samedi 30 avril 2016

La vibration de la conscience selon le Dalaï Lama



Un livre vient de sortir du Dalaï Lama sur la méditation dzogchen. 
Le point-clé est le même que dans la tradition du cœur (kula), aussi appelée "shivaïsme du cachemire" : reconnaître l'intervalle entre deux pensées, se familiariser avec cette conscience transparente, puis reconnaître que les pensées, émotions, sensations, n'existent pas en dehors d'elle, mais surgissent d'elle, en elle, comme le jeu de cette conscience.

On peut découvrir cette conscience nue suite à un choc :


"Lors d'un choc, l'activité mentale s'arrête soudain. Par 

exemple, quand un chien aboie près de vous, vous êtes

 choqué au point de ne plus pouvoir penser, atterré... vous

 êtes alors délivré des pensées...mais sans tomber dans les

 pommes. Le champs de votre conscience est au contraire 

très clair....

Entre une pensée et la suivante, la continuité de la claire 

Lumière est ininterrompue." (p. 58)


Quand une pensée disparaît, c'est comme la mort, l'endormissement, l'orgasme ou l'éternuement. La seule différence est que, durant la méditation, nous reconnaissons que cette pensée disparaît dans la conscience nue, comme une vague dans l'océan, dit le Dalaï Lama. Puis, les pensées sont reconnues comme la vibration ou le jeu de la conscience :

"Si vous pouvez reconnaître tous les phénomènes comme le jeu, la vibration, ou l'effervescence de cette conscience intime qui surgit d'elle-même, il vous sera facile de voir que les phénomènes n'existent pas en eux-mêmes. Quand vous reconnaissez la conscience intime, aussi appelée 'vérité ultime', et que vous déterminez que tous les phénomènes du samsara et du nirvana sont sa manifestation, alors de ce fait vous comprenez que tous les phénomènes n'ont qu'une existence nominale, comme disent les textes philosophiques."

Ces "textes philosophiques", ce sont les textes de Nâgârjuna. 
Donc le dzogchen, donc le shivaïsme du Cachemire, pointent vers la même compréhension : reconnaître que tout est la manifestation d'une conscience sous-jacente permanente, qui n'est pas le produit de causes et de conditions, une conscience absolue.

Deux remarques au passage : 
1 - Le Dalaï Lama congédie ainsi le bouddhisme, ou en tous les cas ceux qui, parmi les Bouddhistes, voudraient nous faire croire que "l'absence d'existence propre" est le fin mot du dharma du Bouddha, à l'encontre de tout un pan du bouddhisme que ces gens, aveuglés par leur foi, se refusent à considérer.
2 - Le Dalaï Lama est très courageux. D'une bravoure incroyable même, du moins pour un personnage chargé de ses responsabilités. Car en disant tout cela, il trahit son école, l'école Guélouk, lui préférant la vérité. Ses déclarations ont du reste entraîné la querelle de Shougden, lors de laquelle un moine fut poignardé en pleine nuit non loin de la résidence du Dalaï Lama...

La différence principale entre dzogchen et tradition du Cœur est que cette dernière explore bien davantage cette idée de "jeu", ainsi que le rapport entre la conscience et ses manifestation, dans la notion de liberté.



Quoiqu'il en soit, le Dalaï Lama est un homme admirable, et je recommande chaudement ce livre, d'une clarté qui n'a d'égale que sa profondeur.


9 commentaires:

Zwyn a dit…

Le site de bouddhanar qui est à 101% anti Tenzin Gyatzo n'a pas vraiment le même éclairage. Ce site étant anti dalaï lama mais pas anti-doctrinnaire.

Pour ma part, ignorant total en la matière, il serait plus que malvenu de me positionner. C'est à simple titre d'information et bien amicalement que je vous le communique en vous remerciant pour la qualité de votre site.

Philippe a dit…

@Zwyn : le problème en France vient des réminiscence des combats anti-cléricaux communistes qui, s'ils avaient une certaine pertinence en France il y a un siècle, ne peuvent absolument pas être transposés aux autres pays.

Les anti-Dalaï Lama qui, tels un Mélenchon, promeuvent l'autonomie des peuples, refusent dans la foulée au peuple tibétain toute autodétermination, perdus qu'ils sont dans le paradoxe de l'idéologie déracinée.

Au passage, le Bouddha historique était certes un révolutionnaire de la pensée, mais certainement pas un anarchiste.

Carlos Echarri a dit…

Bon soir, David,
Quand tu dis que l´absence d´existence propre ne serait pas la fin mote du Boudhisme
tu veux dire par ça la idée de la non existence du moi conscient?
Et sur ce même probleme, qu´est-ce que tu consideres sur l´école du Tokio, de Kitaro Nishida, Hajime Tanabe et des autres? Je crois que c´est du Boudhisme qu´ils ont pris la idée du non moi et de la Metanoia.

Renaud a dit…

@ Carlos : je n'ai pas compris moi non plus quel est l'enjeu.
En tout cas ce n'est pas l'existence d'un moi conscient que personne de sensé ne reconnait.
Il me semble que la question est celle du fond de la réalité qu'on pourrait appeler le Réel et de savoir si le Réel est néant ou s'il est conscience sans objet qui est conscience infinie.

Renaud a dit…

@ Carlos : je n'ai pas compris moi non plus quel est l'enjeu.
En tout cas ce n'est pas l'existence d'un moi conscient que personne de sensé ne reconnait.
Il me semble que la question est celle du fond de la réalité qu'on pourrait appeler le Réel et de savoir si le Réel est néant ou s'il est conscience sans objet qui est conscience infinie.

Dubois David a dit…

"L'absence d'existence propre" des personnes et des choses.
Je ne connais pas bien l'école de Tokyo.
Le bouddhisme ne dit pas qu'il n'y a pas de "moi conscient" - ce que nul moi conscient censé ne saurait nier ;) - mais qu'il n'est pas ce que l'on croit.
Quant aux gauchistes...
L'enjeu est de savoir s'il y a une conscience permanente, transparente, bienheureuse, qui est le Soi, ou bien si tout est impermanent, impur, douloureux, dépourvu de Soi.
Le dzogchen répond clairement qu'il existe une conscience permanente et bienheureuse, bien loin de Nâgârjuna, d'ordinaire présenté comme le plus grand philosophe bouddhiste. Comme dit le Dalaï Lama :
"L'esprit indestructible est affirmé comme vérité ultime. Cette vérité ultime n'est pas affirmée à partir de la vision de l'école Madhyamaka [pour qui tout est produit de causes et conditions]. Bien plutôt, elle est la conscience intime, la claire lumière sans commencement ni fin, le fondement de tous les phénomènes. Par-delà toute condition, elle est la vérité ultime. Les vérités conventionnelles sont son jeu, ses manifestations, son effervescence, ses formes grossières". (The Heart, p. 120). La philosophie de la Reconnaissance ne dit pas autre chose : il existe une conscience absolue qui n'est pas le produit de causes et de conditions, mais qui est elle-même la cause et la condition d'icelles.

Carlos Echarri a dit…

Pardon, je voulais dire l´école de Kyoto.

Dubois David a dit…

Tokyo...Kyoto...
Tout est mental ;)

Renaud a dit…

David Dubois dit : "Le bouddhisme ne dit pas qu'il n'y a pas de "moi conscient"".

Ben si justement le bouddhisme le dit, tout comme le shivaïsme du Cachemire le dit.

Le Soi n'est pas un moi mieux compris ou un super moi ou un supra moi.

Si c'était le cas il y aurait une continuité entre le moi et le Soi, or il y a un abyme.

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