samedi 21 novembre 2015

Les anti-Lumières

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"Les extrêmes se rejoignent". A travers ce cliché, une vérité transparaît : de fait, les opinions des extrémistes politiques convergent sur bien des points, en plus de leur extrémisme. C'est l'une des raisons qui expliquent la confusion des esprits en ce jour où les démocrates sont traités de fascistes, et où des fascistes déguisés en prédicateurs spirituels sont pris pour des cœurs généreux.

La haine de la démocratie est devenue courante. Le mépris de la raison est à présent l'un des piliers de la spiritualité. "Intellectuel" compte parmi les insultes les plus fréquentes. La science n'est mentionnée que pour être rabaissée à des supestitions faribolesques. Crachez sur l'Occident, berceau des Droits de l'Homme, et vous serez certains d'avoir droit à des sourires approbateurs... Et la liste est encore bien longue.
Jamais une civilisation ne s'était haïe comme la notre se hait. Je ne connais aucun autre exemple de tels penchants suicidaires.

L'une des sources de cette mortelle confusion est le mouvement des anti-Lumières, né en même temps que les Lumières, au XVIIIème siècle. Y ont germé le relativisme, l'antirationnalisme et la haine de la liberté que l'on retrouve dans les esprits de vous et moi.

Voici un extrait d'un livre sur ce mouvement, un passage qui résume clairement la vision anti-Lumières, et dans lequel vous reconnaîtrons, tous, au moins une de nos opinions :

"Selon les théoriciens [des anti-Lumières], l'éclatement, la fragmentation et l'atomisation de l'existence humaine, engendrée par la destruction de l'unité du monde médiéval, sont à l'origine de la décadence moderne. On déplore la disparition de l'harmonie spirituelle qui faisait le tissu de l'existence de l'homme médiéval et détruite par la Renaissance pour les uns, par la Réforme pour d'autres. On regrette le temps où l'individu, dirigé jusqu'à son dernier soupir par la religion, laboureur ou artisan ne vivant que pour son métier, à tout instant encadré par la société, n'avait d'existence que comme rouage d'une machine infiniment complexe dont il ignorait la destinée. Ainsi, courbé sur la glèbe sans poser de questions, il remplissait sa fonction dans la marche de la civilisation humaine. Le jour où, de simple pièce d'un mécanisme sophistiqué, l'homme est devenu individu possédant des droits naturels, est né le mal moderne... [Depuis le XVIIIè jusqu'au XXè] l'objectif reste la restauration de cette unité perdue."

Dans cette perspective, le libre-arbitre n'existe pas, l'homme n'est qu'un produit de la société, de l'histoire, de la tradition. il n'est que son passé. Tout élan créateur, toute initiative pour changer ce monde sont dénigrées. Toute révolte est moquée. Toute tentative pour bâtit une pensée autonome, pour se faire un jugement, sont condamnées. Et tout est relatif :

"La relativité des valeurs constitue un aspect capital de la critique des Lumières et les ravages que fera ce concept seront considérables. C'est bien cette autre modernité qui engendre la catastrophe européenne du XXème siècle."

Je suis d'accord sur ce verdict.

Et l'on peut refuser le communautarisme, le multiculturalisme et la disparition des frontières nationales, sans être un fasciste. C'est même tout le contraire ! Ceux qui nient la réalité de la personne, nient logiquement celles des nations, celle de l'homme, celle de l'humain, et sont responsables des totalitarismes et autres islamo-fascismes.
Contre le communautarisme (la revendication de droit différents), je choisis le pluralisme (le droit à la différence), à condition de bien rester ancré dans des valeurs absolues, car :

"en soi le pluralisme ne s'identifie pas nécessairement au relativisme. Mais le pluralisme débouche sur le relativisme quand il nie l'existence de valeurs absolues, ou quand au nom de l'égalité de toutes les valeurs il finit par affirmer l'impossibilité d'un choix entre ces valeurs".

C'est exactement ce à quoi on assiste depuis un demi-siècle, notamment à cause de l'influence des post-modernes obscurantistes, les dérridéens et autres gogos.

Les passages cités sont extraits de Zeev Sternhell, Les anti-Lumières, folio histoire, pp. 29-31.

P.S. : toute ressemblance de ces idées anti-Lumières avec celles de personnages existants des milieux spirituels, non-dualistes ou autres, est loin d'être fortuite...

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