dimanche 21 octobre 2018

Unir la conscience à l'espace


Quand je retourne l'attention vers la source,
"l'esprit regarde l'esprit",
en un silence simple,
une présence nue.

Cela se retrouve dans la tradition tantrique du mystérieux Indien Pha Dampa Sangyé, l’Éveillé Sacré-Père.

Sa disciple tibétaine, la Mère Sans Pareille, chanta :

Comme l'espace vide n'est fait de rien et ne fait rien,
Cet esprit même n'a ni support ni objet ;
Laissez-le reposer dans sa sérénité naturelle
sans fabrication.
...
Lorsque l'esprit observe l'esprit,
les vagues de pensées conceptuelles disparaissent.

Ce qui équivaut à "contempler l'espace" :

Lorsque l'on regarde droit dans l'espace,
Tout autre objet visuel disparaît.
...
Comme l'espace vide
Est dénué de couleur, de formes et d'image,
Ainsi cet esprit même
Est dénué d'image, de couleur et de forme.

(Machik Labdron femme et dakini du Tibet, pp. 92-93)

Ainsi la conscience s'unit à l'espace.
Comme dit un poème attribué à Âryadéva,

Lorsque ton corps et ton esprit demeurent sans artifices,
Une conscience nouvelle s'élève 
qui s'étend aux confins de l'espace vide.

(ib. p. 180)

Selon Âryadéva, la reine des méthodes 
est d'unir la conscience à l'espace.
La conscience et l'espace ne font plus qu'un,
sans forme ni couleurs,
embrassant et imprégnant toutes les formes et les couleurs.
La Mère Sans Pareille appelait cette contemplation
"Ouvrir la porte de l'espace".

jeudi 18 octobre 2018

En soi ou dans le Soi ?



La spiritualité actuelle roule sur une lourde ambiguïté :

les appels à l'amour de "soi m'aime" résonnent partout.

Mais de quel Soi parle-t-on ?

Rare sont les esprits clairs à ce sujet.

On pourrait me répondre que le message des Oupanishads, qui sont la source originelle de l'idée du Soi, sont déjà porteuses de cette ambiguïté.
Mais paradoxalement, répondrai-je, l'ambiguïté s'y trouve exprimé plus clairement, en pleine connaissance de ce qui se joue.

Le Soi (âtman) est la plénitude (brahman). Mais ce centre de soi qui est le centre de tout est transcendant. Intime, il est lointain. Il n'est pas l'ego. On ne peut dire non plus qu'il soit impersonnel, au sens où ce serait une réalité de l'ordre du mécanique, de l'inerte, de l'indifférent. Mais c'est le Loin-Proche, comme dit Marguerite Porète.

Cette ambiguïté est aussi exprimée avec beauté par Outpaladéva :

Seigneur !
Certain errent dans leur moi,
dans un profond mal-être.
D'autres errent dans le Soi,
dans un profond bien-être !
(Hymnes à Shiva, X, 12)

Le paradoxe est évident dans ces deux vers sanskrits, quasi identiques, sauf pour leur conclusion.

Il y a aussi cet autre verset, anonyme, cité dans le Commentaire de la stance 56 de l'Essence de la vérité absolue, par Abhinava Goupta :

L'un dit "Il n'y a que moi !" [="je suis seul !"] :
ainsi cet individu souffre du violent poison de l'angoisse.
Un autre dit : "Il n'y a que moi ! Il n'y a personne d'autre que moi. Ainsi suis-je guéri de tout crainte !"
(Commentaire de Yogarâdja ad 58)

Bien sûr, l'individu renaît de cette mort.
Peu à peu, une autre vie se révèle, dans laquelle la personne devient vraiment unique en se libérant peu à peu des schémas mécaniques. Mais pour que cela soit possible, je crois que la distinction entre moi et Soi doit être claire.

Ainsi donc, la différence entre vie intérieure et nombrilisme est-elle infime.



mardi 16 octobre 2018

Comment faire l'expérience du silence intérieur ?


L'autre jour, je me suis surpris à m'épuiser tout seul...
Comment ?

Par le bavardage intérieur. Vous savez, cette "radio" allumée presque sans interruption, cette course qui nous saoule de mots, de bribes de discours plus ou moins décousu, plus ou moins confus.

Parfois, cela me fatigue tellement, que j'allume une autre radio pour "couvrir" le bruit de la première ! 
Je mets une chanson, j'écoute d'autres voix, ou bien je lis.

Mais la fatigue persiste, car le bavardage sous-jacent ne s'arrête pas. J'ai le sentiment de vivre l'esprit couvert de poussière, fragmenté, parfois à la limite du mal de tête.

Pour me "nettoyer", je peux, par exemple, prend une douche froide. C'est efficace, essayez si vous ne l'avez pas déjà fait.

Mais peut-on se nettoyer autrement ? Que faire quand on n'a pas de douche froide sous la main ? Ou quand on a simplement pas l'envie d'en passer par le choc du froid ?

Il y a une méthode ; ou plutôt des trucs très efficaces pour moi, et que j'aimerais partager avec vous :

Avez-vous remarqué qu'il y a deux façon de lire en silence ?

-La première consiste à énoncer mentalement les mots, à "subvocaliser". Mais cela oblige à ralentir.
-La seconde façon consiste à lire sans répéter les mot dans notre tête. Essayez, c'est étonnement facile et amusant.

Le premier truc consiste à se mettre à l'écoute de ces "subvocalisations" : maintenant, là, arrêtons-nous et écoutons ces paroles mentales. Parfois, nous bougeons même les lèvres, un peu, pour accompagner et aider cette vocalisation mentale.

A présent, nous écoutons. Et nous arrêtons simplement de vocaliser mentalement. Pas besoin de subvocaliser pour comprendre ces mots que vous êtes en train de lire !
Souvent, se mettre à l'écoute des subvocalisations suffit à les faire cesser. Je ressens cela comme un réveil. 

Et alors, il se passe quelque chose de merveilleux : une sensation de silence, même s'il y a du bruit "à l'extérieur". Un silence qui est une coulée de présence fraîche, limpide. Un peu comme une douche froide, vous voyez ? Mais une douche intérieure, invisible, privée, gratuite et toujours accessible.

Ces douches de silence font un bien fou. Pour moi, c'est l'un des aspects de la contemplation, elle-même un aspect de la vie vraie, que j'appelle "vie intérieure" ou "vie philosophique".

Le second truc est le bruit au dehors. Allez dans un endroit bruyant, ou mettez de la musique fort. Mettez-vous à l'écoute de vos subvocalisations. Par contraste, le silence sera encore plus fort ! Pour ma part, je sens toujours comme un soulagement, comme si je lâchais un fardeau. L'effet est vraiment physique. La sensation d'allègement, de planer...mais en clarté, en toute lucidité.

Comme un bâillement, une porte qui s'ouvre, une serrure qui se débloque, une crampe qui s'en va...

Voilà donc le point essentiel : pour faire l'expérience du silence intérieur, il suffit d'écouter le bruit intérieur. Alors, peu à peu, ça s'apaise. 

Une autre clé est de ne pas se juger : après des dizaines années de pratique, c'est toujours ici et maintenant, la même magie. Les habitudes sont ancrées depuis si longtemps... J'aime cette humilité, je la trouve facile, car elle va bien avec le silence. Ils font un joli couple.

Et puis il y a cette sensation d'étonnement. Comme un courant d'air frais sur le visage. A sentir. Subtil, évident.

Et c'est comme sauter. A un moment, il y a peut-être le réflexe de s'accrocher, de mouliner des bras... Peu importe. Juste écouter, à l'affût des subvocalisations. 

Peu à peu, cela devient plus subtil. Des couches de vocalisations plus subtiles se dévoilent. Puis s'arrêtent à leur tout. La bouche et la gorge se détendent. C'est un voyage, l'un des plus beau que je connaisse. Pas un voyage à mesurer. Mais à savourer, curieux et courageux, comme un enfant qui explore.

Et le plus beau, c'est que je peux faire cette expérience profondément reposante sans avoir à sacrifier mon intelligence. Ma pensée s'affine même, elle gagne en force. 

Et quand je dois vocaliser, c'est-à-dire parler, cela est plus clair, le timbre, les inflexions de la voix, sont plus riches et nuancées. Nul besoin de sacrifier l'intelligence à je-ne-sais-quel bonheur débile. C'est un vrai bonheur où je me retrouve entier, intègre, sans amputation, disponible, ouvert, frais.

Essayons. Explorons, maintenant. Vivre sans mots à l’intérieur. Comme des oisillons qui s'élancent. Vertige. Ivresse. Étonnement. Émerveillement.

jeudi 11 octobre 2018

L'Eveil sauve-t-il de la superstition ?

L'Eveil, c'est-à-dire la découverte de la contemplation, est-il une source de connaissance suffisante ?

La contemplation, avec ses deux dimension de silence et de ressenti, suffit-elle comme source de connaissance ?

Nous avons déjà constaté maintes fois que le progrès dans la contemplation ne correspond pas toujours à un progrès moral. De même, l'éveil compris comme découverte importante de "ce qui nous dépasse" ne va pas toujours de pair avec une maturité morale équivalente. 

On pourrait s'attendre à ce que l'intuition de l'unité débouche sur une vie différente, sans égoïsme ni égocentrisme. Mais l'expérience montre que cela ne se passe pas ainsi. De même, les traditions orientales qui inspirent les discours sur l'éveil affirment que l'éveil est une source de connaissance sans limites, y-compris sur le monde. Les éveillés traditionnels sont plus ou moins omniscient et disent des choses sur le monde et son organisation.

Mais que valent ces connaissances ? Méritent-elles même le nom de "connaissance" ?

Prenons par exemple un enseignement célèbre dans la tradition tibétaine du dzogchen : le "Libre des morts", ici dans la belle traduction de Philippe Cornu.

D'abord, nous trouvons des textes magnifiques sur la découverte de la présence nue, avec des descriptions précises et relativement factuelles. Dans ce genre, il y a La Libération naturelle par la vision nue :

Dans cette claire vacuité où les pensées passées se sont évanouies sans trace aucune,
Dans cette fraîcheur où les pensées à venir ne sont pas encore nées,
A l'instant où s'établit le mode naturel sans fabrications,
Voici cette conscience qui, à ce moment, est en elle-même tout ordinaire,
Et dès que vous tournez votre regard nu sur vous-même,
Ce regard qui n'a rien à voir débouche sur la clarté,
La Présence dans son évidence, nue et vive... 
(p. 110)

Voici une description limpide du retournement de l'attention sur elle-même, l'éveil à l'ouverture limpide ici, au dessus des épaules, là où les autres voient une tête :


C'est exactement cela, n'est-ce pas ?

Mais dans ce même Libre des morts, on trouve plus loin un enseignement sur les signes présageant une mort imminente :

Si on défèque lorsque point le soleil,
Et qu'il ne s'élève aucune vapeur des matières,
On appelle cela "la disparition des fumées
Du moine dans les pures cités terrestres",
Et l'on mourra dans neuf jours.

Que de poésie. Et il y en a des pages et des pages dans la même veine. On nous propose également des "remèdes" (p. 334):

Si les excréments ne dégagent aucun vapeur, on se tournera face à l'ouest au moment où le soleil est au plus haut, et l'on inscrira les syllabes des [cinq] éléments sur le crâne d'un cheval. On poussera alors d'innombrables hennissements, autant que l'on pourra, et [la mort] sera repoussée.

Magnifique, n'est-ce pas ?
Des poètes, je vous dis.
Et ce genre de poésie ne se trouve pas que dans le bouddhisme tantrique, mais aussi dans le shivaïsme tantrique, ce qui n'est guère étonnant, attendu que l'un est la source de l'autre. Dans les tantras en général, on trouve souvent des chapitres sur la manière de "tricher avec le Temps", c'est-à-dire avec la mort (kâla-vancana).

Si la vision nue de notre Visage Originel est source d'omniscience, comment expliquer, ici et ailleurs, la coexistence de niveaux de connaissance si différents ? 
En fait, dans les exemples cités plus haut, on ose à peine employer le mot de "connaissance". Il s'agit plutôt de superstition à l'état chimiquement pur. 

La seule conclusion possible est que l'éveil ou la contemplation de notre Vrai Visage, en ses dimensions de silence et, même, de ressenti, ne mène nullement à la connaissance du monde. Et dans "monde", on peut inclure le corps et le cerveau. Voilà pourquoi le tantrisme et même le Vedânta, etc., sont plein de superstitions, à côté de descriptions pointant clairement et directement vers notre Vraie Nature.

Voilà pourquoi, à mon sens une vie intérieure qui ne serait faite que de contemplation (c'est-à-dire de vision de notre nature véritable, Soi, Dieu, etc.) serait incomplète. Cette expérience nue doit être complétée par une réflexion. D'où les deux dimensions nécessaires à une vie intérieure équilibrée : contemplation (=expérience pure, nue, vierge de toute interprétation) et réflexion. Voilà pourquoi la vie intérieure est une existence philosophique, c'est-à-dire amoureuse du Vrai.
A mon avis, c'est faute d'admettre ceci que les individus et les groupes se fourvoient et tombent dans des drames. 
Une voie spirituelle qui promet le bonheur en échange du renoncement à l'esprit critique n'est-elle pas une escroquerie ?

vendredi 5 octobre 2018

Le mystère de l'être dans la tradition des Vîrashaiva


Nous l'avons dit et redit : le shivaïsme du Cachemire s'est diffusé longtemps hors du Cachemire.
Quelques uns de ses bourgeons se voient dans le Joyau de la couronne de la doctrine (Siddhânta-shikhâ-mani), un texte composé vers le XIIIe siècle dans le Sud de l'Inde par un certain Shivayogi, dans la tradition Vîra-shaiva. Cette école shaiva se distingue par son refus du système des castes, son universalisme, sa riche littérature en langue locale (kannâda), son culte du linga de Shiva effectué sur la main, ses tantras propres, et une doctrine éclectique.

Dans le Joyau de la couronne de la doctrine, Shivayogi décrit une élévation de l'âme à travers cent-une stations spirituelles (sthâla). La première est une description de l'âme. Elle est le Soi, au plan le plus intérieur, le Soi de conscience ; or ce Soi intime est Dieu, l'absolu source de tout. Pour décrire l'âme, il faut donc décrire aussi Dieu :

Shiva est absolument un,
il est la force intime,
débordante de conscience et de joie.
Il est sans hésitation, sans forme,
sans état et sans évolution.
Parce qu'il semble affecté par 
un aveuglement sans commencement,
on le nomme "âme".
Il devient alors dieu, homme ou animal,
selon les genres [d'âme].
Ce magicien, seigneur absolu, les guide,
présent en leur cœur. (V, 33-35)

Le commentateur, un certain Maritonda du XVIe siècle, précise que le Soi est "débordant de conscience et de joie, c'est-à-dire qu'il est Lumière absolument libre", libre d'assumer n'importe quelle forme. Ainsi la Mâyâ, l'illusion de la dualité, l'aveuglement, est reconnue comme une mystérieuse liberté de "se prendre pour", pouvoir propre à la conscience. L'illusion de ne voir que la dualité et d'oublier l'unité est aveuglement. L'aveuglement est identification, l'identification est conscience, la conscience est liberté ; et cette liberté est le plus grand pouvoir de ce mystère qu'est l'être. C'est la Shakti, l'énergie, le monde, la conscience. C'est la présence intime, reconnue par chacun comme étant "je" : cette libre Lumière étant évidente et toujours présente comme lumière en laquelle se révèle toute chose, elle est "immédiatement vue par tout le monde en tant qu'elle n'est pas affectée par le moment et le lieu : elle est le "je" intime, directement présent."

Ce Soi intime, évident, n'est donc autre que l'Immense, l'absolu, le mystère de l'être révélé ici et maintenant au cœur de chacun. "Dieu" et l'âme sont deux façons de désigner la même entité. Dieu est l'original ; l'âme est le reflet. La personne est donc l'Immense qui s'incarne pour faire l'expérience du monde à travers les trois états de veille, de rêve et de sommeil profond, avec ses états d'équilibre, d'agitation et d'inertie.

Mais comment l'Un peut-il ainsi se multiplier ?
Parce que l'Un est doué de conscience. La conscience, c'est-à-dire le pouvoir de "se prendre pour" et donc de "s'identifier à" n'est pas étrangère à l'Être. Il en va comme de la mer et des vagues. Ils sont inséparables :

L'Energie présente en l'Immense
est éternelle.
Elle consiste en trois états [d'équilibre, d'agitation et d'inertie].
Quand son [équilibre] est rompu, elle [semble] surgir en [l'Immense], on la dit alors "triple". (V, 39)

Le commentateur, ici encore, fonde son explication sur la doctrine du shivaïsme du Cachemire : "L'Energie est présente en l'Immense" signifie qu'il n'y a aucune contradiction entre la dualité et l'unité. Cette énergie inhérente à l'être est vimarsha-shakti, le pouvoir de "se prendre pour" que chacun peut observer. Le commentateur, fidèle à la philosophie tantrique de la Reconnaissance, ajoute que, sans ce pouvoir d'identification qui comporte certes une part d'aveuglement, l'Être serait comme un miroir ou un cristal transparent : il serait inerte, insensible, mort, inanimé, sans vie, comme une pierre. 
La conscience est à la fois manifestation de l'unité et de la dualité, sachant qu'elle ne fait que se prendre pour ce qu'elle a toujours été potentiellement : une infinité de personnes et de mondes. Elle contient tout cela, "comme l’œuf du paon" ou comme la graine contient l'arbre. 
La vie est réalisation de soi, actualisation d'un potentiel infini. Le commentateur cite même une belle stance du Poème pour la reconnaissance du Maître en soi (Îshvara-pratyabhijnâ-kârikâ) d'Outpala Déva :

Dieu, qui est la conscience elle-même,
manifeste à l'extérieur
ce qui est à l'intérieur,
comme un yogi,
sans matériau,
manifeste une myriade de choses.
(V, 39)

"A l'intérieur", ici, ne signifie pas que les choses apparaissent "dans" la conscience comme des nuages dans l'espace, mais bien plutôt que les choses sont conscience, Lumière, Être. Cela répond à la question de savoir ce que devient cette tasse de thé, par exemple, quand je ne la perçois pas. Elle est alors présente, en réalité, mais de manière indifférenciée de moi, de la Lumière, de l'Être. Tout est toujours présent, mais de manière indifférenciée de moi ; "moi" ici ne désignant ni le corps, ni l'esprit, mais la Lumière, l'Être. 
Percevoir cette tasse, là, "devant moi", revient à la percevoir face à "mon" corps. Comment ? Tout est moi, l'être infini que je suis.  Percevoir cette tasse, de manière différenciée, c'est donc me percevoir moi-même comme tasse. Comment ? En excluant tout le reste, en mettant de côté ma plénitude, à la manière d'un sculpteur qui élimine la matière de la pierre pour en faire ressortir une forme particulière. 

"Comme un yogi" : comme quelqu'un qui pratique la magie d'hypnose et fait apparaître devant son publique une scène qui semble réelle. Notez que l'Être ne crée pas à la manière d'un rêve, ni à partir d'habitudes passées (karma, inconscient), ni à partir d'atomes. Non, il crée directement, en se réalisant lui-même comme monde. Toute expérience est une expérience de soi, entendu comme Être. 
Evidemment, quand je vois cette tasse, ça n'est pas moi, Untel, qui me vois moi-même. Sans doute je projette des habitudes individuelles sur cette tasse ; mais la perception, c'est-à-dire l'existence de cette tasse, est perception de l'Immense par soi. 
Et c'est dans un second temps, à l'intérieur de cette création universelle, que chaque individu "crée" son monde privé. Il n'y a donc aucune confusion entre la création universelle et la création individuelle, cette dernière étant très limitée et soumise aux lois de la création universelle. 
Il n'y a donc pas, ici, l'idée New Age selon laquelle l'individu "crée" le monde. L'idée des pouvoirs surnaturels (siddhi) existe bien sûr dans le tantrisme en général, mais la Reconnaissance est ambivalente sur ce point. Je vous renvoie aux Hymnes à Shiva d'Outpala déva parus récemment.
Par contre, chaque personne peut se reconnaître comme cette conscience universelle qui est à la source de tout. C'est la reconnaissance libératrice, source de paix, de joie et surtout d'émerveillement.
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