samedi 13 août 2016

Ce que la parole donne au silence

Quand je médite le silence, je reconnais tôt ou tard que la parole y ajoute. Sans l'effort d'articulation, le silence resterait lettre morte, comme endormi. 
Chaque inspir est un coup frappé sur cette cloche intangible de l'espace sans limites, chaque expir est un aveux, où le sans-nom donne son nom, offrant ainsi son intimité. 
La parole est donc nécessaire. Parole et silence sont inséparables comme vagues et mer.



Lavelle poursuit une méditation parallèle dans ce beau passage 

Il semble que la parole n'apporte aucun accroissement à la pensée, non plus que la création à la perfection du créateur : et pourtant, sans elles deux, il semble que la pensée sommeille et que le créateur se repose. De part et d'autre nous trouvons une richesse surabondante qui aspire à se répandre dans une générosité sans mesure. De part et d'autre on ne possède rien de ce qu'on garde et tout de ce qu'on donne. Rien ne peut appartenir à la pensée ni à Dieu que tous les êtres n'y participent. On reconnaît ici le caractère des choses infinies qui est de ne rien pouvoir ajouter à ce qu'elles sont et pourtant d'y ajouter toujours.
Louis Lavelle, La parole et l'écriture, I, III, 3

Ici, le silence n'est pas une absence d'objet ou de bruit entre deux présences de bruit, mais un ressenti vibrant, gros, immensément gros, de toutes les paroles, des toutes les inflexions possibles. Ce thème est vital aussi bien dans le christianisme que dans le shivaïsme, qui sont deux théologies de la Parole, du Verbe. 
Quel intérêt pratique ? Il est grand ! Il est de me faire reconnaître la valeur des mots. Il n'y a pas de vie intérieure sans une langue pour l'exprimer. Mais ceci va beaucoup plus loin encore ! La parole, en effet, n'est pas un simple "outil" (!) au service de je-ne-sais-quel silence abstrait, mais la chair même du silence, le Corps de l'Immense, l'intérieur de l'intérieur. La relation entre l'infini et le fini est aussi mystérieuse et réjouissante que celle entre le corps et l'âme. Et l'esprit. C'est là toute notre vie, à chaque instant. La parole n'est pas un événement épisodique. Bien plutôt, la Parole est l'Evènement donc tout événement est un épisode. 

L'Histoire est une Parole.

Et donc le silence est dialogue. Point d'unité sans dualité. Qu'est-ce ? Eh bien ! cela se donne en chaque instant. A vous, à chacun de l'exprimer, loin des stéréotypes castrateurs et des clichés d'une pseudo-spiritualité fatiguée. 


2 commentaires:

Samuel Jogue a dit…

En parlant de spiritualité fatiguée, je me demandais l'autre jour en entendant des gens commenter un gain au loto et ce que cela leur ouvrirait comme possibilités : ne suis-je pas bien plus riche encore que l'argent ne fait rendre riche ? Riche de quoi, au juste ? De la vie qui, en moi, être vivant et conscient, se donne à jouir d'elle-même. Et la vie inclut tout (l'unité) en le faisant fructifier à l'infini des différences (la dualité) qui permettent d'innombrables expériences : aucune expérience n'est l'essentiel, mais l'essentiel est en chaque expérience sans exception, aucune n'étant possible sans lui. On est là, à faire des efforts pour cultiver une spiritualité, mais c'est tellement réducteur, et puis, la vie est-elle un effort ? Alors, si on faisait le saut dans notre "vraie nature" et qu'on se conduisait pour de bon en hommes incommensurablement riches ? Si on abandonnait tout joug et qu'on jouissait de la chance extraordinaire d'être vivant et conscient ? Toutes les portes nous sont ouvertes : il n'y a plus qu'à visiter le château et en prendre plein les mirettes !

Dubois David a dit…

Oui. Tout est possible. Ou presque :)

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