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jeudi 21 août 2025

Architecture spirituelle


 

En Occident :

Base éthique - connaissance - maîtrise de soi - masculin - stoïcisme

Voie philosophique - penser transcendant - masculin et féminin - platonisme

Fruition mystique - amour - abandon de soi - féminin - christianisme

En Orient :

Base éthique - s'ajuster à l'ordre divin - dharma

Voie philosophique - reconnaître le divin en soi - pratyabhijnâ

Fruit mystique - aimer l'Amour - bhakti

samedi 2 août 2025

Pourquoi nos pratiques spirituelles ne marchent pas ?




 Voici un enseignement des plus actuels. Sous une apparence désuète (il semble parler de religion), il s'adresse à nous - il suffit de transposer les choses, de changer quelques mots :

"Certains hommes reçoivent les dons de Dieu
comme ses serviteurs mercenaires,
et certains autres comme des serviteurs confiants.

Et ils s'opposent en toutes leurs œuvres intérieures,
c'est-à-dire en leur façon d'aimer et en leurs intentions,
en leur façon de sentir
et en tous leurs exercices de vie intérieure.

Ici, fais attention :
Tous les hommes qui s'aiment eux-mêmes
avec tant de désordre
qu'ils ne veulent pas servir Dieu
autrement que pour leur propre profit
et pour leur propre salaire,
se séparent de Dieu,
renoncent à la liberté
et se rendent esclaves,
car ils se cherchent eux-mêmes
et sont leur propre but en toutes leurs oeuvres.

Et c'est pourquoi, avec toutes leurs prières
et avec toutes leurs bonne soeuvres,
ils recherchent des choses temporelles
ou des choses éternelles
qu'ils choisissent pour leur commodité
et pour leur propre utilité.

Ces gens-là sont repliés sur eux-mêmes
de façon désordonnée,
et c'est pourquoi ils sont toujours seuls avec eux-mêmes,
car il leur manque l'amour vrai
qui devrait les unir à Dieu
et à tous ceux qu'il aime.

Et s'ils paraissent observer la loi et les commandements de Dieu
et de la Sainte Eglise,
ils n'observent pas la loi de l'amour,
car tout ce qu'ils font,
ils le font par nécessité,
et non par amour,
afin de ne pas être damnés.

Et parce qu'ils sont intérieurement infidèles,
ils n'osent pas faire confiance à Dieu,
mais toute leur vie intérieure est hésitation et peur,
peine et misère.
Car ils voient la vie éternelle
du côté droit
et ils craignent de la perdre,
et ils voient la peine de l'enfer
du côté gauche
et ils craignent de la recevoir.

Toute la prière,
et tout le travail,
et toutes les bonnes oeuvres qu'ils peuvent faire
pour repousser cette crainte,
cela ne les aide pas,
car plus ils s'aiment eux-mêmes avec désordre,
plus ils redoutent l'enfer.

Et en cela, tu peux remarquer que la crainte de l'enfer
vient de l'amour propre
qu'ils ont pour eux-mêmes."

Ruusbroec, La Pierre Brillante

mardi 10 juin 2025

Pourquoi mystique ? Ecouter pour entendre

 


Comment faire pour vivre le silence intérieur ?

-Pas la simple absence de bruit,
mais la véritable transparence intérieure :
l’arrêt des bavardages, de cette radio
qui, depuis l’intérieur de nous,
tourmente, pour ainsi dire, sans interruption.

Eh bien, en écoutant.
Parce que, quand j’écoute,
je dois faire silence.
Je ne peux pas entendre sans me taire,
sans rester muet de mon côté.
Or, muet est un mot qui est dérivé de la même racine grecque
que les mots mystique et mystère.
Être mystique,
cela ne veut pas dire produire des miracles
ou des phénomènes surnaturels —
non, cela n’a rien à voir.
Être mystique,
cela veut dire être muet.
Être muet dans l’écoute du mystère.
C’est ce que nous rapporte un auteur anonyme
d’un petit livre de pratique de la théologie mystique :
la connaissance du divin
par le silence intérieur,
par l’écoute, l’audition.
Et en effet, dans ce petit livre paru à Liège en 1709,
il nous est rappelé qu’il y a quelque chose à entendre
pour vivre le silence.
Je me tais.
J’écoute.
Et j’écoute pour entendre.
Et j’entends, parce qu’il y a quelque chose à entendre.
Et ce quelque chose, c’est une parole,
c’est un Verbe.
Si je cherche à faire silence,
si j’aspire au silence
seulement comme négation des bruits extérieurs,
ou même du bavardage intérieur —
seulement comme une négation
dans laquelle je me reposerais —
eh bien, mon silence sera limité.
Ce qui est bien plus puissant,
c’est d’être d’abord convaincu qu’il y a une parole.
Que, dans le silence,
ce n’est pas simplement une absence de bruit ou de pensée qui se vit,
mais une présence.
Une parole.
Un Verbe.
Un enseignement.
Un véritable enseignement.
On dira aussi : un chant,
une mélodie,
avec son rythme, sa pulsation subtile.
Et cet anonyme distingue ainsi ce qu’il appelle
l’oraison des mystiques —
c’est-à-dire cette prière intérieure,
ce geste intérieur d’écoute et de silence.
L’oraison des mystiques, dit-il,
a ceci de différent de l’oraison ordinaire,
donc de la prière vocale,
qu’elle se fait sans aucune parole articulée de la langue,
comme se font les prières vocales dans le Notre Père ;
là, il n’y a pas de parole.
Et sans aucun discours de la raison :
il n’y a pas de pensée,
pas d’énonciation intérieure,
ainsi que se font les prières de méditation.
(Méditation : ici, non pas au sens moderne,
mais au sens classique,
c’est-à-dire : réflexion sur des thèmes théologiques
ou des questions philosophiques.)
Il poursuit :
« Car comme les mystiques s’accoutument à vivre
en la présence de Dieu d’une manière nue,
sans user que très rarement ni de parole ni de raisonnement envers Dieu,
par un principe de respect qu’ils ont pour cette adorable Présence,
et de crainte de troubler la pureté de leur acte
par de vaines idées de leur entendement
et par de grossières affections de leur cœur,
qu’ils jugeraient tout à fait indignes
de la majesté de cet Être suprême,
quelque bonnes qu’elles leur paraissent,
ils tâchent surtout de se mettre dans cette disposition
pendant leur oraison,
s’y présentant devant Dieu avec un profond et respectueux silence,
comme un pauvre nécessiteux
en faveur de qui la seule indigence
sollicite la divine miséricorde. »
Eh bien, là, ce qu’il veut dire — avec son langage, à sa manière,
dans le style de son époque —
c’est justement qu’il y a quelque chose à entendre.
Ce qu’il appelle Dieu, l’Être suprême, la Majesté,
c’est l’enseignement,
c’est la réponse à nos questions,
et c’est aussi le remède à nos troubles.
Mais, pour cela, encore faut-il en être convaincu.
Faire confiance à cette promesse :
que quelque chose se dit dans le silence.
Que ce n’est pas une simple absence.
Il y a véritablement une parole à entendre.
Et donc, à écouter.
Et donc, devant laquelle je suis invité à me tenir muet, nu,
recevoir cet enseignement sans parole.
Voilà la théologie mystique.
L’oraison des mystiques.
Voilà le silence intérieur.

David Dubois
www.david-dubois.fr




mardi 31 décembre 2024

"Amour est le plus divin"



Extrait de La douleur, d'Antoine Blanc de Saint-Bonnet, où il mentionne la rencontre de Tauler avec le lépreux :

"Dieu veut que tout cœur soit et plus pur et plus grand pour mieux recevoir sa gloire, pour contenir plus de félicité. Il faut que la vaillance s'unisse en nous à l'innocence. Disons-le aux âmes des hommes : telles sont les belles nécessités de l'Infini. Il ne faut pas que notre amour soit comme une flamme qu'emporte le vent, ni notre personnalité comme un tronc mort; il faut que, fondus l'un avec l'autre, ils entrent dans l'incandescence immortelle ! On doit donc prendre un soin égal de la personnalité et de l'amour. Au fond, c'est bien l'amour qui est le plus divin. 

Mais l'homme, n'étant point assez bon, fait beaucoup plus de cas de la puissance que de l'amour. C'est toujours la puissance qui réussit dans Je monde, et l'égoïsme, comme tous les mauvais sentiments, n'a de respect que pour la force. Aussi l'amour, fait pour le ciel, se voit exposé ici-bas à toutes les blessures. Beaucoup d'âmes l'ont senti, et elles se sont retirées à l'écart pour le mettre à l'abri sous les fleurs immortelles de la sainteté. Il y a des hommes qui ne connaissent qu'un élan; puissent-ils ne pas connaître l'autre! 

En nous, il est comme deux âmes ; heureux ceux qui ne portent que l'âme qui veut connaître Fuyez, cachez-vous dans le sein de Dieu, si vous reçûtes, sur la terre cette autre âme qui veut réellement aimer. Si la douleur a une portée surnaturelle en servant d'instrument à la Grâce, elle peut aussi faire fléchir la nature. L'âme, en ce cas, n'a qu'un parti à prendre, c'est de courir dans les bras de Celui qui lui dit : « Venez à moi, vous qui souffrez, et moi je vous soulagerai. » Là, le plus misérable va rencontrer tous les secours.

 Pouvons-nous oublier la réponse que fit à Jean Taulère le mendiant à qui manquaient deux membres et une partie du visage : « Je te le répète, je n'ai jamais eu, grâce à Dieu, de mauvais jours dans ma vie. Dieu est mon Père céleste; et comme il m'aime d'un amour éternel et incompréhensible, tout ce qui m'arrive ne peut tourner qu'à mon bien, en sorte que je vis dans la paix la plus profonde. Lorsque je souffre, ou lorsque je n'ai pas de pain, je jeûne en expiation de mes fautes, et aussi pour ceux qui ne jeûnent pas. Et mon cœur se fond de bonheur en songeant que la vie est si courte, et que je serai éternellement heureux dans le Ciel. » 

Notre voie est la bonne voie : si Joseph se fût affligé quand il se vit jeté dans la citerne ou vendu comme esclave, il se fût affligé de son bonheur. Comme Dieu nous a fait pour lui, n'est-il pas aisé de comprendre que notre âme toujours inquiète, s'agitera dans la souffrance tant qu'elle ne viendra pas se reposer en lui? 

C'est pourquoi saint Augustin s'écrie : « Ce qu'il faut pour nous rassurer et pour nous consoler, c'est une parole amie qui nous vienne du Créateur. »"

Texte lu :


samedi 31 août 2024

L'exercice du silence - 1

 


"Traité onzième de l’exercice du silence, que le Religieux doit garder de pensée, de parole et d’œuvre pour être tout uni et absorbé en Dieu seul. [Édition de 1722] 

La nature et l’excellence de cet exercice. On peut dire que Dieu n’a parlé qu’une fois en l’éternité, parce qu’il n’a engendré qu’un Fils qui est sa parole, et même en parlant il n’a point rompu le silence, parce qu’il a parlé au-dedans de soi, et sans faire aucun bruit, puisque sa parole est toute spirituelle, et sa même pensée. De plus, il a dit cette sienne parole si profonde et si incompréhensible qu’elle n’a été parfaitement entendue que de lui-même, suivant ce qu’en assure Jésus-Christ qui dit que personne ne connaît le Fils, qui est cette divine parole, d’une connaissance éternelle et parfaite, sinon le Père ; parce que cette parole est si intime au Père qui la profère, qu’elle est une même chose avec son essence. Tellement que Dieu étant trine et un, un en divinité, et trine en Personnes, toutes ces Personnes divines assistantes au-dehors, n’ont qu’une parole très simple, et toutes trois n’ont qu’une même pensée: ne voilà-t-il pas un silence bien parfait ? De cette sorte, si Dieu même en parlant garde un si étroit silence, qu’est-ce donc de Dieu quand il ne parle pas ? L’entende qui pourra, et l’admire humblement qui ne pourra pas l’entendre, parce que l’admiration est des choses qui ne  se peuvent comprendre, et Dieu se connaît ici mieux par la voie d’admiration que de spéculation, ou de pénétration. Je dis encore, et avec raison, que Dieu est non seulement dans le silence de parole, mais aussi de volonté. Parce que toutes les trois Personnes divines n’ont garde d’être en débat par aucune contrariété de volonté, puisqu’elles n’ont qu’une volonté entre elles, et qu’elles sont toutes trois cette même volonté. Dieu peut même être dit en quelque façon dans un silence d’action, parce que toutes les trois Personnes divines n’ont qu’une même puissance et action, l’action de l’une étant la même action de l’autre; outre que leur action est si paisible, si douce et si facile qu’elle mérite le nom de silence, disposant toutes choses fortement et doucement. Il est finalement dans un silence de toute sorte de changement et mouvement, parce qu’il est essentiellement immuable, infini, parfait en toutes manières, et par conséquent incapable de déchet et d’aucune nouvelle perfection; d’où il s’ensuit qu’il est en un entier et perpétuel silence, et inviolable repos ; et même qu’il est naturellement silence, paix, repos, le centre de soi-même, des Anges et des hommes. Cet exercice du silence est donc merveilleusement excellent, puisque c’est l’exercice de Dieu et son essence même, l’exercice et la pratique de tous ceux qui désirent être faits un même esprit avec lui. C’est premièrement l’exercice de tous les bienheureux dans le Ciel, à qui Dieu fait entendre cette divine parole, et d’une façon aussi paisible, suave et silencieuse qu’elle est ineffable au dire de l’Apôtre ; parce que c’est la seule chose vue, et la pensée qui les ravit et qui les suspend tous de telle sorte que jamais ils n’en reviennent, et cueillent ainsi pour toujours les fruits de cette divine promesse : Entre dans la joie de ton Seigneur. Dieu ne leur parle donc ainsi qu’une seule fois, comme il fait en soi-même, en se manifestant clairement à eux, mais une seule fois qui dure une éternité tout entière ; les Bienheureux gardent ainsi un parfait silence, n’ayant jamais qu’une seule vue ou pensée très intime, très suave, très facile, et plus de Dieu que d’eux-mêmes ; une même volonté avec celle de Dieu, et une seule action d’amour éternellement immobile. 

C’est là pareillement l’exercice des âmes avancées qui sont tirées de Dieu par un mouvement particulier ou par je ne sais quelle impuissance de ne pouvoir faire autrement, ce qui arrive par un délaissement intérieur qui les rend incapables d’une plus grande et plus actuelle occupation d’esprit, ou par une indisposition corporelle qui leur donne le même empêchement. Et c’est l’exercice de la seule chose nécessaire que Notre Seigneur recommandait tant à Marthe, et dont il louait si hautement Marie, qui écoutait dans le plus intime et le plus profond de son cœur, avec un profond silence, cette divine parole, aux pieds de laquelle elle était prosternée. Ainsi les âmes séraphiques 63 n’ayant qu’une pensée, qu’une volonté et une action en l’objet de Dieu seul, si simplement, si nuement, si paisiblement écouté, elles semblent plutôt souffrir la suave inaction de Dieu qu’agir d’elles-mêmes, et plutôt se taire et se reposer que de penser, dire et faire intérieurement quelque chose ; et il en est de même de l’extérieur; car comme si Dieu opérait le tout en elles et par elles, et qu’elles n’en fussent que les seuls organes et instruments, tant elles opèrent le tout avec un calme indicible et une paix si ineffable qu’elle surpasse tout sentiment, chacune peut donc dire comme l’Épouse : « Je dors, mais mon cœur, c’est-à-dire mon Époux, veille pour moi; et il dit à une âme séraphique : N’éveillez pas ma bienaimée jusqu’à ce qu’elle le veuille », c’est-à-dire ne l’éveillez point du tout, parce qu’elle n’est point en état de le vouloir, ce sommeil lui étant très agréable et fort délicieux; ou bien il veut dire qu’on ne l’éveille point jusqu’à ce qu’elle opère d’elle-même, se jetant dans les occupations spirituelles qui rompent un silence et un sommeil délicieux, comme est celui qui fut donné à sainte Claire depuis le Jeudi Saint jusqu’au Samedi. L’excellence de cet exercice est si grande qu’un Prophète dit que c’est une bonne chose d’attendre en silence le salutaire de Dieu . Il ne dit pas de quelle bonté, parce qu’elle est ineffable et qu’elle comprend en soi toutes sortes de biens; et c’est ainsi pareillement que la jouissance du bien infini et souverain est ineffable et incompréhensible. Ce saint exercice nous a été enseigné de Jésus naissant, aussi bien que de Jésus prêchant Marthe et Marie : naissant parce qu’il naquit au temps de la minuit, que toutes choses étaient en un très profond silence, comme dit le Sage, afin que cette sienne seconde naissance temporelle répondît à l’éternelle, qui est grandement silencieuse ; que la troisième naissance qu’il prétend faire en nos âmes, fût en quelque façon semblable aux deux susdites, par la pratique d’un silence universel de toutes nos puissances en l’objet de quoi que ce soit excepté de Dieu. Car autrement comme Dieu ne se manifesta point à Élie dans le tourbillon, ni dans la commotion, ni dans le feu, mais dans un doux respir d’un très agréable zéphire, ainsi Jésus ne se manifeste à nous par cette sienne naissance spirituelle qu’il prend dans une âme, que dans le silence de toutes les autres choses créées, et dans le recueillement de tout mouvement et sentiment désordonné, mettant le manteau dessus notre face comme Élie, pour ne rien voir, entendre, odorer, goûter et sentir que Dieu, et dans la minuit de la naissance temporelle de Jésus, ne rien considérer que ce Verbe divin, divinement inspiré et nouvellement né dans le centre de l’esprit: car c’est pour lors seulement que Dieu produit clairement, intimement et suavement, dans le fond de notre esprit, son Verbe, par lequel il se manifeste à nous et en nous et même pardessus nous, puisqu’il ravit nos esprits au-dessus de toutes choses en l’objet d’une seule chose incréée et nécessaire, qui nous rend bienheureux dès l’état misérable de cette vie mortelle ; et ce bon Jésus, de chair que nous sommes, nous fait en quelque façon Verbe comme lui, nous transformant ainsi en lui, comme de Verbe qu’il était, se faisant chair, il s’est transformé en nous."

mardi 20 août 2024

Lectures spirituelles

 Voici une liste de textes spirituels lus par votre serviteur, liste qui grandit peu à peu 

cliquez sur ce lien si la vidéo ci-dessous ne marche pas 

Liste lecture spirituelle

:





mardi 6 août 2024

L'ego spirituel, par un "pauvre paysan"

 Jean Aumont est le "bon vigneron", 

un profond mystique français du Grand Siècle, 

dans le courant de l'Ecole du Cœur ou "de l'oraison cordiale".

Quelques renseignements ici :

https://www.bibliotheque-monastique.ch/bibliotheque/bibliotheque/hisentrelig/volume07/tome07010.htm

Le livre en photos, édition de 1660 :

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5675276r.texteImage

Un extrait lu :



dimanche 4 août 2024

"L'ultime consommation de l'âme en Dieu"

 La lecture est une pratique spirituelle, profondément transformatrice.

Elle n'est pas distraction, ni prise d'informations.

Elle est méditation : Quand je lis, mon attention est tournée à la fois

vers les mots, à l'extérieur, et vers l'intérieur, 

là où les mots résonnent avec la parole intérieure, la parole éternelle

qui ne fait qu'un avec le cœur universel.

Voici un extrait du mystique Jean de Saint-Samson. Vous trouverez d'autres lectures sur ma chaîne.



dimanche 28 juillet 2024

"Quand l'âme endure liquéfaction"


 

Jean de Herp (1400-1478), dit Harphius, était un moine franciscain flamand qui a beaucoup écrit sur la mystique. Son traité de Théologie mystique a été traduit et publié en 1616 par Jean-Baptiste Machaut, sieur de la Mothe Romaincourt et conseiller du roi.

Il ya distingue finalement neuf échelons sur la montée de l'amour divin :

1) Amour incomparable

2) Amour toujours mouvant

3) Amour ineffable

4) Amour chaud

5) Amour aigu

6) Amour fervent

7) Amour sur-fervent

8) Amour liquide

9) Amour inaccessible

Ce dernier a "comme le feu, beaucoup de forme et peu de matière". 

Il y a trois signes de l'Amour liquide.

Le dernier : 

"Quand l'âme, pour rendre la pareille à la visitation divine, endure liquéfaction, ou supporte langueur. Car quand ce vent aura soufflé, l'âme endure incontinent liquéfaction, c'est-à-dire, un amolissement par lequel l'âme est rendu maniable et flexible au bon plaisir divin, et principalement à aimer Dieu, se fondant et liquéfiant pour recevoir en soi l'impression diverse de l'action divine, afin que, comme une liqueur est mêlée à une autre liqueur, ainsi l'esprit de Dieu influent soit mêlé à l'esprit de l'homme, et que l'âme soit faite un esprit avec Dieu".

Wiki Sur Henri 

Le livre :



vendredi 30 juin 2023

D'abyme en abyme



La voie est différente pour chacun. Mais il y a des communs : d'abord des lumières, puis du vide. Et ainsi, en un cycle peut-être sans fin. 

Madame Guyon, dans le sillage de la grande tradition mystique, décrit ce chemin avec la métaphore de l'immersion dans la mer. Dieu fait mourir en nous tout amour propre. Pour cela,

"Il nous conduit de précipice en précipice, d'abîme

en abîme plus profond. Au commencement, Il donne quelque

barque pour voguer sur cette mer orageuse. Ensuite Il ne

laisse qu'une planche, puis Il ôte cette planche et alors,

sentant que nous nous enfonçons, nous nous accrochons à

tout ce que nous pouvons pour nous empêcher de tomber.

Mais enfin après nous être défendus de toutes nos forces,

tout manque et tombe des mains : les forces quittent, il ne

reste plus que la faiblesse. Cela arrive tout naturellement et

sans rien d'extraordinaire. Souvent Dieu voyant notre

opiniâtreté à nous attacher à quelque chose nous coupe les

mains, et alors nous sommes contraints de tomber. Mais

combien d'efforts ne fait-on pas pour se soutenir sur les

ondes, jusqu'à ce que la faiblesse soit si grande que, n'en

pouvant plus, on est contraint d'aller au fond ! Et encore, la

nature et l'esprit ont une si extrême frayeur et répugnance à se

perdre que du fond de l'eau souvent on reparaît. Et c'est un

jeu qui dure longtemps de paraître et se perdre, jusqu'à ce

qu'on se noie et se perde tout à fait par la perte de tous les

appuis créés, humains et divins, tant des perceptibles que de

ceux qui ne le sont pas."

Extrait tiré des Lettres de Madame Guyon, Lettre 74 de cette édition.


samedi 30 avril 2022

Pourquoi des nuits de l'âme ?



 "Une nuit de l'âme" : sujet à la mode. Mais sait-on exactement de quoi il s'agit et pourquoi cela arrive ?

Tout d'abord, il ne faut pas confondre les nuits avec tout ce qui peut arriver de négatif : dépression, mélancolie, pessimisme, fatigue ou impression de faire face à des obstacles insurmontables. 

Une nuit est quelque chose de plus précis : après avoir éprouvé, de façon directe, indubitable et sur une assez longue durée, une Présence de plénitude absolue, de beau et de bon, accompagnée d'une paix profonde, cette Présence s'absente soudain, et les forces de l'ego, du mental, etc. semblent ressurgir de plus belle. Cela peut durer plusieurs mois, années, voire toute la vie.

Rappelons aussi que cette idée d'une nuit de l'âme n'est pas enseignée dans toutes les traditions. On ne la retrouve pas dans le Tantra en général. Toutefois, il y a dans le Tantra l'idée, peut-être proche, d'une réaction inévitable des forces démoniaques, réaction face à tout progrès véritable en direction de la liberté spirituelle. L'idée de nuit est propre à la mystique catholique et, en particulier, à l'enseignement de Jean de la Croix.

L'explication traditionnelle des nuits de l'âme est donc la suivante : après avoir rencontré Dieu dans une présence immédiate, celui-ci s'absente afin de purifier l'âme. Les nuits seraient donc une forme de purification. De quoi ? De l'ego, c'est-à-dire de l'amour-propre, de la tendance si profonde à tout rapporter à soi. Or, cette habitude est l'obstacle principal à notre bonheur spirituel. Nous croyons avoir goûté la Présence, mais en réalité, nous avons goûté ses effets en nous, et ce que nous aimons, c'est d'abord nous et ces effets que la Présence nous procure. Cela nous flatte. Pour nous apprendre donc à plonger dans la Présence elle-même sans rien attendre d'autre - autrement dit pour apprendre à aimer de manière désintéressée - la Présence semble nous priver de sa présence, ou du moins de ses effets les plus sensibles, ceux auxquels on s'était attaché. 

Nous sentons alors des états de vide, mais insipides, sans magie, sans saveur, nous éprouvons la lourdeur de notre ego, de nos illusions, de nos habitudes. Nous sentons une paix comme pesante et maudite. L'obstacle entre nous et la Présence, c'est nous. Il était là déjà, mais nous ne le sentions pas. Nous sentons à présent que nous devons nous laisser faire, que nous sommes impuissants à nous libérer de nous-mêmes, mais nos tendances se rebellent à l'aveugle, comme habités par une rage pure. Nous savons où est le Bien, mais nous somme privés de la grâce, semble-t-il, et destinés à être habités par le mal. Parfois, la magie revient, mais nous rechutons aussitôt. Nous sommes distraits mille fois le jour et, au mieux, nous avons l'impression d'être ballotés de haut en bas, incapables de "stabiliser" la précieuse Présence. 

Que faire ?

Tout d'abord, s'assurer que nous en sommes bien là. Peut-être que notre état n'est pas une nuit, ou la nuit - car il n'y en a généralement qu'une seule. Peut-être, en effet, sommes-nous simplement paresseux, ou bien nous manquons de sommeil, ou bien nous menons une vie totalement déréglée. Peut-être faut-il commencer par revoir notre hygiène de vie ?

Mais s'il s'agit vraiment de la nuit, alors la seule chose à faire est de persévérer. De même que les forces de l'ego nous prennent alors d'assaut avec une rage aveugle, nous sommes nous aussi appelés à nous donner à la Présence avec une confiance aveugle. Nous ne pouvons pas tout comprendre, notre entendement a ses limites. Parfois, l'issue est une question de cœur et de courage, plus que de finesse. 

Mais que faire si le mental et l'imagination et les fantasmes les plus ténébreux semblent renaître ? Voire que ce ne sont là que des jeux de forces aveugles, des réactions mécaniques. Ne pas juger. Le mental n'a pas d'importance pour le progrès spirituel. Ce qui compte, c'est l'orientation du cœur. Le cœur, c'est ce lieu en nous qui n'est pas de nous, mais de la Présence. Il est toujours libre de s'orienter vers la Présence. L'imagination ne peut rien contre le cœur. Même l'amour humain nous le montre assez : quand je suis amoureux, mon amour demeure, même si mon imagination envisage mille autres objets selon les circonstances. Il reste un fond, un courant profond. 

La nuit de l'âme invite donc à la confiance, à laisser le cœur être ce qu'il est : le centre de nous, par nature orienté vers la Présence absolue. Tant que ce courant ne s'interrompe pas, peu importe le corps et le mental.

Si, en revanche, je constate que je me suis détourné de la Présence du fond de mon cœur, alors je me reconnecte, me réoriente, vers la Présence. Sans chercher à trop ressentir, sans chercher de preuve, sans chercher une expérience particulière, car parfois cela est impossible, le corps et l'esprit sont trop agités ou alourdis. En revanche, le cœur peut toujours se tourner vers la Présence, comme un miroir tourné vers le ciel même au milieu d'une tempête.

Et ensuite ? Et ensuite répéter. Plonger encore et encore, doucement. Sans précipitation, avec patience infinie, tout en se rappelant qu'une fois cette Présence goûtée, il n'y a plus de retour en arrière possible. Nous n'avons qu'à nous laisser assouplir et tanner comme du cuir.

Et après ? Et après, se confier à cette Présence, même si l'on ne la ressent pas. Apprendre à faire confiance. C'est le chemin. Apprendre à se laisser aller, ce qui n'est pas exactement la même chose que détendre le corps, quoi que la détente (la posture, la respiration, l'hygiène quotidienne) puissent aider un peu, mais en veillant à ne pas s'attacher à ces éléments extérieurs et à ne pas perdre de vu la Présence absolue. Ma chair gémit, ou s'endort, mon imagination fait la folle : soit, mais mon cœur veille, fidèle. C'est le prix de la liberté véritable. Les diables se déchaînent, le hasard se retourne, les évènements sont injustes, révoltants, intolérables : très bien. Mais je demeure ferme dans cette nuit. Sans penser à rien. En vivant comme si j'étais déjà mort. Je laisse ma nature protester tant qu'elle voudra. La braise du cœur demeure et le maître véritable - la vie - poursuit son œuvre mystérieuse.

Après la nuit viendra le jour. Après les ténèbres, la lumière. N'oublions pas que cette souffrance a une seule cause : mes résistances, l'habitude prise de puis si longtemps de vouloir vivre uniquement pour moi, comme si j'existais par moi-même, comme si j'étais une entité séparée et transcendante. Mais non. Alors cette souffrance, c'est de la rééducation de l'âme. Un sevrage. Un mauvais moment. Et encore, même dans ces bas-fonds je sens la Présence, je sens l'intelligence et, oui, l'amour. Alors je me laisse ensevelir. Et je m'oublie, et je laisse la Présence faire son œuvre, car je serai bien incapable de la faire. Tout ce que je puis faire, ici, est de me laisser faire. C'est presque impossible, parce que c'est comme mourir. Cela va à l'encontre des instincts les plus fondamentaux. Et pourtant, c'est aussi naturel. La mort est naturelle. Rencontrer la mort est aussi naturel. Et renaître est, aussi, naturel. Et ce processus n'a pas de fin.

La nuit de l'âme, c'est être conduit par des détours, mais pour aller droit. C'est le sacrifice de soi, ou de ce que l'on croit être soi. C'est la douleur de la croissance, de l'enfantement, c'est le deuil de l'illusion. 

On dira peut-être : Mais le Tantra, c'est la joie, le positif, l'élan de vie ! Oui, mais la nuit en fait partie, ou du moins est le détour qui y conduit directement. Qui dira que l'accouchement n'est pas une sorte de joie ? Pour atteindre au véritable commencement, il faut sans doute aller à la fin de toutes choses. Mais dans la nuit, il n'y a pas que cette douleur. Il y a déjà une joie secrète, comme la sève au fond de l'écorce, lovée dans les racines plongées dans la glace. 

Bref, tout est prévu. Il n'y a qu'à faire confiance. Plus il y a résistance, plus il y a souffrance. Pas nécessairement physique, mais spirituelle. Et il n'y a pas d'autre issue. Quel mystère. Quelle merveille. Quelle beauté.

jeudi 7 avril 2022

L'Envisagement de Dieu



La tradition catholique a mauvaise presse. Elle est pourtant riche d'une tradition quasi inconnue, celle de la contemplation sans images ni pensées, appelée aussi "oraison du cœur" ou "oraison de silence et de repos". Elle est l'expérience directe du mystère au-delà de toute expression, de toute représentation. On l'appelle aussi "théologie mystique".

Dans cette tradition, qui a disparue à la fin du XVIIe siècle, nous avons plusieurs dizaines de manuels de pratique, des guides complets, depuis le tout premier "éveil" jusqu'à "l'état fixe", quand le cœur est totalement établi dans la présence divine.

J'ai donc grand plaisir à vous annoncer la parution d'un de ce manuels, celui d'un moine de Bourg-en-Bresse dont on ne sait rien par ailleurs, un certain Simon. Son manuel étant fort long, j'en ai extrait le quart. Ce petit livre s'adresse aux amoureuses et aux amoureux du silence intérieur. Direct, sans concession, il guide sur le chemin de l'expérience directe, au-delà des symboles et des dogmes.

Voici un extrait, sur l'aspect "savoureux" de la Présence :

"Quelque fois le saint Amour redonde  avec une grande tendresse jusqu'au cœur et aux sens, mais toujours d'une façon qui nous est cachée, et sans savoir comment nous aimons. Et d'autres fois, avec plus de vigueur et de force en l'âme, il ne fait aucune impression sur les sens. Et alors comme nous le comprenons moins, nous restons plus obscurcis et anéantis, et par conséquent moins satisfaits , mais aussi plus sublimes et divins."

Vous pouvez commander ce livre sur lulu.com,

ou dans une librairie avec l'ISBN 9791093925189 :

cliquer ici

mercredi 8 septembre 2021

Sans le néant, rien


Le trésor de la mystique chrétienne française que j'ai évoqué la dernière fois, commence à peine d'être connu. Loin du cliché des pieux dévots embourbés dans leurs images baroques, l'école de l'oraison de silence ou de repos nous offre le secret d'une vie intérieure fondée sur le silence, le rien, le néant. Le contraire d'un dogme religieux.

Selon la tradition, la vie mystique est la vie en contact direct avec Dieu, au-delà des images et des concepts. D'ordinaire, ce chemin comprend trois grandes étapes : purification, éveil, et unification ou divinisation. Le but est donc la divinisation de l'homme, conformément à la tradition occidentale et platonicienne. Laisser le divin prendre le contrôle, dans un plein et libre consentement. 

Mais dans cette tradition française, l'illumination vient en premier, suivie de la purification, pour s'achever dans l'unité. 

Tout d'abord, l'illumination : on rencontre la lumière divine, on ressent, on éprouve, on comprend, on a le sentiment d'un éveil, d'un réveil. Cette étape est celle de la rencontre de la plénitude, de l'enthousiasme. On a enfin trouvé le trésor et, très souvent, on croit être arrivé. Mais comment peut-être arriver à la fin de l'infini ?

Néanmoins, c'est cette illumination qui donne la force de lâcher-prise et d'accéder à la seconde étape : la purification, la mort, le néant. Car les lumières et compréhensions ne sont pas Dieu, mais des reflets, des avant-goûts, même s'ils sont ressentis comme des plénitudes indicibles. L'individu y jouit de Dieu. Mais il garde, en quelque sorte, le contrôle. Or le but de la vie intérieure, comme nous avons dit, n'est pas de faire l'expérience de Dieu, mais de se laisser transformer radicalement en Dieu. Les énergies individuelles doit laisser la place aux énergies divines. Or, pour que cela soit possible, il faut se vider de soi, s'oublier, mourir, sombrer dans le néant et avancer dans les ténèbres, dans une "foi obscure", sans images ni concepts, laisser autre chose prendre le dessus. C'est l'étape de l'abandon en néant, sans assurance ni repère.

Comment est-ce possible ? C'est possible grâce à l'élan donné par la plénitude découverte d'abord dans l'illumination de la première étape. Mais ensuite, il fait mourir dans le vide qui seul peut laisser place au plein. Plus la mort est profonde, plus la vie sera profonde. Si la mort est superficielle, la vie intérieure sera superficielle. Que l'on ne se laisse pas impressionner par ces mots : il s'agit simplement de mourir. C'est la vie. Il faut arrêter de souffler pour enfin laisser les vents du large nous emporter au cœur de l'océan.

La plupart d'entre nous, certes, se contentent de telle ou telle lumière. Dans la tradition mystique française ces lumières, ces saveurs, ces ressentis - tout cela n'est qu'un début, un avant-goût, un viatique pour encourager l'âme à entrer dans l'intérieur véritable, qui est néant et néant de néant. Dans cette étape de purification, qui peut durer des dizaines d'années, l'individu est privé de tous ses supports et ses repères. L'hiver arrive. Mais sans hiver, point de printemps.

Enfin, l'individu, qui ne disparaît jamais, renaît en Dieu, par Dieu : "Ca n'est plus moi qui vit..." Cependant, même dans cette vie nouvelle, le vide règne, un néant du à la plénitude inconcevable qui se déverse à travers les puissances (les organes) de la personne. 

Jacques Bertot, un prêtre du XVIIe siècle, décrit ainsi cette étape ultime, dans laquelle l'évolution se poursuit :

"Là l’âme par ce néant devient en Dieu ce qu’une goutte d’eau est
dans la mer quand elle s’y perd, car ce néant tirant l’âme de son
propre que le péché lui avait communiqué, tire l’âme d’elle-même
et du particulier et ainsi la fait découler et perdre en Dieu.
Et comme l’âme perd son soi-même en perdant le particulier qui
la faisait subsister en elle-même, aussi trouvant Dieu et subsistant
en Lui par ce néant, elle ne Le trouve pas comme quelque chose
dont elle jouisse, mais plutôt elle en est possédée en perte totale de
soi. (...)
Là le néant augmentant sans fin, l’âme entend, sans entendre, à
sa mode, un très profond parler, qui est la génération du Verbe, et
qui est le don de la divine Sagesse en son pauvre néant. Et comme
l’âme avant cela n’était rien et que c’était son bonheur, ici, sans
sortir de son rien, au contraire son rien augmentant à l’infini, l’eau
de la divine Sagesse s’écoule, qui rend l’âme beaucoup féconde.
De là insensiblement s’écoule l’amour, et l’âme entend en son
néant que ce n’est pas un amour produit par ses puissances comme
au commencement, mais que c’est un amour tout différent, et que
vraiment c’est la communication d’un amour dans lequel et par
lequel l’union commence." (Le Directeur mystique, édition Dominique Tronc, p. 206)

Autrement dit, cette fin est un nouveau commencement. La disciple de Bertot, Madama Guyon, évoque l'image d'une pierre qui tombe dans un océan sans fin. La vie intérieure est une expansion sans fin, car il n'y a pas de fin dans l'infini. Elle est donc un vide sans terme qui débouche sur une plénitude toujours plus profonde, large et haute. 

On le voit, les maîtres de cette tradition insistent sur le fait que l'expérience est inconcevable, inimaginable, au-delà de tout ce que l'on peut expérimenter ici ou là. Et la clé de ce mouvement infini est le néant, le vide, le silence intérieur. Juste s'orienter vers le divin, en instinct et en confiance, puis rester ainsi en silence, comme une goutte dans l'océan, et laisser l'infini faire son œuvre. Il n'y a qu'ainsi que l'aventure de l'infini est possible, au-delà et encore au-delà, par-delà les abymes du silence, du vide et du rien. 

Pour avoir tout, renoncer à tout. Pour renoncer à tout, laisser le Tout se charger de tout et se laisser sombrer dans le rien plus vivant que toute vie.

samedi 28 août 2021

Trois silences




"Il y a trois façons de faire dans le recueillement.

La première, quand tous les phantômes, toutes les imaginations et toutes les espèces des choses visibles cessent  dans l'âme, en sorte qu'elle se tait à tout ce qui est créé et demeure endormie pour toutes les choses temporelles, et qu'ainsi, nous taisant au-dedans de nous, comme le dit St Grégoire, nous nous recueillons au-dedans de notre âme, pour contempler notre Créateur, ne désirant aucune chose de ce monde (...).

La seconde façon de se taire, c'est quand l'âme étant mise en silence a une espèce d'oisiveté spirituelle, demeurant couchée avec Madeleine aux pieds de Notre Seigneur, disant ces paroles :
J'écouterais ce que le Seigneur parle en moi
Et ce que Dieu dit à cette âme :
Ecoutez, ma fille, - oubliez la maison de votre père, et le Roi concevra de l'amour pour votre beauté.
Or cette seconde sorte de silence se compare à bon droit à une attention : car celui qui écoute, non seulement il se tait à l'égard des autres choses; mais encore il veut que tout se taise à son égard, afin qu'il se convertisse plus parfaitement à celui qui lui parle. St Grégoire déclare cette manière d'enseigner dont Dieu se sert, disant que les paroles de Dieu sont sans paroles, qu'il enseigne celui qui se dispose pour entrer en son école à être son disciple, sans syllabes, sans bruit et sans voix.

Le troisième silence de l'entendement se fait en Dieu, quand l'âme se transforme toute en lui et que la volonté savoure la saveur de Dieu et s'endort en lui comme dans la caverne des vins et se tait, ne désirant rien davantage, puisqu'elle se trouve satisfaite : au contraire elle dort à soi-même, s'oubliant de la faiblesse de sa condition, parce qu'elle se voit toute divinisée.
Dans cette troisième sorte de silence il arrive que l'entendement est si assoifé et si occupé, qu'il n'entend rien de tout ce qu'on lui  dit, comme le rapprote un Saint Vieillard qui s'exerçait en ce silence depuis cinquante ans."

Antoine de Royas, Vie de l'esprit, I, 18, cité dans Justifications, III, p. 29

samedi 21 août 2021

Un trésor de poésie mystique


 Dominique Tronc, qui a connu Lilian Silburn et qui, sous son impulsion, a entrepris il y a maintes années d'"arpenter les chemins mystiques", nous offre une immense collection de poèmes mystiques sur son site Chemins mystiques.

Vous y trouverez par ailleurs de très nombreux livres et textes, dans tous les formats.

Voici un poème irlandais attribué au barde légendaire Amorgen :

Am gaeth i m-muir,

Am tond trethan,

Am fuaim mara,

Am dam secht ndirend, 

Am séig i n-aill, 

Am dér gréne,

Am cain lubai,

Am torc ar gail,

Am he i l-lind,

Am loch i m-maig,

Am brí a ndai,

Am bri danae,

Am bri i fodb fras feochtu,

Am dé delbas do chind codnu,

Coiche nod gleith clochur slébe?

Cia on co tagair aesa éscai?

Cia du i l-laig fuiniud gréne?

 

"I am the wind which breathes upon the sea, 

I am the wave of the ocean, 

I am the murmur of the billows,

I am the war of the seven combats,

I am the vulture upon the rocks,

I am a beam of the sun,

I am the fairest of plants,

I am a wild boar in valour,

I am a salmon in the water,

I am a Lake in the plain,

I am a word of science,

I am the point of the lance in barde,

I am the God who creates in die head die Eire.

Who is it who throws light into the meeting on the mountain ?

Who announces the ages of the moon ?

Who teaches the place where couches the sun ?"


Autre traduction :

       

        " I, the Wind at Sea,

        I, the rolling Billow,

        I, the roar of Ocean,

        I, the seven Cohorts,

        I, the Ox upholding,

        I, the rock-borne Osprey,

        I, the flash of Sunlight,

        I, the Ray in Mazes,

        I, the rushing Wild Boar,

        I, the river-Salmon,

        I, the Lake o'er plains,

        I, the Strength of Song.

I, the Spear for smiting Foemen,

I, the God for forming Fortune!

Whither wend by glen or mountain?

Whither tend beneath the Sunset?

Whither wander seeking safety?

        Who can lead to falling waters?

        Who can tell the white Moon's ages?

        Who can draw the deep sea fishes?

        Who can show the fire-top headlands?

I, the poet, prophet, pray'rful,

Weapons wield for warriors' slaying:

Tell of triumph, laud forthcoming

Future fame in soaring story!"

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