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mardi 18 décembre 2018

Rien hors conscience - pas même rien !


Quand on pratique la méditation, il existe mille impasses.
On peut chercher l'antidote pour chaque problème.. 
Mais il existe une panacée.

Le maître tibétain Longchenpa l'explique :

"Mais il y a une façon extraordinaire de remédier aux défauts de la méditation : reconnaître notre conscience...
Quand on a un problème, il faut chercher où est ce problème, et qui il gène. 
Quand on ne trouve rien, 
on reste dans un état de lucidité et de fraîcheur,
une conscience spacieuse et nue.
Tous les problèmes s'évanouissent 
dans la clarté de la conscience....
Car tout ce qui se manifeste, tout ce qui arrive,
tout défaut comme toute qualité,
sont le déploiement de la conscience,
rien d'autre.
Quand on se sent bien,
c'est une manifestation de la conscienhce.
Quand on se sent mal,
c'est une manifestation de la conscience.
Quand on est malade, 
c'est la conscience.
Quand on est joyeux, 
c'est la conscience.
EN dehors de la conscience,
il n'y a rien du tout.
Si l'on peut comprendre ce point crucial,
on sera vraiment heureux.
C'est comme ça que j'ai moi-même
éliminé tous les problèmes,
et je suis vraiment heureux !"

(Finding Rest in Meditation, III, p. 105)

La conscience n'est pas ici la conscience morale 
ou la représentation que l'on a de soi, de tel autre personnes, etc.
La conscience (cit, vidyâ) est simplement la lumière 
en laquelle tout apparaît et tout disparaît,
instant après instant.
C'est par elle que nous sommes "à l'image et ressemblance" 
du divin.

vendredi 27 février 2015

Voie progressive ou directe ?

Ciel ou nuages ? Quel est le critère ?


Dans ce passage, le maître bouddhiste Longchenpa discute de la métaphore de l'espace. Sur l'espace, voir par exemple ici, ici, ici, ici, ici et . A travers elle, l'enjeu est de savoir si notre vraie nature est le produit de causes et de conditions, ou bien si elle est inconditionnée et non-duelle :

"Il n'y a rien à ajouter, rien à ôter de l'essence de la conscience. Elle est donc au-delà des causes et des effets, au-delà de tout effort comme de tout perfectionnement..."

Longchenpa est clair : le point-clé de la vie intérieure est la reconnaissance de la conscience par la conscience, "notre vrai visage", par-delà tout ce qui change ou peut changer. La conscience est éternelle, parfaite et pure par nature. Il suffit qu'elle s'éveille à elle-même. Il cite Le Roi créateur de toute chose qui dit : "L'esprit [=le mental] laborieux est sans rapport avec ce qui est éternel/ce qui est depuis toujours".

Le passage qui s'ensuit est très intéressant, car Longchenpa y différencie son approche, celle de la Grande Perfection (dzogchen), de celle du bouddhisme Madhyamaka :

"D'un côté [selon le Madhyamaka] certains affirment que la causalité est assurément la source de l'existence des choses. par exemple, la plante vient de la graine. Mais ces gens [les partisans du Madhyamaka] affirment en même temps que l'esprit est pareil à l'espace [, lequel n'est pas le produit de causes et de conditions] ! Ces deux métaphores suggèrent que l'état de Bouddha (...) est produit par un processus à la fois conditionné et inconditionné... En raison de cette contradiction, l'opportunité d'atteindre l'état de Bouddha sans délai fait défaut dans ces voies [du bouddhisme ordinaire, telles que le Madhyamaka]. Pourquoi ? (...) Parce que l'idée que ce qui est par essence sans confusion puisse être atteint par ce qui est confusion est radicalement contradictoire !"

Le fini ne peut atteindre l'infini. 
On ne peut fabriquer l'espace
Mais alors, pourquoi parler d'espace ? Pourquoi cette contradiction ?

Longchenpa poursuit :

"Tout le monde s'accorde pour dire que l'esprit est comme l'espace. Dès lors, une métaphore causale [telle que celle de la graine et de la plante] est absurde et inadmissible, parce qu'une telle métaphore contredit ce que l'on veut dire ! Si l'essence de l'esprit est spontanément présente [ou établie par elle-même, intrinsèquement, svayam-siddha], alors cela contredit l'idée qu'elle serait produite par des causes et des conditions. Il y a donc une contradiction interne entre cette affirmation [selon laquelle l'essence de l'esprit est produite par des causes et des conditions, interdépendante et donc vide d'existence propre], et d'autres déclarations faites dans les textes de la voie ordinaire [=le Madhyamaka, les sûtras de la Prajnâpâramitâ], selon quoi elle est inconditionné/incréée et spontanément présente/existante par elle-même. (...) Puisque l'essence de l'esprit de pureté [=autre nom pour l'essence de l'esprit, notre vraie nature] n'est pas créée par quelque chose, mais qu'elle existe par elle-même sans transformation ni changement, il est impossible de la chercher à travers des causes et des conditions. Elle est comme l'espace !"

Source, pp. 182-183

Ainsi le bouddhisme ordinaire, avec le Madhyamaka prâsangika comme apogée, est-il fondé sur une contradiction. Double langage qui est à l'origine de controverses interminables sur l'éveil "progressif" ou "direct". On retrouve ce problème dans bien d'autres traditions spirituelles.

Soit on affirme clairement que la voie est progressive, causale, à l'image de la graine qui devient plante. Mais alors, comment passer du conditionné à l'inconditionné ? Dans cette approche, le "basculement" restera toujours un mystère. Et les chercheurs risquent de rester des chercheurs ad vitam perpetuam.

Soit on affirme clairement que la voie consiste à reconnaître une fois pour toute notre essence éternelle, étrangère à toute causalité, inconditionnée comme l'espace. Mais alors comment rendre compte des défauts de l'individu, de son égoïsme qui semble démentir sa compréhension ? On a l'impression que le droit est à chaque instant réfuté par les faits...

Soit on essaie d'articuler les deux, mais ce n'est pas facile. Comment ?
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