dimanche 19 novembre 2017

Le Jeu de la conscience - versets XXXIX à la fin

Suite et fin du Jeu de la conscience (Bodha-vilâsa), poème tantrique attribué
à Kshéma Râdja :


Quand ce yogi joue à ce jeu (de la conscience),
il habite le royaume des Seigneurs des Mantras.
Quand il est ainsi "potentialisé",
il joue comme le Maître,
avec son énergie qui va en se déployant. 39

Ainsi, la liberté de ce Maître des mondes
qui infuse toute chose,
qui est doué de diversité et de différences,
est (pourtant) indivise et égale
quand il habite le royaume
de la merveilleuse multiplicité (du monde). 40

"Telle est (la conscience) non duelle",
l'ambroisie de l'ultime connaissance.
Qui la boit est guéri,
il n'est plus empoisonné par le samsara ! 41

Ceux qui sont mûrs doivent
pratiquer ce Jeu de la conscience
pour atteindre Dieu,
ils doivent étudier cet enseignement
absolument limpide
du roi nommé "Bonheur". 42


Tel est l'enseignement de yoga nommé "le Jeu de la conscience"

composé par le sublime Kshéma Râdja. 

"Les Seigneur des Mantras" sont des sortes d'archanges. Ici, désigne un état de réalisation spirituelle
où l'expérience de la dualité (perceptions, pensées) n'empêche plus du tout
l'expérience de l'unité de la conscience : tout est reconnu, pensée, ressenti
et jugé comme un seul être se divertissant à l'infini.
A la fin, jeu de mot sur le nom de l'auteur, Kshéma Râdja, "le roi du bonheur".
Le reste est clair.

samedi 18 novembre 2017

Le Jeu de la conscience - versets XXXVII et XXXVIII

Suite du Jeu de la conscience (Bodha-vilâsa),
poème tantrique attribué à Kshéma Râdja.

Le yoga de la reconnaissance comprend deux phases :
d'abord la reconnaissance de notre vraie nature,
conscience créatrice de tout et au-delà de tout ;
puis, à partir de cet éveil initial,
stabilisation même en dehors de la méditation :

La vraie nature du yogi
se manifeste clairement à lui
même quand il ne médite pas.
Il est établi dans la conscience éveillée
et dans la délectation
perpétuelle de la félicité (de la conscience). 37

Ce yogi est absorbé à l'intérieur
dans le jeu (de la conscience) :
"(Tout) cela est la conscience,
ma vraie nature en sa plénitude,
le déploiement de la vitalité du Mantra,

débordante de la félicité de la manifestation !" 38 

L'éveil ne se voit pas à l'extérieur.
La tradition affirme que les pouvoirs surnaturels 
ne prouvent rien, qu'ils peuvent être des obstacles à l'éveil,
et que l'éveil est possible sans ces pouvoirs.
Par exemple, Abhinava Goupta explique
qu'il existe plusieurs variétés de "montée de la Koundalinî".
Quand on est attaché à des fantasmes de domination
ou de contrôle, prisonnier que l'on est de l'aveuglement, 
alors l'énergie s'arrête dans chacun des chakras et des expériences 
et des "pouvoirs" apparemment extraordinaires se manifestent.
Mais quand on est mûr, l'énergie monte sans s'arrêter,
et nul pouvoir spécial ne se manifeste.

La "vitalité du Mantra" est la conscience, le désir, l'énergie, la vibration, 
l'être-en-train-de-se-manifester.
C'est l'expérience à reconnaître, le point essentiel selon le tantra non-duel.

vendredi 17 novembre 2017

Le Jeu de la conscience - verset XXXVI

Suite du Jeu de la conscience (Bodha-vilâsa),
poème du shivaïsme du Cachemire.
Qu'arrive t-il à celle qui ouvre sa conscience ?
Vu de l'extérieur, la yogini
vit comme chacun.
Mais en réalité, 
même quand elle ne semble pas méditer,
elle vit "autrement" :

Cette (yogini) erre de-ci, de-là,
ivre d'une pure ivresse
due au parfum intérieur du samâdhi.
Et encore et encore,
elle réalise (la réalité divine)

par la seule force de l'extase créatrice. 36

(en fond musical, la râginî Todî,
"entité" musicale qui dépeint une yoginî qui se promène seule
dans la nature, et qui ensorcèle, en quelque sorte,
les animaux avec les son de sa vînâ) :


Le "parfum" traduit ici samskâra, l'habitude.
L'exemple traditionnel est la branche d'arbre : 
on la plie ; mais une fois lâchée, elle reprend sa forme initiale.
D'habitude, si j'ose dire, l'habitude
est vue de façon négative,
en particulier dans les approches non-duelles anti-dualistes
qui ne jurent que par le sans-forme, le "sans..." et la transcendance.
Mais ici, la liberté de la conscience est décrite,
paradoxalement, comme un conditionnement.
Un parfum qui persiste au sortir de l'enstase du samâdhi.
N'importe quelle perception, pensée ou émotion
peut (mais rien n'est garanti) plonger cette yogini
dans "l'extase créatrice" (visarga), littéralement
"l'éjaculation", et aussi le phonème "ah",
lequel s'écrit, dans les langues de l'Inde, avec deux points ":"
qui symbolisent le Jeu de la conscience,
le jeu, érotique et orageux, de Shiva et Shakti.
(dans l'original, il est question du yogi, au masculin...)

jeudi 16 novembre 2017

Le Jeu de la conscience - versets XXXIV et XXXV

Suite du Jeu de la conscience (Bodha-vilâsa).

L'auteur décrit encore quelques moyens d'élargir la conscience,
mais on remarquera le "Ô Déesse !". 
Que vient-il faire ici ?
Comme s'il s'agissait d'une extrait d'un tantra. 
Bref :

L'élargissement du Domaine du centre,
c'est encore le repos au début et à la fin
(des respirations, des pensées),
la dissolution (de l'énergie mentale)
dans le Point et la Résonance (de om ou équivalent),
embrasse (les émotions intenses) comme
la peur, le doute, la colère, le dégoût... :
Ô Déesse !
Qui est ainsi "potentialisé"
atteint l'ultime perfection en quelques jours / jour après jour. 34-35

L'écoute de la respiration : se laisser aller 
dans les moments d'apesanteur, à la fin de l'expir,
à la fin de l'inspir.

Chanter "om" (ou "hrim", "aim", etc.) l'esprit bien concentré sur la vibration,
et laisser cette attention mourir avec le son : la vibration grossière disparaît
dans la vibration, dans la conscience, comme une vague dans la mer.

"Embrasser les émotions", ça n'est pas de la psycho-thérapie soixante-huitarde :
juste plonger dans l'instant ou l'énergie monte, avant qu'elle
ne s'empare d'un objet et prenne la forme d'une alternative.
"Potentialisé" : moche, mais... cela rend shaktah, "empowered".
On notera, enfin, le flou sur l'efficacité : "en quelques jours" ou "jour après jour".
Mais la première interprétation est la plus crédible.
Tout ça est censé être rapide.
Le reste est clair. 

mercredi 15 novembre 2017

Le Jeu de la conscience - versets XXXII et XXXIII

Suite du Jeu de la conscience (Bodha-vilâsa).


A présent, l'auteur détaille un peu chaque "moyen" de
se ressourcer dans la "force du Soi" (sva-bala, âtma-bala).
Ici, trois moyens sont décrits :

(a) Il suffit de ne penser à rien
pour détruire les doutes.

(b) Quand la conscience est éveillée,
cette Energie joueuse
s'éprend de passion pour le mandala des phénomènes. 32

(c) Quand elle est ainsi passionnée,
(le yogi) contemple
 le flot divin, limpide.
Tel est la "contraction de l'énergie",

disent ceux qui parlent de l'Immense. 33

Les b et c sont ésotériques mais,
mais je 'lai dit à propos du dernier verset,
il s'agit simplement de s'intérioriser,
ou bien de méditer les yeux grands ouverts.
Mais ces versets, moins clairs,
suggèrent que Kshéma Râdja n'en est pas l'auteur.
Ou alors, de "quand la conscience" jusqu'à " l'Immense"
décrirait la pratique de l'épanouissement de l'énergie,
et il faudrait alors lire shakti-vikâsam
au lieu de shakti-samkocam.
Le "mandala des phénomènes", le "flot divin",
c'est simplement le flot des perceptions,
"contemplé" dans le silence intérieur
au sein de l'épanouissement de l'énergie,
c'est-à-dire de la méditation de Shiva,
où le yogi médite les cinq sens sans les bloquer,
mais en restant intérieurement muet,
"comme un enfant dans un temple".

mardi 14 novembre 2017

Le Jeu de la conscience - verset XXXI

Suite du Jeu de la conscience (Bodha-vilâsa), 
poème du shivaïsme du Cachemire attribué à Kshéma Râdja.



L'accomplissement de l'humain est,
selon le "shivaïsme du Cachemire",
 la reconnaissance de ce qu'il y a
de divin en nous, c'est-à-dire la conscience,
décrite comme "vibration", ou mouvement immobile, 
ou subtil (selon les interprétations).
Cette reconnaissance procure
"la force du Soi", c'est-à-dire la conscience en sa plénitude,
avec tous ses pouvoirs.
L'expression "la force du Soi" ou "notre force"
est centrale dans l'Enseignement sur la Vibration
(Spanda-shâstra ou kârikâ), et Kshéma Râdja
s'en inspire beaucoup.

Mais comment atteindre cette "force" ?
Par la reconnaissance, et plus particulièrement
par l'observation de l'expérience ordinaire,
pour y reconnaître l'activité divine (les "cinq Actes" de Shiva).
Dans cette méditation où l'on reconnait 
la conscience comme source créatrice des perceptions
et des pensées, on se plonge en particulier
dans les intervalles entre deux pensées, deux perceptions.
Pour l'auteur, Kshéma Râdja, c'est le "moyen" 
le plus puissant.
Mais il y en a d'autres, d'où ce verset :

Quant aux moyens d'épanouir le royaume du centre
- repos dans la force -
ils sont multiples :
détruire les doutes, contracter

ou dilater (l'énergie)... 31

Le "centre", c'est la conscience, car la conscience
se révèle en sa nudité "au centre", dans l'intervalle
entre deux pensées, deux perceptions, deux actes,
comme par exemple entre deux respirations.


"Détruire les doutes" est, après l'observation directe
de l'expérience quotidienne, le moyen le plus élevé,
car "non-mental" : en-deçà de tout doute,
on plonge dans le pur jaillissement de l'énergie,
du désir, aussi appelé "volonté", "jaillissement",
"vague", "énergie", "élan" et "vibration".
Et donc, on détruit les doutes,
car on se plonge en ce qui est en amont
de toute alternative.
Kshéma Râdja, dans le Coeur de la Reconnaissance,
dont ce poème est un abrégé,
emploie aussi l'expression
"ne penser à rien".

"l'Energie" (shakti), c'est le corps, mais le corps perçu,
à la première personne. Ce qui inclut l'entendement, 
la mémoire et l'imagination.
La "contraction de l'énergie", c'est simplement la concentration
au sens classique, le "retrait des sens", non par un effort violent,
mais en s'ouvrant au ressenti spontanément présent
qui nous entraîne vers l'intérieur.
"Dilater l'énergie", c'est la méditation de Shiva (shiva-mudrâ),
les yeux et les autres sens grands ouverts,
sans barrière entre l'extérieur et l'intérieur,
"comme un vase plongé dans l'eau,
plein dehors, plein dedans".

le "etc." suggère la sensualité : boisson, gastronomie,
art et jeux érotiques, tels qu'indiqués dans le Vijnâna Bhairava.
On notera que le yoga (avec postures et prânâyama) est absent,
de même que les mantras.

lundi 13 novembre 2017

Le jour où j'ai atteint l'éveil...

Ce jour-là était un jour comme les autres...
un dimanche après-midi, devant un doc You Tube sur
la Révélation des Menhirs. C'était passionnant certes. Il y était expliqué
comment les Menhirs avaient été placés non par les Hommes (ces dégénérés !),
mais par les Schtroumpfs (Nos Ancêtres Bleus), 
et selon des alignements précis
et infaisables... même par moi ! 
Mais cela, la science Occidentale et les satanistes michoniques refusent de le voir...
Mais bon, tous ça c'est intello. Au fond, je m'en fous et de toute façon, j'y comprends rien à la science. Faut réfléchir, alors que moi je RESSENS l'Appel du Sommeil,
au-delà du mental et des concepts.

Depuis longtemps, je cherchais le Sommeil,
le sommeil absolu, total, définitif,
dont parlent toutes les Lignées de Sommeil depuis toujours.
Il m'appelais...

Et donc, j'étais là, affalé sur mon zafu,
grignotant quelques asperges avec de la mayo et du ketchup (bio)
- Shiva Shakti, quoi - et là... et là... (pardonnez la syntaxe, c'est une syntaxe au-delà du mental...)
mais c'est tellement indicible...
Bon, en fait, je suis nul en français, et surtout, 
j'ai la flemme d'aligner trois mots correctement...
mais la bêtise n'est-elle pas la sagesse ultime,
au-delà des mensonges de la pensée ?

Alors donc, oui, j'étais sur mon canapé,
dans un état de semi-hébétude devant Face de Bouc,
une anesthésie béate, la confusion presque totale, enfin,
et là... et là...
j'ai réalisé, oui, ou plutôt j'ai ressenti,
forcément... oui, forcément...
que je ne m'étais jamais réveillé.
Je me suis Endormi, à jamais.
J'ai atteint le Sommeil permanent.
Plus rien ne peux me réveiller,
car j'ai réalisé - en un instant sublime et éternel, sans mémoire, sans rien savoir ni comprendre -
que personne ne dort, personne ne se réveille.
C'est ça, l'Endormissement, le Sommeil...
mais peu importe les mots... c'est tellement au-delà...



Depuis, je laisse le Sommeil rêver...
Je ne choisi plus entre la mayo et le ketchup... le quinoa et le boulgour...
Je suis tellement au-delà...
Je laisse le Grand Rêve m'amener où Elle Veut...
L'autre jour, elle m'a fait le Cadeau d'aller entendre
le Grand Sage Indien Shri Shri Maha Dodo-le-Dodo,
qui m'a appris, à parti du Grand Sommeil,
à rêver que je matérialisais des diamants dans des bananes !!!
Trop bon... trop fort...
Bon, j'ai pas tout compris... mais de toutes façons, je Dors,
je reste dans l'Abandon, en-deçà de tout jugement,
dans la joie du Sommeil où apparaissent les Rêves
de l'Enfant intérieur.
C'est Beau le Sommeil...
Plus de problèmes...
Enfin, si... mais je m'en fous... je Dors...
Je suis le Sommeil.

Bref... je sais plus quand c'était, ni où ni quand,
mais je ne me réveillerais plus jamais,
non, depuis que j'ai atteint le Sommeil.
Je tiens seulement à ajouter,
pour partager ce Cadeau (en toute simplicité et modestie 
et dans la joie du Coeur, bien sûr), 
que j'ai longuement pratiqué, hein, pour atteindre le Sommeil, enfin.
Bien sûr, l'Endormissement fût instantané...
mais le Ressenti intuitif Atlante du Douzième Chakra,
en Synchronergie avec la Grand Roue des Anciens,
m'a révélé.e (on sait jamais...) mes Vies Passée de marmotte,
puis de ragondin, puis de Grande Marmotte de Syrius
initiée par la Patcha Mama à la Grande Hibernation-qui-dure-toujours...
C'est un long travail... Une Quête Sacrée...
L'Endormissement est subit, mais les effets du mental conditionnant
et conditionné (sous vide) perdurent...
D'ailleurs, il m'arrive encore de penser... mais presque plus, non presque plus.
Peu à peu, je me sens englouti dans l'Ultime Roupillon Non duel,
le Grand Sommeil des Eveillés...

dimanche 12 novembre 2017

Le matérialisme peut-il être non-dualiste ?

Parler de LA non-dualité est simpliste.
De fait, il en existe bien des variétés :
non-dualité du Soi et de l'absolu ;
non-dualité du sujet et de l'objet ;
non-dualité du Bien et du Mal ;
non-dualité partielle ou totale ;
par inclusion ou exclusion ;
au sens d'une complémentarité des opposés ;
au sens d'une réconciliation des opposés,
etc.


Mais est-il possible d'être à la fois non-dualiste et matérialiste ?
Selon Susan Blackmore, c'est possible :


Ce qui est étonnant, c'est qu'elle décrit les mêmes expériences que les autres,
mais en propose une interprétation toute différente.
Elle a eu l'expérience des "sorties hors du corps",
elle pratique la méditation depuis plusieurs décennies,
elle connait et apprécie la Vision Sans Tête de Douglas Harding.
En ce sens, elle est "éveillée" : pour elle, il n'y a pas d'individu, pas de "séparation",
le libre-arbitre est une illusion.

Mais elle en tire des conclusions différentes.
Pour elle, nous sommes des machines
qui engendrent l'illusion du "moi".
La non-dualité ?
C'est réaliser que tout est matière,
qu'il n'y a pas de conscience séparée de la matière,
pas de "moi" autonome,
pas de sujet, seulement un flux d'objets, à l'intérieur et à l'extérieur.
Très proche du bouddhisme ancien,
proche aussi d'une certaine sensibilité non-dualiste contemporaine.
Pas de moi, pas de limites réelles, pas de frontières, pas de centre absolu,
tout est illusion, construction et jeux de perspective...


N'est-il pas vrai, qu'au fond, le matérialisme est un non-dualisme radical ?

Le Jeu de la conscience - verset XXX



Suite du Jeu de la conscience (Bodha-vilâsa), poème du shivaïsme du Cachemire attribué à Kshéma Râdja :

La vision de connaissance
s'ouvre en grand,
immaculée, lumineuse, pure,
débordante d'une éternelle félicité,
sans égale,

sans même avoir à détruire la "prison" du corps. 30

En se familiarisant avec "le centre" entre deux pensées,
le yogi gagne "la force du Soi" et la vision divine,
qui, en gros, perçoit sans bavardage intérieur,
un peu comme un enfant.
Cet état est l'absolu, le but ultime du shivaïsme du Cachemire,
l'état sans égal (anuttara), qui enveloppe à la fois
la dualité (puisqu'il y a perception) et l'unité (pas de bavardage intérieur).
Et donc, il n'est pas question de "prison du corps" (deha-jâla)
dont il faudrait se délivrer.
Les autres traditions de l'Inde ne proposent pas une véritable liberté en cette vie.
Même dans le Vedânta, c'est un état imparfait, en attendant la mort,
un état qui s'explique par un "reste d'ignorance", car la connaissance
et l'ignorance sont incompatibles. Il en va de même pour le Sâmkhya et
le yoga de Patanjali.
Ici, en revanche, le corps est la chair de Dieu, élargie à tout ce qui est perçu.
Il n'y a donc pas à le rejeter, et une véritable "liberté en cette vie" (jîvan-mukti)
est possible.

samedi 11 novembre 2017

Le Dieu de l'Ancient Testament est-il le même que celui du Nouveau ?

Ceux qui ont fait l'expérience de lire l'Ancient Testament
ont tous été choqués par la violence de son "Dieu".
Violence particulièrement présente dans le Pentateuque
(c'est-à-dire la Torah), où l'on trouve décrite une "loi"
guère différente de la sharia de Mahomet.
Car ce dernier s'est bel et bien inspiré de la religion, disons, "abrahamique".


"Samuel mit Agag en pièces"

Ainsi, dans le Deutéronome (Bible Segond) Dieu ordonne l'extermination des Cananéens, parmi tout un programmes de divins génocides :

7 »Lorsque l'Eternel, ton Dieu, t'aura fait entrer dans le pays dont tu vas prendre possession et qu'il aura chassé devant toi beaucoup de nations - les Hittites, les Guirgasiens, les Amoréens, les Cananéens, les Phéréziens, les Héviens et les Jébusiens, sept nations plus nombreuses et plus puissantes que toi -
2 lorsque l'Eternel, ton Dieu, te les aura livrées et que tu les auras battues, tu les voueras à la destruction. Tu ne concluras pas d'alliance avec elles et tu ne leur feras pas grâce.
3 Tu ne contracteras pas de mariage avec ces peuples, tu ne donneras pas tes filles en mariage à leurs fils et tu ne prendras pas leurs filles comme femmes pour tes fils.
4 En effet, ils détourneraient tes fils de moi et ils serviraient d'autres dieux. Alors la colère de l'Eternel s'enflammerait contre vous et il te détruirait bien vite.
5 Voici, au contraire, comment vous agirez envers eux: vous démolirez leurs autels, vous briserez leurs statues, vous abattrez leurs poteaux sacrés et vous livrerez aux flammes leurs sculptures sacrées.
6 »Tu es un peuple saint pour l'Eternel, ton Dieu. L'Eternel, ton Dieu, t'a choisi pour que tu sois un peuple qui lui appartienne parmi tous les peuples qui sont à la surface de la terre.
7 Ce n'est pas parce que vous dépassez tous les peuples en nombre que l'Eternel s'est attaché à vous et vous a choisis. En effet, vous êtes le plus petit de tous les peuples. 8 Mais c'est parce que l'Eternel vous aime, parce qu'il a voulu tenir le serment qu'il avait fait à vos ancêtres, qu'il vous a fait sortir par sa main puissante et vous a délivrés de la maison d'esclavage, de la main du pharaon, roi d'Egypte.
9 Sache donc que c'est l'Eternel, ton Dieu, qui est Dieu. Ce Dieu fidèle garde son alliance et sa bonté jusqu'à la millième génération envers ceux qui l'aiment et qui respectent ses commandements. 10 En revanche, il rend directement leur dû à ceux qui le détestent et il les fait périr. Il ne tarde pas à agir envers celui qui le déteste, il lui rend directement son dû.
11 Ainsi, respecte les commandements, les prescriptions et les règles que je te donne aujourd'hui, mets-les en pratique.
12 »Si vous écoutez ces règles, si vous les respectez et les mettez en pratique, l'Eternel, ton Dieu, gardera envers toi l'alliance et la bonté qu'il a promises avec serment à tes ancêtres.
13 Il t'aimera, il te bénira et te multipliera. Il bénira tes enfants, le produit de ton sol, ton blé, ton vin nouveau et ton huile, les portées de ton gros et de ton petit bétail, dans le pays qu'il a juré à tes ancêtres de te donner.
14 Tu seras béni plus que tous les peuples. Il n'y aura chez toi ni homme ni femme stérile, ni bête stérile parmi les troupeaux. 15 L'Eternel éloignera de toi toute maladie. Il ne t'enverra aucune des mauvaises maladies d'Egypte que tu connais, mais il en frappera tous tes ennemis.
16 »Tu supprimeras tous les peuples que l'Eternel, ton Dieu, va te livrer, ton regard sera sans pitié envers eux. Tu ne serviras pas leurs dieux, car ce serait un piège pour toi.
17 Peut-être diras-tu dans ton coeur: 'Ces nations sont plus nombreuses que moi. Comment pourrais-je les chasser?'
18 N'aie pas peur d'elles. Souviens-toi de ce que l'Eternel, ton Dieu, a fait au pharaon et à toute l'Egypte.
19 Souviens-toi des grandes épreuves que tes yeux ont vues, des miracles et des prodiges, de sa force et sa puissance lorsqu'il t'a fait sortir d'Egypte. C'est ainsi que l'Eternel, ton Dieu, agira envers tous les peuples que tu redoutes.
20 L'Eternel, ton Dieu, enverra même les frelons contre eux, jusqu'à la disparition des survivants et de ceux qui te seraient cachés.
21 Ne sois pas effrayé à cause d'eux, car l'Eternel, ton Dieu, est au milieu de toi. Il est un Dieu grand et redoutable. 22 L'Eternel, ton Dieu, chassera peu à peu ces nations loin de toi. Tu ne pourras pas les exterminer rapidement, sinon les bêtes des champs deviendraient trop nombreuses, à ton détriment.
23 L'Eternel, ton Dieu, te livrera ces nations et il les mettra complètement en déroute jusqu'à leur destruction.
24 Il livrera leurs rois entre tes mains et tu feras disparaître leur nom de dessous le ciel. Aucun d'eux ne pourra te résister, jusqu'à ce que tu les aies détruits.
25 Vous livrerez aux flammes les sculptures sacrées de leurs dieux. Tu ne convoiteras pas et tu ne prendras pas pour toi l'argent et l'or qui sont sur elles, de peur que ces choses ne deviennent un piège pour toi. En effet, elles sont en horreur à l'Eternel, ton Dieu. 26 Tu n'introduiras pas d'objet abominable dans ta maison afin de ne pas être, comme cet objet, sous la menace d'une destruction; tu l'auras en horreur, ce sera pour toi une abomination, car c'est un objet voué à la destruction.

Sympathique, n'est-ce pas ?

Autre exemple, il y a ce passage (en 1 Samuel, 15) où Dieu ordonne au roi Saül
d'aller exterminer un peuple entier, les Amalékites, femmes et enfants compris,
en les prenant en ambuscade, tactique qui sera reprise jusqu'à nos jours par l'islam
sous le nom de razzia :

Saül porta des coups à Amalek depuis Havila jusqu'à Shur, qui fait face à l'Egypte. 8 Il captura Agag, roi d'Amalek, vivant et il voua à la destruction tout le peuple en le passant au fil de l'épée. 9 Mais Saül et le peuple épargnèrent Agag ainsi que les meilleures brebis, les meilleurs boeufs, les meilleures bêtes de la seconde portée, les agneaux gras et tout ce qu'il y avait de bon; ils ne voulurent pas le vouer à la destruction. En revanche, ils exterminèrent tout ce qui était sans valeur et chétif.

Mais "Dieu" n'est pas content, irrité de leur clémence envers le roi. Le massacre des femmes et des enfants, jusqu'au dernier, ne lui suffit pas. Alors il montre sa déception et sa haine : 

"Je regrette d'avoir établi Saül pour roi, car il se détourne de moi et n'accomplit pas mes paroles." Samuel fut irrité et il cria à l'Eternel toute la nuit.

On voit que Mahomet ne fit qu'imiter ces sympathiques "prophètes", pas psychotiques du tout, non, puisqu'on vous le dit... Le lendemain de cette nuit paisible, remplie d'un dialogue intime et tout de douceur avec ce Dieu d'amour et de joie, Samuel s'approcha du roi des Amalékites. Celui-ci "se montra joyeux", pensant que Samuel s'était calmé (ça ne vous rappelle rien ?). Mais "Samuel le met en pièces" (ibid., 15, 31, voir la gravure ci-dessus). Parfait pour éduquer les enfants. Dans l'amour et la joie.

Voilà. Le Coran et la tradition sunnite ne font que prolonger cette religion-là. Il n'y a là rien d'ésotérique. Rien n'est caché. Nul complot. Mais qui lit ces passages ?

Dès lors, peut-on ici parler de "monothéisme" ?
Non. Il n'y a dans ces pages nulle idée d'un Un transcendant. 
Cette belle intuition a une source grecque, que les abrahamistes pilleront 
à souhait et continuent de piller, ou de plagier, sans vergogne le plus souvent.
Par exemple, le fait que le Pseudo-Denys plagie le "païen" (=l'homme du pays) Proclus
est encore aujourd'hui minimisé par les Chértiens, quand il n'est pas simplement passé sous silence. 
Au nom de son universalisme, le catholocisme (katholikos= "universel", en grec)
a nié le paganisme (les traditions locales, "du pays"), mais en le plagiant toutefois,
de même que Mahomet a détruit les statues de la Mecque, mais en y installant ensuite son "Dieu". 
Parce que l'abrahamisme ressemble fort à la haine faite religion,
certains ont proposé de remplacer "monothéisme" par "monolâtrie".

Mais, me direz-vous, le Nouveau Testament ?
N'y est-il pas affirmé que "Dieu est amour" (Première Lettre de Jean) ?
- Oui, c'est vrai. Tout lecteur de la Bible est frappé par le contraste entre 
les deux messages : La Loi de l'Ancien Testament, versus
l'amour dans le Nouveau.

Mais commencer réconcilier les deux ?
- Voici une vidéo ou un chrétien essaie de justifier les massacres (c'est-à-dire les génocides :
appelons les choses par leur nom !) de l'Ancien Testament :



Ses arguments sont aussi étranges, voire choquants, que ceux des islamistes, vous ne trouvez pas ?
Comment peut-on ne serai-ce qu'envisager de tenter de justifier un génocide ?
Ou le massacre d'enfants ?

Ces questions se sont posées aux Chrétiens dès le départ.
Evidemment, de nombreux Chrétiens ont été choqués par
ces horreurs, par cette haine qui s'exprime à chaque page
de l'Ancien Testament.
Du coup, certains, comme Marcion (mais dont on ne sait pas grand'chose),
on résolu le problème en posant que le Dieu de l'Ancien et du Nouveau
Testament n'étaient pas le même Dieu. Tout simplement.
Et il est vrai que l'idée est tentante, si l'on prend la Bible au sérieux.
De fait, quoi de commun entre Yahvé, Dieu de haine et de vengeance,
et "Je suis", Dieu d'amour et de pardon ?
Marcion et d'autres affirment donc que Yahvé est en réalité le Diable.
Notre monde est la prison qu'il a bâti pour y retenir et y tourmenter nos âmes.
Et le serpent de la Genèse est le Dieu d'amour,
qui a voulu nous faire goûter (via la femme !) au fruit de l'Arbre
de la connaissance du Bien et du Mal. 
Il a voulu éveiller les humains, par amour,
et il se retrouve persécuté.
Autrement dit, l'abrahamisme est, selon Marcion,
une sorte de satanisme.
Il est certes difficile de savoir ce que prêchait exactement Marcion
et autres "hérétiques". 
Mais leur vision est intéressante.
Je veux bien être Chrétien.
Mais comment être abrahamiste et cautionner ce totalitarisme
raciste, sexiste, spéciste, homophobe, obscurantiste et impérialiste ?

Evidemment, on trouvera de nombreuses tentatives 
pour justifier
la violence de Yahvé, sur le Net et ailleurs.
Mais elles tombent à plat, semblent ridicules,
voire malsaines.

Comment Yahvé et le Dieu d'amour de Jésus
pourraient-ils être le même Dieu ?
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