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jeudi 24 septembre 2020

Au-delà des chakras


 

Les chakras sont étagés sur le canal central, l'axe du corps.

Mais ils ne sont pas toujours six ou sept. Les traditions les plus anciennes comptent moins de chakras et ignorent le "lotus à mille pétales".

La pratique la plus courante autour des chakras est celle de l'élévation de l'énergie, le plus souvent en faisant vibrer un Mantra. C'est l'énonciation/élévation du Mantra, mantra-uccâra.

Voici un texte de la tradition de la Déesse Kubjikâ qui décrit cette élévation en seize étapes, au lieu des douze plus courantes, texte édité et publié par Mark Diczkowsky dans son monumental Manthanabhairavatantram, vol. 1, p. 417 (Yogakhanda (1) 55, 17-25a). Ce passage s'intitule "Soûtra de la libération à la fin des seize".


1) Le chakra du "lac" ou du "réservoir" d'énergie vitale (mûlâdhâra), rouge vif et habité par l'âme voyageuse (hamsa), claire comme mille lunes. En-dessous de ce chakra, il peut aussi y avoir la "l’extrémité des douze", à environ vingt centimètres sous la zone génitale, donc hors du corps grossier. C'est la contrepartie symétrique de l'extrémité située en haut. Le corps entier et ses chakras se déploient entre ces deux "lotus", le centre étant le Coeur.

2) Le chakra de l'auto-sacrement, svâdhishthâna, brillant comme la braise et habité par l'âme, riche comme l'ambroisie.

(ici se situe souvent le "bulbe" (kanda), équivalent du hara et souvent origine de tous les canaux)

3) Le chakra plein de joyaux (manipûraka), éclatant comme le soleil, habtité par le vide multicolore.

4) Le chakra du son spontané, rouge et blanc (car ici s'unissent Shiva et Shakti), habité par le coeur de la Yoginî, bleu marine, blanc et rouge. C'est le chakra primordial.

5) Le chakra de la transparence, blanc comme du mercure en fusion, habité par la syllabe impérissable.

6) Le chakra du commandement, de la grâce, de l'énergie transmise par la lignée. C'est un point de lumière habité par le germe de la grâce, rouge vive.

7) Le chakra du point, sur le front, habité par les seize phases de la Lune.

8) Puis la demi-Lune, faite de pure lumière, cette lumière qui illumine tout.

9) Puis le son spontané, esquisse du son "a", vision limpide.

10) Puis le son pur, ligne verticale, vibrante.

11) Puis la Fin du son, immobile, qui n'est déjà plus tout à fait dans le temps, comme un cristal frappé par le soleil.

12) Puis la Puissance, en forme de triangle, en chemin vers le subtil, plus subtil que le subtil, brillante comme des millions d'étoiles.

13) Puis l'Omniprésente, pluie de nectar qui infuse tout.

14) L’Égale, extase créatrice. Son nom peut aussi se comprendre comme sa-manâ "douée de mental". 

15) La Transmentale, ultime, subtile, immobile, toujours présente.

16) Enfin, le Vide : "que l'on ne pense à rien", dit le Dieu. Une fois l'esprit vidé, c'est l'extinction, le nirvâna. 

Il y a donc neuf plans subtils au-delà des six chakras. Le Dieu nous dit ici qu'il faut "aller au-delà des six". La liberté est dans le Vide "au-delà des neufs". 

"Celui qui sait cela est une seigneur des yogîs. Les autres ne font que citer les livres. Une fois qu'il a atteint cet état à la fois vide et plein, le yogî est délivré".


lundi 3 août 2020

Vijnana Bhaitava Tantra 28 29 30 The Rising of Vital Breath


Une exposition sur l'histoire du yoga à Washington

The Experience of the Rising of the Vital Breath : 


āmūlāt kiraṇābhāsāṃ sūkṣmāt sūkṣmatarātmikam |
cintayet tāṃ dviṣaṭkānte śyāmyantīm bhairavodayaḥ || 28 ||
"From the Root, shining (like) the sun,
more and more subtle,
one shall visualise her : at the End of the Twelve,
she becomes peaceful and the Divine (clearly) arises."


udgacchantīṃ taḍitrūpām praticakraṃ kramāt kramam |
ūrdhvaṃ muṣṭitrayaṃ yāvat tāvad ante mahodayaḥ || 29 ||
"Going upward, like lightning,
through each wheel in due order,
upto three fists (above the top of the head),
at the end of which, the infinite manifests (clearly)."


kramadvādaśakaṃ samyag dvādaśākṣarabheditam |
sthūlasūkṣmaparasthityā muktvā muktvāntataḥ śivaḥ || 30 ||
"One should (speak) the twelve syllables
in due order along the twelve (wheels),
through (their) gross, subtle and supreme state,
leaving (each one in turn) : at the end, (one becomes) divine (again)."



dimanche 23 octobre 2011

Le banquet des yoginîs


Suite du Tantra de la danse de Kâlî.

Les douze yoginīs du banquet

Après les deux premier groupes de yoginîs - celles de la Gnose et celle des Mantras - cet arcane-ci est d'une profondeur insondable, ces sont les douze yoginīs qui sont présentes dans tous les phénomènes, tout en étant présentes au cœur du royaume du phénomène de la conscience. Elles sont conscience. Elles correspondent aux facultés sensorielles et aux souffles. Elles forment le grand banquet (melāpa) ou s'harmonisent les énergies dans l'égale saveur de tous les phénomènes (sāmarasya). D'où la traduction de melāpa par intégration, unification. Ce sont - ou plutôt, elle est -, car il ne s'agit toujours que d'une seule et même Déesse :

La suprême yoginī, essence de conscience
Est présente entre les deux oreilles.
Elle est présente au banquet
Comme conscience ultime du son.

Elle est dans la peau de tous les êtres
En cet univers vivant et inerte.
Elle est présente au banquet
Comme conscience ultime du toucher.

Celle qui illumine le soleil et la lune
Est présente au coeur des yeux.
Elle est présente au banquet
Comme conscience ultime de la forme.

Elle est l'artiste qui goûte au centre (de la langue),
Entourée des trente-deux siddhas.
Elle est présente au banquet
Comme conscience ultime de la saveur.

Elle se délecte des opposés
Distingués par les deux narines.
Elle est présente au banquet
Comme conscience ultime de l'odeur.

Elle est (Parole) Suprême, puis Voyante,
Puis Médiane et Articulée.
Elle est présente au banquet
Comme conscience ultime de ce qui est dit.

Elle  a le corps d'un serpent a cinq faces
Et s'occupe exclusivement de tout dévorer.
Elle est présente au banquet
Comme conscience ultime de l'appropriation.

Présente à la fin des seize (rayons),
Elle est la fin de tout et le mouvement des pieds.
Elle est présente au banquet
Comme conscience ultime du rejet.

Installée dans le souffle inspiré,
Elle repose, tranquille, à la fin des douze (largeurs de doigts).
Elle est présente au banquet
Comme conscience ultime de l'excrétion.

Au cœur de l'organe génital,
Elle est toujours prête à faire s'écouler la semence.
Elle est présente au banquet
Comme conscience ultime de la félicité.

L'artiste qu'est la pensée
Est au cœur du doute et de la certitude.
Elle est présente au banquet
Comme conscience ultime de la cogitation.

Elle est l'éveilleuse originelle,
Ivre de soi et de toute chose.
Elle est présente au banquet
Comme conscience ultime de la perception (2, 84a-96a)

Les huit Puissances

Ensuite, la Déesse révèle le cercle des huit yoginīs qui ont atteint l'Espace par la voie de la Puissance (śakti).

Cette condition suprême de Bhairavī
Monte à travers les douze roues.
Par ce chemin, cette splendeur
En forme de Puissance atteint l'espace.

La conscience suprême s'élance à l'intérieur,
Sise au centre de la nuque et du palais.
Par ce chemin, cette splendeur
En forme de Puissance atteint l'espace.

Elle a l'éclat d'un trait (de lumière), toujours présente dans la ligne droite[1],
Au cœur de la passion.
Par ce chemin, cette splendeur
En forme de Puissance atteint l'espace.

Elle est l'artiste qui (s'élance) vers le bas,
Considérée comme pure, qui divague en tous les corps.
Par ce chemin, cette splendeur
En forme de Puissance atteint l'espace.

En forme de graine d'euphorbe[2],
Cette grande passionnée est l'essence du charme de la passion.
Par ce chemin, cette splendeur
En forme de Puissance atteint l'espace.

Vers le bas, elle est le son "rrr",
Partout ardent à boire.
Par ce chemin, cette splendeur
En forme de Puissance atteint l'espace.

A la fin des jours lunaires[3], engagée sur le chemin,
Elle parcourt le chemin ascendant.
Par ce chemin, cette splendeur
En forme de Puissance atteint l'espace.

A la fois sans pensée et en train de penser,
Elle est l'artiste suprême, elle est Śiva.
Par ce chemin, cette splendeur
En forme de Puissance atteint l'espace (2, 101-112).

Les quatre yoginīs de Śiva


Ces quatre et ultimes yoginīs sont inséparables de l'absence de pensée (unmanatā). Ce sont quatre vagues de conscience qui dévorent le temps et tous les phénomènes.

La première vague  est l'état naturel, la conscience absolue qui dévore toute chose.

La seconde est une félicité qui est une absence de félicité.

La troisième ... est en rapport avec les instants et les heures du jours (?).

La quatrième surpasse tout, elle aime dévorer, c'est-à-dire "prendre conscience de" (2, 118-121)

Toutes ces déesses doivent absolument être honorées avec les substances des héros, imprégné de la conduite non-duelle des héros, la pratique secrète. Grâce à cette Roue des yoginīs, on obtient de planer dans l'espace de la conscience. Ces furies ardentes à tout dévorer doivent par tous les moyens être adorées. Mais on doit les garder secrètes, comme notre propre vie, pour les protéger, que ce soit contre les voleurs ou même les gens riches. Quand on obtient ces noms sacrés de la bouche du maître, la maîtrise de la Roue n'est plus loin. Il faut donc satisfaire le maître. Quand il est heureux, les yoginīs le sont aussi (2, 122-fin).

"Tel est le second chapitre nommé "L'incarnation de la majesté des yoginīs" dans le sublime Tantra qui révèle le sens véritable de la danse de Kālī, Tantra révélé[4] par le Protecteur sacré depuis de sanctuaire du Nord".


[1] Cette ligne est le canal du centre, suṣumnā.
[2] Kharaṇḍa-aṇḍa : peut-être une graine ou le fruit de cette plante indienne, employé en médecine : ricinus communis. Ce serait son nom en langue Garo, une ethnie de l'Assam. Sa forme, rouge écarlate, ressemble à un genre de chardon avec des piquants.
[3] Tithi : je suppose qu'il s'agit du sommet du canal central, la "Fin des seize" (ṣodaśā-kalā).
[4] Avatārita : le Protecteur l'a fait "descendre", de même que les yoginīs "descendent" de l'Espace de la conscience. Pensée, souvenirs, images, etc. sont la cristallisation de cet espace. Le Tantra (car il n'y a qu'un seul Livre Infini dont chaque tantra est comme un fragment) descend lui aussi, s'incarne peu à peu pour atteindre les êtres profanes mais qui aspirent au Retour.

mardi 6 avril 2010

Hymne à la Grande complétude

Déesse du panthéon de la déesse Kubjikâ, cours du palais de Pattan



Mark Dyckowski vient de publier ce qui est sans doute l'œuvre de sa vie : une édition critique, avec traduction, introduction et notes, d'un tiers du Tantra en 24 000 versets, dit de Bhairava-le-Baratteur (Manthāna-Bhairava), texte essentiel de la tradition de la déesse Kubjikā. Ce système est l'un des plus élaborés de l'Âge d'Or de l'Inde. Né sans doute dans la région de Goa, il ne survit aujourd'hui qu'au Népal. Avec 14 volumes et plus de 5000 pages, ce travail est un véritable trésor du tantrisme non dualiste. Il n'a pas la sophistication du tantrisme du Cachemire, mais il intègre ses deux principales traditions (Trika et Krama), dans des textes portés par un grand souffle visionnaire.

Voici un petit hymne à cette tradition du Kaula, de la totalité achevée[1]. Notez les ressemblances avec le dzogchen.

Hymne tiré du Tantra en 24 000 verset

Je célèbre le Kaula[2], qui est adoré par la Famille[3] :

Sans taches, lumineux,

Pur, sans bavardage[4], omniprésent,

Affranchi des (extrêmes) de l'être et du non-être. 1

Je célèbre le Kaula, qui est toujours présent,

Sans nature propre (niḥsvabhāva)[5] ni maître,

Affranchi du (dilemme entre) ce qui est juste[6] et ce qui ne l'est pas,

Sans lien ni délivrance. 2

Je célèbre le Kaula transcendant et immanent,

Non dualité qui imprègne tout, permanente,

Qui n'a ni commencement, ni milieu, ni fin,

Nature de pure conscience. 3

Je célèbre le Kaula subtil et sans point de référence,

Parfaite pureté libre de limites comme de l'absence de limites,

Sans émanation ni résorption. 4

Je célèbre le Kaula à la fois multiple et au delà de (tout) dénombrement,

Ininterrompu, libre des sensations tactiles et des sons,

Sans rien à adopter ni à rejeter, 5

Libre à la fois du "il y a" et du "il n'y a pas",

Grande totalité[7] sans nom,

Libéré des (contraintes) de la récitation (de mantras) et du culte,

Sans visualisation ni concentration. 6

Je célèbre le Kaula sans violence[8],

Délivré du (besoin) d'énoncer le mantra[9],

Délivré du (dieu) en neuf parties[10],

Subtil, qui fait éclore le sujet et l'objet[11]. 7

Je célèbre le Kaula insondable[12]

Délivré de la (nécessité) de se concentrer sur les roues (du corps subtil)[13],

Qui n'est pas un agent,

Mais qui transmet (le Commandement)[14]

et finit par éveiller à ce qui dépasse (tout) progrès. 8

Là où il n'y a plus (de différence entre) initié et initiateur[15],

Voilà ce qu'on appelle le Grand Kaula. 9


[1] Le texte est édité dans le vol. 2, pp. 292-293, n. 3 et 1. Il s'agit du Yogakahaṇḍa, recension 1, chap. IV, 20cd-24ab.

[2] Difficile de traduire, ou même de gloser, ce terme si connoté. Il désigne la famille, son héritage, ses membres, les yoginīs, la lignée des maîtres, le corps, le souffle, l'univers, la conscience. Le fait que tous ces registres se correspondent est le Kaula, extase créatrice dans laquelle tous les opposés coexistent. On pourrait gloser par "totalité parfaite".

[3] La Famille des yoginīs, des adeptes, des initiés, des maîtres, de l'univers et des énergies du corps de l'initié.

[4] Niṣprapañca : "sans prolifération discursive". Terme particulièrement bouddhiste.

[5] Idée soi-disant propre au bouddhisme, mais assez courante dans les tantras śivaïtes non dualistes. Tout le texte témoigne d'ailleurs d'une influence bouddhiste.

[6] Dharma.

[7] Mahākaula.

[8] anāmaya : "sans maladie", indigestion. On pourrait peut-être dire "sans effets secondaires" ?

[9] mantroccāra, à la différence de japa, désigne l'énoncé d'un mantra important, comme hūm par exemple, avec ses différentes étapes de plus en plus subtiles, jusqu'à l'énergie Non-mentale (unmanī), célébrée partout dans ce tantra.

[10] Navātman : une forme de Bhairava-Śiva au centre du système mantrique de Kubjikā . Il s'agit de hkṣmlvryūm, prononcé "hakshamalavarayoûme". Il est constitué (ātmā) de neuf (nava) phonèmes (varṇa), d'où son nom.

[11] Ou peut-être doit-on comprendre qu'il est l'expansion (vikāsa) de l'esprit (citta) et des ses objets (cetya) vers l'état de conscience dilatée, c'est-à-dire pure ?

[12] Litt. "qui n'est pas dans le pré (cara) des vaches (go)". Si on prend go dans son sens de "parole", cela veut dire : "ineffable".

[13] Les fameux cakra. A noter que ce tantra, est, avec la Śrīvidyā, la source principale du système à sept cakras popularisé en Occident. Dans la Trika et ailleurs, il y a d'autres systèmes.

[14] Le Commandement (ājñā) est l'Ordre du Seigneur, sa semence, son élan vital. Dans le système de Kubjikā, ce terme est pris comme synonyme de la Grâce (anugraha) salvatrice. C'est elle qui est transmise par l'initiation kaula. Ce terme de commandement est typique du vocabulaire fortement théiste du śivaïsme et constitue l'un des leitmotivs du Śivapurāṇa.

[15] Litt. "entre celui qui perce et celui qui est percé" ou pénétré. Le terme vedha appartient notamment au registre de l'alchimie. A un moment donné, le mercure est pénétré ou percé. C'est également un terme spécial de l'initiation kaula : ici plus que dans tout autre initiation, le maître est censé pénétrer dans le corps subtil de l'impétrant pour susciter la destruction des liens et la manifestation de la Puissance de Rudra, possession qui se manifeste par des tremblements, des cris, des larmes, etc.

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