lundi 1 janvier 2018

Gnostique ?

Le tantrisme est-il gnostique ?


Pour répondre à cette question récurrente, il faudrait d'abord 
définir le gnosticisme, tâche notoirement difficile.

Selon le christianisme, la gnose est une sorte d'hérésie,
une variante du christianisme et, plus profondément,
un modèle qui peut inspirer et séduire à travers les siècles.
Ce ne serait pas seulement un mouvement religieux
daté historiquement,
mais un type de doctrine du salut.
Ce type serait l'idée du salut par la connaissance,
une connaissance ésotérique..

Cette définition me semble trop large,
car toute doctrine offre un salut par la connaissance,
plus ou moins réservée à une élite.
Nulle secte ne prône l'ignorance pure et simple,
et toute doctrine est élitiste,
même le thomisme.
De plus, quand on regarde les textes gnostiques,
on s'aperçoit que la connaissance qu'ils proposent
est plutôt une foi en des mythes et des rites.
Avec des mantras, même.
Pas vraiment une connaissance.
Et quand connaissance il y a, c'est du platonisme.

Mais alors, où se trouve la différence ?

A mon avis, elle est la suivante :

Est gnostique toute pensée qui place 
le Mal entre le Principe et le Monde.

Est non-gnostique toute doctrine qui place
le Mal après la création du Monde.

Cette différence de placement est cruciale.
Elle décide du statut de l'Homme et du Monde.
Donc aussi de la Nature, du Corps, du Désir et de la Femme.

Le propre d'une vision gnostique,
c'est d'affirmer que le Mal est intervenu avant même
la création du monde.
Alors que dans la doctrine chrétienne commune,
le Mal est intervenu après la création.
La création est donc bonne, à l'origine.
C'est seulement ensuite qu'elle est contaminée.

Or, on peut ainsi questionner les doctrines non-chrétiennes :
Où situent t-elles le Mal ?
Avant ou après le Monde ?
Avant ou après l'Homme ?
Avant ou après l'Individu ?

Les réponses peuvent s'avérer très inintéressantes.

Selon le Kevala-advaita de Shankara, le Mal est l'ignorance.
Or, l'ignorance intervient entre le Principe et... tout le reste.
Il s'agit donc d'une pensée gnostique : la présence du mal est originaire
et elle jette le soupçon sur absolument tout.
Dès lors, il n'est même pas possible d'envisager ne serait-ce qu'une
expérience bonne et belle/
Rappelons que, pour Shankara, même la "liberté en cette vie", une vie éveillée,
n'est pas réellement possible. C'est un compromis,
et seule la mort est le véritable salut.

Pour le tantrisme en revanche, la situation est différente.
Car le Mal - l'ignorance - intervient après l'apparition du monde
et de l'individualité.
Ainsi, le shivaïsme décrit cinq plans de conscience
où l'individualité et la dualité (donc le monde) apparaît,
mais sans ignorance.
Cette ignorance apparaît ensuite seulement, sous la forme de Mâyâ,
l'oubli de l'unité. Et c'est alors que le samsara apparaît, le monde
de souffrance dans lequel nous sommes jetés.
Mais il y a une complication : selon le gnosticisme,
il existe aussi un monde avant le notre,
c'est le Plérôme, monde de la plénitude divine originelle.

La question, au fond, est de savoir s'il peut exister
un "monde parfait" ou pas.
Et si notre monde est plutôt bon, ou plutôt mauvais.
En fait, il est impossible de trancher la question de façon simple,
même pour le tantrisme.

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