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jeudi 1 mai 2014

Jeu de vie et de mort

Hommage à toi,
L'Un de simple conscience !
Orné d'un crâne,
Tu joue avec des amas de cadavres
Apparemment vivants, apparemment morts...

Utpaladeva, Hymnes, 2, 11


vendredi 11 avril 2014

Pas de méthode pour être


En réalité,
aucun moyen ne peut servir à obtenir la connaissance libératrice.
Celle-ci n'est pas quelque chose que l'on puisse,
à proprement parler, obtenir car, par nature, elle est toujours "déjà là".
Elle n'est pas autre chose, en effet,
que la simple conscience elle-même
et celle-ci est en permanence autorévélée.
A quoi bon des moyens pour révéler
ce qui ne cesse de se manifester par soi-même ?

Doctrine secrète de la déesse Tripurâ, trad. M. Hulin, p. 176

dimanche 2 février 2014

Ceintures de liberté

J'avais consacré plusieurs billets aux usages de la ceinture de yoga (yoga-patta, gomtag) employée dans les traditions tantriques bouddhistes et shivaïtes.

Elle permet une grande détente et une libre exploration de positions inhabituelles. C'est pourquoi, dans toutes les traditions tantriques anciennes, elle est considérée comme un outil précieux. Elle facilite cet abandon total à l'espace qui est la véritable démarche du yoga. En voici quelques illustrations nouvelles :

 



 

Source


jeudi 3 octobre 2013

Conférences sur le corps dans le shivaïsme du Cachemire - automne 2013




Des pensées sans penseur ? IV - Le corps, objet ou sujet ?


Le corps est un objet, une chose que l'on perçoit, une parmi d'autres. Pourtant, le corps est aussi capable de sentir, contrairement aux autres objets que je perçois. Ainsi ma main est à la fois un objet (une chose que je sens) et un sujet, un espace doué de sensibilité, capable de sentir d'autres choses en se sentant elle-même.

Le corps a donc un statut ambigu. Est-il sujet ou objet ?

La philosophie tantrique de la Reconnaissance (pratyabhijnâ, Cachemire, An Mille) considère ainsi que le corps est un objet auquel la conscience s'identifie par ignorance. Pour que la conscience reconnaisse sa véritable nature, elle doit comprendre que le corps est un objet inerte, le contraire du dynamisme conscient. Mais aussi bien, dans cette philosophie tantrique, le corps est célébré comme le moyen d'accéder à la reconnaissance de la conscience, comme s'il était un objet privilégié, un objet-sujet.

Comment réconcilier ces deux affirmations ?

Ouvert à tous.
Les lundi 7 octobre, et jeudi 10 octobre, au CPEC, 37 bis rue du Sentier 75002 Paris, 18h30-20h30. M° Sentier.
N.B. : Pour des raisons de sécurité, l'accès à l'immeuble où est hébergé le CPEC est dorénavant fermé par une porte à digicode.
Un vacataire du CIPh vous ouvrira la porte de 18h20 à 18h30, puis toutes les 5 minutes jusqu'à 19h.

Bibliographie :
Les stances sur la reconnaissance
La doctrine de la déesse Tripurâ (l'introduction la plus facile à la philosophie de la Reconnaissance)
The Ego Tunnel 

Corps de conscience :

samedi 10 août 2013

Effets d'infinis

C'est La Nuit des étoiles. L'occasion de prendre conscience que l’univers n'existe pas "pour nous", tel un scénario conçu sur mesure. L'univers des Anciens était petit. La science, grâce à la méthode expérimentale, l'a fait exploser. Nous sommes passés "d'un monde clos à un univers infini". Incroyable, le pouvoir de l'idée d'infini ! 

Sur l'idée d'infini, mais en anglais, car le monde est vaste :



L'infiniment petit, grand, temporel, spatial, effraie Pascal, hériter d'une vision tribale du monde. D'où, a-t-on spéculé, un éclatement des valeurs pré-modernes face à la "philosophie nouvelle" : la science moderne. Mais d'autres cultures se sont d’emblée ouvertes à l'idée d'infini. Et donc, à la possibilité d'une d'évolution, à rebours de tout anthropocentrisme mesquin. Voici un extrait de La Doctrine secrète de la déesse Tripurâ, un texte du tantra non-dualiste. Un homme ressort d'un rocher dans lequel il a visité un univers magique. Mais au-dehors, des millions d'années se sont écoulées :

"Tout va sans cesse se transformant. Le monde se modifie d'instant en instant. A travers une longue évolution la face même de la terre, avec ses montagnes, ses lacs et ses rivières, est devenue différente. Telle est la loi qui préside au cours du monde. Les collines s'applanissent et les plaines se soulèvent. Les déserts se mettent à regorger d'eau et les montagnes se transforment en plages de sable. Un solo aride et caillouteux devient une terre de douceur et une terre de douceur devient dure comme la pierre. Un sol stérile devient fécond et un sol fécond stérile. Les gemmes se transforments en graviers et les graviers en gemmes. Une eau douce devient salée et une eau salée douce. Tantôt ce sont les hommes qui se multiplient sur la terre et tantôt les quadrupèdes, ou les vers et les insectes. Tout se transforme donc avec le temps, et telle est la raison pour laquelle notre pays présente maintenant cet aspect."

Tripurârahasya, section de la connaissance, trad. M. Hulin, Fayard, 1979, p. 116.

Un autre texte du même calibre, le Yoga Vâsishtha, composé vers 950 au Cachemire, explique également que tout surgit au hasard dans la conscience : il n'y a pas de plan élaboré par un "Grand Architecte", rien de conçu pour l'homme. Exit le "principe anthropique". Les choses se produisent par hasard mais donnent l'impression illusion de résulter d'une volonté, comme la noix de coco qui tombe sur le corbeau et le tue (kâkatâlîya). Des êtres se prennent pour des dieux, voire pour Dieu, mais ils se trompent et trompent les autres. Brahmâ n'est qu'un ignorant qui, suite à un malencontreux concours de circonstances, a cru qu'il avait créé un univers, une "sphère de Brahmâ". En réalité, il en existe une infinité, qui surgissent spontanément dans l'espace infini de la conscience, tels des grains de poussière dans un rayon de lumière. Et dire que certains fondent leurs actions sur des légendes sumériennes qui proclament que le monde a été créé il y a quelques milliers d'années en une semaine ! Et ces pieuses personnes sont prêtes à se faire tuer et à tuer pour ces fariboles. Comme c'est étrange.

D'où l'utilité des documentaires sur l'univers tel que nous le connaissons grâce à la libre recherche expérimentale libérée du joug des dogmes archaïques. Méditer sur l'infini est un véritable exercice spirituel. Voici une excellente chaîne sur Youtube.
Sur la terre :


Sur les fins de l'univers :


Sur la violence de l'univers :


Et tout ceci n'est que grains de poussière dans l'immensité transparente de la conscience.

P.S. : peut-être certains lecteurs se demandent-ils pourquoi je célèbre le désir et la pensée dans un billet (le précédent), pour célébrer une vision impersonnelle du réel, dans laquelle tout serait livré au hasard. D'autant plus que La Doctrine secrète de la déesse Tripurâ et le Yogavâsistha, bien que proche sur certains point (notamment certains récits), divergent fondamentalement sur d'autre. Le YV défend une position impersonnaliste : le désir est toujours connoté péjorativement, de même que la pensée (sauf quand il faut penser pour comprendre cela...). Alors que le tantra non-dualiste, dont La Doctrine est un bourgeon, défend au contraire que le désir et la pensée sont essentiel à la conscience. Il y a là deux genres de non-dualisme bien différents : le premier - celui de Shankara, du YV (à nuancer) et du néoadvaita - qui met l'accent sur l'objectivité : l'éveil, c'est voir ce qui est. Cette perspective est objectiviste (vastu-tantra en sanskrit : elle dépend du réel, pas de mon bon vouloir). Alors que le second - celui du shivaïsme du Cachemire, etc. - met l’accent sur la subjectivité : l'éveil, c'est s’éveiller à soi comme conscience libre. cette perspective est subjectiviste (purusa-tantra : elle dépend de la liberté du sujet, de la conscience, de la grâce).
Mais alors, où se situe le tantra non-dualiste entre la vision impersonnelle et la vision théiste personnelle ? Pour le tantra non-dualiste, ce qui arrive n'est ni le fruit d'un concourt de circonstances (modèle de la noix de coco qui tombe sur le corbeau), ni l’œuvre d'un Grand Architecte (modèle du potier, de l'artisan). Ni hasard, ni dessein intelligent, le surgissement des choses est improvisation (modèle de l'artiste, de l'esthète ou de l'amant). Il y a désir (contre l'impersonnalisme) mais pas de plan (contre le personnalisme dualiste).

vendredi 9 août 2013

L'éveil n'est pas une lobotomie !


Notre vraie nature est-elle  un néant dans lequel tout se vaut ? Un genre de coma ?

Non. Notre vraie nature est conscience, et être conscience, c'est être sensibilité, pensée, jugement, appréciation, réaction. La conscience est tout le contraire de l'inertie, de la passivité, de l'inconscience, du néant, de l'immobilité.

Les maîtres du shivaïsme du Cachemire, amoureux de cet amour universel qu'est la conscience, ne se lassent pas de le répéter : notre vraie nature n'est pas que lumière qui infuse toute chose, pareille à l'espace ou à un miroir, mais aussi et surtout pensée, réaction à ce qui apparaît, à ce qui est. Notre vraie nature est un couple : dieu et déesse s'appellent et se répondent sans fin. Le dieu est prakâsha, manifestation. La déesse est vimarsha. Ce terme est parfois rendu par "prise de conscience". Mais son sens premier est "penser", "réfléchir", "méditer", "évaluer", "cogiter", "éprouver", "ressentir", de façon discursive ou non. D'ailleurs, dans le Vedânta non-dualiste, vimarsha a une connotation péjorative : il est synonyme de vikalpa, "construction imaginaire dualiste", pensée dichotomique et paralysante, faux dilemme, alternative ruineuse. Mais dans le tantra non-dualiste, vimarsha a le sens le plus positif.

La grande originalité du tantra non-dualiste est de décrire la vie véritable non seulement comme espace infini, mais aussi et surtout comme réactivité, ressaisissement, réflexion. D'où la valorisation du mouvement, du jaillissement, de la vibration, de la vie, du corps et de tout ce qui palpite, qui s'élance, qui se reproduit et prolifère, imprévisible et libre. Un autre terme désigne cette prolifération en sanskrit : prapancha. D'ordinaire, c'est aussi un terme péjoratif. Il désigne les bavardages sans fin du mental, les machinations qui n'en finissent jamais, jusqu'à ce qu'on réalise qu'elles ne sont qu'illusions. Mais la tradition Krama, la plus secrète du shivaïsme du Cachemire, emploi plutôt ce mot pour décrire la déesse conscience, le cœur du cœur de tout, l'âme universelle, quand elle compare cette déesse joueuse à un arbre qui prolifère dans toutes les directions.

L'éveil est-il donc un suicide intellectuel ? Un ascétisme morbide ? Quand j'observe le néoadvaita (la non-dualité version cool, "qui vous parle") et la scène spirituelle contemporaine, j'ai bien peur que l'on croie que oui. On entend partout "pureté", "simplicité", "c'est la faute à l'intellect ! ", "ce ne sont que des concepts ! ", "tout ça, c'est des mots !" et autres mantras ruineux qui, si l'on se réfère à la généalogie nietzschéenne, ressemblent fort à des symptômes de la dépression. La non-dualité n'est pas indifférence, ni haine de soi, du mental, des mots, de la liberté, de la vie. Cette expérience est tout le contraire. Elle est magnanimité, ouverture vers l'autre et intelligence.

L'éveil n'est pas une lobotomie. S'il s'agissait de cela, alors oui, Carrefour et autres temples de la consommation seraient bien plus efficaces ! Qu'il est triste de voire ces tribus de chercheurs spirituels errer dans les stages de développement personnel, où ils sont censés fuir le troupeau, mais où, en réalité, ils cultivent un comportement en tout point grégaire et conforme à la société de consommation, avec son rejet de l'intellect, de la culture, de la complexité, de l'intelligence, de l'esprit critique, du libre-arbitre, avec son attirance pour les théories du complot et pour les rumeurs sans fondement et, finalement, sa détestation de tout ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue. Que leur paix est lourde, frileuse, suant l'angoisse et le refus !

Pour que la spiritualité ne soit plus confondue avec la mélancolie.

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