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jeudi 22 octobre 2020

L'ismaïlisme, survivance du platonisme ?

manuscrit d'une Lettre des Frères de la Pureté



 Le platonisme est la principale tradition spirituelle européenne et méditerranéenne.

Je voudrais en parler en partant de ses branches, dans l'espoir de remonter peu à peu vers le tronc. L'idée n'est pas de parler de tout, mais de prendre des notes, de garder trace de mes conclusions. Pas d'ambition esthétique ni pédagogique.

Aujourd'hui, une branche du platonisme au cœur de l'islam, l'ismaïlisme.

En 529, l'empereur Justinien fait fermer l'école d'Athènes. Simplicius et six autres philosophes s'exilent en Perse. Selon une étude fouillée et convaincante de Michel Tardieu, les philosophes platoniciens comme Simplicius ont fait école à Harrân et cette tradition s'est poursuivie au moins jusque dans la Bagdâd du Xe siècle, avec notamment les "Lettres des Frères de la Pureté". C'est là le pur enseignement de Pythagore et de Platon, axé sur les mathématiques.

Ainsi, le platonisme a survécu jusqu'au cœur de l'islam. 

L'ismaïlisme est une branche de l'islam. Ou plutôt, c'est une branche du platonisme déguisée en islam pour pouvoir y survivre. Au reste, l'ismaïlisme a toujours été persécuté. Il reste plusieurs communautés aujourd'hui, dont quinze millions de la branche nizarite au Pakistan et en Inde, plus les Druzes au Liban, etc. L'ismaïlisme a aussi survécu sous couvert du soufisme, du moins dans certaines confréries. L'ismaïlisme a ainsi repris le concept islamique de "dissimulation" des croyances véritables, en le retournant contre l'islam, afin de survivre en son sein. 

En la forteresse d'Alamut, un chef ismaïlien a proclamé en 1164 la "Grande Résurrection", le grand Retour à la Vie, c'est-à-dire l'abrogation de la loi islamique, en faveur de la seule spiritualité, c'est-à-dire du platonisme de toujours.

A propos de l'ismaïlisme, se pose la question qui se pose à propos du platonisme : Dans quelle mesure le platonisme est-il un rejet du corps ?

Dans toutes ses formes, nombreuses, la question se pose.

Je voudrais soumettre ce passage, d'un théologien ismaïlien, qui parle du rapport hiérarchique entre l'Un et l'Intellect, qui sont les deux premiers principes. Or, ce théologien Abu 'Isâ A-Murshid, compare la domination de l'Un sur l'Intellect à la domination de l'homme sur la femme, en invoquant le Coran :

"La lune [=l'Intellect, la femme] atteint sa perfection [=la pleine lune] en quatorze nuits, alors que le soleil maintient sa forme pendant les vingt-huit jours [du cycle lunaire]. Au soleil revient deux fois la part de la lune. A ce sujet, Dieu a dit : "au garçon une part égale à celle de deux filles" (Coran, 4, 11), ce qui se réfère au fait que le rang du Devançant [=l'Un] est deux fois supérieur au rang du Suivant [=l'Intellect], car le Devançant se rapporte au Suivant comme l'homme se rapporte à la femme." (La philosophie ismaélienne, Cerf, p. 31)

Et notre pieux homme enfonce ensuite le clou.

Manifestement, la misogynie abrahamique a ici infiltré le platonisme. Mais la question demeure de déterminer à quel point. Car le platonisme n'est pas neutre à l'égard de la femme, du corps, de la vie (ces éléments étants interdépendants).  

Le platonisme est-il misogyne en son essence ? Ou bien accidentellement ? C'est-à-dire, peut-il rendre gloire au féminin ? Ou pas ? Autrement dit, que puis-je conserver du platonisme ? Son essence, son cœur ? Ou bien seulement certains éléments ? 

Répondre à ces questions exige d'étudier tout le platonisme, c'est-à-dire toute la spiritualité européenne et méditerranéenne.

mercredi 3 octobre 2012

La musique des poètes

L'Iran fait parler d'elle dans l'actualité.
Mais il ne faudrait pas oublier la Perse, et ne pas confondre sa culture millénaire avec celle des religions abrahamiques.
La musique persane : un monde insoupçonné, des ambiances inimitables, sur des poèmes de Saadi, Hafez, Rumi...

J'ai eu la chance d'étudier pendant quelques années la flûte ney (différente de celle des Arabes et de celles des Turcs) avec un disciple - un exilé - de cet homme, Hassan Kassaï :




Tar, chant et autres instruments :

Puis le chant de l'incomparable Shahram Nazeri :

Parisa :

Parisa et ney :

Il y a des centaines de vidéos à explorer ainsi.

P.S. : Un mot sur l'islam. Dès que l'on critique l'islam ou que l'on dénonce ses crimes, on se traiter de raciste, de réactionnaire, etc. Or ce rapprochement est une confusion sans fondement. On peut critiquer l'islam et apprécier les aspects les plus raffinés des cultures arabes, persanes, turques, etc. Ces cultures sont bien plus vastes que l'islam. Et l'islam ne se réduit pas à la culture arabophone. En d'autres termes, il y a des musulmans qui ne sont pas Arabes - et cela ne change rien au danger que représente l'islam. Imaginons même que l'islam soit né en France ou ailleurs qu'en Arabie. A mes yeux, cela ne changerait en rien mon jugement et celui des défenseurs des droits humains, du moins le crois-je. Enfin, accepter de confondre le fait d'être Arabe et le fait d'être musulman, c'est faire injure à tous ces Arabes qui ne sont pas musulmans, ou qui font semblant de l'être par peur des représailles. Il y a des Arabes chrétiens, athées, agnostiques, bouddhistes et autres, ou rien du tout : qui pense à leur sort ?

lundi 13 septembre 2010

Sublime

Il y a... plein de belles choses. Et puis il y a lui. Zia Mohiuddin Dagar. Bare Ustad. Great among the greats. Shabad ka naad, aftaab e avaaz, etc., bref, quand même, on y revient toujours. Sublime.


jeudi 27 septembre 2007

Lilian Silburn, un maître caché

Lilian Silburn, décédée en 1993, fut une pionnière dans l'étude et la traduction des textes du shivaïsme du Cachemire. C'est notamment grâce à ses traductions que moi-même et beaucoup d'autres avons découvert le Vijnâna Bhairava Tantra.

Certains érudits ont critiqué sa méthode et son manque de rigueur. Cependant, elle vivait de l'intérieur ce dont elle parlait. Ses œuvres, à la fois traductions et explorations de l'expérience mystique, sont à cet égard uniques et précieuses.

A côté du shivaïsme du Cachemire, elle avait rencontré dans les années cinquante un maître hindou lui aussi assez original, puisqu'il appartenait à la fois à une lignée soufie, et à la tradition si particulière des "sant", parmi lesquels on trouve le célèbre tisserand poète, Kabîr.

L'enseignement de ce maître, Radha Mohan Saksena, était axé sur une transmission silencieuse d'énergie, de cœur à cœur. Concrètement, le disciple s'assoit face au maître et reçoit à travers lui un courant d'amour et de félicité. C'est alors le début d'un cheminement intérieur d'autant plus intense et riche en surprises que tout se passe dans le plus profond silence.


Radha Mohan "Adhauliya" Saksena


L'oncle de Radha Mohan, Ramchandra, fut le premier Hindou de la lignée soufie. Il était fort charismatique au vu du grand nombre de disciples qu'il eut. Il composa une œuvre assez importante, en hindi et en urdu. Il désigna plusieurs disciples pour perpétuer le Courant. L'un d'eux fut le fondateur de la "Ramchandra Mission", dont l'histoire est étudiée sur ce blog. Cette branche est devenue assez mondaine, voire s'est transformée en une sorte de multinationale, très éloignée dans l'esprit de la discrétion et de la simplicité chères aux maîtres de Lilian Silburn.

D'autres branches existent encore dans le Nord de l'Inde, dont quelques une ont leur site internet. Certaines ont franchement "hindouisé" leur vocabulaire, d'autres sont restées plus proches des formulations soufies. Mais tout cela reste assez semblable, car cette tradition ésotérique de l'islam, à savoir la naqshbandiyya, a toujours mis l'accent sur "la science des centres subtils", équivalente à la science tantrique des cakra-s.

Quoi qu'il en soit, Lilian Silburn finît par être, elle aussi, autorisée à transmettre ce Courant. Un cercle de disciples et d'amis se forma autour d'elle dans sa demeure à l'ouest de Paris. Elle guidait ainsi dans le plus grand anonymat. On pourra lire quelques témoignages de disciples à la fin du volume "Le maître spirituel", coll. Hermès, vol. 3, Les deux océans (série par ailleurs d'une grande richesse).

Aujourd'hui, ce Courant ne s'est pas interrompu. Il se perpétue à travers des êtres parfaitement inconnus des milieux "spirituels", mais bien vivants !
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