mercredi 20 juin 2018

Le développement personnel : un miroir aux alouettes ?

joli miroir aux alouettes 


C'est bien connu :
dans la vie intérieure, tout ce qui brille n'est pas d'or.
Connu ?
Pas vraiment.
Ou connu, mais pas reconnu, pas vraiment connu.

Les attrapes-gogos prospèrent plus que jamais.
Le marché du bien-être connaît un essor sans précédent.
J'ai moi-même participé à l'élaboration d'un "guide" sur le sujet. Il ne couvrait qu'une infime partie de la chose.

En fait, je crois que nous avons affaire à une nouvelle religion, qui ne dit pas son nom : New Age ? Développement personnel ? Écologisme ? Chatterie (culte du chat) ? Foutage-de-gueulisme ? peu importe...

Car il s'agit bel et bien d'une religion, informelle, non instituée certes, mais avec ses dogmes et ses pratiques. 

Qu'est-ce qui permet de parler de religion ? 
Son dogmatisme, le refus de faire l'effort d'argumenter, le rejet massif du rationnel, l'obsession du ressenti, du flou, du vague, les impressions prises pour de divines intuitions, l'inculture confondue avec la liberté du sage, la régression infantile adorée comme une forme de transcendance, l'aveuglement aux enjeux politiques (en dehors d'un peu d'écologie et d'une juste indignation pour le triste sort des hérissons) et la fascination pour les pseudo-sciences. Il y a, en plus, quelques traits originaux : la lâcheté tolérante, l'immaturité morale, l'individualisme et le culte du Moi, l’obsession pour le corps et le bien-être, ainsi que le fantasme du Bon Sauvage, la haine de l'Occident et l'idolâtrie du féminin ainsi que de l'enfance.

Pourtant, des enquêtes sérieuses nous ont confirmé, encore et encore, la nocivité de la mentalité religieuse (en plus du retour en force des formes les plus létales de l'abrahamisme). La méditation ne rend pas forcément heureux. Le yoga peut exacerber le narcissisme, surtout quand il se mélange aux technologies des réseaux sociaux, vecteurs de la crétinite béate (et donc aiguë) en phase de pandémie mondiale. La quête du bonheur elle-même rend malheureux, affirment moultes recherches scientifiques sérieuses

Quel est le point commun à tous ces travers ?
Ils ne sont pas sans certains avantages, bien évidemment.
Mais quel est leur ressort essentiel ?

- La fascination pour les apparences, prises pour la réalité
- Et le défaut de réflexion, la débilité mentale plus ou moins profonde

La vie intérieure est pleine d'impasses, comme dans un labyrinthe. Il y a des miroirs aux alouettes, des pièges brillants qui attirent et retiennent le regard. Des promesses énormes. Je confesse toujours une certaine naïveté relativement à la puissance de ces méthodes. Je suis optimiste. Je crois en l'humanité. Je crois que les humains réfléchissent. Mais je constate que les grosses ficelles restent les meilleures. Le monde spirituel reste un monde d'apparences, de rhétorique, de dynamiques de tribus, dont les trucs et astuces ne sont guère différents de ceux des vendeurs de tapis. 

Pourtant, parler pour séduire et parler pour dire le vrai, cela a rarement été compatible. Mais nous sommes faibles, crédules, affamés de réconfort et de consolations. Non que toute consolation soit une illusion. Mais quand même, les illusions se parent toujours de promesses de consolation. Et cela n'épargne pas les formes les plus profondes de spiritualité. Les gens veulent du merveilleux, des pouvoirs, de l'occulte, de l'inexpliqué, du "puissant", du "vibrant", du "qui me parle", etc... comme s'ils regardaient Cloclo.

Tout cela, bien sûr, dans le contexte d'un "marché" en plein boum. Tous le monde devient thérapeute médium tantrique channel coco cosmico machin bidule chouette, complétez comme vous voudrez. A moi les sous-sous dans les popoches. Humain sans doute... 
Mais tout ça, ce sont des pièges. 

Le développement personnel, pris au sens large, très large,
est une vaste nef des dingues, un supermarché sans issue de secours, sauf à passer par la case réflexion et à y passer un long temps.

Pour finir ces remarques pas si pessimistes qu'il n'y paraît, voici les mots d'adeptes zen plus ou moins anonymes, qui s'écriaient déjà, dans les déserts de la route de la Soie au Xe siècle :

"N'étudiez pas le dharma des dieux, des esprits, des fantômes et des démons : cela n'apporte que souffrance...
Mon dharma est précieux et secret. Il n'est pas pour l'oreille de l'imbécile ordinaire... Seul, un sur cent comprend... certains pratiquent pour l'argent et faire bouillir la marmite, d'autres pour la réputation... D'autres pour leur maître ou pour eux-mêmes, l'âme pleine d'envie..."
(Tibetan Zen, p. 80)

Mais alors quelle est la voie véritable ?
Elle est unique à chacun, mais elle a toutefois un moteur commun :
la réflexion (prajnâ, en sanskrit bouddhique). 
Apprendre à penser juste et par soi-même, voilà le tronc commun, et voilà pourquoi il n'y a pas de vie intérieure authentique qui ne soit philosophique.




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