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lundi 9 mai 2022

La pierre de Shiva

Il y a un peu plus d'un millénaire, vivait au Cachemire un grand yogi du nom de Vassougoupta. Il habitait en ermite dans la vallée encaissée de Datchigam, au pied du mont Mahâdeva, la montagne du Dieu des dieux, Shiva.

Là, il reçut, en rêve ou dans une vision - les versions divergent - un enseignement oral, la quintessence du yoga des yoginîs et des siddhas (adeptes réalisés). On dit aussi qu'il les reçu de Shiva en personne. Mais comme la lignée est Shiva, cela revient au même. Selon une autre version, Shiva lui aurait commandé d'aller à un certain rocher au bord de la rivière qui coule au bas de sa vallée sauvage, laquelle se trouve juste derrière la grande vallée du Cachemire. 

Une fois réveillé, il se rendit à cette pierre. Quand il la toucha du doigt, elle se retourna et il y vit, comme gravés, soixante-dix aphorismes (sûtra) qui forment le plus ancien texte du "shivaïsme du Cachemire". Puis le rocher se retourna à nouveau, les paroles disparurent de la pierre, mais Vassougoupta les avait gravé dans sa mémoire.

Il les enseigna à son disciple, le poète Kallata, qui composa alors le Poème de la Vibration (Spanda-kârikâ). 

Sur cette vidéo, vous pouvez voir ce rocher, nommé Shankarpal, à ne pas confondre avec les friandises indiennes du même nom. Comme on voit, cela ressemble assez à un paysage alpin :



jeudi 16 janvier 2020

A quoi ressemblait le Cachemire d'Abhinava Goupta ?

Sadhu lost in smoke, Kashmir, India

A quoi ressemblait le Cachemire d'Abhinava Goupta ? Êtait-ce une vallée d'ermites et de yogis où chaque être resplendissait de sagesse et de décence ?
Selon Kshémendra, disciple d'Abhinava, le Cachemire n'était pas un paradis de vertu, loin de là !
Ce satiriste dresse des séries de portraits sans concession (comme on dit), dans lesquelles le tantrisme est omniprésent, et rarement pour le meilleur... Que ce soient les femmes (bourgeoise, prostituée, intrigante) ou les hommes (fonctionnaires, astrologue, médecin âyurvédique, ascètes, obsédés de pureté, gourous), nul ne semble échapper à la critique.

Ses versets sont plein de double sens.
Pour en donner juste une idée, voici le premier de sa Guirlande de bouffonneries (Narma-mâlâ) :

 yena svecchayâ idam sarvam mâyayâ mohitam jagat /
sa jayati ajitah shrîman kâyasthah parameshvarah //

A première vue, c'est un hommage adressé à Shiva, le Seigneur suprême (parameshvara) :

"Gloire à l'invincible Seigneur suprême,
sublime, présent dans le corps,
à lui qui selon son désir et par sa magie
plonge ce monde tout entier dans la confusion !"

Cela semble spirituel, tantrique et on reconnaît la phraséologie typique du shivaïsme du Cachemire : svecchayâ "selon son désir", etc.

Mais une autre lecture est possible et voulue : le kâya-sthah est le fonctionnaire, héros de la tragi-comédie décrite ici. Il est le chef de la mafia, son "parrain" (parameshvara), c'est-à-dire à la tête de son réseau de fonctionnaires corrompus. Selon ses désirs, il trompe tous le monde et il semble gagner à tous les coups... :

"Il gagne, invaincu, le parrain des fonctionnaires, qui selon son désir et son art de la tromperie, égare tous le monde !"

Voilà ce que, en poésie sanskrit, on appelle un double-sens (shlesha) ! 
C'est aussi un bel exemple de reconnaissance (pratyabhijnâ), terme important qui, en sanskrit, ne désigne pas tant un retour à la connaissance, qu'un acte de connaissance qui consiste à rapprocher une expérience quotidienne, d'un idéal transcendant. C'est bien ce que Kshémendra fait dans ce verset, mais la réalité quotidienne dans laquelle il reconnait le divin n'est pas celle que l'on attendait. C'est un monde de misère humaine, de corruption morale, d'obscurantisme et de vénalité. Kshémendra est bien loin de la "pensée positive" et du spirituellement correct. 
Si, par ailleurs, il s'avère qu'il est Kshéma Râdja, le cousin et disciple tantrique d'Abhinava, alors cela voudrait dire qu'un personnage aussi important que lui a pu s'éloigner du tantrisme, car Kshémendra nous dit qu'il s'est rapproché, après avoir reçu l'enseignement d'Abhinava, du vishnouïsme à travers un certain Soma. Et son oeuvre littéraire témoigne d'un regard acerbe et désabusé.

Quoiqu'il en soit, nous voyons que ce verset d'hommage est aussi une sorte de satire de la Reconnaissance (pratyabhijnâ) : à quoi bon reconnaître une vérité si pure dans une réalité si décevante ? N'est-ce pas risible ? Tel semble être le massage du satiriste.

Par ailleurs, en nous dressant un tableau lucide du Cachemire de l'Âge d'or, il nous apprend que l'herbe n'est pas toujours plus verte ailleurs. Le pouvoir corrompt. Toujours et partout, la justice ne tient qu'à un fil. Cela n'entame pas la crédibilité du shivaïsme du Cachemire, car ce dernier n'est jamais l'objet de la critique explicite de Kshémendra. Mais cela montre que l'on peut et que l'on doit, même si l'on a une vie intérieure, se préoccuper de la vie morale et politique.

mercredi 11 septembre 2019

Kshéma Râdja était-il Kshémendra ?

Résultat de recherche d'images pour "lake dal"
Le lac Dal et ses "houseboats"

Reste de temple hindou dans une mosquée à Shrînagara, ex-Pravarapurâ

photo de Gopi Nâth Kavirâdj à l'âshram de Lakshman Joo



Le shivaïsme du Cachemire a évolué dans la vallée du Cachemire entre 800 et 1100, en gros, dans un contexte politique agité mais une économie prospère. Il ne faut pas imaginer une retraite désertique peuplée de quelques yogis, mais une vallée de commerce, un lieu de passage sur la route de la soie. 

Les traditions initiatiques qui ont servi de support aux exégètes du Cachemire ne sont pas nées au Cachemire, sauf peut-être la tradition Kaula "originelle" (pûrva). Les autres - Siddhânta, Netra/Mrityunjaya, Svacchanda-Bhairava, Picumata-Brahmayâmala, Trika, Krama, Shrîvidyâ, sont sans doute nées dans d'autres régions de l'Inde.

Au Cachemire se sont développées des traditions qui s'écartaient du milieu initiatique pour s'ouvrir à un public plus large : d'abord le Spanda, puis la Pratyabhijnâ, laquelle propose une voie nouvelle, accessible à tous et sans aucune initiation. 

Mais à quoi ressemblaient ces milieux concrètement ? Combien de pratiquants ? Les textes nous présentent des idéaux, mais quelle était la réalité quotidienne de ces adeptes ? Combien de yogis ? De karmis (ritualistes, sans doute la majorité) ? De jnânis ? Les orgies et autres pratiques transgressives étaient-elles pratiquées ? Par qui ? 

Or, contrairement au reste de l'Inde, souvent perdue dans les méandres de sa mythologie, le Cachemire nous a laissé des documents "historiques". Certes ils ne sont pas fiables à 100%, mais leur ton et leur contenu est clairement différent des Pourânas, par exemple.

Il y a en gros deux groupes : d'un côté les chroniques "historiques", le Nîla-mata-purâna et surtout la Râja-taranginî  de Kalhana ; de l'autre, les documents littéraires, avec le Kathâ-sarit-sâgara de Somadeva et les oeuvres exceptionnelles de Kshémendra.

Ce corpus évoque souvent les pratiques tantriques. Ce sont donc des témoignages importants, mais qui sont généralement négligés. Ils sont pourtant une fenêtre sur l'univers dans lequel ont vécus les "grands" comme Abhinava Goupta et Kshéma Râdja. Il n'est pas explicitement question de ces philosophes dans ces textes. Mais il y a des indices troublants, que je voudrais partager avec vous.

Il est bien connu que "du temps du roi Avanti Varman (à partir de 855), des philosophes et des Siddhas, à commencer par Kallata (l'Auteur du Poème du frémissement, Spanda-kârikâ), descendirent sur la terre pour le bien-être des hommes." (V, 66). A ce roi vertueux succède Shankara Varman, à partir de 883, un psychopathe qui spolie la vallée et installe au pouvoir la redoutable caste des Kâyasthas, sortes de scribes, aujourd'hui encore connus en Inde pour être vénaux. Par exemple le gourou de la Méditation Transcendantale est un Kâyastha. Mais bien sûr il y en a de bons, comme la famille des gourous de Lilian Silburn (ceci dit, l'un des disciples a quand même fondé la secte Sahaj Mârg et les autres se sont chamaillé toute leur vie). Alors (à partir de 883) "dominèrent les Kâyasthas, ces fils d'esclaves qui anéantirent tout bonheur. La terre devint, sous la garantie du (roi Shankara Varman) la possession des Kâyasthas, comme il arrive quand les rois ôtent la distinction des castes." Le poète satiriste Kshémendra décrit lui aussi la corruption de cette communauté  et sa participation aux orgies tantriques. Les brahmaniques orthodoxes réagirent par une grève de la faim, apparemment sans succès. D'où une blessure dans la mémoire collective. Autrement dit, l'époque où commence le shivaïsme du Cachemire, vers 883, est une période de troubles, sous l'égide d'un roi vulgaire, violent, impulsif et refusant de parler le sanskrit. Un cauchemar. C'est pourtant dans le siècle qui suit que parleront les plus grands maîtres du Cachemire, y-compris l'Auteur anonyme du Yoga selon Vasishtha, peut-être au temps du roi Yashaskara, entre 939 et 948. Ce Xème siècle est rempli de complots, de guerres civiles, de corruption, de famines, et d'assassinats. Mais il faudrait un jour en écrire l'histoire, peut-être un peu romancée, à partir des éléments que nous avons. 

Quoiqu'il en soit, arrive au pouvoir Yashaskâra, un homme de qualité apparemment, puisque sous son règne les tântrikas sont neutralisés :

"Des gurus insensés, faiseurs de sacrifices avec des poissons et des gâteaux, n'entreprenaient pas l'examen de la
doctrine des saintes écritures dans des livres composés par
eux-mêmes.
On ne voyait pas des femmes de ménage, élevées au
rang des déesses par les initiations d'un guru, causer un déréglement de bonnes mœurs et de la foi par des secousses

de tête." (VI, 11-12)

Les "gurus insensés" sont manifestement des gourous tantriques, kaulas qui font des sacrifices (yâga), "avec des poissons et des gâteaux" (caru), ces gâteaux n'étant pas des charlottes à la fraise, mais plutôt des boules de riz mélangées de sang. Le reste fait allusion aux orgies kaula et les "secousses de têtes" (mûrdha-dhûnanaih), dues aux transes shaktiques (shakti-pâta, rudra-shakti-samâvesha) qui sont la marque de l'initiation kaula. L'Auteur, défenseur de l'orthodoxie brahmanique, accuse les gourous kaulas 
d'écrire "eux-mêmes" les tantras.


On nous raconte ensuite que ce même roi vértueux, Yashaskâra, fit punir un yogi de la tradition Krama qui avait participé à des orgies tantriques (yoginî-melâpa, cakra-krîdâ, vîra-tândava) :

" Le roi (Yashaskâra), strict observateur de la justice, et dirigeant
ses efforts vers la surveillance des coutumes de castes, punit l'ascète brahmane, appelé Tchakra
Bhânou, pour avoir été dans une orgie (cakra-melaka).
109. Ayant remarqué sa conduite très-blâmable,
il lui fit marquer le front d'une patte de chien.
11o. Il fut, pour sa sévérité, blâmé avec colère par son
oncle maternel, qui était un grand dévot et son ministre de
la paix et de la guerre (et qui était aussi un maître tantrique du Krama, du nom de Vîra Vâmana, auteur bien connu par ailleurs du Bouquet pour l'éveil au Soi, voir à la fin de mes 60 expériences de vie intérieure chez Almora).
111. Voici ce qui est dit avec assurance par les gurus qui,
dans la puissance d'un de leurs anciens docteurs, proclament l'établissement de leur propre autorité :
112. Le bruit répandu par eux fut que le (roi Yashaskâra) est mort sept jours
après la punition du guru, tandis que, d'après d'autres, il a succombé une longue maladie; comment peut-on être sûr de la vérité? -
115. Ou, si l'on ajoute foi à ce qu'on a dit pendant sa maladie,on prendra aussi la malédiction de Varnata pour la cause de sa mort." 

Comme on voit, les adeptes du tantra non-duel ne dédaignaient pas toujours la magie noire. 

Régna ensuite, de 958 à 1003, une femme, la reine Diddâ, l'une des rares femmes ayant régné en Inde. Femme à la main de fer, elle élimina les autres princes. C'est elle qu'a du connaître Abhinava Goupta. Elle prit comme amant un berger du nom de Tounga, qui prit bientôt le pouvoir.

Il n'est pas question d'Abhinava Goupta ni de Kshéma Râdja. Ce dernier serait le cousin d'Abhinava et se présente comme son disciple, mais Abhinava, lui, le le mentionne pas. Etrange. 
Or, Kshémendra (990-1070), poète et satiriste célèbre, dont le nom a le même sens que Kshéma Râdja ("roi du bonheur"), mentionne aussi Abhinava Goupta parmi ses maîtres. On peut donc se demander si Kshémendra ne serait pas tout simplement Kshéma Râdja. Ce dernier aurait alors commencé sa carrière comme tantrique disciple d'Abhinava, avant de quitter la tradition (ce qui expliquerait le silence d'Abhinava) et de prendre la posture du moraliste : dans ses satires, Kshémendra se moque en effet durement des plusieurs maîtres kaulas et de leurs disciples. Faut-il y voir une critique du tantrisme par Kshémendra, ex-adepte ? Si c'était le cas, son témoignage serait très fort, car les tableaux peints par Keshémendra, dont j'ai donné quelques échantillons dans mon Introduction au tantra, sont clairement le reflet d'une expérience de première main. Ils dressent des portraits réalistes et cruels de ces maîtres que l'on imagine, aujourd'hui, raffinés et distingués, mais qui étaient, selon le moralistes, des créatures assez misérables. Cependant, rien n'est certain, et tout ne colle pas. Je ne vois pas trop comment un philosophe aussi profond que Kshéma Râdja aurait pu se transformer en ce personnage cyniqye qu'est Kshémendra, fils du riche dévot shivaïte Prakâshendra. Mais la chose n'est pas impossible. Si elle se vérifiait (mais je ne vois pas comment), cela porterait un coup sévère à l'image fort pieuse que nous avons d'Abhinava Goupta et de son enseignement sophistiqué.

Comment savoir ?

Voici quelques matériaux pour étudier le contexte social concret du shivaïsme du Cachemire :

Un article sur les brahmanes du Cachemire :

Sur le Nîla-mata-pûrâna :

Sur la Râja-taranginî :

Une traduction française de la Râjataranginî, vol. II :
https://books.google.fr/books?id=9W8jczZJ5NQC&lpg=PA549&ots=THgZ-1kWqU&dq=chronique%20des%20rois%20du%20kachmir%20troyer&hl=fr&pg=PP1#v=onepage&q&f=false

Sans oublier, bien sûr, les articles d'Alexis Sanderson.

vendredi 6 novembre 2009

Tout est conscience

Le Bienfaisant et la Bienfaisante, Musée de Pattan



Il y a une conscience qui d'elle-même est toujours présente,

Limpide, pure, absolument souveraine.

C'est elle la parfaite science,

Incarnée dans l'émotion suprême - "je". 366


Cette Formule sacrée, parfaite,

Manifeste le monde entier.

Adorée ici et maintenant, cette ambroisie

Révèle notre vraie nature. 367


Adorée parce qu'elle est notre vraie nature,

Elle fait don de l'absolue liberté.

Sans jamais se dérober,

Elle ôte tout chagrin et offre l'accomplissement suprême. 368


Il n'y a ni accomplissements, ni rien à accomplir.

Elle est elle-même le seul accomplissement, naturellement, spontanément.

Il n'y a ni réalisation ni rien à réaliser,

Car voici celle qui réalise toutes choses. 369


Quand elle ne se voit pas elle-même,

Elle (croit) voir un Autre.

Ainsi va la confusion,

Face détournée de l'adoration du maître. 370


La conscience souveraine n'a pas à être réalisée.

Il n'y a aucun moyen de la réaliser.

De par sa nature, elle est évidente en ce moment même,

Car elle se manifeste elle-même sous la forme de toutes (les choses). 371


La conscience incomparable est spontanément présente,

Sans présence ni absence.

Veille, rêve et sommeil profond apparaissent en elle,

spontanément. 372


Cette conscience brille d'elle-même, ici et maintenant.

Elle se manifeste, indivise.

(Mais) là , (en elle), ces perceptions apparaissent

Plus ou moins séparées (de soi). 373


Comblé, je suis toujours Śiva par nature.

Comblé, je suis toujours conscience.

Comblé, je suis toujours sans corps.

Comblé, je suis toujours éveillé par nature. 374


La forme de ce qui n'a pas de forme,

C'est de se présenter sous toutes les formes !

Je salue cet être insondable, bienfaisant,

Soi-même, sans pensée. 375


"Je" est la Puissance du Soi.

Elle est prise de conscience de notre vraie nature : on la nomme "science".

Elle manifeste des corps innombrables : on la nomme "magie". 376


Ce monde, extérieur et intérieur,

(Se manifeste) au centre de soi.

Il consiste donc en conscience.

Notre vraie nature est pure conscience,

L'extérieur n'est donc rien ! 377


La conscience est sans pensée,

Présente elle-même par elle-même.

En elle et nulle part ailleurs

Apparaissent l'intérieur, l'extérieur,

Le Seigneur (conçu comme) séparé ( de soi),

L'action et les parties (du temps). 378


Rien, absolument rien n'est séparé de la conscience.

Ce qui se manifeste, c'est l'essence de la conscience avec tous ses aspects.

L'homme qui s'ancre sans interruption dans la conscience

Atteint spontanément tout ce qu'il désire. 379


Saluons la mère du monde,

La Puissance du Soi,

Elle qui fait s'épanouir toutes les réalisations,

Elle qui fait don de l'existence prospère conforme aux rêves (de l'homme),

Elle qui est la liberté et la jouissance en personne. 380


A celle qui consiste en action,

Qui donne à l'existence sa lumière,

A la Puissance des puissances

Qui révèle la lumière de notre vraie nature,

A celle qui est le maître,

Qui sauve des peurs de l'existence,

Qui est magie,

Qui donne au corps sa lumière, hommage,

Hommage à la bienfaisante,

Hommage à l'incomparable incarnation de la compassion,

Hommage, hommage à cette Puissance inséparable de soi,

Hommage à cette Suprême qui dit toutes choses,

Elle dont le corps infini est la lumière qui d'elle-même brille. 381-382


En voyant, en touchant,

En ressentant ce qui semble extérieur

(Alors que cela) repose à l'intérieur,

Je suis confirmé en moi-même,

Evident ici et maintenant. 383


Râmeshvar Jhâ, La Liberté de la conscience (Samvitsvâtantryam), Bénares 2003.

vendredi 30 octobre 2009

Il y a une conscience sans fond




L'état de simple existence doit être connu,

Existence éternellement établie en Śiva.

L'existence de Śiva est l'existence du monde.

L'existence du monde est l'existence de Śiva. 359


Je suis toujours impersonnel.

Je suis toujours indivis par essence.

Je suis toujours Manifestation ininterrompue.

Mon essence est un corps de félicité. 360


En Śiva, en soi-même - "je" pur -

Il n'y a pas même un cheveux de dualité.

La séparation créée par le corps n'y existe pas.

En réalité, il n'y a pas de corps. 361


De même que dans un rêve

On voit de nombreux corps tout en restant en un seul,

De même que plusieurs fils ont un seul père,

Ainsi voit celui qui est présent comme Śiva. 362


Par la parole, je salue celui qui est au-delà de la parole,

Le Seigneur impérissable.

Voyant cet (être) indéfinissable à travers toutes les formes,

Je deviens identique à lui. 363


Le Seigneur est un et fait de tout.

Puisque tout surgit seulement de toi, je suis toi.

Tu te dis "je", je dis "je".

Tu t'incarnes, je m'incarne. 364


Il y a une conscience sans fond,

Lumineuse par elle-même, incolore,

Qui se manifeste elle-même d'elle-même.

Différenciée par les significations de la parole, elle paraît multiple. 365


Râmeshvar Jhâ, La Liberté de conscience (Samvitsvâtantrya) Bénares 2003.

lundi 26 octobre 2009

Vijnâna Bhairava Tantra

Sarasvati, Bhaktapur


Rencontres autour du Vijnâna Bhairava Tantra

Lectures de textes du shivaïsme du Cachemire animées par David Dubois



Ce tantra est le plus célèbre et le plus commenté depuis la redécouverte du shivaïsme cachemirien au début du XX ème siècle. Extrêmement original par rapport aux autres tantras, il se présente comme un extraordinaire catalogue d'expériences spirituelles allant des techniques yogiques les plus sophistiquées jusqu'aux circonstances de la vie quotidienne la plus banale. Nous lirons ensemble le tantra en sanskrit et ses commentaires traditionnels, ainsi que plusieurs textes apparentés. Le but de ces lectures est de partager nos interprétations dans une ambiance conviviale.

Chaque séance a lieu le dimanche de 14 à 16 heures à Nogent sur Marne, non loin de Vincennes. La prochaine séance aura lieu le dimanche 1er novembre 2009. Aucune connaissance du sanskrit n'est requise. Des photocopies du texte translittéré sont distribuées.

Si vous souhaitez venir, nous vous demandons juste d'écrire à l'auteur du blog afin de recevoir l'adresse où se tiendront ces rencontres.

samedi 13 juin 2009

Vous voulez ouvrir une boutique de manuscrits ?

Le tantra est célèbre; les tantras sont méconnus. Ce paradoxe est caractéristique d'une époque marquée par la peur du savoir. Les consommateurs ont envie de sensations, pas de religion ni de philosophie. Les tantras sont pourtant des textes passionnants. Mais pour pouvoir les lire, même en sanskrit, il faut qu'ils aient été édités. Or pour cela, il faut pouvoir accéder aux manuscrits. Il y a de fort belles collections en Europe et au Népal, mais le principal est en Inde ou gisent des millions de manuscrits. Oui, vous avez bien lu : des millions. On pourrait donc croire que les Indiens, généralement pétris de patriotisme, mettent les bouchées doubles pour sauver ce patrimoine universel et malheureusement très biodégradable. En réalité, il semble bien qu'on en soit très éloigné... La plupart des bibliothèques de l'Inde sont en effet frappées d'une sorte de torpeur bureaucratique particulièrement aiguë, qui n'est pas sans rappeler le style du 1984 d'Orwell.
En voici un échantillon, rapporté par un chercheur Cachemirien, Mrinal Kaul. Il projette d'éditer le Tantrâloka, chef-d'oeuvre d'Abhinavagupta, le principal maître du shivaïsme du Cachemire. Il va donc à Lucknow où se trouve une collection de plusieurs milliers de volumes donnés par un autre Cachemirien qui a fuit le terrorisme islamique. Après la paperasse, ce jeune chercheur sélectionne vingt manuscrits, d'une page pour la plupart (les fameux hymnes d'Abhinavagupta). Voici ce que lui répond le bibliothécaire :

As soon as Dr Ashok Kaliya had a look at the list he said. “Why do you want the copies of so many manuscripts? Do you want to open up a shop of Manuscripts? [vous voulez ouvrir une boutique de manuscrits ou quoi ?"] I mean you should ask for the Mss [manuscrit] of a single text, but you are asking for so many of them. You work on a single text at a time and not on so many different texts.” When I said that I am working on three projects simultaneously the great scholar replied back saying, “But you cannot do that. You are asking for the Mss as if you want to open up a shop of Mss. See some time back a scholar came with a list of sixty manuscripts, and I had to allow because he was a very influential man. But I cannot allow twenty one Mss for you.”

In fact they did not allow me even to see the Mss. “They are in a different hall and it is not possible to see them” said the clerk. Never mind. I still curse that Kashmiri pandit man Vidyeshwarnath Razdan (Kaccha Chabutara, Chowpatiya Road, Cowk, Lucknow) who donated his complete collection of the Sarada Mss in about two-three thousand volumes to the Akhil Bharatiya Sanskrit Parishad. This man must have taken al the trouble to carry these Mss all the way from Kashmir to Lucknow, but now a Kashmiri like myself cannot even have a look at them. This is how the donor of the collection is being honoured.

Voilà. Personnellement, je trouve cela dramatique. Non seulement la communauté des pandits du Cachemire est exterminée par les islamistes dans l'indifférence générale, non seulement leur spiritualité est dévoyée pour servir de fond de commerce à des bobos sans scrupules, mais en plus les reliques de leur culture leurs sont inaccessibles dans leur propre pays...
J'ai rencontré Mrinal Kaul. C'est un héros. Puisse son entreprise rencontrer le soutien et le succès qu'elle mérite. Je ne pense pas exagérer en disant qu'il y va de l'avenir de l'humanité.
Par ailleurs, voici un autre site, un parmi tant d'autres je l'espère, consacré au partage de quelques fragments de tantras et autres textes de l'immense corpus sanskrit.
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