dimanche 30 juillet 2017

Qui pense ? Qui veut ?

Selon le matérialisme scientifique, c'est le cerveau qui pense.
Selon le non-dualisme impersonnel contemporain, c'est aussi le cerveau
qui pense, entouré d'autres facteurs, tels que l’environnement.
L'individu n'agit pas, ne pense pas. C'est une illusion.
L'illusion de l'ego.



Selon la Reconnaissance, c'est la conscience qui pense.
Car penser est une action.
Or, seul un agent peut agir.
Et être un agent suppose d'être libre.
Mais seule la conscience est ainsi libre,
ce qui est prouvé par l'expérience.
Le cerveau, en tant que chose inerte privée de spontanéité,
est incapable de "faire" quoi que ce soit,
impuissant à agir.
Donc il n'y a que la conscience qui agisse.

Quand je pense, c'est la conscience qui pense.
"Moi", c'est la conscience.
Mais l'individu est-il libre ?
Non, en ce sens que seule la conscience agit.
Si l'individu n'est qu'un objet (corps, pensées),
alors il est incapable d'agir.
Quand moi, David, je veux, c'est en réalité la conscience qui veut.

Plus profondément,
la conscience joue à être David, et à vouloir ce que David "veut".
Non pas en consentant à ce que veut l'individu,
mais en étant, purement et simplement,
"sa" volonté, qui n'est en vérité que 
la créativité de la conscience absolue.
Donc en tant qu'individu je suis libre,
puisque je suis la conscience qui joue à être cet individu.
Cependant, je ne suis pas libre tant que je ne réalise pas cela.
C'est seulement quand je réalise que je ne suis pas que David
que David, en un sens, agit, comme quand un acteur joue bien
un personnage parce qu'il ne perd pas conscience 
qu'il est aussi un acteur qui joue ce personnage.

Mais finalement, c'est la conscience qui agit.
Elle seule, unique liberté qui se déploie
en d'infini personnages
qu'elle joue en se prenant au jeu,
jusqu'à oublier qu'elle joue.
Tout ça par jeu.

Par conséquent, il n'y a aucune morale.
La morale est un jeu créé par, dans et pour la conscience,
unique Actrice, unique Spectatrice.
Aucune responsabilité.
"Je" suis la conscience, absolue, universelle,
absolument libre,
libre jusqu'à être libre de me croire esclave,
sans perdre réellement ma liberté.
Si "je" veux méditer, c'est la conscience qui le veut ainsi.
Si "je" n'y parvient pas, c'est la conscience qui le veut ainsi.
Si je médite sans vraiment être motivé (parce que je veux, disons,
aussi manger des spaghetti), c'est parce que la conscience veut ainsi,
jouant à se contredire elle-même.
Elle se manifeste ainsi, à elle-même, par elle-même, pour elle-même.
Et elle, c'est "je".
Donc je ne suis responsable de rien ;
j'invente les morales pour le plaisir du jeu,
je m'identifie librement,
je crois,
j'imagine,
je choisis,
j'oublie
par jeu.

2 commentaires:

Dominique Hervé Cortina a dit…

Merci pour cet article.
En accord avec ce que vous écrivez.
Seul interrogation, c'est au début de votre texte, où vous mettez sur le même plan matérialisme scientifique et le non-dualisme impersonnel contemporain. Pour eux deux la pensée seraient secrétée par le cerveau, si je vous suis bien.
Si je vous rejoins pour le matérialisme scientifique, je ne vois pas les auteurs "néo-advaita" que vous avez en tête pour affirmer qu'ils avancent de telles assertions.
Déjà, les mettre tous dans un sac indifférencié est peu pertinent, comme toute généralité d'ailleurs.
Dans ce maquis touffu du non-dualisme contemporain, on trouve de tout, avec plus ou moins de colonne vertébrale théorique, mais je ne vois quel auteur parle du cerveau comme créateur de la pensée. S'ils ont bien un point commun, c'est la référence continuelle à la Conscience et en cela ils rejoignent la Reconnaissance.
Bonne journée.

Dubois David a dit…

Bonjour,
Oui il y a certes de nombreuses différences entre les partisans du néoadvaïta.
Mais ils conçoivent la conscience comme étant "pure", immobile, vierge de tout désir, sans dynamisme. Certains parlent du "jeu de la conscience", mais c'est chez eux une simple métaphore, comme dans le Védânta dont ils s'inspirent.
Or, si la conscience est absolument simple, statique et impassible, on ne voit plus trop, au final,
ce qui la distingue de ce qui est inerte, et donc matériel.
Vous me suivez ?
Je veux dire qu'à force de faire de la conscience une substance "pure", on en fait quelque chose qui ressemble beaucoup à la matière, ou disons, à l'énergie matérielle. J'avais d'ailleurs écrit un article sur ce matérialisme du Védânta, mais je ne le retrouve plus.
Le Néoadvaïta et la Reconnaissance sont donc très différents :
la Reconnaissance considère que la conscience est activité, vibration, pensée, désir. Alors que le Védânta ne voit dan stout cela qu'illusion et égarement : pour lui, la conscience est connaissance seulement, incompatible avec l'action, immobile, sans pensée, sans désir.

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