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samedi 28 mars 2020

L'aveugle qui voit tout


Poème de Narahari, un sage de Bénarès vers le XVIè siècle. Tiré de son recueil l'Essence de l'éveil (Bodha-sâra) :

« Aveugle, il voit tout.
Cul-de-jatte, il voyage par-delà l’horizon.
Débile, il mène toutes les taches à leur terme.
Sans le moindre sens du goût, il savoure le nectar. 1

Sans jugement, il parvient à conclure.
Indifférent, il incline aux jouissances.
Libre de tout contact,
Il goûte l’étreinte de l’Immense. 2

Le ventre vide, il dévore tout
En son ventre qui contient tout.
Stupide, il jouit d’érudition.
Silencieux, il proclame les philosophies. 3

Sans ennemis, il remporte la victoire.
Sans désirs, ses désirs sont comblés.
Éveillé, il veille en dormant.
Même mort, il goûte à l’immortalité. 4 »

samedi 11 juin 2011

Une décapitation prodigieuse



Un autre poème, étrange, de Narahari :

L'oubli universel

Est préférable à un détachement ou à une réflexion partielle.

Couper la tête qui doit l'être

Est meilleur que de couper l'un des autres membres. 1

Car, même l'on coupe un membre secondaire

A qui doit avoir la tête coupée,

Il faut d'abord trancher la tête.

Toute autre autre geste est superflu. 2


En effet, les sages sont plein de compassion

Et c'est aussi la compassion du sage

Dont l'esprit tranche la tête

Sans infliger la torture de couper un autre membre. 3


"Tranche ma tête à l'instant"

Voilà ce que dit mon esprit.

Je ne puis endurer

Que l'on tranche les autres membres. 4


Les phénomènes qui naissent dans l'esprit sont innombrables.

Comment pourrait-on les trancher graduellement ?

Voilà pourquoi, ô toi qui est silencieux !

Je me suis détaché entièrement[1] de cet esprit. 5


Narahari, L'Essence de l'éveil (Bodhasāra), Benares Sanskrit Series, Vidyavilas Press, 1904



[1] Jeu de mots : "entièrement tranché, coupé, séparé" (samāchinnam).


PS : à ne pas confondre avec les joies de l'art du sabre japonais (iaido) et ses dérives alimentées par une partie des écoles zen. Admirez cette magnifique illustration de l'Art du Sabre. L'officier japonais, ce digne Fils des Samouraïs, est parfaitement centré dans le Hara, alors que l'Occidental dégénéré qui s'apprête à se faire décapiter est effondré, centré dans sa tête, au lieu de se laisser descendre dans son Cœur. Sale intello !

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