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lundi 2 mars 2015

Les Arcanes de la plénitude

Les Arcanes de la plénitude - Siddhamaharahasya

Voici un texte traduit du sanskrit, un poème composé par un maître du tantra du XXe siècle, inconnu en Occident mais auteur d'une oeuvre abondante et fondateur de plusieurs ashrams dans le Nord de l'Inde.


L'auteur, Amritavâgbhava



C'est une initiation simple, poétique et directe à la voie du tantra non-duel, dont le cœur est la méditation de Shiva ou yoga de l'Homme-lion.

Extrait :


Par pure liberté,
par la perfection même de ma plénitude,
je m'actualise dans la Lumière-Manifestation,
espace qui est le Soi.
Faite d'un seul instant,
faite d'une seule substance, éternelle,
voilà la majesté que je suis.

Je suis capable d'action, de connaissance
et de désir grâce à l'Acte parfait du Soi.
Prenant mon repos
à la fois dans la Manifestation
et dans la Conscience,
je scintille de manière égale.

J'agis, je connais et je résonne par moi-même
parfaitement établi dans le Soi.
Aussi suis-je ravis, à la fois comblé et enchanté,
me révélant et me cachant à moi-même.

Le Grand secret des Parfaits (Srisiddhamaharahasya)

mardi 3 septembre 2013

Jeu de l'Immense



Liturgie de la déesse selon Paraśurāma

Première partie : Initiation

Le Seigneur, le suprême Śiva assume par jeu l'ensemble des points de vue, des philosophies, c'est-à-dire les dix-huit sciences, à commencer par le Véda (et qui comprennent la phonétique, la grammaire, le rituel, la prosodie, l'astronomie, l'étymologie, la dialectique, la logique, l'histoire, l'éthique, la médecine, la guerre, la musique et la politique). Interrogé par la bienheureuse Bhairavī, conscience identique à soi-même, il lui offrit, depuis ses cinq faces, les cinq traditions qui sont l'essence de la vérité ultime.
Voici cette doctrine.
Toute chose est faite de trente-six éléments.
Śiva, engoncé dans un corps, est l'être vivant. Abstraction faite de ces contraintes, il est Śiva en sa transcendance.
Le but de la vie est la conscience de soi.
Les mots, faits de lettres, sont éternels.
La puissance des mantras est inconcevable.
Tout accomplissement vient de la transmission et de la foi.
La preuve (de cette efficience des mantras), c'est principalement la foi.
Le Soi est perçu à l'intérieur en réalisant l'unité du maître, du mantra, de la divinité, du corps, de l'esprit et du souffle.
La félicité est la forme de l'Immense. Or, elle est présente dans le corps. Les cinq "m" la manifestent en sa plénitude. Ce culte est secret. Dévoilé, il mène en enfer.
La raison d'être (de la tradition) est réalisée quand la pratique est stable.
Nul dédain pour aucune philosophie.
Il ne faut s'en remettre à personne.
Le secret est dévoilé au vrai disciple.
Suivre la science sans interruption.
Être complètement possédé par Śiva, sans trêve.
Éviter ce que détestent les gens : désir, colère, convoitise, bêtise, distraction, meurtre, vol.
Sans aucun doute, il n'y a que le service du maître unique.
Ne jamais rien s'approprier.
Agir en lâchant le but.
Ne pas abandonner la pratique quotidienne.
Même quand les cinq "m" ne sont pas disponibles, méditer la pratique quotidienne.
Sans peur, toujours et partout.
Tout ce qui est objectif doit être offert en sacrifice. Les facultés (des sens et de l'esprit) sont la cuillère sacrificielle. Les puissances (du corps et de l'esprit) sont les flammes. Soi-même, Śiva, est le feu. Soi-même est le sacrifiant.
Le résultat est la prise de conscience de la conscience sans objet.
Il n'y rien de plus que la réalisation du Soi.
Telle est la manière de vivre selon l'enseignement.
Le Véda et autres (sciences) sont publiques, comme une prostituée. Cette science-ci, en revanche, est cachée au sein de toutes les philosophies (publiques).
Le sage doit absolument être initié à cette (manière de vivre).
Il y a trois initiations : par la Puissance, par Śiva et par le mantra. L'initiation par la Puissance consiste à être possédé par la Puissance. L'initiation par Śiva consiste à poser les pieds (sur le disciple). L'initiation par le mantra consiste à instruire du mantra. Toutes doivent être faites.

Liturgie de Paraśurāma, I

Ce texte sanskrit dont je traduis ici les premiers aphorismes, est le plus influent, le plus suivit, dans la tradition du tantra non-dualiste contemporain. Il se situe dans la continuité du shivaïsme du Cachemire. Il existe de nombreux commentaires, jusqu'au manuel compilé par exemple par Swâmî Karpâtrî. Alain Daniélou le présentait comme son maître. C'est une figure importante de l'hindouisme dans le Nord, à Bénarès en particulier.

Les principaux mantras de ce système :


Une initiation en anglais par un pratiquant :


mercredi 1 juin 2011

La peur est adoration

Ouverture

Om


C’est avec une excitation indicible

Et pénétré de ce tendre amour qui m’attache aux sages

Que je vais peindre maintenant l’essence de l’éveil

Après l’inauguration d’usage. 1


Nous célébrons le roi des multitudes divines,

Ce pouvoir qui fait table rase des obstacles,

Puissance du Soi suprême

Plein à ras-bord du nectar de possibilités sans fin. 2


Elle repose en notre vraie nature.

Elle est manifestation et prise de conscience (de cette manifestation) :

Avec amour, j’invoque

Cette Puissance de connaissance douée d’éloquence[1]. 3



Je fais ma révérence aux maîtres.

Leur vraie nature est félicité ultime,

Eux dont la bonté est une fontaine de nectar inépuisable[2]

Capable d’éteindre les trois souffrances[3]. 4




[1] Sarasvatī. Allusion aussi à la déesse Parā intégrée à la liturgie de Śrīvidyā. Elle est la conscience comme Parole et source de toute éloquence poétique ou rhétorique. La conscience est la Parole la plus haute et la plus efficiente, en même temps qu’elle dépasse les paroles humaines (parā-vāk : « parole supérieure » mais aussi « au-delà de la parole »).

[2] Brahmā-amṛta : le nectar qu’est l’absolu, l’Immense qui croît sans fin et en qui nous pouvons nous renouveler à jamais. L’intérêt de ce poème est qui revisite avec originalité et beaucoup d’esprit des thèmes traditionnels et des formulations classiques.

[3] Triade traditionnelle : les souffrances d’origine interne (adhyātma), les souffrances d’origine externe (adhibhautika) et les souffrances d’origine surnaturelle (adhidaivika).


12. Yoga de l'absorption


L'esprit inquiet ne connaît pas

Le bien être de la quiétude.

Pour s'en apercevoir,

Ceux qui sont silencieux montrent l'absorption (laya). 1


Śiva a expliqué à la Déesse

D'innombrables méthodes d'absorption.

Comment les connaître ? Comment les décrire ?

Cependant, je vais en décrire quelques unes. 2


Au début du sommeil et à la fin de la veille,

A la fin du sommeil et au début de la veille

Une absorption de l'esprit se produit (naturellement).

C'est à ce moment que l'on doit méditer sur le Soi. 3


Quand un porteur laisse tomber son fardeau,

Il se détend.

C'est à ce moment qu'il faut rendre hommage à Śiva

En regardant le Soi. 4


A chaque fois que l'esprit

Se détend

Il faut méditer le Grand Seigneur.

C'est cela, rendre hommage à Śiva. 5


Quand on cultive l'amour

Pour toutes choses, qu'elles soient désirées ou non,

L'esprit est sans désir ni haine.

C'est cela, rendre hommage à Śiva. 6


La souffrance est le plus grand hommage,

Par exemple la souffrance d'une conduite droite[1].

Le mal être est l'hommage suprême,

Par exemple le mal être suscité par la méchanceté. 7


La dépression elle-même est le plus grand hommage.

Déprimé, l'esprit se résorbe.

La peur est l'adoration ultime

Car la Révélation dit que "Le (Soi a crée tout cela) parce qu'il avait peur (d'être seul). 8


Donner est un hommage sublime

Quand on donne au Soi suprême.

Ne pas donner est l'hommage ultime,

Si cela apaise l'esprit. 9


La maladie est l'hommage suprême,

Car les maladies détruisent les péchés.

La santé est hommage suprême

Pour autant qu'elle est un moyen de réaliser la délivrance. 10


L'action est un hommage sublime

Si l'on agit seulement pour Śiva.

L'inaction est la dévotion suprême

Quand elle est contemplation immobile. 11



[1] caraṇam. Désigne aussi la pratique de l'ascèse.


Narahari, L'Essence de l'éveil (Bodhasāra), Benares Sanskrit Series, Vidyavilas Press, 1904

samedi 14 février 2009

Le Grand Arcane des Parfaits - IX


Moi, unique Puissance,
j'actualise les mots et les choses.
Par ma propre Puissance je fonde toutes choses
Pour agir, connaître et désirer. 20

Personne ne peut décrire ce Puissant,
Âme intime de la création,
De l'existence, de la résorption,
Du voilement et de la grâce. 21

[shâkah au masculin, veut dire à la fois puissance, capacité, disponibilité, mais désigne aussi le bienfaiteur, le soutien, le sponsor, l'ami.]

Âme immortelle par delà toutes les âmes,
Shiva le Puissant atteint peu à peu le Quatrième
En manifestant en lui-même le triple replis. 22

[Le "triple replis" est formé de trois aspects inséparables : le sujet limité, la pensée et ses objets. Le "Quatrième" est le sujet illimité au-delà de ces trois, le moi élargi à l'infini.]

Celui qui à la fois énonce et est énoncé
Par la parole Voyante, par la Médiane, par l'Articulée et par la Suprême
N'est autre que la Parole Suprême que je suis,
Le Puissant, l'incomparable Shiva. 23

Dans la veille, le rêve et le sommeil profond
Où la plénitude est obtenue,
C'est à la fois le Quatrième (état) et ce qui le dépasse.
Là est le Puissant, sans aucun doute. 24

Absolument comblé par sa majesté,
Le puissant seigneur du grand désir
S'immerge en l'universelle vision égale
De tous les phénomènes. 25

Amritavâgbhava, Le Grand Arcane des Parfaits (Shrîsiddhamahârahasyam), Jammû, 2003.
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