dimanche 20 avril 2014

Surnaturel ou naturel ?

La recherche du pouvoir nous distrait de la reconnaissance de notre vraie nature, libre et souveraine.
La plupart des gens qui disent s'intéresser à la spiritualité aspirent à contrôler le monde : loi d'attraction, transurfing, manipulation de la réalité, magie, lois du succès, pensée positive, méditation profonde, voyance, divination, canalisation des morts, communication avec les extraterrestres, reconfiguration de l'ADN, des chakras et des auras, rajeunissement quantique, ne plus boire ni se nourrir, ne plus tomber malade, ne plus vieillir, ne plus mourir...

Ces fantasmes de toute puissance sont autant de reflets déformés de ce que nous somme vraiment : un vide immense et lumineux, espace d'accueil pour la vie, les autres, la maladie, la vieillesse et la mort. Comme l'océan enveloppe toutes les vagues.

Maître Tchouang, un iconoclaste d'il y a deux mille ans, raconte ainsi  la différence radicale qu'il y a entre désir de sens, de pouvoir, de développement et de pureté d'un côté ; et le vide, de l'autre :

Au pays de Tcheng, il y avait un sorcier aux pouvoirs extraordinaires. Il était capable de prédire l'avenir à chacun - la vie et la mort, le bonheur et le malheur, le succès et l'insuccès, la mort prématurée ou la vie longue, rien de tout cela n'avait de secret pour lui et il pouvait annoncer la date précise à laquelle ces évènements surviendraient comme s'il était un génie. ...
Lie Tseu le rencontra et fut comme envoûté. Il alla trouver son maître Calebasse et lui déclara :
- Jusqu'ici je considérais votre art comme supérieur, mais j'ai rencontré quelqu'un qui vous surclasse.
- De mon art tu connais la lettre et non la substance.... Tu te pavanes au milieu de la foule en faisant étalage de tes maigres recettes, il est naturel qu'il t'ait percé à jour. Amène-le moi et dis-lui de m'ausculter.
A la première rencontre le devin, une fois sorti, décréta :
- Hélas, c'est triste, ton maître est un homme mort. Il ne pourra vivre ; il n'en a plus que pour dix jours. J'ai vu quelque chose d'étrange : comme des cendres mouillées.
Le disciple rentra en pleurs informer son maître du verdict du devin.
- Je lui au présenté les veines de la terre - cet état séminal qui n'est ni ébranlement ni repos, expliqua Calebasse. Sans doute aura-t-il perçu le blocage de mon ressort vital. Amène-le encore une fois.
Lors de la deuxième entrevue, le sorcier déclara au disciple :
- C'est une chance qu'il m'ait rencontré ! Il va beaucoup mieux. Il est plein de vitalité. J'ai vu les forces qui bloquaient. 
Lie Tseu rapporta le diagnostic au maître qui déclara :
- Je lui ai présenté l'interaction du ciel et de la terre, qui ne répond à aucun nom ni à aucune réalité. Les impulsions partaient des talons. Sans doute a-t-il vu en moi l'action bienfaisante du ressort vital. Il faut l'amener encore une fois.
A l'issue de cette visite, le devin déclara, perplexe, au disciple :
- Ton maître est par trop changeant, je n'ai rien pu voir. Dis-lui de se stabiliser et alors je pourrais l'examiner.
Ces propos furent répétés au maître qui expliqua :
- Je lui ai fait voir le grand vide central, que rien ne domine encore. Il aura perçu le moment du processus où les souffles s'équilibrent.... Fais-le donc venir une fois encore.
A la quatrième visite, le devin perdit contenance et s'enfuit à toutes jambes. Le maître dit à son élève de le rattraper, mais l'autre avait déjà disparu. De retour chez Calebasse, Lie Tseu lui dit :
-Disparu ! envolé ! Je n'ai pu mettre la main dessus.
Maître Calebasse expliqua alors à son disciple :
- Je lui ai montré ce qui n'a pas encore commencé à émerger de l'Ancêtre. Je me suis offert à lui vide et flottant en sorte qu'il n'a plus su ni quoi ni qu'est-ce. Puis ce fut une immensité mouvante, et enfin les vagues qui déferlent. Voilà pourquoi il a pris la fuite !

Les Oeuvres de Maître Tchouang, trad. Jean Lévi, p. 67

Où se trouve cette immensité ? Dans la direction indiquée par ce doigt :



samedi 19 avril 2014

Hommage à l'espace


Un vieux mantra en forme d'hymne à Shiva.

Vyomavyâpimantra

Oṃ
Il infuse tout comme le ciel,
Pareil à un ciel sans nuages,
Il infuse tout,
Śiva,
L'infini,
Qui n'a pas de maître,
Sans point d'appuis,
Fixe,
Permanent,
Installé dans le sanctuaire du yoga,
Le yogin éternel,
Source de toute contemplation,
Oṃ hommage à Śiva,
Source de toute chose,
Bienveillant avec son visage de seigneur tourné vers le nord,
Sa bouche est inépuisable,
Son cœur est sécurité,
Son intimité est jeu merveilleux,
Son corps est né en un seul instant,
Oṃ,
Hommage à lui, secret plus que secret,
Lui qui cache,
Sans origine,
Détenteur de tous les yogas,
Lumière,
Seigneur suprême,
Transcendant,
A la fois conscient et inconscient,
Espace de tous les espaces,
Contenant de tous les contenants,
Sans forme au-delà même de ce qui n'a pas de forme,
Premier avant les premiers,
Lumière des lumières,
Vie des vies,
Sans solidité,
Sans chaleur,
Sans fumée,
Sans cendres,
Sans voix,
Un et multiple,
Frisson, frémissement, tremblement, spasme,
Oṃ terre
Oṃ ciel
Oṃ terre céleste
Lieu sans lieu,
Source de tout lieu,
Bon et pourtant immobile,
Soi suprême,
Grand Seigneur,
Grand Dieu,
Seigneur du réel,
Grand éclat,
Maître des yogas,
Il trompe les menteurs,
Il précède les premiers,
Cadavre de tous les cadavres,
Existence de l'existence,
Source de l'existence,
Source du bonheur pour tous les êtres,
Présent dans l'intime de tout,
Au-delà de Brahmā, Viṣṇu et Rudra,
Aimé par ceux qui ne sont pas aimés,
Loué par ceux que l'on méprise,
Présent avant ceux d'avant,
Témoin des témoins,
Plus rapide que les plus rapides,
Plus nu que ceux qui vont nus,
Or de l'or,
Sagesse de toutes les sagesses,
Verbe de toutes paroles,
Plus subtil que les subtilités,
Bon,
Immobile,
A lui, toujours,
Oṃ hommage à Śiva
Oṃ hommage à Śiva,
Hommage,
Hommage.

Bain d'espace

Je reviens d'une retraite d'une semaine en Ardèche, consacrée à l'exploration d'un art parmi d'autres : voir toutes choses à la manière de Shiva, le dieu du yoga et de la méditation. 
Ni concentration, ni technique, ni discipline, mais simplement art de se laisser aller dans l'espace lumineux.
Les sensations et les pensées éclatent telles des bulles de lumière dans la clarté sans limites, elles se dilatent dans le ciel de la présence comme des vaguelettes à la surface d'un lac absolument limpide. 
Chaque mouvement de l'énergie est comme une question lancée à l'inconnu. Chaque fois que l'attention se laisse emporter par cette énergie, elle se laisse posséder par l'infini qui est la réponse. Sans effort. Inévitablement.
La conscience se familiarise avec son propre art, sa créativité naturelle, au lieu d'en être l'esclave imaginaire.
Comme un vase vide flottant dans l'espace vide, imbibé d'espace.

Juste l'évidence de l'instant présent. 
Claire et nette.

Je tiens ici à remercier chaudement l'organisatrice de l'association Surya, Claudine Appel, pour son tact, son élégance et sa courtoisie. Ainsi qu’Elizabeth Clementz (04 75 64 30 42) qui nous a préparé chaque jours une cuisine végétarienne d'une subtilité exceptionnelle, un véritable appel à des voyages dégustatifs impromptus. Merci à tous.

vendredi 11 avril 2014

La piété ?

  

 La piété ce n’est point se recouvrir d’un voile,
    Tourné vers une pierre ou courant les autels,
    Ni se mettre à genoux, ni s’allonger par terre,
    Mains tendues ; ce n’est pas inonder les autels
    Du sang des animaux, ni faire vœux sur vœux :
    C’est pouvoir, l’âme en paix, contempler toutes choses !

Lucrèce, La Nature des choses, 5, 1198

Pas de méthode pour être


En réalité,
aucun moyen ne peut servir à obtenir la connaissance libératrice.
Celle-ci n'est pas quelque chose que l'on puisse,
à proprement parler, obtenir car, par nature, elle est toujours "déjà là".
Elle n'est pas autre chose, en effet,
que la simple conscience elle-même
et celle-ci est en permanence autorévélée.
A quoi bon des moyens pour révéler
ce qui ne cesse de se manifester par soi-même ?

Doctrine secrète de la déesse Tripurâ, trad. M. Hulin, p. 176
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