mardi 19 mars 2019

Worship


What is worship ?

ānandayoga eva hṛdayapūjā yathoktaṃ trikatantrasāre :

ānandaprasaraḥ pūjā tāṃ trikoṇe prakalpayet |
puṣpadhūpādigandhaistu svahṛtsaṃtoṣakāriṇīm ||

Worship of the Heart is the yoga of bliss, as revealed in the Essence of the Trinity Tantra :

"Worship is the flow of bliss.
One will adore Her in the Triangle, 
She who is the source of satisfaction within one's heart, 
with the perfume of flowers, incense and what not."

Abhinava Gupta, Parâtrîshikâvivarana

A quoi reconnaît-on le vrai selon la Reconnaissance ?

Attention ! Attention ! Attention !
Ceci est "intellectuel"




Selon la philosophie de la Reconnaissance, je suis déjà ce que je désire : un être omniscient et omniprésent. Et je le perçois, j'en ai l'expérience en un sens, car c'est que je suis. C'est aussi l'étoffe de tout ce qui est. 
Mais tant que je n'ai pas reconnu ces pouvoirs, je ne jouis pas pleinement de ce que je suis, mais seulement de manière très incomplète. Tant que je m'identifie à un être limité, mon expérience est limitée.

Mais à quoi reconnait-on le vrai ? 

Il y a trois sources de connaissance :

1) - d'abord la connaissance directe, l'intuition, pratyaksha. Je ne traduis pas par "perception", mais plutôt par "intuition", un terme adéquat car il désigne, en son acception première, une connaissance directe. En outre, "perception" laisse croire que l'expérience directe est seulement sensorielle, alors qu'il peut aussi s'agir de l'expérience directe d'un rêve, d'une image "mentale", d'un souvenir, ou des impressions les plus subtiles et les plus privées. Il existe aussi l'intuition yogique, dont la télépathie fait partie. L'intuition, comprise donc comme connaissance directe, sans intermédiaire, immédiate, est la connaissance première, la source de toutes les autres sources de connaissance. C'est la connaissance la plus forte.
2) - ensuite il y a la connaissance dérivée (anumâna) de la connaissance directe ou intuition. Cette connaissance dérivée est principalement l'inférence, du type : "je vois de la fumée sur cette colline, donc il y a du feu". Il s'agit des différentes formes de raisonnement (induction, déduction, supposition, etc.). On traduit aussi anumâna par "inférence". A quoi sert l'inférence ? A compléter l'intuition. En gros, le raisonnement intervient quand la perception est limitée, comme dans l'exemple de la fumée et du feu. Cependant, cette connaissance est seconde, au sens où elle dérive toujours de la connaissance directe, de l'intuition. En ce sens, toute connaissance est empirique, dérivée de l'expérience brute ou appuyée sur elle. Cette connaissance se fait par concepts (vikalpa) : elle forme un objet en excluant ses supposés contraires. La notion de vache est formée en excluant tout ce qui est "non-vache". L'intuition, en revanche, n'exclut rien, même si son contenu est limité. Dans toute connaissance (ou cognition, "acte de connaître"), il y a un premier instant d'intuition/perception brut, donné, non manipulé, non associé au mot, sans concepts. Cette connaissance ne peut donc être fausse, car elle n'oppose pas une chose à une autre, elle ne compare pas, ne juge pas. Puis, dans un second instant, cette intuition est manipulée, analysée, découpée, comparée à d'autres, complétée : c'est la connaissance dérivée, l'inférence ou raisonnement. Cette connaissance manipule le donné du premier instant, est conditionné par le langage. Et, comme il s'agit d'ajouter une représentation ("ceci est un arbre") à une autre (l'intuition, la perception brute de l'arbre), l'erreur est possible. De cette façon, si je vois double ("deux lunes", par exemple), la vision de la lune double n'est pas fausse en elle-même, car elle se présente sans se comparer à autre chose. En revanche, la représentation "Oh ! Il y a deux lunes dans le ciel !" est fausse, car elle interprète le donné intuitif de manière erronée, en prenant un phénomène purement subjectif, privé, pour une réalité objective et publique ou "partagée", disons. Dès lors, nous voyons clairement s'esquisser une opposition entre connaissance brute, directe, intuitive, et connaissance dérivée, manipulée, interprétée, discursive ("associée au discours"). L'absolu se situe plutôt du côté de l'intuition. Le raisonnement (qui comprend à peu près toutes les connaissance dicibles) est du côté du relatif, du conventionnel, de l'échange verbal, vyavahâra et donc de l'erreur. Mais cette vision est en fait celle du bouddhisme, dont la Reconnaissance s'inspire, en s'en distinguant toutefois de façon radicale. Selon la Reconnaissance, il n'y a pas de différence de nature entre intuition et raison, entre l'intuitif et le discursif, entre percept et concept, etc. Bien plutôt, ces deux formes de connaissance sont deux moments ou deux phases d'un même acte de connaître. Il n'y a, entre intuition et raison, ou interprétation, que des différences de degrés. En d'autres termes, tout ce qui est dans la connaissance rationnelle ou inférentielle est déjà présent dans la connaissance intuitive, "brute". Le raisonnement n'est que le développement ou l'explication de ce qui est déjà dans l'intuition. Cette théorie de la connaissance est le pendant de la théorie de la causation appelée "théorie de la préexistence de l'effet dans sa cause", selon quoi la poule est déjà présente dans l’œuf, mais à l'état indifférencié. Créer quelque chose ou causer un effet, c'est simplement manifester clairement et dans une certaine distinction ce qui est déjà présent subtilement et sans différenciation. Plus profondément, causer ou créer, c'est se manifester soi-même en soi-même comme extérieur à soi-même. De même, connaître, c'est se connaître de façon plus ou moins distincte. Selon la Reconnaissance, il n'y a pas de différence réelle entre exister, connaître et créer : ce sont différentes manières de parler du même acte, c'est-à-dire de l'acte conscience, de la réalisation de soi. Au fond, tout - création, perception, raisonnement, etc. - est acte de réalisation de soi, car il n'y a rien en dehors de soi, en dehors de la conscience. Donc l'intuition est simplement une réalisation de soi moins différenciée que le raisonnement. Mais c'est le même processus. Par conséquent, l'intuition contient déjà les raisonnements. Dans le "percept pur" pour reprendre un jargon à la mode, contient déjà tous les concepts. Il n'y a donc pas de différences essentielle entre percept et concept. Il n'y a donc pas lieu de les opposer autre mesure. Souligner au contraire l'opposition est le propre du bouddhisme, qui conclut que tous les concepts sont faux. Cette thèse, reprise aujourd'hui par tous, n'est PAS celle de la Reconnaissance. Ceux qui prêchent la glorification du percept en répétant que le concept n'est que mensonge, n'enseignent pas la philosophie de la Reconnaissance. Soient ils l'ignorent, soit ils mentent. Toute l'originalité de la Reconnaissance tient dans cette vision toute en continuité entre des formes d'expérience que le commun des mortels oppose. L'attention portée à l'intuition nous fait reconnaître sa richesse. Les êtres "riches en attention" discernent les concepts subtils déjà présents dans l'intuition la plus brute, la moins différenciée. Cette présence de l'idée au cœur de l'intelligence intuitive est un pont possible entre la Reconnaissance et le néoplatonisme, pont qui, à ma connaissance, n'a jamais été exploré. La Reconnaissance ne partage certes pas la thèse d'un monde des archétypes inspiré d'un modèle mathématique. Néanmoins, il y a bien, dans la Reconnaissance, la thèse de la présence, dans la conscience indifférenciée, des idées différenciées ou, du moins, de leur germes. Ces archétypes sont, en un sens, symbolisées, entre autres, par les lettres de l'alphabet sanskrit. Ainsi, les douze voyelles du sanskrit représentent une sorte de gamme des idées préexistantes dans la conscience universelles. C'est aussi pour cette raison que la Reconnaissance affirme que la pure conscience indifférenciée est Parole. Indifférenciée, oui, mais parole quand même. Il y a un langage d'avant les mots, un langage subtil entre pure conscience pareille à une mer d'huile et langage incarné dans des mots. Et même la pure conscience pareille à une mer d'huile est Parole, car elle est frémissante, ébulliante pour ainsi dire. La mer n'est jamais dépourvue de vague, de mouvement. La conscience n'est jamais sans se réaliser. toute conscience est conscience de soi. S'il est juste d'admettre que "toute conscience de...", alors il faut ajouter que toute conscience est conscience de soi. Cette conscience pure est aussi pleine. Car la conscience, c'est la subjectivité, c'est le pouvoir de dire "je". Or le pouvoir de dire "je" se déploie en relation à ce qui est intérieur à soi. Le "je suis" n'est pas une lumière abstraite ou un simple symbole vague, mais le fait que les choses existent dans la conscience, et non l'inverse. L'ego ou la subjectivité limitée est limitée car elle ne voit que les sensations ou les pensées à l'intérieur de soi, s'y identifiant du même coup. La subjectivité en sa plénitude est pleine car elle réalise que tout existe en elle, tout est "mon corps", ma chair, mon incarnation. Et cette réalisation est félicité, car elle est une sortie de soi en soi-même, une extase, un mouvement et un repos, une assurance et une aventure, bref une vibration. Et donc, les concepts ne sont pas faux. En outre, ils ne sont pas faux car ils sont utiles et efficaces dans la vie quotidienne. Si les concepts ne sont que des erreurs, comment expliquer leur efficacité ? Car le propre d'une erreur, c'est d'être inefficace et de ne pas manifester son objet : l'illusion du serpent projeté sur la corde "cache" la corde, sans quoi elle ne serait pas une erreur. Mais les concepts sont connaissance, même les bouddhistes l'admettent. Donc ce ne sont pas des erreurs. D'ailleurs, les bouddhistes admettent que même un concept, en tant que j'en ai une connaissance directe, n'est pas faux. Même l'illusion "Ah, il y a un serpent !" n'est pas fausse en elle-même, mais seulement en tant qu'elle se rapporte à autre chose, à savoir à la corde. Pour la Reconnaissance, toute cognition est vraie en elle-même. C'est seulement en relation à d'autres cognition qu'elle se vérifie ou se falsifie, qu'elle "devient" vraie ou fausse. Tant que je rêve, comment puis-je savoir que je rêve ? Il faut nécessairement une référence, un "point" de comparaison. Le véritable critère du vrai est donc la cohérence. Une connaissance est valide dans la mesure où elle est en harmonie avec d'autres connaissances. C'est vrai aussi bien pour les intuitions que pour les raisonnement. C'est aussi la base du langage (la syntaxe) et de l'art (l'harmonie). Et c'est également vraie dans le domaine spirituel : l'éveil est une compréhension, c'est-à-dire la reconnaissance d'une plus vaste cohérence. Il y a, en ce sens, des degrés d'éveil possibles. La réalisation spirituelle totale est la cohérence totale, l'harmonie des contraires, la totalité vivante. Elle inclut jusqu'à l'exclusion elle-même comme l'un de ses moments. J'emploie volontairement un vocabulaire hégélien, non parce que je verrais en Hegel un pendant européen de la Reconnaissance, mais parce que je vois dans cette congruence l'influence des source néoplatoniciennes de Hegel, et par là une confirmation des affinités profondes entre la Reconnaissance et les grands systèmes néoplatoniciens, à commencer par celui de Proclus. Ainsi, rien n'est exclu, tout est cohérent, sans nier le mystère. 
Mais, demandera-t-on, il y a là le défaut d'un cercle logique, car nous avons employé le critère de la cohérence pour choisir la cohérence comme critère du vrai. Oui, mais un tel cercle est inévitable dans un idéalisme. C'est le problème de la recherche du critère du vrai mis en évidence par Platon. Pour reconnaître la vérité, il faut déjà la connaître... Mais selon la Reconnaissance, ça n'est pas un problème, car justement, il s'agit non pas de connaître, c'est-à-dire d'acquérir des informations nouvelles, mais de reconnaître que que l'on sait déjà confusément. Réminiscence de l'inné, dirait Socrate, et non gain venu de l'extérieur.
3) - ce qui nous conduit naturellement à la troisième connaissance. Quand l'intuition, même complétée par la raison, ne suffit plus, nous faisons appel au "témoignage valide", digne de confiance (âpta, shruti, âgama, etc.). Si mon intuition de l'espace et mes déductions ne suffisent pas à être sûr de la direction à prendre, je m'arrête et je demande. Si possible à quelqu'un qui parait digne de confiance. C'est le rôle de la Tradition. AU-delà des limites de l'intuition et de la raison, la tradition me permet d'envisager des possibilité inouïes, des évidences oubliées. Grâce à l'Autre, je sors de mes schémas, de mes habitudes. la conscience peut retrouver sa souplesse. Bien sûr, en faisant ce choix je prend un risque. Comment savoir que ce témoignage est digne de confiance ? Là encore, la Reconnaissance répond que tout témoignage est une révélation de la connaissance totale. Les religions et même les savoirs profanes sont des fragments de la Tradition Primordiale, si j'ose dire. Et cette Tradition, je sais qu'elle est vraie, car, en son fond, elle n'est autre que la conscience, même confuse, que j'ai de moi-même en tant que conscience universelle. La Tradition n'est pas seulement un corpus de savoirs et de savoirs-faire. Elle est surtout l'instinct du vrai (prasiddhi, pratibhâ), qui existe bien car je suis conscience universelle, atemporelle, omniprésente, omnisciente et omnicréante. L'écoute d'une tradition est encore réalisation de soi, reconnaissance de soi, réminiscence. La découverte d'un texte réveilleur est retrouvaille de ce que j'ai toujours su intuitivement. c'est ainsi que la tradition, en son tréfonds, rejoint l'intuition prise en sa racine. En ce sens, le critère du vrai est l'évidence : une connaissance connue par soi. Pourquoi donner crédit à tel témoignage alors que mes sens et ma raison sont limités ? Pourquoi tel témoignage plutôt que tel autre ? Parce que j'ai, en moi, un critère de discernement. J'ai une boussole et, en vérité, je suis cette boussole. 

Voila comment, en bref, le vrai, l'intuition, la raison, le langage, la tradition, l'évidence, les chemins et le but, et ainsi de suite, sont différentes facettes de l'unique diamant de l'Âme, de la réalisation totale, de la reconnaissance.


jeudi 14 mars 2019

La fascination de l'Être

Ramana et le chien éveillé Jackie


Se délivrer de la fascination pour les choses
semble difficile, voire surhumain.
Pourtant, nous sommes animés par un désir de l'Être.
Tout désir est désir de Dieu.
Une vague s'élève de l'océan : où retourne t-elle, si ce n'est en la masse océane ?
L'âme, l'ego, le mental, peut se laisser séduire par le divin.

Ramana en parle. Dans un Entretien, il admet que la "plongée en soi" (âtma-vicâra, mârgana) peut être comparée à une forme d'hypnose :

Question : un enchaînement de pensées ou de questions [du genre "Qui suis-je ?"] peut-il induire une auto-hypnose ? Ne faut-il pas le réduire en un seul point qui analyse ce qui ne peut l'être, le "je" insaisissable, vaguement perçu et fondamental ? [question mal formulée ou traduite, mais c'est la réponse de Ramana qui est intéressante]

Ramana : - Oui. C'est vraiment comme regarder dans le vide [vacancy] ou dans un cristal étincelant ou une lumière.

(Talks, éd 1996, p. 27)

Il précise plus loin que cette hypnose est plutôt de l'ordre du ressenti (feeling) que du discours intérieur. Dans son propre récit d'éveil, il dit d'ailleurs que sa "plongée dans le Soi" s'est passée presque sans aucun discours intérieur - c'est une plongée intuitive ou presque. 

Ainsi, la fameuse question "Qui suis-je ?" n'est pas une question qui invite à un développement raisonné, mais un doigt qui pointe vers la lune du Soi. Si je suis agité, qui est agité ? Si je suis distrait, qui est distrait ? Si "je n'y arrive pas", qui n'y arrive pas ? Et ainsi de suite. Il est vrai que, parfois, Ramana se lançait dans des développements en réponse à "Qui suis-je ?", comme du reste il le fit dans son oeuvre intitulée justement Qui suis-je ? Une partie de ces développements sont empruntés au vocabulaire de l'Advaita Vedânta, une voie d'éveil par l'intellect. 

Mais en réalité, il me parait clair que, quand on considère l'ensemble de son enseignement, Ramana ne propose pas une démarche védântique, une progression raisonnée vers le Soi en suivant la méthode du Vedânta, mais il conseille plutôt une "plongée" directe, intuitive, dans la sensation d'être, dans le ressenti "je suis je", comme il dit, jusqu'à parfaite stabilisation. C'est une voie de méditation, de destruction progressive du mental, c'est-à-dire des "habitudes" (vâsanâ), du moins de celles qui sont extraverties et qui distraient le Soi de lui-même, qui font glisser du "je suis je" au "je suis ceci, cela". 

Ramana employait volontiers le mot sanskrit mârgana pour désigner cette plongée intuitive vers le centre de soi. Le terme vicâra est plus connu, mais je suis à peu près certain qu'il est plus étranger à ce que Ramana voulait dire. Il l'a emprunté à Swâmî Nishcâldâs, auteur d'un best-seller védântique au XIXe siècle, qui a été l'une des sources d’inspiration principale du "jeune" Ramana. Mârgana désigne une recherche, une investigation, mais aussi une requête, l'acte de mendier, de supplier, de solliciter. Le "Qui suis-je ?" est donc une résorption de l'ego dans le Soi, du faux Moi dans le vrai Moi. On est très loin du Vedânta, mais très proche de l'oraison chrétienne "de silence et de repos". Même vicâra ne signifie pas seulement "réflexion rationnelle" ou "examen systématique", mais aussi "observation", renvoyant ainsi à quelque chose de moins discursif et de plus intuitif. Du reste, le maître cachemirien Abhinava Goupta l'emploie parfois dans ce sens d'observation directe, intuitive. Le "Qui suis-je ?" est donc un acte de retournement de l'attention, ou disons de reflux, de toutes les énergies du corps et de l'esprit vers leur Source commune. A mon avis, cette Source est ce que j'appelle la vibration du cœur ou le ressenti viscéral.

Pratiquer le "Qui suis-je ?", c'est donc s'ouvrir au désir le plus profond qui nous anime : le désir de l'Être, celui qui a poussé le jeune Ramana à plonger en lui-même un jour de 1895, puis à quitter sa famille pour rejoindre "son Père". 

Je mets en ce moment la dernière main à une traduction commentée des œuvres sanskrites de Ramana. C'est une délectation de pouvoir "plonger" au plus près de sa pensée, souvent déformée, tronquée ou comprise de travers, alors qu'elle est claire et précise.


Ramana et la vache éveillée Lakshmî

mercredi 13 mars 2019

Stage à Marseille et conférence


Week-end d’étude
du Vijnâna Bhairava
tantra

SHIVALAYA – MARSEILLE
23 - 24 mars 2019

À la rencontre du 
Trésor des Yoginîs : 
découverte et pratique
des jeux d'éveil du 
Vijnâna Bhairava Tantra 

Animé par David DUBOIS

Nous avons le pressentiment que toute expérience
est une Porte vers la liberté. Nous savons aussi
que toute approche spirituelle comporte une part
de vérité. Mais ces approches sont bien souvent
exclusives... Et comment goûter le Sacré dans les
expériences amères ou dans la banalité du
quotidien ? Comme vivre chaque moment comme
une occasion d'émerveillement ? Or il y a, en Inde,
une collection unique d'instructions d'éveil et de
méditation, un trésor de tous les yogas, nommé
Vijnâna Bhairava Tantra ou Tantra de
l'expérience directe, de la reconnaissance de la
Source en nous. Libre de toute doctrine exclusive,
cet enseignement unique, issu d'une tradition
vivante et généreuse, réconcilie la spiritualité et
l'agitation : rien n'est exclu.
Durant ce weekend, nous explorerons cet esprit
de liberté à travers des jeux d'éveil, à travers le
corps, le souffle, les émotions, les imprévus, la
douleur, les handicaps, le plaisir... Dans cette
approche libre et inclusive, tous les obstacles se
dévoilent comme Portes vers l'essentiel. Le seul
obstacle est le manque d'audace.

David Dubois est philosophe et traducteur du
sanskrit. Amoureux du Tantra du Cachemire
depuis l'adolescence, il partage ses trésors dans
un esprit de liberté. Il a publié une vingtaine de
livres et anime un blog depuis douze ans.

Inscription et info : cabauemmanuelle@gmail.com

Et un petit livre pour aller plus loin

60 expériences de vie intérieure, éditions Almora

Quels sont les points importants de la pratique de la méditation ?

les deux ailes de l'oiseau-philosophe (Mongolie)

Il n'y a pas de vie intérieure ou philosophique sans maîtrise de l'attention. Dans un monde livré à "l'économie de l'attention", l'exercice de l'attention est plus que jamais nécessaire.

Cet exercice est la méditation.

Quels sont les points les plus importants de la méditation ?


  1. Varier l'intensité de l'attention, alterner entre phases intenses et phases de relâchement. Tension et détente, une clé : il ne s'agit pas de rester tendu jusqu'au dégoût, ni de dormir. 
  2. Pratiquer souvent, mais pas longtemps.
  3. Ne pas réduire la méditation à une posture ou un environnement. Méditer partout, tout le temps, varier les positions, les regards, les mouvements. C'est important pour assouplir l'attention.
  4. Avoir un objet d'attention clair, même si cela peut être un champ sensoriel, de l'eau qui coule ou le silence intérieur.
  5. Concentrer parfois l'attention sur un point, pendant quelques secondes. Très efficace. Ne pas hésiter à changer d'objet d'attention.
  6. La méditation idéale est l'attention retournée vers sa source. Mais, si cela paraît difficile, même si l'on a un siècle d'expérience et de pratique, il faut revenir à un objet plus clair pendant un moment.
  7. L'immobilité du corps est une pratique simple, accessible.
  8. L'immobilité du regard est une pratique puissante. Il y a deux possibilités : fixer un point, ou poser l'attention sur le pourtour du champs visuel.
  9. L'attention à la sensation globale du corps est une pratique très abordable, accessible à chaque instant de l'état de veille. Mettre l'accent sur la disparition des sensations dans l'espace, comme si le corps tactile était une torche enflammée.
  10. Si l'attention à la sensation globale du corps semble trop vague, on peut poser l'attention sur une zone de tension (le ventre par exemple), de détente (les mains posées, par exemple) ou de plaisir (la colonne vertébrale, par exemple).
  11. L'attention se fatigue vite : il faut une pratique simple, ce qui n'empêche de pouvoir varier les objets et les intensités.
  12. La respiration est un autre objet très accessible : l'expiration pour mettre l'accent sur la détente et remédier à l'agitation ; l'inspiration pour mettre l'accent sur l'énergie et remédier à la torpeur.
Voilà dix conseils qui me paraissent praticables. Ils permettent de pratiquer en toutes circonstances et de faire de grands progrès. La pratique a lieu dès qu'on y pense. 

Remarquez que je ne parle pas de séance ni de lieu "dédié à la pratique", etc. Pourquoi ? Parce qu'il faut commencer la pratique de la méditation par... la pratique de la méditation. Aller de l'intérieur vers l'extérieur. Être le moins dépendant possible. Il existe d’innombrables sortes de pratique de la méditation, mais elles sont toutes des pratiques de l'attention. C'est l'attention qui est au cœur de la pratique. Le reste est secondaire. Ne dépendre que de l'attention, laquelle commande le reste. Plus la pratique est souple et simple, plus nous aurons de chance de persévérer sur la durée. Sans longue durée, il n'y a pas de résultat durables.

Une fois ce cadre posé, on peut plonger dans le silence du cœur, qui est la méditation véritable, si j'ose dire. Un versant négatif : le silence intérieur. Et un versant positif : la vibration du cœur. Voyez les autres articles de ce blog pour plus de détails sur ce sujet. Les conseils proposés ci-dessus restent toujours valables : ils accompagnent la méditation essentielle.

Enfin, l'expérience seule restera toujours décevante sans un cadre qui lui donne sens. 

Ce cadre, c'est que je suis conscience et que tout est conscience, dans la conscience, par la conscience. 

C'est, disons, l'aspect plus réflexif de la vie intérieure ou philosophique. Seule cette conjonction d'expérience et de réflexion est libératrice et rend possible une évolution équilibrée. Le silence et l'expérience de la plénitude, seules, ne permettent pas d'être vraiment libre. Il est vrai que les concepts, seuls, sont creux. Mais l'expérience, en elle-même, est aveugle. Elle peut comporter un pressentiment, une intuition, mais il faut bien y réfléchir pour interpréter cette intuition, même si l'on ne peut bien sûr pas être instantanément certain de tout. Par exemple, le ressenti de la vibration du cœur comporte l'intuition d'une unité, d'une valeur et d'une finalité bonne. Mais cela ne nous donne pas les détails de ce qui se passe après la mort, ni ce qu'il faut faire dans telle situation. Pour cela, il faut d'autres expériences et de la réflexion sur l'intuition. C'est comme si l'on recevait un message elliptique, un oracle si vous préférez, que l'on devait ensuite déchiffrer. Et puis il reste encore à penser aux implications morales (les relations, l'éducation, la mort...), politiques (l'organisation, l'identité, l’environnement....), économiques (la nourriture, l'énergie...) et autres, de cette intuition. Donc la pensée est incontournable, même si elle est éclairée par autre chose.

Voilà les points importants de la pratique de la méditation.

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