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samedi 21 février 2015

La conscience existe t-elle réellement ?

Quand on reconnait le Bouddha en soi, on se sent bien


Cette question paraîtra étrange à certains. En effet, la conscience est une évidence. Pour ceux-là, inutile de lire ce billet.

Mais d'autres se demandent si la conscience est réelle ou bien si elle n'est pas un concept de plus, une création imaginaire, ou si elle n'est pas "vide d'existence propre". En particulier si vous avez fréquenté les enseignements bouddhistes.

Mipam, déjà convoqué dans les pages de ce blog à plusieurs reprises, est l'un des penseurs les plus fins parmi les bouddhistes. A la fin du XIXe siècle, il a composé un Rugissement du lion : exposé de la Nature de Bouddha. La Nature de Bouddha, c'est le Bouddha que nous portons en nous, selon certains enseignements bouddhistes qui ajoutent que ce "constituant" (dhâtu) est éternel, indestructible, déjà pleinement constitué, mais caché par l'aveuglement et autres émotions. Cette idée est déjà présente dans un passage qui se retrouvera, avec des variantes, à toutes les époques du bouddhisme :

"Ô moines ! 
L'esprit est claire lumière, 
mais il est  recouvert par des souillures accidentelles" (Soûtra de la Claire lumière)

La claire lumière est la conscience fondamentale, inconditionnée, le Bouddha intérieur, indestructible. Les souillures sont l'aveuglement et les passions. La claire lumière est réelle, les souillures sont irréelles.

Mais certains se demandent si cette conscience ne serait pas, elle aussi "accidentelle", c'est-à-dire conditionnée, vide, impermanente. Car le Bouddha a dit par ailleurs que "tout est impermanent, tout est dépourvu de Soi, tout est souffrance". 

Du coup, le chemin bouddhiste, clair au départ, s'est embrouillé à n'en plus finir...

Il y a dès lors deux sortes de bouddhistes :

- Ceux qui croient que la doctrine de l'absence de Soi, le vide d'existence propre, est le fin mot du Bouddha. Pour eux, l'enseignement est une pure négation, une négation qui ne laisse rien, qui n'implique rien. Un nihilisme où il ne reste plus que l'interdépendance, la causalité, c'est-à-dire la Nature, mécanique, aveugle, impersonnelle. Pour eux, le "silence du Bouddha" suggère ce néant qui, bien sûr, n'est "ni être, ni non-être"...

-Ceux qui font preuve de bon sens et s'en tiennent au programme énoncé par le Bouddha dans la citation ci-dessus : éliminer l'illusion pour mettre à nu le réel, la conscience originelle, la claire lumière. Eux aussi parlent de vacuité, mais en deux sens distincts : les choses sont vides de Soi, elles sont irréelles ; le Soi est vide des choses, il est réel.

Mipam croit cependant que ces deux approches peuvent être réconciliées. Cela étant, en le lisant et en parcourant les citations d’Écritures bouddhistes qu'il convoque, on s'aperçoit qu'il affirme la réalité de la conscience, du Soi, du Bouddha éternel :

- Le Bouddha doit être éternel : "Ô moines parfaits ! Mieux vaut mourir que devenir un non-bouddhiste en disant que le Bouddha inconditionné est un Bouddha conditionné !" (Mahâparinirvânasûtra = mps)

- Comme le dit Nâgârjuna lui-même : l'enseignement sur l'absence d'existence inhérente sert à guérir des passions, pas à dénigrer le Bouddha en nous, lequel n'est pas un simple potentiel d'éveil ni une métaphore de la vacuité d'existence propre. Nâgârjuna ajoute : si le Bouddha, la conscience, n'était pas réelle, à quoi bon détruire les passions ? Nul n'ira purifier des minéraux s'il n'y a pas d'or en eux ! (Dharmadhâtustava)

- La vacuité comme vide d'existence propre est une impasse : "'Vacuité, vacuité' : vous avez beau chercher, vous ne trouvez rien ! Les Jaïns ont, eux aussi, ce 'rien du tout'. Mais la libération n'est pas ainsi !" (mps) "Ceux qui sont attirés par cette vacuité sont comme des papillons attirés par la flamme d'une bougie !" (mps).

- Si la claire lumière était le produit de causes et conditions, il s'ensuivraient qu’elle ne serait pas un refuge, il n'y aurait pas de Non-né pour ce qui est né, pas de guérison possible, pas d'issue. Même au plan mondain, il n'y aurait pas d'action morale possible : qui agirait, et pour qui ?

- La vacuité comme simple négation est une imposture du bouddhisme : "Sans aspirer au vrai, mais cherchant le bien, ceux qui sont sans maîtrise d'eux-mêmes prétendent qu'ils s'exercent à l'esprit d'(éveil). Un jour, ils viendront, ces gens qui se délectent à dire que 'tout est vide'" (Jnânamudrâsamâdhisûtra). Et alors le dharma du Bouddha déclinera.

- Dire que le Bouddha est éternel est méritoire : "Les fils et filles de bonne famille doivent toujours affirmer, l'esprit concentré, ces deux phrases : 'Le Bouddha est permanent. Le Bouddha demeure". Et "Qui persévère à voir que l'Inconcevable est permanent devient un refuge (pour autrui)" (mps).

- Ce qui est réel mérite d'être appelé "Soi" : "Le 'Soi' est la véritable permanence de ce qui est vrai/réel. Ce qui est souverain (îshvara), immuable et immobile est appelé 'Soi'" (mps).

- Il ne faut pas avoir honte de proclamer l'éternité de la conscience éveillée : "Rugir comme un lion, c'est déclarer sans ambiguïté que tous les êtres ont du Bouddha en eux et que le Bouddha est toujours présent et immuable" (mps). Et : "Rugir comme un lion, ce n'est pas professer que tous les phénomènes sont impermanents, sont souffrance, sont sans Soi et impurs ; c'est seulement professer que le Bouddha est permanent, bienheureux, qu'il est le Soi, qu'il est pur" (mps). 

- La Nature de Bouddha n'est pas l'absence d'existence propre car, dit Mipam, on peut concevoir qu'une graine germe en une fleur. Mais comment l'absence d'existence de la graine pourrait-elle engendrer la fleur ? Du reste, cette vacuité négative n'est rien. Une simple absence. Comment une absence pourrait-elle avoir la moindre efficience ? Comment un néant pourrait-il engendrer un Bouddha éternel ?

-L'inconditionné ne peut provenir du conditionné : le conditionné engendre seulement du conditionné. L'enseignement ultime du Bouddha, rassemblé dans Le Livre ultime (Uttaratantra) et dans le Soûtra de la guérison totale (Mahâparinirvânasûtra) dit que la connaissance suprême consiste à connaître le vrai comme étant vrai, le faux comme étant faux, l'existant comme étant existant, et le non-existant comme étant non-existant. L'existant, c'est la conscience, la claire lumière, le Bouddha en nous. L'inexistant, ce sont les phénomènes qui semblent exister sous l'effet de l'aveuglement et des passions.

- Il dit ensuite que le Bouddha est bien "vide", que la conscience est "vide d'essence", mais il précise que "vide d'essence" veut simplement dire qu'elle est inconcevable, illimitée, qu'elle n'est ni une chose faite de matière, ni une simple idée. C'est quand même clair, non ?

La conscience existe réellement veut dire que rien n'est possible sans elle, en dehors d'elle. Et que donc tout est illusion et irréel sans elle, dans l'oubli d'icelle, tant que l'on croit que les choses existent en dehors de la conscience. "Vide" veut dire simplement que la conscience n'est pas quelque chose avec une forme et une couleur, et qu'elle dépasse toutes les définitions et descriptions que l'on peut en faire. Mais cela ne veut pas dire qu'elle est le produit de causes et de conditions, qu'elle est dépendante, impermanente, illusoire ou erronée. Elle est la conscience toujours présente, sans erreur ni illusion. Elle est ce qui lit ces lignes, "cachée" par un regard extraverti, simplement voilée par le fait qu'elle ne se regarde pas, qu'elle ne se reconnait pas elle-même. Dès que le regard se retourne, hop ! Nulle trace d'irréalité en elle-même. Simple et inconcevable, elle est naturelle, facile, aisée, à l'aise, fraîche, limpide, transparente, d'une richesse inépuisable. Elle est non-duelle, non-deux : elle est celui qui la cherche et elle n'est séparée de rien. "Vide", elle est vide de toute limite. "Pleine", elle est la Source de tout. Claire comme le jour.

Source : Mipam on Buddha-Nature, D. S. Duckworth, p. 147

Bon weekend !
Puisse le soleil du Bouddha briller en nous !

mercredi 18 février 2015

Voie négative et voie affirmative

om ah hung mahâ guru siddhi hung


Dans de nombreuses voies spirituelles, on trouve une pédagogie pour guider vers l'éveil au Réel, une pédagogie qui passe par des affirmations et des négations. 

En général, on commence par la voie affirmative : des métaphores du Réel comme la Vie, la Sagesse, l'Amour, l’Éternel, la Puissance... Puis on nie tout cela : c'est la voie négative, à laquelle j'avais consacré plusieurs billets ces dernières années : , et .

Le Vedânta de Shankara, le Platonisme (et toutes les mystiques fondées sur lui), le bouddhisme guéloukpa/madhyamaka prâsangika ainsi que des traditionalistes comme Guénon adoptent cette démarche. D'abord on affirme, par métaphore, puis on nie, afin de laisser à nu le Réel. Shankara cite une maxime "Les experts en la tradition disent que l'on peut parler de l'indicible en surimposant (des qualités à l'absolu), puis en les retranchant".

Mais il existe des voies où l'on suit un ordre inverse : d'abord des négations, puis des affirmations. La voie négative comme purification, puis la voie affirmative comme indication directe du réel. Le tantrisme (et toutes les voies basées sur lui), ainsi que, semble-t-il, bon nombre de voies théosophiques (soufies, hermétique, alchimiques, ésotériques) adoptent cette pédagogie.

La voie qui s'achève dans la voie négative est le non-dualisme par exclusion. La dualité est rejetée. A la fin, ne reste que l'unité, tenue pour seule réalité.

La voie qui s'achève dans l'affirmation est le non-dualisme par inclusion. La dualité est reconnue comme manifestation de l'unité, et intégrée en elle.

J'aime à parler de cette dernière approche, car elle est moins connue. D'ordinaire, on croit que le "non", "non" des Upanishads ou encore la doctrine de la vacuité par-delà être, non-être, ni "et", ni "ni, ni" du bouddhisme prâsangika est le nec plus ultra, la seule voie de la non-dualité, la voie dite "apophatique". Mais il n'en est rien.

Dans le Vedânta lui-même, ou plutôt LES vedântas, les upanishads, les approches sont variées et nuancées, plus que ne le laisse penser Shankara. On y trouve quelques affirmations de la transcendance du Réel, le fameux "non" "non", mais aussi et surtout beaucoup de métaphores ou d'évocations poétiques d'icelui. Dans les tantras, la chose est évidente.

Dans le bouddhisme, les choses sont moins claires, car une propagande guéloukpa/théravâda a propagé l'idée (fausse) que la doctrine de Nâgârjuna - le madhyamaka prâsangika - était la seule doctrine ultime du Bouddha. En réalité, le bouddhisme est beaucoup plus riche et propose bien d'autres approches, comme celle du Bouddha éternel, celle des tantras du Corps indestructible, celles du dzogchen et de la mahâmudrâ. 
En Inde et au Tibet, ces doctrines ont été admises (avec quelques controverses), puis étouffées jusqu'à nos jours, sous l'impulsion d'un moine (ce sont toujours des moines qui préfèrent la voie négative) nommé Tzongkhapa. Il créa une école - l'école guélouk - qui affirme que la voie négative est le fin mot du bouddhisme, et que les dizaines de textes (soûtras et tantras, plus leurs commentaires) décrivant une voie affirmative, positive, n'étaient que des métaphores destinées à encourager les débutants que les négations auraient pu effrayer. Son école, l'école guélouk donc, a pris le pouvoir au Tibet et en Mongolie grâce aux hordes mongoles. Elle a détruit ou envahi les monastères des écoles qui proposaient une autre approche, et a fait détruire ou a empêché la propagation des livres de la voie positive. Récemment encore, des fanatiques de cette secte on poignardé à mort des gens qui, selon eux, avaient l'esprit trop large et qui corrompaient donc l'enseignement de la pure voie négative du madhyamaka prâsangika, tel qu’interprétée par Tzongkhapa. La terreur suscitée par les guélouks  est si grande qu'aujourd'hui encore personne n'ose parler librement. Les textes prônant une autre approche, comme ceux de Dolpopa ou Gorampa, recommencent néanmoins à être diffusés et sont lus avidement. En Occident, la plupart des bouddhistes et des bouddhologues ont subit l'influence des guélouks et des théravâdas, école bouddhiste de l'Asie du Sud (Sri Lanka, Birmanie...) qui essaie de se faire passer pour la plus ancienne et la plus fidèle aux enseignements du Bouddha.

Pourtant, le bouddhisme ne se réduit pas à cela. En effet, les autres courants du bouddhisme enseignent que la voie négative est une préparation à la révélation du Réel - notre nature véritable - qui surgit de l'intérieur comme la reconnaissance d'une richesse présente depuis toujours mais qui était voilée par l'ignorance et les passions. Selon cette approche, la voie négative est plus rationnelle, mais elle reste toujours conceptuelle : elle abouti à une idée de tout ce que le réel n'est pas. Elle est une préparation. Ensuite, la voie affirmative pointe le Réel même, notre vraie nature, mais plutôt de manière poétique, que de manière rationnelle.

Mipham, un maître bouddhiste du début du XXe siècle, décrit cette nature non pas seulement en termes négatifs, mais aussi en termes positifs : elle est "identique à l'espace indestructible qui embrasse tout". Elle n'est pas une perception impermanente. En cette "clarté lumineuse qui est l'auto-luminosité de l'inconditionné, tous les phénomènes du samsara et du nirvana sont inclus". Notre vraie nature est la toute-possibilité. Et "elle n'est pas simplement une non-entité", le résultat d'une simple négation. Car les choses et les non-choses résultent de causes et de conditions. Mais cette conscience éternelle ne résulte pas de causes et de conditions. Elle est au contraire la cause et la condition de possibilité de toutes choses. Elle n'est pas vide de substance. Au contraire, elle est la substance de tout, vide de tout défaut, de toute dépendance comme de toute condition. Voilà pourquoi le Soûtra du Nirvâna affirme qu'elle est le "Soi souverain" (aishvaryâtman). Elle transcende toute idée, alors que la vacuité négative, l'absence de substance dans les choses, est une idée, comme l'indique du reste sa construction en sanskrit : shûnya-tâ. Vacui-té. 
Notre vraie nature, ajoute Mipham, est "la nature intrinsèque de la condition immuable". Elle ne change pas. Comme dit Maitreya, elle "est avant comme après, une réalité immuable". Le Soûtra du Nirvâna ajoute qu'elle est "le Soi qui ne se transforme pas (aviparinâmâtman)", le "Soi réel" (satyâtman), immuable (dhruva) et éternel (shâshvata).
Elle est tout simplement notre conscience, "lumineuse et claire par elle-même". Elle est la "conscience qui existe par elle-même" (syavambhûjnâna) et qui ne résulte pas de causes ni de conditions. Elle n'est pas vide d'essence ou d'existence propre. Elle n'est pas une illusion. Au contraire, elle est l'existence propre, l'essence, la nature, la réalité de toute chose. Alors que les choses changent, dit Mipham, ce Bouddha présent en chaque être depuis toujours ne change pas, "comme l'espace". Il est "la clarté lumineuse de l'immensité inconditionnée", sans illusion ni ignorance. Elle est "l'essence inconditionnée du Corps Absolu", "elle ne peut pas être une phénomène conditionné produit par des causes et des conditions". 

La voie négative ne concerne donc que l'irréel, les choses du monde, l'ego. Cette voie est aisée à parcourir : chacun peut comprendre que l'absolu ne peut pas changer, et que, les choses étant changeantes et relatives, elles ne sont pas l'absolu.
Alors que la voie positive suggère le Réel, les phénomènes purs, le Soi. Ce Réel est difficile à comprendre au moyen de raisonnements. Mais facile à ressentir par le cœur, par la foi, l'intuition et à travers une relation vivante avec un enseignement. Comme dit encore Mipham, "ce qu'il faut comprendre, c'est la lumière inconditionnée ; mais cet inconditionné qui n'est qu'un vide (de nature propre) n'est d'aucune aide !"

Tout a une cause.
Le Bouddha n'a pas de cause.

Tout est relatif.
Le Bouddha est l'absolu.

Et l'absolu enveloppe en lui les relatifs, sans les exclure, mais en les optimisant quand on le reconnaît.

Et ainsi de suite. 
Ainsi, tout est inclut dans la reconnaissance de l'absolu ici et maintenant.
Il est au-delà des extrêmes de l'être et du non-être :
Nul ne peut voir la conscience : elle n'est pas quelque chose.
Nul ne peut tomber dans le néant : le néant lui-même n'est rien sans conscience !

Voilà ce qu'explique Mipham, notamment dans sa Trilogie de l'esprit en sa nudité, à la suite de tant d'autres sages, bouddhistes ou autres, qui nous invitent sans relâche au festin de l'éternel émerveillement.

A

jeudi 21 novembre 2013

Le mystère des mystères

Les gens sont attirés par le mystère et le sensationnel. Moi aussi.
Mais à côté des reptiliens, des univers parallèles, du Loch Ness, des mangeurs de lumière, des petits gris, des complots en veux-tu-en-voila, des enfants dingos, des planètes invisibles, des effets kirlians, des chakras, des auras, des aiguilles dans les arpions et des boules de sucre, il y a ça :

Comment une chose (ma tête) peut-elle être transparente ? Comment, à la place d'un objet, peut-il y a avoir cette absence, cette ouverture limpide, ce rien qui accueille tout ? Comment quelque chose peut-il s'absenter pour les autres choses ? Non comme un miroir, qui accueille sans conscience, mais comme vous et moi, comme cet espace, qui accueille en conscience ?

A côté de ce miracle qui viole toutes les lois de l'univers et du bon sens, Lourdes est banale, Amarnath est surfaite, la Mecque est rebattue, le Wu Tai Shan est ennuyeux, Bodhgaya est triviale, le Kailash est insignifiant... On me dit que les pèlerinages connaissent un engouement sans précédent. Mais ça ! Ça ! Ca c'est le pèlerinage de tous les pèlerinages, le sanctuaire des sanctuaires.

A propos de tout ce qui est surnaturel ou sacré, mon hypothèse est qu'il s'agit de manières d'exprimer cette merveille de la vision de soi : rien n'est changé - tout est changé. Comment le dire ? Comment le taire ? Voilà ce qui est mystique.

Les pouvoirs surnaturels, les miracles, les visions, ne sont que des tentatives (souvent malheureuses et incomprises) pour partager ce qui est le plus évident : cette immensité d'absence, ce désert de tout, cette sphère cristalline, lieu de nulle chose et banquet sans fin. Stupéfiant. Jouissif. Bouleversant. Vertigineux. L'alpha et l'oméga des pèlerinages, le pouvoir surnaturel toujours présent, le miracle absolu de la transparence !

Au fait. Ce dessin est d'Ernst Mach. Un physicien (mach 1, mach 2...), philosophe aussi. Comme tout physicien, comme tout humain qui se respecte. Le croquis se trouve à la page 16 de la traduction anglaise de sa Contribution à l'analyse des sensations. Il est reproduit par Karl Pearson dans le très influent Grammar of Science. C'est là que Douglas E. Harding l'a vu. Et c'est là qu'il a vu. Qu'il a vu que personne ne voit, comme, en ce moment, personne ne lit ces lignes. Une absence claire. Une clarté absente. 

Merveille des merveilles !

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