une imagination qui se plaît dans le changement.
On lui dirait que l'oraison est une école où il faut apprendre peu à peu à ne rien faire. Et qu'une des belles leçons qu'on y fait est de souffrir la suspension des opérations naturelles. On lui ferait comprendre qu'il peut y avoir des excès aux actes mêmes de la volonté. On lui ferait concevoir que, comme dans un bassin plein d'eau claire, le moindre mouvement empêche que le soleil ne s'y représente parfaitement. QU'ainsi ces empressements durant les attraits divins, cette multitude d'actes, ces épanchements, ces aspirations, ces élancements, cette grande activité sont des mouvements qui empêchent l'époux sacré d'achever ses plus belles unions dans le fond de l'âme, où il ne demande que le repos et un entier abandonnement."
Alexandrin de la Ciotat, Le parfait dénuement de l'âme contemplative, 1680

Même dans les actions quotidiennes, nous pouvons laisser la Source agir en nous : telle est la véritable in-action.

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