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mardi 13 février 2024

L'Occident a-t-il corrompu le yoga ?

Le yoga est-il "contrefait par les Blancs" ? C'est ce que dit le Monsieur dans cette vidéo (cliquer).

Or, le propos de ce Monsieur est abject.

Non seulement il dit des âneries, en plus il est raciste. Tout simplement.

Mais le plus grave n'est pas là. 

Le plus grave, ce sont les réactions des "Blancs" visés par ses insultes qui, non seulement se font rabrouer par ce personnage mal éduqué, mais en plus opinent du chef et trouvent bienséant de se faire ainsi chapitrer de la plus vile manière.

Or, de cela, je vois des exemples chaque jour. 

Et récemment même, dans les milieux spirituels autour de l'Inde. 

"Occidental" est systématiquement employé dans un sens péjoratif. Ce racisme qui ne dit pas son nom n'en est pas moins un racisme. Or, l'amour inconditionnel ne consiste certes pas à tolérer sans condition n'importe quel ignominie. 

Je vous aime tous. Mais j'aime encore plus la justice, la vérité et la dignité. Je ne vais donc pas me taire.

Où est-elle donc passée, la dignité de ces "Blancs" qui se laissent gifler par ces mains mensongères, sans moufeter, un sourire contrit aux lèvres et l'air penaud ?

Car enfin, le yoga est-il "contrefait", c'est-à-dire corrompu par les "Blancs" ?

C'est mensonge éhonté ou c'est ignorance crasse que d'affirmer cela !

N'en déplaisent aux contempteurs de l'Europe, c'est la tradition du yoga qui a inventé la quête assoiffée des pouvoirs surnaturels et "perfections" (siddhi) diverses. 

C'est la tradition qui a, la première et encore jusqu'à aujourd'hui, et sans attendre le vilain Occident, à commencé à proposer un yoga "mis à toutes les sauces" : 

yoga pour la santé, pour les pouvoirs occultes, pour voler, pour trouver des trésors, pour manipuler, pour séduire, pour rendre fou, pour tuer. Pour provoquer des fausses couches, pour pénétrer le corps d'autrui, pour ressusciter les cadavres, pour espionner, pour gagner les batailles, pour provoquer des fausses couches, pour aveugler, pour faire perdre la mémoire. 

Mais aussi... pour s'enrichir, pour devenir célèbre, pour rester jeune. Innombrables sont les pratiques de yoga pour vaincre le mal de tête ou de dent. Pour rendre la peau plus claire (tiens donc !), pour éliminer les cheveux blancs, pour augmenter la puissance sexuelle.

Combien de dynasties "royales" fondées par des yogis ? 

Ainsi, le chef actuel de l'organisation traditionnelle qui se targue de mettre le yoga au cœur de sa transmission, Yogi Adityanâth, est-il aussi le Premier Ministre de l'Uttar Pradesh en Inde, après une longue carrière politique. 

Cette "corruption" qui serait l'œuvre des "Blancs" est en réalité au cœur de la tradition du yoga, et ce depuis toujours.

Il y a un dernier argument en ce sens, et non des moindres : Les critiques adressées aux yogis et au yogas depuis l'intérieur même de ces traditions. Et aussi, les satires des moralistes sanskrits comme Kshemendra. Et de tant d'autres... Le Kali-yuga aurait-il donc débuté avec l'arrivée des Occidentaux en Inde ?

Enfin, il est bon de rappeler qu'une grande partie de la civilisation indienne est d'origine indo-européenne et, donc, "blanche". Au reste, innombrables sont les marabouts indiens (tântrikas, yogis, vaidyas...) qui proposent des remèdes miracles pour "blanchir" la peau, et il en a toujours été ainsi. Quelle hypocrisie d'accuser ensuite les "Blancs" de "contrefaire" une culture obsédée par la clarté du teint !

Est-ce à dire que le yoga hors de l'Inde ne prête le flanc à aucune critique ?

Nullement !

Et je me place au premier rang de ces critiques, comme ceux qui suivent mes écrits le savent.

Néanmoins, le phénomène de la "corruption" ou "marchandisation" du yoga :

1) il n'est pas nouveau, il existait bien avant l'arrivé des "Blancs" (mais lesquels ? les Indo-européens ? les Grecs ?).

2) il touche toutes les classes moyennes de la planète, dont les classes moyennes indiennes ; voyez par exemple "Sadhguru", champion de ce genre d'entreprise mondialiste ; son patriotisme affiché ne l'empêche nullement de ratisser "mondial".

D'autre part, le yoga "moderne" a apporté beaucoup à la tradition du yoga :

1) des pratiques, des postures, une finesse technique, 

2) une exigence éthique (voyez l'exemple de l'Ashtanga), des prolongements qui n'existaient pas dans la tradition, 

3) moins de superstitions (on ne mange plus de pilules au mercure),

4) une émancipation du féminin (alors que le yoga traditionnel est misogyne), et mille réflexions nouvelles.

J'ai entendu ce genre de propos racistes pendant des décennies. Depuis ma naissance, en fait. Je suis de cette génération qui a grandi dans le déni de soi. Mais je ne peux le tolérer, car c'est injuste et faux.

De plus, l'Occident est riche de bien des qualités et vertus que la "tradition du yoga" nous envie ou devrait nous envier. De fait, "l'Inde éternelle" ne craint pas d'imiter ou de plagier le vil Occident quand cela lui paraît servir ses intérêts.

Enfin, je ne marque même pas les erreurs de ce Monsieur sur la prononciation de "yoga" et "âsana", tant le ridicule est évident.

Donc, cessons de nous culpabiliser, de nous laisser insulter. 

Reprenons courage et dignité, fiers de notre héritage, le cœur et l'esprit ouverts, mais sans naïveté face aux envieux de tous bords.

jeudi 7 décembre 2023

L'œil qui ne voit pas



La conscience.
La plus parfaite évidence.
Le mystère le plus insondable.

Je voudrais partager avec vous que cet enseignement existe aussi dans notre tradition, occidentale. Non seulement en Orient.

Voici des sources.

D'abord, un extrait d'un enseignement d'Augustin d'Hippone (430) :

"Puisque la lumière fait voir tous les autres êtres 
qui se voient à la faveur de ses rayons, 
aura-t-elle elle-même besoin d'un secours étranger pour se faire voir ? 
La lumière fait apercevoir les objets étrangers, et du même coup, 
elle se fait apercevoir elle-même. 
Tout ce que nous comprenons, 
nous le comprenons au moyen de notre intelligence ; 
et notre intelligence, comment en avons-nous la connaissance, 
sinon par elle-même ? 
En est-il de même de nos yeux, 
et se font-ils voir en même temps qu'ils montrent les objets environnants ? 
Non, car si l'homme aperçoit les autres avec ses yeux, 
il ne les aperçoit pas eux-mêmes. 
Les yeux de notre corps voient autour d'eux, mais ils ne se voient pas : quant à notre intelligence, elle comprend
ce qui n'est pas elle, et elle se comprend elle-même." (Sur l'Evangile selon Jean, traité 47, 3)

Voilà le paradoxe étonnant : 
la conscience ("l'intelligence") est la lumière qui rend tout visible ; 
et pourtant, je ne la vois pas ! Je ne vois pas ma vision. 
Plus encore : Cette lumière n'a pas besoin de lumière pour être illuminée, 
car elle s'illumine elle-même en illuminant ce qui l'entoure. 
Il en va de même pour la conscience : 
En manifestant les choses, elle SE manifeste. 
Elle n'a donc pas besoin d'une autre conscience pour se réaliser, se connaître. 
Et pourtant, je ne la réalise pas ! 
Je ne prend pas conscience que je suis, qui est tout, 
hors de laquelle il n'est rien, 
alors même que je ne pourrait prendre conscience de rien sans conscience.

Voici donc deux principes d'éveil qui sont au cœur du Tantra non-dualiste et que l'on retrouve ici, en plein cœur de la tradition occidentale : 1) La conscience n'est pas connaissable à la manière d'un objet ; 2) La conscience n'a pas besoin d'autre chose pour se connaître.

Mais alors, pourquoi ne se connait-elle pas ? Pourquoi ne suis-je pas "éveillé" ? Parce qu'à force d'être omniprésente, elle est comme invisible. Comme l'espace, partout et, donc, nulle part. Transparente, elle présente les choses en s'absentant. Tournée vers les choses, elle s'oublie.

Second extrait, d'Hugues de Saint-Victor (1141) :

"L'œil voit tout sans  se voir lui-même, 
et cette lumière qui nous fait apercevoir tout le reste 
ne nous permet pas de voir le visage même 
où se trouve la lumière de nos yeux.
C'est pas des indices extérieurs 
que les hommes apprennent à connaître leur visage, 
et leur physionomie leur est connue le plus souvent par l'ouïe que par la vue, 
à moins que tu n'apporte un miroir d'un autre genre, 
où je puisse connaître et aimer le visage de mon cœur. 
Comme s'il n'était pas très juste de traiter de fou celui qui, 
pour nourrir son amour, 
regarderait sans cesse dans le miroir le reflet de son visage." (Les Arrhes de l'amour)

Ici, la conscience (le "visage") est si proche, 
que je dois passer un par détour : le miroir. 
Ou bien la parole d'autrui. 
Cette parole, c'est l'enseignement spirituel, miroir de notre vrai visage. 
Ce miroir, c'est aussi la nature. 
Quand je contemple le cosmos, 
je me vois moi-même, 
j'aperçois "comme en un miroir" la Source de toutes choses, 
au-delà de toutes choses, 
mais pas encore "face à face".
Notez aussi l'allusion à Narcisse :
était-il amoureux du reflet, ou du miroir ?

Dernier extrait de Bonaventure de Bagnoregio (1274), à propos de l'Être pur :

"Quel étrange aveuglement pour notre esprit 
de ne point apercevoir
ce qu'il voit en premier, 
et sans lequel rien ne peut être connu.
Mais c'est comme notre œil, concentré sur diverses couleurs : 
il ne voit pas la lumière qui les rend visibles. 
Ou s'il la voit,
il ne la remarque pas. 
Il en est de même pour l’œil de notre âme :
concentrée sur les choses particulières et générales, 
il ne remarque pas l'être qui est au-delà de toutes les catégories,
alors que c'est l'être qui se manifeste en premier dans l'âme,
et que c'est grâce à lui qu'il voit le reste.
Ainsi la formule se vérifie pleinement : 
'semblable à l’œil du hibou aveuglé 
par la lumière, l'œil de notre âme est ébloui par trop d'évidence'.
Habitué aux fantômes du sensible, dès qu'il regarde la lumière de l'Être souverain,
il lui semble ne plus rien voir.
Il ne comprend pas que cette obscurité suprême 
opère l'illumination de notre esprit.
Ainsi l'œil du corps en face de la pure lumière a l'impression
de ne rein voir." (Itinéraire de l'esprit vers Dieu, 5, 4, trad. Duméry modifiée)."

"Ebloui par trop d'évidence"... tout est dit. Où tout ce qui peut l'être.
Dans ces extraits toute l'évidence et tout le mystère sont indiqués, de ce que l'Inde nomme "conscience" ou "soi-même".

Je note au passage que notre premier auteur, Augustin, réfute dans son traité Du Maître l'idée que l'on puisse faire connaître en pointant du doigt. Selon lui, chacun de nous a déjà un "doigt" intérieur pointé vers la Vérité (le Maître, le Logos). Et c'est cela qui rend possible l'intelligence. Or, en Inde, Bhartrihari et Abhinavagupta défendent une idée très semblable. Là encore, affinité, voire parenté de l'Inde et de l'Europe.

Ainsi, de même que la conscience croit avoir besoin d'une autre conscience (un maître ou un "gourou") pour se connaître, de même nous croyons avoir besoin de l'Inde, et autres idoles, pour nous connaître, alors que cette même conscience est bien présente, ici, en Occident, de même que la conscience est omniprésente. 

Or, voici venu le temps du retour.

dimanche 12 janvier 2020

Du mépris de l'Inde et de l'hindouisme

Deux poids, deux mesures.
Indulgence à outrance pour les idoles de la gauche et du Marché.
Sévérité méticuleuse pour les têtes de Turc du système.

Prenez l'hindouisme.
L'Inde est considérée comme une culture infantile, dont on souri, tout juste bonne à meubler un cabinet de curiosités.
"Gourou" est toujours péjoratif. L'hindouisme n'est presque jamais mentionné lorsque l'on parle de religion. Les "grandes religions", c'est, bien entendu, Abraham et compagnie. L'hindouisme est présenté comme "polythéiste", alors que, depuis toujours, il est clair que "l'Être est un" et qu'Indra a mille visages. Durant toute mes études en "indologie" on m'a présenté l'Inde comme un truc pas sérieux, qu'il ne faut surtout pas prendre au sérieux - attention, l'Inde rend fou ! L'Inde, c'est un objet de curiosité. Aucun universitaire n'osera se dire Hindou, alors que les universitaires musulmans ou chrétiens sont légions. Être un "islamologue" musulman et militant ? pas de problème ! Être "indologue" et hindou militant ? Bah... comment dire... "Mais vous allez ruiner votre carrière !" "Faites attention !" etc. Même en Inde, dominée jusqu'à récemment uniquement par le marxisme, l'hindouisme était conspué. Je me souviens d'un entretien avec un professeur du Kérala, alors que je cherchais le fils de Krishna Ménon. Il me dit "Advaita Vedânta ? But this is fascism !" Il ne me donna aucun renseignement. Ou cette discussion avec des étudiants indiens en philosophie sur Half Moon Beach. Des fanatiques de la French Theory ! La philosophie en Inde ? Selon eux, elle n'existe pas. Des vieilleries indignes d'être connues. Par contre, le relativisme foucaldien, ça c'est de la vraie sagesse !

Hindouisme est synonyme de secte.
Regardez les sites anti-secte.
L'hindouisme est systématiquement présenté comme un agrégat de sectes loufoques. Certes, les Haré Krishna ont leur folklore, et l'on est pas tenu de s'enthousiasmer de leur intolérance (relative). Certes, je suis le premier à critiquer le système des castes, la bêtise de certains brahmanes, la rigidité du Vedânta parfois. Mais, si l'on combat les sectes et le danger qu'elles représentent pour l'ordre public, quid de l'islam ? Deux poids, deux mesures...

Sous couvert de dénoncer les sectes et les charlatans, on fait souvent montre de son mépris pour l'Inde.

Alors que les sectes (en laissant de côté cet inépuisable vivier qu'est l'islam et, plus généralement, les "religions du Livre") n'ont bien souvent rien à voir avec l'Inde.

Regardez par exemple The Work™. C'est un business dérivé du business de Ken Keyes, avec quelques traces abâtardies de la magnifique sagesse stoïcienne.

Et regardez celle-ci :






Certes cette bande de pauvres diables se faisait appeler "buddhafield" et certes, à regarder ce qui se passe au royaume "merveilleux" de Sham Bhala, héritage du "sage" (ah bon ?) "fou" (ah oui), on peut se poser des questions :



Mais enfin, le concept de gourou n'est pas le propre de l'hindouisme. Jésus et Mahomet étaient des gourous. Et il ne manque pas de sectes chrétiennes ni islamiques, avec leur gourous et leurs adeptes lobotomisés. Un exemple parmi mille :



Mais quand on parle de secte ou de gourou, on parle presque toujours de l'Inde. Il est vrai que ce continent d'une richesse sans égale ne manque pas de figures pittoresques ou baroques. Certes les charlatans pullulent, au nom de l'hindouisme, du yoga, du tantra, du shivaïsme du Cachemire même (moins du Vedânta ?).

Mais ne parler que de cela quand on parle de l'Inde, c'est passer sous silence que l'Inde, c'est d'abord et avant tout une culture incroyable, d'une tolérance sans égale, la plus grande démocratie du monde, une liberté de moeurs et d'expression qui ne se retrouve nulle part ailleurs, une joie de vivre qui a résisté à des siècles de ravages abrahamistes, un patrimoine sans équivalent, bref, l'une des plus puissantes civilisation du monde. La culture sanskrite reste à découvrir. 
Et surtout, surtout, que serait la "spiritualité" dont on vante aujourd'hui les mérites, sans l'Inde ? Que serait la non-dualité sans l'Inde ? Que serait le Tantra sans l'Inde ? Que serait le yoga sans l'Inde ? Que serait la pleine conscience sans l'Inde ? Que feraient ces milliers de personnes et d'éveillés qui vivent de spiritualité, sans l'Inde ?

Non. Je critique l'Inde, bien sûr, au sens où je m'efforce de discerner (du grec krinein "séparer", "choisir", tel l'oiseau hamsa) mais sans jamais oublier que l'Inde est le berceau de toutes les spiritualités dont j'essaie chaque jour, dans la mesure de mes forces, de me faire le disciple. Certes, il y a de belles et grandes choses dans le christianisme, par exemple. Mais si l'Inde n'avait pas, d'abord, dit les choses clairement, pourrais-je les reconnaître dans le christianisme ? Je ne crois pas. Alors rendons à l'Inde ce qui est à l'Inde. Sans niaiserie, "en conscience", mais sans être frileux.

lundi 2 septembre 2019

Pourquoi les religions non-abrahamiques sont-elles davantage ouvertes à la science ?

L’image contient peut-être : une personne ou plus

Selon une enquête, 77% des Indiens pensent que la théorie de l'évolution doit être enseignée, contre 37% en Egypte et 62% aux USA. 
Comment expliquer l'ouverture de l'hindouisme face à la science ?

Dès les plus anciens hymnes védiques, on observe en Inde comme en Grèce, une tendance au questionnement :

"Alors, il n'y avait pas le néant,
il n'y avait pas l'être,
ni l'atmosphère, ni le vide au-delà.
Qu'est-ce qui s'étendait ? Où ? 
A qui était cette demeure ?
L'eau profonde, insondable, existait-elle ?

["alors" tadânîm, litt. "maintenant"]

Il n'y avait pas la mort,
ni l'immortalité.
Il n'y avait pas de conscience
de la nuit et du jour.

L'Un respirait, sans air,
par son désir.
Il n'y avait pas d'autre.
De quel autre aurait-il tiré son plaisir ?

["respirait", racine ân- que l'on retrouvera dans prâna, l'acte de respirer, plus précisément d'expirer l'air ; "par son désir" svadhayâ ; dhâ- est un mot et une racine lourde de sens ; elle désigne la nature d'une chose, l'élan, l'inclination, le décret, la volonté, le pouvoir, le désir ; cette respiration "sans air" évoque le spanda, le mouvement immobile, la conscience]

A l'origine, il n'y avait que 
ténèbres dans les ténèbres.
Tout cela était un océan
sans conscience (apraketa).

L'Un enveloppé
dans le rien
naquit par la majesté
de l'excitation.

Le désir le prit
à l'origine,
désir qui fut 
la première semence mentale.
Les poètes avisés
regardèrent en eux-mêmes,
dans le coeur.
Ils y découvrirent
que l'être est parent du néant.

Il ont déployé leur rayon :
qu'y avait-il au-dessous ?
Qu'y avait-il au-dessus ?
Ils étaient plein de semence.
Ils éteint plein de grandeur.
Vers le bas, le libre désir.
Vers le haut, la volonté.

["leur rayon" : rashmi, leur faculté, leur pouvoir, leur intelligence ; ce terme se retrouvera dans le tantrisme non-duel pour désigner, métaphoriquement, les facultés du corps et de l'esprit]

Mais franchement, 
qui sait ?
Qui en ce monde peut le dire ?
D'où elle est née ?
D'où vient-elle, cette éjaculation ?
Les dieux viennent après son éjaculation.
Alors, qui donc sait
d'où elle est advenue ?

D'où est advenue cette éjaculation ?
L'a-t-il agencée ? Ou pas ?
Le Regard souverain,
dans le vide ultime,
doit sûrement le savoir !
Ou alors, ne le sait-il pas ?"

Nâsâdîyasûkta, hymne 129 du Xème mandala du Véda des Hymnes

L'enquête sur l'enseignement de la théorie de l'évolution :
https://ncse.com/…/09-Survey-BritishCouncil-globaleducation

Le texte sanskrit du Nâsadîya, l'hymne du "il n'y avait pas non-être..." :

10.129.01a     nā́sad āsīn nó sád āsīt tadā́nīṃ
10.129.01b     nā́sīd rájo nó víomā paró yát
10.129.01c     kím ā́varīvaḥ kúha kásya śármann
10.129.01d     ámbhaḥ kím āsīd gáhanaṃ gabhīrám

10.129.02a     ná mr̥tyúr āsīd amŕ̥taṃ ná tárhi
10.129.02b     ná rā́triyā áhna āsīt praketáḥ
10.129.02c     ā́nīd avātáṃ svadháyā tád ékaṃ
10.129.02d     tásmād dhānyán ná paráḥ kíṃ canā́sa

10.129.03a     táma āsīt támasā gūḷhám ágre
10.129.03b     apraketáṃ saliláṃ sárvam ā idám
10.129.03c     tuchyénābhú ápihitaṃ yád ā́sīt
10.129.03d     tápasas tán mahinā́jāyataíkam

10.129.04a     kā́mas tád ágre sám avartatā́dhi
10.129.04b     mánaso rétaḥ prathamáṃ yád ā́sīt
10.129.04c     sató bándhum ásati nír avindan
10.129.04d     hr̥dí pratī́ṣyā kaváyo manīṣā́

10.129.05a     tiraścī́no vítato raśmír eṣām
10.129.05b     adháḥ svid āsī́3d upári svid āsī3t
10.129.05c     retodhā́ āsan mahimā́na āsan
10.129.05d     svadhā́ avástāt práyatiḥ parástāt

10.129.06a     kó addhā́ veda ká ihá prá vocat
10.129.06b     kúta ā́jātā kúta iyáṃ vísr̥ṣṭiḥ
10.129.06c     arvā́g devā́ asyá visárjanena
10.129.06d     áthā kó veda yáta ābabhū́va

10.129.07a     iyáṃ vísr̥ṣṭir yáta ābabhū́va
10.129.07b     yádi vā dadhé yádi vā ná
10.129.07c     yó asyā́dhyakṣaḥ paramé víoman
10.129.07d     só aṅgá veda yádi vā ná véda

mardi 28 mai 2019

vendredi 3 novembre 2017

Voyage - méditation - Inde

Melkote...
un lieu sacré préservé au cœur de l'Inde.
Parsemé de bassins et de temples, ce gigantesque rocher
sort de la plaine comme une baleine surgie des eaux.

Allons ensemble méditer et vivre
dans les lieux les plus forts du Sud de l'Inde,
dans une région riche en traditions de méditation.
Je vous accompagnerai dans de nombreux endroit.
Mais Melkote reste l'un de ceux qui me tiennent le plus à cœur.

Voici la vue depuis "le museau de la baleine", 
en direction de Mysore, Mecque du yoga, que nous visiterons aussi.
Les Indiens l’appellent l"Arc de Râma", le héros divin de la mythologie indienne.
Un site idéal pour pratiquer la méditation, la pleine conscience de l'espace,
le regard s'ouvrant sur le ciel limpide, en direction du soleil couchant,
appelle l'ouverture de l'espace intérieur.
C'est le Yoga de l'Homme-lion, dont le sanctuaire
couronne Melkote.


Voir le programme détaillé :

mardi 17 octobre 2017

Le Sanctuaire de l'Homme-lion - II


L'an prochain j'accompagnerai
un voyage en Inde du Sud.
(pour voir le programme, cliquer sur ce lien)
Le fil directeur sera le yoga de l'Homme-lion (Nara-simha).
De quoi s'agit-il ?

Jadis, un démon avait obtenu un don surnaturel de Vishnou :
Il ne pourrait mourir ni de la main d'un homme, ni de celle d'un animal, ni le jour ni la nuit, ni dehors ni dedans, ni sur terre ni au ciel.
Sous son règne, les démons prospéraient, tant et si bien que leur poids menaçait d'engloutir la Terre.
Vishnou s'incarna donc sous la forme de l'homme-lion. il s'empara du roi des démons sur le seuil de son palais, au crépuscule, le souleva entre ciel et terre, et le réduit en pièces.

Que vient faire le yoga dans cette fable ?

Le démon est l'ego. Disons, la somme de nos désirs de perfection, le fantasme de vouloir enfermer l'infini dans le fini, de vouloir mettre l'espace en boîte, incarné dans les couples de contraires, dans l'attraction et la peur, l'inpir et l'expir, goûts et dégoûts...

L'homme-lion est ce qui se révèle dans l'intervalle entre l'expir et l'inspir, entre deux pensée, deux histoires, deux tranches de rêve, deux alternatives...

Il incarne le yoga, l'unité naturelle qui réconcilie ces grands ennemis : unité et dualité, Dieu et le Diable, et ainsi de suite...

Sur cette statue de l'Homme-lion, 
notez la ceinture de yoga
instrument traditionnel de l'exploration de l'espace.

mardi 10 octobre 2017

Le Sanctuaire de l'Homme-lion - I

Voici l'un des temples de Melkote.
Situé à soixante kilomètres au Nord de Mysore,
dans le Sud de l'Inde,
cette petite cité est perchée sur un vaste rocher.

On peut y vivre deux choses
simultanément :
l'immersion dans des dizaines de reliques de temples et bassins sacrés,
et la proximité avec nature,
la campagne tropicale du Sud.
Rare privilège...

Melkote est le sanctuaire de la tradition Srî Vaïshnava,
la tradition des fondateurs de l'Ashtanga Yoga.
C'est un de mes endroits préférés en Inde du Sud.
J'y a médité plusieurs semaines, 
dans la fraîcheur et dans l'ambiance
d'un lieu préservé qui invite à l'immensité intérieure.

J'y accompagnerais un petit groupe en mars 2018
pour un voyage organisé par Routes du Monde
dans le Sud de l'Inde.

J'y reviendrai dans les semaines 
à venir.

Le programme :



lundi 25 septembre 2017

Voyage en Inde du Sud - Mars 2018 - Vidéo

J'accompagnerai en mars 2018
un voyage en Inde
organisé par 
Routes du monde.

Au programme :
méditation dans des temples 
et des lieux sacrés.
Regardez :


J'ai hâte de partager cela avec vous !

lundi 11 septembre 2017

Voyage en Inde du Sud avec David Dubois - Mars 2018

J'animerai un 
Voyage en Inde du Sud
du 3 au 17 mars 2018

Qui n'a jamais rêvé d'aller au cœur de l'Inde,
dans une région préservée,
riche en tradition spirituelles vivantes,
pour aller méditer dans
ses sanctuaires les plus magnifiques ?

Je vous propose
un voyage à la rencontre de l'Inde sacrée et traditionnelle,
en allant méditer chaque jour dans des lieux 
qui m'ont touché à jamais,
que je connais de l'intérieur, 
dans lesquels j'ai vécu,
et que j'ai envie de partager avec vous.

Nous explorerons ensemble les hauts-lieux du Vedanta,
Shringéri, la Mecque de la non-dualité,
Hampi, cité tantrique millénaire 
avec ses ruines sacrées disséminées 
dans un paysage grandiose,
Méloukotte, sanctuaire de l'Homme-Lion, 
avec ses vues panoramiques,
Gokarna, sanctuaire de Shiva sur la Mer d'Arabie,
 avec ses couchers de soleils incroyables
et ses monastères de toutes traditions,
Goa, la Cité de la Lune (Tchandra Poura) avec ses sanctuaires tantriques peu connus...
Et surtout la terre indienne,
avec son parfum inimitable,
ses ambiances,
sa force mystérieuse
et ce qu'elle vous fait
au plus profond...
Aller à la rencontre de cette Inde profonde,
tropicale, débordante,
sensuelle et spirituelle,
c'est aller vers une transformation de soi.
Mais j'en reparlerai
dans les semaines à venir :)

Bref, des lieux de tradition vivante,
à habiter,
à ressentir...
et pas seulement, car 
je partagerais avec vous
mon expérience
et mes connaissances de ces traditions authentiques,
mais discrètes,
loin des ashrams et des gourous pour touristes.
Un vrai pèlerinage,
pour se rencontrer soi,
à travers les traditions spirituelles de l'Inde,
une Inde difficile d'accès,
mais d'une richesse sans égale.
Tout en habitant dans des lieux confortables,
nourris d'une cuisine délicieuse,
guidés par des personnes expérimentées,
amoureuses de l'Inde,
qui vivent en Inde,
un voyage organisé par des passionnées de l'Inde,
avec une longue expérience de l'organisation
des voyages dans cette terre unique
au monde.

3


SUR LES TRACES DE L’HOMME-LION : 
MÉDITATION DANS LES TEMPLES DE L’INDE 
15 jours - 14 nuits Tarif 2660 euros + vol international 
CIRCUITS PETIT GROUPE
Qui n’a rêvé de marcher en Inde sur les pas des sages et des yogis ? Aller à la rencontre de soi à travers l’autre... Avec ce voyage, nous vous proposons plus qu’un voyage : un pèlerinage, non pas religieux mais spirituel, à la recherche des traces laissées par les yogis de l’Inde ancienne. Dans une région préservée du Sud de l’Inde, riche en traditions, aller à la rencontre des lieux sacrés et sanctuaires du yoga. Visiter les temples pour y méditer les symboles laissés par les sages, pour y ressentir les saveurs de la terre indienne, corps de la déesse. Façonné par une multitude de religions, de cultures, d’ethnies et d’anciens royaumes, l’état du Karnataka est une véritable région de transition entre le sud et le nord du pays. Depuis les forêts et cascades du plateau du Deccan jusqu’aux palmiers et mangroves de la Côte Saphir, cet itinéraire original, bâti au gré des découvertes culturelles, des sites sacrés et des randonnées, vous offrira une autre vision de l’Inde. 
DU 3 AU 17 MARS 2018 AVEC DAVID DUBOIS WWW.ROUTESDUMONDE.COM 
 INFO@ROUTESDUMONDE.COM

Programme détaillé,

dimanche 15 mai 2016

Le sanskrit, "porte de la délivrance"

Atha shabdânushâsanam...
"Et maintenant, l'instruction sur le langage convenable..."
Des centaines de générations de jeunes Indiens ont appris ces mots par cœur, se levant chaque jour vers quatre heures, pour six heures d'enseignement oral, sans vacances...

Comme toute civilisation traditionnelle, la civilisation indienne (de l'Afghanistan jusqu'aux rives de la Papouasie) est fondée sur une transmission. Au cœur de cette tradition, se trouvent les trois piliers de l'art de la pensée (nyâya), de l'analyse grammaticale (vyâkarana) et de la réflexion sur ce qui a été bien dit et reçu des personnes éduquées (mîmâmsâ).


Ci-dessous, les premières règles (sûtrâni) de la grammaire traditionnelle de Pânini, les Huit leçons.

Il y a en tout 3983 règles.



Pânini, qui vécut dans l'actuel Pakistan :

Afficher l'image d'origine

Quelques pages de la grammaire de Pânini, manuscrit sur écorce du Cachemire :




Certaines règles ont été commentées par Patanjali dans le 

Grand Commentaire.

Sur la base de cette pratique commune d'une langue 

correcte, on peut apprendre à penser.

Voici une leçon sur l'un des raisonnements de base de la 

tradition de pensée indienne. 

Nyâya-shâsana : instruction sur la conduite (de la pensée) . 

En sanskrit et en anglais.

Un aperçu de l'éducation traditionnelle, fondée sur une 

pratique quotidienne de la répétition, de la mémorisation et 

de l'écoute active des instructions reçues en héritage.


Selon une tradition du Cachemire, Abhinavagoupta était une
réincarnation de Patanjali.

lundi 16 février 2015

L'individu est-il une invention occidentale ?

Portrait d'un individu gréco-indien, retrouvé en Afghanistan, début de notre ère


Selon une opinion encore bien reçue, l'individu serait une invention de l'Occident chrétien puis moderne. 
Dans les autres civilisations, il n'y aurait pas eu de conscience individuelle avant la rencontre avec l'Occident. Cet individualisme serait la cause ou le symptôme de la décadence occidentale, face à  un Orient impersonnel et atemporel. Pour plus de détails sur ce débat, voir ici.

Or, c'est faux. Pour l'Inde du moins. La société brahmanique n'est pas une société solidaire, une société du collectif ou l'individualité n'aurait jamais émergé. Il est vrai que c'est un système hiérarchisé, ou chacun a sa place. Mais cela n'implique pas a priori que l'individualité n'y existe pas. Et a posteriori, il suffit de parcourir la littérature sanskrite pour s’apercevoir que l'individualisme régnait durant l'âge d'or indien, c'est-à-dire durant le premier millénaire, tout comme dans nos sociétés de consommation. La société hindoue traditionnelle est une société d'individus éclatée, où chacun agit avant tout pour soi.

C'est ce qu'affirme Alexis Sanderson dans cette monographie sur le brahmanisme ou l’hindouisme. Il va même jusqu'à dire que "la société n'existait pas ici" (p. 24), dans cette vision du monde brahmanique où il n'y a que des agents qui changent de rôle, qui endossent puis délaissent telle ou telle fonction. L'absence d'existence vraiment collective est d'ailleurs une conséquence de la croyance en la réincarnation : c'est l'individu qui transmigre ! Donc il existe bel et bien une individualité, alors que la notion de société est restée relativement peu développée. De plus on ne peut transférer les conséquences karmiques d'un individu à un autre, a fortiori à un groupe. Tout ce que l'on fait pour les autres, on l'abandonne en mourant. D'où un individualisme particulièrement accentué. Mon salut n'a rien à voir avec celui des autres. Loin d'être un monde sans individus, l'Inde serait donc un monde sans société, un système de monades sans véritable ciment. Chacun pour soi. Bien sûr, il existe des pratiques collectives, mais elles ne sont pas valorisées dans le brahmanisme théorique.

Voilà qui explique en partie pourquoi le civisme est si peu développé en Inde, qui est d'ailleurs une fédération d'états, et voilà pourquoi j'ai entendu si souvent des Indiens se plaindre du manque d'esprit collectif de leurs compatriotes. L'indifférence des Indiens au sort de leur prochain en a frappé plus d'un. Dans les milieux traditionnels, brahmaniques conservateurs, on peut même dire que l'altruisme n'existe pas. Il n'y a pas de vertu au sens chrétien : juste une mécanique qui vise à accumuler des mérites pour soi. A l'époque, je ne comprenais pas trop ce que je voyais en Inde, car on m'avais inculqué le mythe de l'Orient collectif et dépourvu d'individualisme. Mais les expériences quotidiennes sur plusieurs années m'amenèrent à remettre en question ce dogme.

Le mythe selon lequel l'individualisme serait une invention occidentale doit donc être reconnu comme tel : un mythe inventé par des Occidentaux mal informés, comme Louis Dumont, Marcel Gauchet ou René Guénon. C'est une fable construite par ceux qui veulent parler de l'Occident, en bien ou (plus souvent) en mal, mais sans savoir au juste de quoi ils parlent.

L'individu est une réalité commune à tous les humains, un aspect essentiel de la nature humaine, et non pas une construction sociale ou linguistique, ni un accident de l'Histoire.

Bien sûr, les religions de l'Inde ne se réduisent pas au brahmanisme individualiste. Dans les religions des indiens (qui n'étaient pas tous brahmanes !), un soucis de l'autre se manifeste. On accumule du mérite pour soi, mais aussi pour ses ancêtres, ses descendants, ses proches, voire dans l'intérêt de tous les êtres. C'est le cas dans le bouddhisme qui parle d'une Nature de Bouddha ou d'une conscience universelle, fondement de l'espoir d'un salut universel; C'est aussi manifeste dans les religions de Shiva et Vishnou, dans leur fêtes collectives, dans le tantra généralement.

Cependant, le lien entre le salut individuel et le salut collectif n'est jamais très clair. Pourquoi ? A mon sens, c'est parce que dans ces religions, le lien entre la conscience individuelle et la conscience cosmique n'est jamais élucidée. D'où les réflexions des Hindous à l'ère contemporaine, comme par exemple Vivekânanda ou Gopinâth Kavirâj, qui essaient de concevoir un salut collectif, un "saut de conscience". Mais, chez eux et d'autres comme Aurobindo, l'influence occidentale est déterminante. Je crois qu'il y a dans les textes indiens de quoi alimenter des réflexions passionnantes, mais que sans la rencontre avec l'Occident, l'Inde ne serait pas "rentrée dans l'Histoire". 

Au reste, si l'hindouisme et le bouddhisme n'étaient pas individualistes, comment auraient-ils pu séduire les Occidentaux individualistes ? C'est au moment ou l'individualisme s'est développé en Occident que l'appel de l'Orient s'est fait entendre. A contrario, si l'hindouisme et le brahmanisme n'étaient que les expressions d'une culture ignorant tout de l'individu et n'offrant donc que des pratiques religieuses collectives, comment ces spiritualités auraient-elles pu si bien inspirer les Occidentaux ? Que je sache, nul en Occident ne s'enthousiasme pour les rituels hindous, en dehors d'une curiosité tout à fait passagère pour la fête de Ganesh et de genre de choses.

La doctrine du karma est peut-être l'idée qui a le plus frappé la conscience occidentale. Et c'est la doctrine la plus individualiste et impersonnelle (les deux vont ensemble). A cela s'oppose la doctrine de l'amour divin qui, comme chacun sait, a imprimé une image différente dans la conscience occidentale : les "Haré Krishna" ont connu un certain succès, puis ils ont reflué.

L'individu est un aspect essentiel de l'humain. Mais le collectif aussi. Le paradoxe de l'hindouisme (et du bouddhisme) illsutre le paradoxe de la vie intérieure : dans l'hindouisme théorique, il faut se détacher, réaliser son impersonnalité. Mais alors on devient de plus en plus important socialement ! Voyez les Shankarâchârya en inde, ces sortes de "papes" de l'hindouisme qui prônent en théorie la réalisation de l'absence d'individualité la plus radicale : en pratique, ils passent leur temps à agir dans le social ! De même, dans la vie intérieure, plus on réalise l'absence de "moi" séparé, plus on est un "moi" important pour les autres "moi", capable de leur venir en aide. Étrange paradoxe !

Quoi qu'il en soit, l'individu n'est pas une invention de l'Occident, mais une donnée universelle.
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