mercredi 21 décembre 2016

Les visages de la Koundalinî

Dans la tradition de la Triade, branche de l'arbre de la tradition du Cœur, la Koundalinî est l'énergie cosmique, l'énergie vitale et l'énergie de la conscience. L'éveil de la Koundalinî est la reconnaissance que ces trois aspects n'en font qu'un.



Concrètement, il y a deux pratiques : la Koundalinî "du haut" et celle "du bas".

La Koundalînî "du haut" (oûrdhva) est l'écoute du souffle, l'attention à la sensation du va-et-vient du souffle dans les narines. Le yogi ressent l'expir qui part  du Cœur, au centre de la poitrine, pour aller mourir à "douze largeurs de doigts" de l’extrémité du nez.  Ce trajet fait trente-six largeurs de doigts, mesurés d'après le propre corps du yogi. A ce stade, l'énergie Koundalinî est "endormie", courbé, l'énergie est extravertie, fragmentée, inattentive, oublieuse d'elle-même et courbée : le trajet du souffle fait un crochet, il monte, puis il va se perdre vers l'extérieur. L'attention est comme happée par les choses, l'énergie est perdue. Puis l'énergie revient avec l'inspir, dans le Cœur. Ce va-et-vient, plus ou moins ample selon l'intensité de l'activité, symbolise la dualité, le tiraillement permanent entre l'intérieur et l'extérieur, entre la conscience et le monde, entre l'acceptation et le rejet, entre avaler et vomir, entre le "oui" et le "non", et ainsi de suite. Selon la tradition, l'énergie circule alors dans deux canaux qui entourent, comme un caducée, le canal central de la pleine conscience. Ce canal ne disparait pas, car la conscience ne disparaît jamais, sans quoi l'expérience de la dualité elle-même deviendrait impossible ! Mais les deux canaux latéraux, dits "du soleil et de la lune", font comme des noeuds autour de cette conscience originelle. La conscience qui est notre nature véritable est ainsi prisonnière de sa propre énergie sauvage. Du coup, elle dort et elle est voûtée, courbée, contractée, recroquevillée.
Par l'attention à la fin de l'expir et à la fin de l'inspir, l'énergie se réveille. Le ressenti change : peu à peu, l'énergie se "redresse" comme un feu qui s'allume et se lance à la verticale. L'espace au-dessus de la tête s'éveille, prend vie, devient de plus en plus sensible. L'énergie-conscience se détend, se redresse. En parallèle, le va-et-vient de la respiration dans les narines se fait plus doux. Il s'amenuise, s'allège. Les intervalles entre les respirations deviennent conscients. Chaque instant de repos attentif dans ces intervalles est comme un coup de soufflet sur les braises, et alors la conscience "se met à cracher des étincelles" : l'énergie s'allume, s'ouvre vers sa plénitude. Il y a comme des chatoiement de fraîcheur, des reflets de lumière, qui s'expriment différemment selon les cinq sens. Puis le feu s'allume, les pensées et l'imagination se calment. L'énergie s'élance vers le haut, à la verticale telle une flamme vive. Peu à peu, les "nœuds" se dénouent, la conscience bâille et se relaxe. Le ressenti s'élargi vers le haut et dans toutes les direction.
 La conscience s'unit à l'espace, la Déesse rejoint le Dieu.
Puis l'énergie se contracte de nouveau, la conscience rentre dans le corps et les choses comme dans un gant. Mais le parfum de l'infini demeure. Au fur et à mesure que cette expérience se répète, ce parfum devient de plus en plus persistant, jusqu'à l'emporter sur tous les autres. Tout devient alors harmonieux et comme homogène, mais sans uniformité.

Telle est, selon Abhinava et la tradition orale de la Triade, la pratique de la Koundalinî "supérieure".

Pour la pratique "vers le bas", j'en parlerai un peu plus tard.

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