lundi 29 août 2016

La méditation selon le shivaïsme dualiste

L’Éternel Shiva - forme de Shiva visualisée principalement dans la tradition du Shaiva-Siddhânta


"Shivaïsme du Cachemire" est une appellation impropre, car 
1) ces traditions ont existé ailleurs qu'au Cachemire
2) d'autres traditions shivaïtes  ont existé au Cachemire, par exemple le shivaïsme dualiste, le Shaiva Siddhânta (à ne pas confondre avec la tradition de langue tamoule du même nom).
Pour ne pas s'y perdre, il est donc préférable d'employer les appellations que ces traditions elles-mêmes employaient pour se désigner. C'est ce que je me suis efforcé de faire depuis des années.

Le Shaiva Siddhânta, ou Doctrine de Shiva est une tradition shivaïte dualiste dans la mesure où elle considère que Shiva est éternellement séparé des âmes des créatures. Quand un humain atteint la délivrance, il ne devient pas Shiva, mais il devient égal à Shiva, omniscient et omnipotent comme lui.

Comment ?
Par l'initiation, le rituel quotidien et le yoga.

Au cœur du yoga se trouve la méditation.
La méditation peut prendre un support, une image visualisée de Shiva, par exemple blanc, avec dix-huit bras, etc. Mais, comme le dit Shiva lui-même dans le Mrigendra Tantra :

"La méditation (=la visualisation) ne peut jamais atteindre la forme suprême du Grand Seigneur. Celle qu'elle projette est trompeuse, car elle comporte une variété d'aspects. Comment donc l'esprit pourra-t-il se reposer en lui ?" (MT, yogapada, 54, trad. M. Hulin)

Un tantra non-dualiste, le Vijnâna Bhairava Tantra, ne dit pas autre chose. 

Il faut donc passer à une méditation "sans support" :

"Comment l'Omnipotent qui vient sans cesse en aide à toutes les créatures en revêtant toutes les formes pourrait-il être soumis à une règle quant à sa forme ?
On doit donc méditer encore et encore sur tout ce qui apaise le mental, imaginant (n'importe quel) lieu, forme et dimension." (ib. 58, mais ici je suis plutôt la traduction de Sanderson)

Le commentateur, le Cachemirien Bhatta Râmakantha, ajoute une citation du Tantra du Seigneur Suprême :

"Il n'y a ni sens, ni souffle,
ni mental, ni intellect, ni désir.
Je n'existe pas, personne n'existe (Hulin traduit : "je ne suis ni moi ni un autre").
Qui (médite) ainsi détruit le mental.
Ô Mère des Ganas !
vraiment, cette destruction du mental
est l'accomplissement ultime."

Plus loin (ad 61-62), le commentateur précise

"Par cette méthode de yoga, le yogi fait l'expérience de l'expansion de sa vraie nature".
Il devient omnipotent et omniscient comme Shiva.
Un certain maître Avadhûta est enfin cité :

"De même que les minéraux transformés en or,
grâce au mercure,
ne reviennent pas (à leur ancien état),
de même ceux qui sont inspirés par cet enseignement
ne renaissent pas."

Voilà pourquoi, conclut Shiva, cet voie sans modes ni règles fixes ne doit pas être partagée avec n'importe qui. Le yogi vit alors sur terre dans la gloire, plein de puissance et de liberté.

Comme on peut le constater, ce yoga dualiste n'en est pas moins très audacieux, puisqu'il prône une transformation d'abord imaginaire en Dieu, où l'adepte finit par devenir... son égal !

Ce texte a été traduit en français par M. Hulin, et en anglais par Sanderson, ici.

1 commentaire:

Carlos Echarri a dit…

Merci pour ce texte de Sanderson un des vraies divulgateurs du Shivaisme, en un monde intéllectuel des pretendues divulgateurs du Shivaisme, comme de un certain polytheisme hindoue: cela montre vraiment que le hindousme est plutôt un monotheisme que un polytheisme. Dieu ne pêut pas étre confondue avec une forme parce qu´il est tous les formes, parce qu´il n´a pas des formes, pour Sprit, non comme l´Être de Parmenides, mais comme le sat-cit-ananda, comme conscience, unique et pluriel.

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