mardi 23 octobre 2012

La charge de la preuve

Quand on rappelle que les croyances aux phénomènes surnaturels n'ont aucune preuve pour elles, les croyants rétorquent le plus souvent qu'il n'existe aucune preuve que ces phénomènes auxquels ils croient n'existent pas. Et là, ils sortent la formule imparable : "L'absence de preuve n'est pas la preuve de l'absence". Or, il y a là un sophisme, celui de l'appel à l'ignorance : "Vous n'avez pas prouvé que cela est faux, donc c'est vrai". Magnifique.

Ce petit film en anglais explique avec patience et humour pourquoi il n'en est rien. La charge de la preuve est toujours du côté de celui qui avance des hypothèses surnaturelles, irrationnelles et/ou farfelues. Dire "vous ne pouvez pas prouver que les fantômes n'existent pas" est une stratégie de défense, une pirouette si vous préférez, pas un argument recevable. C'est à qui croit aux fantômes de prouver leur existence.

Soit l'affirmation "il y a un phoque sous la glace de Saturne qui m'envoie des messages télépathiques toutes les nuits". Eh bien c'est à celui qui l'affirme de le prouver. Autrement, on passerait sa vie à essayer de réfuter des croyances débiles !

Donc, à chaque fois que l'on affirme quelque chose, on doit le prouver. Ou alors, on n'affirme rien. "Ce qui est affirmé sans preuve, peut être réfuté sans preuve".

lundi 22 octobre 2012

Conférence shivaisme du Cachemire

Ce soir je parlerais du non-dualisme radical de Shamkara en m'appuyant sur une série d'extraits, pour ensuite comparer sa vision de l'absolu à celle de la Reconnaissance (pratyabhijnâ).

lundi 22 octobre 2012, au CPEC, 37 bis rue du Sentier, 75002 Paris, 18h30-20h30
entrée libre

vendredi 19 octobre 2012

You pûjâ with me ?

Il y a quelques années, j'avais passé un mois dans un temple tantrique "de la main gauche" comme l'on disait autrefois. J'en avais parlé ici.

Or, voici qu'un jeune ex-gourou reconverti dans la critique postmoderne raconte son expérience de ce même lieu, situé dans le Sud de l'Inde (article en trois parties, sur un e-journal payant nommé The Elephant, mais on peu se débrouiller pour lire sans payer), à peine un an après mon passage. Selon lui ce lieu et ses maîtres - un couple dans la tradition kaula de la Shrîvidyâ - sont deux vieux pervers. Ils enseignent, en guise de sagesse tantrique, la fellation et le cunnilingus dans un "temple secret où se trouve un vagin avec un clitoris géant", projettent d'entraîner à ces pratiques des jeunes paysannes des villages des environs pour servir de partenaires aux Occidentaux de passage, et se masturbent en regardant des films pornos. Pas très excitant...

Le "temple du vagin" tel que je l'avais photographié en 2006
Le même temple en action - moi je n'avais rien vu de tel...Mais je ne vois là rien de révoltant. Bien au contraire.
Son récit est assez drôle, certes. Il aurait de plus fait ce séjour avec une truculente professeur de yoga shamanico-tantrique adepte d'un "oral sex" thérapeutique et des relations polyamoureuses (selon l'ex-gourou ex-boy-friend d'icelle), Psalm Isadora. Celle-ci se présente en effet comme initiatrice aux mystères de la déesse, de la femme, etc. La voici transmettant le mantra des mantras, la reine des vidyâs, la Shrîvidyâ, LE mantra ésotérique de ce système en effet axé sur l'érotisme :


J'avais d'abord trouvé les articles de l'ex-gourou-éveillé-puis-dégrisé assez intéressants. J'ai donc lu son récit. Mais je dois dire qu'il me laisse dubitatif. Il décrit ce centre, Devîpuram, comme un repaire de pervers misérables, presque des pédophiles. Violent.

Le linga - il était alors cassé et relégué dans un coin

Or, cela ne correspond pas à mon expérience. J'y ai passé un mois. C'est long. J'étais alors le seul Occidental du lieu. Je dormais juste au-dessus de la demeure du gourou et de son épouse (laquelle a un statut au moins aussi important que lui). Dans cette jungle tropicale, les fenêtres n'ont pas de vitres, et, parfois gagné par l'ennui, je passais de longues, longues heures à déambuler dans les temples, les quelques bâtiments, et jusque dans les villages des environs. Un jeune Indien surexcité m'avait déjà décrit le lieu comme un centre où se pratiquaient des rituels "sexuels" tantriques, auxquels il aurait pris part, quoi que cela veuille dire... Inutile, donc, de vous préciser que mon imagination travaillait, d'autant plus que je n'avais pas grand-chose à faire d'autre.

 Une iconographie explicite. Bon - et après ?

Mais je n'ai rien entendu de suspect. Rien que les bavardages des gens venus tard le soir demander conseil au gourou, puis les séries télé débiles et les match de foot (c'était la coupe du monde). J'avais accès à tous les lieux, j'ai moi-même appris et pratiqué toutes sortes de rituels de ce système avec les initiations correspondantes, évidement - ce système de la Shrîvidyâ est en effet un lointain descendant du Trika d'Abhinavagupta (plus précisément, la pratique de la déesse "suprême", parâ, s'y trouve intégré). Le gourou était gentil, sans ce charisme manipulateur auquel je suis absolument allergique. Les gens étaient accueillants, dépourvus de ce puritanisme hypocrite qui empoisonne l'esprit des classes moyennes de l'Inde. J'accompagnais le maître et sa femme dans leurs visites à leurs disciples (mariages, inaugurations de commerce, crémaillères..) et à Vizhag, la capitale de l'état d'Andhra située à une cinquantaine de kilomètres. J'y ai passé la nuit, dans un immeuble dont le maître était propriétaire. J'ai assisté au rituel d'intronisation du successeur du maître. J'ai assisté à des assemblées d'association pour l'amélioration de la condition féminine dans des villages voisins. J'ai assisté à des cours de couture organisés dans des bungalows situés près du temple. J'ai interrogé tous les visiteurs (des Indiens exclusivement) sur lesdites pratiques sexuelles.

Le temple est actif et ouvert au public


Il est vrai que le temple est... frappant. Il y a bien un linga plus vrai que nature et un temple "du yoni" de la déesse, impressionnant. Il est vrai que les rituels et les pratiques sont "sexuellement explicites". Il s'agit bien d'une tradition qui célèbre la liberté dans et par le corps.

Mais pour autant, je n'ai jamais assisté à aucune orgie. Je guettais le moindre indice, et d'habitude les ragots finissent toujours par atterrir dans mon oreille... Pourtant, inutile de vous dire que l'idée d'une exploitation sexuelle des paysans par les brahmanes du cru m'a traversé l'esprit. C'est du reste chose courante ailleurs. Au Kerala par exemple. J'ai donc discuté avec les gens des villages des environs, avec les cuisiniers, les petites gens - très instructif en général. Mais là, non, rien de sexuel. Les femmes qui balayaient se plaignaient bien d'être quelque peu méprisées par les gens de haute caste, les brahmanes, qui fréquentaient le centre, mais rien de plus. Le lieu est petit, on en fait le tour en un quart d'heure. Impossible de s'y cacher. Et pour les pratiques sexuelles, elles ont lieu "entre gens mariés" ou entre adultes consentants. Mais ce second cas m'est apparu comme extrêmement rare. J'aurais été frappé du contraire, étant donné la mentalité indienne, particulièrement stricte et puritaine sur ce point. J'ai bien assisté à des rituels avec de l'alcool (comme à Bénares) mais personne n'en buvait. Bref, dans ce centre on pratique un tantrisme ostensiblement sexualisé - ce qui est unique en Inde à ma connaissance, sans arnaques ni grosse manipulations, et l'on ne m'a jamais demandé une roupie, j'étais nourri logé blanchi à l’œil -, mais sans aucune des choses que décrit l'ex-gourou dans son article sur The Elephant Journal.

Cet exgourou d'une vingtaine d'années, alors vierge selon ses dires, avait été élevé dans un ashram vishnouïte et - donc - puritain. Son imagination semble avoir dépassé ses perceptions. Accuser sans preuves, c'est calomnier. C'est injuste. Devîpuram est l'un des rares centres traditionnels à oser afficher la couleur, et il défend la cause des femmes. Tant mieux, non ?

Pour ma part, je ne suis pas retourné dans ce centre. Non pas à cause de ses supposées pratiques immorales, mais  en raison des croyances occultes qui occupaient les esprits du lieu. Imprégné du shivaïsme "non duel" du Cachemire - et donc habitué à une certaine classe (!) - le tantrisme est pour moi une pratique qui vise la liberté dans l'ordinaire. Les pouvoirs surnaturels et tout le toutim ne m'intéressent pas : je n'y crois pas. Le "sexual magick" ou magie sexuelle a toute ma sympathie, mais pas mon intérêt. De même, les rituels finissent par m'ennuyer quand ils redondent tels des disques rayés. Le centre tantrique est là-bas. Le véritable centre de pratique, il est ici.


La pluie est la pratique





Se détendre dans l'état naturel, sans rien fabriquer :
Voilà qui incarne les efforts et les accomplissements des véhicules inférieurs[1].
Les "éveils" des véhicules inférieurs sont présents au complet dans cet état naturel.
Toutes les prières de souhaits y sont présentes au complet...

Une Clef magique pour ouvrir la chambre au trésor

Ceux qui aspirent à réaliser la Mahāmudrā
Offrent la pluie dans le maṇḍala des trois milles univers.
Les souhaits des êtres : voilà le Grand véhicule (mahāyāna).
Leurs empreintes (dans la boue) : les contours de poudres colorées (des maṇḍalas).
Leurs élans : des mouvements de danse (sacrée).
Les gestes des bras et des jambes : autant de mudrās.
Leurs paroles sont le son du mantra.
Leurs concepts sont la phase de développement[2].
Les pensées sont les offrandes.
Les formes sont les corps des divinités.
Les bruits sont l'offrande musicale.

La Guirlande de perles

Le don : (percevoir) toutes choses sans rien saisir.
Tel est le sacrifice qui transcende sujet et objet.
Les adeptes de ce chemin de la Grande Complétude
Qui transcende efforts et accomplissements
Sont doués de la conscience sans concepts,
Asile sans égal qui vient à bout des concepts,
Démons sans pareils.
La pratique suprême n'est pas une pratique,
(Mais) un mantra et une visualisation spontanée
Qui transcende toute énonciation.

Les Dix sūtras



[1] Les voies des hommes, des dieux, des moines, des héros pour l'éveil (bodhisattva), et des adeptes des tantras.
[2] La phase de la pratique tantrique durant laquelle on visualise le monde et ses habitants comme un palais et des Bouddhas.

jeudi 18 octobre 2012

Comme un aigle



Tiens-toi sans image et lâche toute emprise, c'est là que réside la plus grande joie.

Henri Suso, Tel un aigle, p. 44
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