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vendredi 22 août 2025

La triple Kundalinî



 Asseyez-vous bien droit, comme si vous étiez suspendu à un fil.


Quand vous ne faites pas attention du tout à votre respiration,

c'est Shakti Kundalinî, l'énergie endormie, à l'état potentiel.


Maintenant, savourez le va et vient de l'air dans les narines, l'expansion et la contraction du ventre :

c'est Prâna Kundalinî, l'énergie d'incarnation.


Et à présent, goûtez la fin de chaque expir, quand il ne reste plus rien :

c'est Parâ Kundalinî, l'énergie de transcendance.

dimanche 7 mai 2023

Pourquoi le corps ?


Aujourd'hui, je sens la vie couler dans mes veines. A d'autres moments, je me sens abattu, voire dans la peine.

Or, il en ressort différentes philosophies. 

Quand je me sens plein de force, je suis enclin au Tantra. Je dis oui aux instincts, oui à la vie. Tout est réel, tout manifeste la vérité, tout proclame l'élan primordial. J'ai alors envie de tout, je me sens généreux. Je me fous du bonheur, de la paix, de l'équilibre, de la "santé" même. Ce ressenti me rend généreux, au point que la mort et la souffrance ne sont rien, englouties comme paille dans un feu de canicule.

Quand je me sens abattu, je ne crois plus en rien, je me sens enclin à voir du mensonge en tout et j'ai envie de tout condamner au nom d'une "pure conscience" très abstraite. Un désir de paix s'empare de moi, qui n'est au fond qu'un élan destructeur. Je me réfugie dans la non-dualité, dans l'impersonnel, dans les écrans, dans le virtuel, dans les jeux, dans les séries, peu importe, pourvu que je fuis et que je puisse détester cette vie qui semble me quitter.

Il y a donc comme une bipolarité. Une "polarisation", comme on dit.

Cependant, vous observerez autre chose :

dans les deux états, malgré les différentes visions et valeurs qui en ressortent, j'ai "envie". Envie de créer, envie de détruire. Mais envie. En vie. Quoi qu'il arrive, en effet, la vie continue. L'élan demeure, indestructible, quelque soient ses effets. 

Je ne peux refuser la vie. Si je la refuse, elle me détruit. Concrètement : si je déteste mes instinct, mes instincts me détestent. La vie semble alors se retourner contre elle-même. L'intelligence devient "le mental", le goût du sang devient obsession moralisante qui s'exprime, par exemple, dans des choix alimentaires extrêmes qui m'affaiblissent. Les maladies "auto-immunes" prolifèrent. La fécondité baisse. L'identité, la famille, le clan, l'ethnie, la hiérarchie (et donc les autres !) deviennent des ennemis. Et ceux qui ne souffrent pas ce poison sont jugés immoraux, barbares. Ceux qui ne veulent pas mourir sont jugés ennemis, à supprimer, à oublier. La vie entre en guerre contre la vie. C'est tout cela ce que nous voyons dans le monde aujourd'hui, et spécialement dans la "Vieille Europe". Bien sûr, il y a des îlots de résistance, de tous les bords politiques, du reste.

Bref, ce qui nous a permis d'arriver jusqu'à ce point de progrès, est désormais rejeté. Et toute cette puissance vitale qui nous a permis de survivre et de bien vivre, est détesté, condamné à longueur de vidéos, de pubs, de discours "spirituels", de séries, de films et de livres (pour ce qu'il en reste). 

Mais si nous laissons nos instincts s'exprimer, l'humanité n'ira-t-elle pas à sa perte ? Peut-être. Mais faire la guerre à la vie ne nous permettra pas de continuer à vivre.

Alors, que faire ? Existe-t-il une troisième voie ?

Oui. La voie de la sublimation. De la transmutation du plomb en or. La voie de l'alchimie a toujours été la voie. La voie de la transformation du corps. Ni expression chaotique, ni répression (au nom du progrès, de l'"éthique", des "victimes", de la "bienveillance", etc.), mais œuvre. Opéra. 

Cette œuvre, cette voie opérative, le Tantra la nomme vritti. "Opération". Plus précisément sâhasa-vritti : l'œuvre audacieuse. Le courage d'essayer la synthèse. Répétée, encore et encore, reprise et perfectionné. 

Or, cela passe par le corps. La culture du corps. Mais une vraie culture, intégrale. Un corps qui pense. Une pensée incarnée. Une philosophie intégrale. Une philosophie en marche. Non une philosophie de l'esprit pur et éthéré. Une philosophie de l'esprit incarné. Et de ce qui va avec. L'environnement, le climat, la lumière, le paysage. 

Voilà donc pourquoi je suis optimiste : je vois dans le soucis actuel du corps un regain de santé, de générosité, de grandeur d'âme. Être magnanime, c'est aussi danser, respirer. Je pense avec mon corps, en parlant, en marchant, en transpirant. Voilà aussi pourquoi le Tantra propose des actes. Chanter, faire vibrer le corps, l'immerger dans l'eau, le mettre face à un feu, le faire respirer, manger, boire, copuler. Qu'est-ce qui rend le corps plus fort ? Capable de plus ? 

Mais attention : cette expansion continue sans fin ! La vie brûle jusque dans la vieillesse. Jusque dans l'agonie, jusque dans les saines larmes. Et jusque dans le sommeil profond, dans le vide, le sommeil. Car il existe un sommeil sain, bien sur. De sages siestes. 

Le point est : grandit, croît, brûle, explose. Tremble, mais tremble d'extase. Vis. La Kundalini, c'est la vie. La vie qui coule. Ni une quête absurde d'une vie idéale, ni un puritanisme nourri par la haine de la vie. Notre état naturel. Svastho bhavatu : Demeure dans l'état naturel, et tu oubliera le "bonheur" et toutes ces idées déprimantes, culpabilisantes. 

Plus : le but n'est pas la paix, mais l'harmonisation des forces en guerre. Et même plus que cela, mais pour le sentir, point besoin d'autre mots. Bref, en toutes choses : l'appétit, l'élan, la soif. Certains veulent l'éteindre dans un monde lisse, impersonnel. La rage égalitarisme a sa logique, qui conduit au néant. J'y vois un moment dans le cycle. Car cette énergie pervertie est un aspect de la totalité du mouvement qui est la vie.

Et cette totalité, cet élan absolu qui est la vie, je la ressens. Et alors, l'excitation est célébration. Le repos est admiration. Voilà l'éveil de la kundalini, et non pas une retraite anticipée. La méditation est bouillonnement, éveil au frémissement, guérison. Le vide n'est pas pour le vide. Le vide est pour le plein. Le rien est rien pour les choses. Shiva sans Shakti n'est qu'un cadavre indigne même d'une sépulture. Être canal, se faire vitrail, pour toutes les vagues. 

Le Tantra ne prône pas d'idolâtrer la vie. Mais de brûler avec élégance. Amor tutti.

dimanche 5 février 2023

Parole endormie, parole éveillée


 

En Inde, comme en Europe et dans toutes les cultures que je connais, la parole a valeur d'âme. Sans elle, le néant même ne saurait être dit, il ne peut pas même être "néant". Sa propre impuissance n'est impuissante que par la puissance de la parole.

En Inde, la parole est à la source des termes qui désignent l'absolu.

Âtmâ est d'abord le souffle, lequel fait corps avec la parole.

Brahman, l'absolu, désigne d'abord une formule, souvent une énigme, une équation entre macro et microcosme.

Akshara, l'Impérissable, désigne la syllabe ou plutôt le phonème, manifestation de la parole.

Nâda "la Résonance" est d'abord le signe graphique qui indique la résonance nasale, de même que bindu, "le Point". De même, visarga, l'extase créatrice, union de Shiva et Shakti, est d'abord le signe, fait de deux points, qui indique une légère expiration du souffle.

Le Tantra se nomme lui-même "voie du Mantra". Dans le Veda, le mantra désigne le verset poétique : encore une parole. Parole et pensée sont inséparables.

La parole est créatrice. "Je suis" est l'acte primordial. A est la première lettre ; HA est la dernière. Ainsi, l'être et la conscience d'être s'unissent et, par leur union, engendrent toutes choses. Ils s'unissent dans le Point M : AHAM, "Je suis".

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Cependant, il existe plusieurs états de la parole. Il y a la parole agitée, claire aux sens mais limitée par les conventions : la parole articulée. En amont, cette parole discursive est parole visionnaire, globale, source de la parole poétique, puissante. L'action corporelle est aussi parole : elle en est le prolongement dans le monde commun. 

La parole profane est endormie, elle est la Kundalinî inachevée. Parfaite en puissance, mais actuellement inaboutie, enroulée en elle-même. L'enroulement de la spirale est l'image du potentiel, d'un état endormi. Notre Kundalinî, notre conscience, notre parole, est éveillée, sans quoi il n'y aurait aucune expérience. Mais elle est partiellement éveillée seulement. A mi-chemin entre le néant et l'éveil, elle attend son propre réveil. 

La parole éveillée est poésie, parole efficace, parole qui s'élance du bruissement par-delà les mots, vers le frémissement au-delà du langage. Elle passe par les lettres, mais ne s'y arrête pas, sauf pour les rêves tourmentés que sont nos existences ordinaires. La vie passe par le corps et retourne à la vie, sans s'arrêter au corps.

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Le souffle expiré est la parole qui donne. Le souffle inspiré est la parole qui reprend. Entre les deux, le souffle égal est la parole qui équilibre. 

Cependant, comme le sommeil profond, ce souffle égal n'est pas l'éveil. De même, le sommeil profond, sans rêves, est bien unité pure. Mais l'unité pure n'est pas l'éveil. L'expérience de l'unité pure sans aucune différence n'est pas l'éveil

L'éveil est quand la conscience s'éveille à elle-même dans ce silence homogène du sommeil profond, ou dans l'agitation du rêve. Le souffle devient alors vertical. Un feu prend, une étoile s'allume dans la nuit. Il consume tout avant d'engendrer une nouvelle création, celle de la vie éveillée. Le vide se met à vibrer : Je suis. 

Le sommeil profond n'est qu'un état que la conscience, absolue liberté, joue à manifester. L'éveil n'est pas l'unité pure du sommeil profond. Certes, il n'y a pas plus "un" que le sommeil profond, ou l'évanouissement, ou le coma, ou la mort. Mais l'éveil n'est pas cet état indifférencié. 

L'éveil est la conscience qui se reconnaît, comme quand je me réveille d'un rêve, comme quand je reconnais mon visage, comme quand je sens soudain ma main en train de sentir les gouttes de la pluie. Or, nulle reconnaissance n'est possible sans parole. Donc l'éveil lui-même est manifestation de la parole. L'éveil n'est pas un état d'unité simple, mais un acte de retour sur soi, de ressenti de soi, de ressaisissement de soi, de réflexion, de... conscience, de soi. Je suis.

Tel est, du moins, l'enseignement du Veda et du Tantra.

lundi 26 décembre 2022

Les éveils de la Koundalinî

La Koundalinî... 

Un mystère à démystifier ?

Un secret à réserver aux initiés ?

Un je-ne-sais-quoi qui est la vie ?

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Weekend à  Paris, près de Notre-Dame.

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mardi 26 avril 2022

Les signes de l'éveil


On me demande souvent s'il y a des signes pour être sûr que notre conscience s'est bien "éveillée". Notez que je ne parle pas ici des effets, mais des signes intimes.

D'abord, mettons-nous d'accord sur ce que l'on entend par "éveil". Ce mot est une métaphore : comme quand on se réveille, on a l'impression qu'un voile de torpeur se soulève. On a, littéralement cette fois, une perception plus claire, plus vive, même au niveau sensoriel, notamment à cause du silence intérieur plus net qui se fait. On peut comparer cela à un bruit qui cesse soudain. En même temps que le soulagement, il y a une sensation de pureté, de netteté, de légèreté, à la fois physique et mentale, comme si l'on s'était dépêtré d'un lien, d'un poids, d'un filet. Cette sensation ne peut être confondue avec aucune autre. Cependant, cette expérience peut passer si elle n'est pas comprise ni mise en contexte. 

Les signes, c'est-à-dire les effets immédiats, peuvent être repérés sur trois plans : corporel, mental et spirituel.

Les signes corporels ou énergétiques sont les moins fiables. La tradition tantrique en distingue parfois cinq sortes : plaisir, vertige, tremblement, sensation de "saut" et ivresse. Leur description varie. Ils sont mis en correspondance avec les chakras, entre autres. Mais Abhinavagupta, l'une des plus précieuses références en la matière, précise bien que ces signes sont aléatoires. Il ne s'agit pas de les repousser, mais s'y attacher revient à se mettre dans une impasse, car ces signes sont par nature passagers. Ils peuvent certes revenir, mais ils ne peuvent s'installer de façon permanente. S'ils le faisaient, la vie quotidienne deviendrait impossible. Le piège consiste à s'y attacher et à essayer de les produire volontairement. La voie spirituelle est, à l'inverse, une voie d'abandon.

Le signes mentaux sont le silence et la certitude. Cette dernière, appelée aussi "compréhension intellectuelle", comporte de nombreuses... incompréhensions. Cette certitude, en effet, n'est pas parfaite et ne peut l'être, car l'intelligence est nécessairement limitée, ainsi que le langage. Il y a des indices, des preuves partielles, et donc une certitude qui n'est pas négligeable. Mais il n'y a pas de certitude absolue. Le degré de clarté atteint en mathématiques ne peut pas être atteint dans le domaine intérieur et en ce qui concerne l'absolu. Par exemple, il y a des indices que "tout est conscience". Mais cela reste une hypothèse et un panneau indicateur d'une expérience qui dépasse cette représentation. Autrement dit, l'intellect aide à stabiliser, mais il n'est pas la stabilité. De plus, l'éveil peut se traduire par des questions, des certitudes questionnantes, un sens de l'émerveillement, plutôt que par des certitudes en forme de système complet et définitif. L'éveil est une certitude qui fait douter, ou disons qui remet les choses à leur place. L'éveil ne peut être formulé dans un ensemble d'opinions, du genre "tout est conscience", "il n'y a personne", "le libre-arbitre n'existe pas", même si ces opinions ne se valent pas entre elles. Ces dogmes sont des essais plus ou moins maladroits pour exprimer une expérience, ou plutôt une intuition.

Les signes spirituels sont les plus importants. Il s'agit d'une sensation au niveau du cœur, ressentie comme vivant au centre de soi, comme si l'on avait découvert un autre être à l'intérieur de notre être, un être de joie et de sens. Ce sens dépasse les capacité du langage ordinaire, mais il est ressenti avec un degré d'intimité sans égal. C'est cette présence qui fait qu'il n'y a pas de "retour en arrière", bien que les états du corps et de l'esprit peuvent et doivent évoluer. C'est une certitude, mais ressentie et de l'ordre de l'affect. C'est une connaissance intuitive qui dépasse toute formulation et qui, en plus, nourrit le corps et l'esprit. Une sorte de foi, mais sans que l'on puisse dire parfaitement en quoi on met cette foi. Plus on s'exprime, plus on entre dans les interprétations, avec des hypothèses de moins en moins certaines, des expériences, de plus en plus éphémères, ce qui nous ramène aux signes physiques et mentaux. Ce signe spirituel, on peut aussi l'appeler "je suis". Il n'est pas dans le corps, mais il peut être ressenti dans le corps, comme un écho profond et puissant. Tel est le signe principal.

Toutefois, ces signes ne sont pas la fin de la vie intérieure. Ils sont au contraire le début d'une nouvelle vie. "Je suis" est un appel. Je suis libre d'y répondre ou non, même si je ne pourrai jamais vraiment revenir en arrière. L'éveil est comme le réveil d'un rêve : c'est le début d'une vie nouvelle, qui est aussi une relation et une nouvelle manière d'entrer en relation, une nouvelle manière d'être.

C'est à ce moment que se situent les effets de l'éveil, ses conséquences : nouvelle manière de vivre le corps, les pensées, l'imagination, la mémoire, les évènements de la vie, et surtout les autres. Ce qui inclut les humains, mais aussi tous les êtres conscients.

Voilà, en bref, quels sont les signes de l'éveil. Je dis ça, je ne dis rien.

vendredi 31 décembre 2021

Kundalinî

 


Ce terme sanskrit désigne la conscience. Comme tout est conscience, tout est kundalinî. 

Mais, selon le contexte, kundalinî, "celle qui a la forme d'une boucle", désigne la Parole, la Vie, l'énergie vitale, bref toutes les formes de puissances vitales.

Ce terme est employé dès les tantras les plus anciens, comme la Nishvâsasamhitâ (Vè siècle ?) :

yā sā kuṇḍalinī proktā mayā pūrvamudāhṛtā |

nipatanti tridhābhūtā prakṛtiḥ sā parā parā || jnânakânda, 13, 60 ||

"Cette Kundalinî, je l'ai déjà employée comme exemple :

elle est la Nature suprême, absolument transcendante..."

Je ne comprends pas la totalité de ce verset, mais il y est bien question de la Kundalinî.

Parmi les mentions anciennes, il y a aussi ce verset du Kâlottara, un tantra ancien et riche en enseignements sur le yoga, verset qui est souvent cité :

candrāgniravisaṃyuktā ādyā kuṇḍalinī tu yā |

hṛtpradeśe tu sā jñeyā aṃkurākāravat sthitā ||

"La Kundalinî primordiale,

jointe à la lune, au feu et au soleil,

est située dans le cœur,

telle une jeune pousse."

On trouve des enseignements très détaillés sur la Kundalinî dans l'exégèse shâkta du Cachemire, avec une Kundalinî "inférieure", "supérieure", "suprême", "puissante", "du souffle", etc. On trouvera plus de détails dans le Secret de la kundalinî de Lakshman Raina, que j'ai traduit et publié, ainsi que dans le Pratyabhijnâhridaya, traduit et publié sous le titre Au cœur des tantras, aux éditions des Deux Océans.

C'est surtout dans la tradition ésotérique Kaula que le mot Kundalinî est employé, pour désigner l'énergie divine en sa présence incarnée. La Kundalinî est alors la conscience "endormie" dans le corps, dans les croyances (vikalpa) et les peurs (shankâ) qui, selon cette tradition, forme les structures sociales. Le but de la pratique est de se libérer de ce carcan pour revenir à une conscience fluide et vivante.

samedi 3 avril 2021

La respiration de l'Esprit



La tradition Kaula est la tradition au cœur du Tantra. Kaula vient de kula "totalité, groupe, assemblée, famille", et donc univers et corps, car l'univers et le corps sont "faits de tous les dieux" selon le Tantra de la Triade essentielle (Trika-sâra). 

La pratique Kaula est le Yoga de la Vibration. Elle part de la respiration. Shiva la décrit dans le Tantra de l'Œil. Elle est "la méditation suprême" qui permet de transmuter le corps en un "corps divin" :

yatsvarūpaṃ svasaṃvedyaṃ svasthaṃ svavyāptisaṃbhavam |

svoditā tu parā śaktistatsthā tadgarbhagā śivā || 7-6 ||

tāṃ vahenmadhyamaprāṇe prāṇāpānāntare dhruve |

ahaṃ bhūtvā tato mantraṃ tatsthaṃ tadgarbhagaṃ dhruvam || 7-7 || 

svoditena varārohe spandanaṃ spandanena tu |

kṛtvā tamabhimānaṃ tu janmasthāne nidhāpayet || 7-8 ||

L'Energie suprême est la Bienfaitrice

qui s'éveille d'elle-même, par elle-même, en elle-même.

Elle est notre essence, notre expérience,

dont on ne peut faire l'expérience que par soi,

elle se tient debout en soi, elle est santé, 

notre état naturel.

Elle est expansion de soi.

Elle est présente en tout cela 

et elle est la matrice de tout cela.

On doit la rendre fluide

dans le souffle, au centre de l'expir et de l'inspir,

intervalle infaillible.

Une fois devenu "je",

s'ensuit le Mantra infaillible,

présent en cela, 

matrice de cela.

Par cette énergie qui s'élève d'elle-même

et qui est vibration,

surgit la Vibration, ô ma belle !

On s'identifie à elle

dans le chakra de la naissance.

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En plongeant dans l'intervalle entre l'expir et l'inspir,

on "devient Je", ahaṃ bhūtvā. Autrement dit, cet intervalle devient vivant,

devient puissant, il devient Mantra efficace, énergie de transmutation spirituelle,

et non plus énergie dans laquelle on s'endort et on s'égare.

Par cette "vibration" (spanda) de la respiration éveillées par l'attention, 

on atteint la Vibration, la Conscience universelle.

Ainsi, la Kundalinî, c'est-à-dire la vie, l'énergie vitale, endormie dans 

le mouvement mécanique du souffle, se réveille peu à peu et s'élève d'elle-même,

car l'attention est aussi la Kundalinî, la Conscience.

vendredi 16 octobre 2020

Yoga de l'ascension



 "Parce qu'elle cherche la vérité ultime

en (se) révélant comme contenant et contenu, 

(la conscience) examine/erre dans le monde entier

- dieux, démons, humains.

Par ce yoga de l'arrêt (à la fin de l'expir),

par cette expansion de son essence, 

le yogî devient cette essence intime,

doué de la quintessence de la réalisation.

Le yoga - individuel, de la Shakti ou de Shiva -

est expliqué à travers cette intuition de l'identité

(du Soi et de la conscience universelle).

C'est cela qui élucide la vérité du maître. "

Tantra du char de victoire, quatrième partie, XX, 59-59

Ainsi, le yoga tantrique peut s'exprimer dans des postures (karana), mais il n'en dépend pas. Le yoga est la recherche de l'union au divin, et aussi cette union même. Le reste, ce sont des techniques inventées par des ascètes misogynes.

mardi 13 octobre 2020

L'espace au-dessus de la tête




Sur l'espace au sommet, l'ouverture vers l'Immense, la conscience en expansion perpétuelle, terme et centre du yoga tantrique :


 asya randhrāntarasthānam ājñādhyānaṃ tu śāmbhavam

na mantroccāraṇaṃ jñānaṃ na mudrā dhyāna cintanam // Kubjikâmatatantram, XIII, 78

"A l'intérieur de l'ouverture (au-dessus de la tête),

contemplation de l'énergie divine :

pas de Mantra à faire vibrer, ni de gnose,

pas de geste sacré, ni visualisation, ni méditation."


nāyāmo na nirodhaś ca granthibhedo na dhāraṇā

sarvopāyavihīno 'sau kiṃ tu sthānavikalpanā // K, XIII, 79

"Pas d'allongement (du souffle), ni d'arrêt,

pas (d'énergie qui) défait les nœuds (du corps subtil), ni concentration.

Il n'y a aucun moyen, 

alors que dire des pratiques rituelles !"


adhordhvaromasaṃsthāne tatra bhāvaṃ vinikṣipet

ūrdhvagranthir adhaḥkando madhye kiñcin na vidyate // K XIII, 80

"Que l'on ressente l'intervalle entre l'espace du bas

et l'espace du haut.

Entre le nœud du haut et le bulbe (=hara) du bas,

il n'y a rien."


tat sthānaṃ śāmbhavaṃ viddhi śambhurandhropalakṣitam

na kiñcic cintayet tatra īṣadāropaṇaṃ citau // K XIII, 81

"Sache que ce centre est le lieu divin,

la divine vacuité.

Là, que l'on ne pense à rien.

C'est une subtile élévation dans la conscience."


evaṃ saṃsmaraṇād eva jñānānandaṃ pravartate

vācāmātreṇa cānyeṣāṃ kurute pratyayān bahūn // K XIII, 82

"Ainsi, par simple rappel,

la félicité de la gnose devient vivante.

Une simple parole suffit 

à éveiller de nombreuses expériences spirituelles en autrui."

dimanche 27 septembre 2020

La merveille sans forme


 

"Une fois atteint l'état indivis,

dans l'espace transcendant

au-dessus de la tête, 

liberté divine éternelle :

il n'y a rien au-delà.

Que l'on reconnaisse la merveille sans forme,

paisible, essence du connaître !

En son centre, dans la matrice : la Transcendante.

Qui la connait est libre.

Vers le haut, la guérison divine,

subtile, au-delà, la Boucle de l'abyme.

Ô Seigneur de la Divine !

la gloire intérieure est la véritable gloire,

la liberté.

Dans cette guérison sans défaut,

on savoure l'ivresse vertigineuse 

de l'élan divin (âjnâ).

Qui est fortuné et désire la liberté

s'abandonnera à cet état."

Manthânabhairavatantram, Section du Yoga, version II, chapitre XI, 20a-23, édité par Mark Dyczkowski dans Manthâna..., vol. 1, p. 436

mercredi 16 septembre 2020

L'éveil de Shiva















 







Dans le passage suivant d'un tantra inédit, appelé par Abhinavagupta "le Roi des tantras", Shiva raconte son éveil :


"Envahi par une puissante méditation,

je me retrouvais dans l'état suprême.

Alors, mon énergie suprême s'éveilla dans le 'hara' ["la roue du bulbe"]

/ s'éveilla pour moi dans le 'hara'.

Elle est la conscience puissante, joie de la félicité et de la conscience

présente dans l'être de l'intervalle, dans le fondement

qui est l'intervalle où a lieu l'étreinte (de l'inspir et de l'expir).

Ô fille de la montagne ! 

Là, au centre, il y a une lumière transcendante,

entre l'être et le non-être,

Elle est présente, inséparable de moi,

Kâlî, source du temps, cause de l'imagination.

Alors, cette suprême déesse qui dévore le Temps

jaillit, (comme) cachée dans la félicité de sa propre félicité, 

débordante de la réalisation de sa nature,

embrassant à la fois le conscient et l'inerte,

présente entre le conscient et l'inerte,

espace infini, déesse au-delà du mental,

qui dévore le Temps, qui engendre le Temps,

source du déploiement du Quatrième (état), etc.

Parce qu'elle dévore (âkarshayet) tout le Temps (kâla),

Elle est "Celle qui absorbe" (samkarshanî).

Elle absorbe le lieu suprême dans le vide à partir de (son) corps.

Elle s'éveille quand on la stimule :

on l'appelle donc 'Celle qui absorbe'.

Elle opère dans l'espace d'où elle

fait s'écouler inspir et expir.

Elle est présente dans l'espace au-dessus de la tête (à la fin de l'expir) :

elle est donc appelée 'surprême Kâlî'.

Comme elle engendre le Temps, Kâlî est la divinité".

Jayadrathayâmala Tantra IV, 19, 183b-192a, cité par M; Dyczkowski dans The Manthâna Bhairava Tantra, vol. 1, p. 399

Ce tantra, et en particulier cette quatrième section dont est extrait ce texte, est la source principale de la tradition Kâlîkrama, la tradition qui se situe tout au sommet de la hiérarchie des révélations tantriques. Kâlî est la conscience comme source du devenir, au-delà du devenir.

"Elle absorbe le lieu suprême dans le vide à partir de (son) corps.

Elle s'éveille quand on la stimule :

on l'appelle donc 'Celle qui absorbe'."

Ce passage est à connotation sexuelle. Le "lieu suprême" est le linga, etc. Âkarshayet signifie aussi "attirer", "séduire" et "extraire", ici, les fluides sexuels. Le reste est clair.

mardi 15 septembre 2020

L'éveil de la Kundalinî et la Lune












Mark Dyczkowski, dans sa traduction monumentale, cite de nombreux tantras inédits, restés à l'état de manuscrits.

Voici un extrait d'un commentaire sanskrit, anonyme, à la Collection en six mille versets :

"Il y a quinze phases lunaires depuis le début de la Quinzaine sombre [=Lune décroissante] jusqu'à la Nouvelle Lune [=quand la Lune recommence à croître]. 'Les sages disent que la Nouvelle Lune est destruction', c'est-à-dire résorption. [Puis, le lien de ces cycles macrocosmiques avec le cycle microcosmique de la respiration :] Le mouvement du Soleil de l'expir est dans le (canal) de droite (par rapport au canal central). 'Il va du lotus du coeur jusqu'au (niveau subtil appelé) 'shakti', à (environ) 20 centimètres au-dessus (de la tête). A gauche se trouve le flot de la Lune qui entre - c'est l'inspir." (Shatsahasrasamhitâvyâkhyâ, ad X, 50a, cité dans le Manthâna, vol. I, p. 368)

Ce commentaire, comme la plupart des textes de la tradition de Kubjikâ conservés dans la vallée de Kathmandou, ne montrent aucune connaissance des exégèses cachemiriennes. Cela montre que la pratique du souffle est bel et bien au coeur de la pratique du yoga Kaula. Elle n'est pas du tout propre au "shivaïsme du Cachemire". 

Un autre passage, tiré d'un autre tantra de la tradition Kaula de la Déesse Kubjikâ, décrit en détails cette même pratique, dans le contexte de la divinisation du corps, avant l'adoration du panthéon :

"On expire, on inspire puis on retient le souffle dans le corps. Quand (la sensation de l'inspire) pénètre la région de l'anus ("de la roue-racine"), il faut le bloquer par en bas et par en haut (simultanément). La (Kundalinî) en forme de serpent endormi et de boucle d'oreille, s'éveille et s'élance rapidement vers la fontanelle par le canal central. Elle perce/révèle les niveaux du corps subtil et entre dans le domaine ultimen la limite suprême à la fin (du corps, la conscience) Non-mentale (unmanâ).  Là est l'union de Shiva et Shakti dont l'étreinte/le barattement est émerveillement." (Shrîmatottara, XXIII, 16-19)

Ce même texte décrit ensuite comment la Kundalinî se "verticalise" par l'attention portée aux intervalles entre les respirations. La 'Lune' de la pleine conscience inonde alors le corps. C'est le 'yoga de l'immortalité, de l'ambroisie' (amritayoga).  

C'est encore et toujours la même pratique qui est décrite dans des contextes différents. Mais si l'on en ignore les clés pratiques, ces textes restent des énigmes.

samedi 22 août 2020

Vijnana Bhairava Tantra 33 Rising Awareness Up the Sky, A Tree, A Wall, A Moutain Or Another'Body

https://gdb.rferl.org/70526C52-0302-4DE2-9370-20FB0CA381DF_w1071_s.jpg
Le lac Dal au Cachemire

In that verse 33, we learn of the same practice as in verse 29, rising Kundalini. But here, instead of Her rising through our "own" body, we rise along with Her in another's body, or up through a wall, or the sky, of a mountain, a tree, etc :

īdṛśena krameṇaiva yatra kutrāpi cintanā |
śūnye kuḍye pare pātre svayaṃ līnā varapradā || 33 ||
"By that very process (of the twelve steps of rising throught the subtle body),
wherever (one projects one's) awareness (cintanā)
- (that is), in empty (sky), in a wall,
in another (body or) in a (worthy) vessel, (like a good disciple),
She Whi Is the Giver of Boons will (go back) hide into Herself."

She will "ascend" and open up, go back to her original state of naked open silence. The fact that individual awareness (cintanā) and universal awareness (varapradā) are in the same case (sāmānādhikaraṇya) suggests that they are, in truth, one and the same awareness. Thus, this "practice" is not a case of going from one place to another, but of recognizing one's original state.


vendredi 21 août 2020

L'éveil de la Kundalinî à la fin d'un expir

Trident Eastern India, probably Bengal Pala period, circa 11th ...


tadūrdhve tu śikhā sūkṣmā cidrūpā paramākalā |
tathā sahitamātmānamekībhūtaṃ vicintayet ||
"Au-dessus de la (fontanelle)
il y a 'la mèche', subtile, 
conscience, énergie ultime.
Qu'on la contemple ainsi, identifiée au Soi."

gacchantī * hma (ûdhva ?)mārgeṇa liṅgabhedakrameṇa tu |
sūryakoṭipratīkāśaṃ candrakoṭi suśītalam ||
"Elle s'élance vers le haut
en traversant le Linga,
éclatante comme des millions de soleils,
fraîche comme des millions de lunes."

amṛtaṃ yadvisargasthaṃ paramānandalakṣaṇam |
dṛtaraktasutejāḍhyadhārāpāta pravarṣiṇam ||
pītvā kulāmṛtaṃ divyaṃ punareva viśetkulam |
punarevākulaṃ gacchenmātrāyogena nānyathā ||
"Que l'on s'abreuve de l'ambroisie divine Kaula 
qui habite l'extase (visarga), qui est félicité absolue,
averse des eaux abondantes d'un noble sang  
et à l'éclat puissant.
Puis, que l'on entre à nouveau dans le corps/ dans le tout (kula).
Puis encore, que l'on aille vers la (conscience) transcendante (akula)
au moyen de ce yoga des (deux) moments
- mais pas autrement !"

sā ca prāṇāḥ samākhyātā tantre'smin parameśvari |
udghātaḥ procyate so'pi prāṇāntaṃ spṛśate yadā ||
"Et cette (énergie qui s'élève) est appelée
'souffle expiré' dans ce Tantra, Ô Suprême Souveraine !
Quand on sent la fin de l'expir,
cela s'appelle une 'élévation'."

extrait de La Lampe de la (tradition) Kaula, Kuladîpikâ, II, 1-5

Je suppose que les "moments" (mâtrâ) sont la transcendance dans le corps et le retour dans le corps. Avec chaque expir, l'attention s'élève au-dessus du corps (jusqu'à la 'Mèche', shikhâ), puis avec l'inspir, elle retourne dans le corps. Se réalise ainsi l'union de l'expir et de l'inspir, de Shiva et Shakti, etc.

Comme toujours dans la tradition Kaula, il s'agit de se recueillir sur la fin de l'expir. C'est le coeur de la pratique.

mardi 18 août 2020

L'éveil de la Kundalini par l'écoute du souffle

Seated Shaivite Saint Karaikkal Ammaiyar | South asian art ...
La yoginî Karaikkal



La pratique du souffle est au cœur des traditions Kaula.

Dans le tantra fondamental de l'une de ces traditions, le Kubjikâmata, une profonde description de cette profondissime pratique est révélée. Comme dit le Dieu, elle est "cachée dans les tantras antérieurs", c'est-à-dire dans les tantras Kaulas antérieurs, c'est-à-dire dans les tantras des traditions de Parâ (Trika) et Kâlî (Krama). La tradition de Kubjikâ se présente comme "la tradition ultérieure", "nouvelle" ou "finale" (pashchima). En fait, nous la connaissons tous un peu, car c'est d'elle, avec la Shrîvidyâ, que proviennent les sept cakras et une partie du Hatha Yoga.

C'est Mark Dycskowski qui attiré mon attention sur ce passage extraordinaire, qui mériterait un livre à lui tout seul. A cette occasion, je rappelle que Markji a publié une oeuvre incroyable sur le Manthânabhairavatantra, en 14 volumes. Un trésor. Avec ceux de Sanderson et de Wallis, les livres et vidéos de Mark sont une référence pour le shivaïsme du Cachemire et le tantrisme.

Voici cet extrait, d'une incroyable densité :

yad etat paramaṃ bījaṃ haṃsākhyaṃ hṛdi saṃsthitam /
vinā tenopalabdhiṃ ca na jānāti kadācana // 12.54 //
"Cet ultime (Mantra-)Germe, appelé 'Hamsa' (Oie migratrice),
est présent tout entier (sam-) dans le (chakra du) Cœur.
Or, sans ce (Mantra), il n'y a pas d'expérience,
on ne connaît rien !"

[Ce Mantra est la Conscience universelle, divine, absolue, telle qu'elle est présente 'dans' corps ; sans elle, pas de corps, rien ; sans conscience, aucune expérience, aucune connaissance ; le Hamsa est donc la Conscience universelle du point de vue de sa libre incarnation ; elle semble alors 'transmigrer' de corps en corps, à l'image d'une oie migratrice, d'où son nom]

tasya rūpatrayaṃ bhadre nādaṃ saṃyogam eva ca /
viyogaṃ ceti suśroṇi lakṣaṇīyaṃ prayatnataḥ // 12.55 //
"Ce (Mantra) a trois aspects, ô toi qui m'es chère ! :
Résonance, Union, et Séparation,
ô toi qui a de belles hanches.
Il faut les repérer avec zèle."

[Ces trois aspects du Hamsa sont l'Union (=l'inspir, le souffle redescend dans le Coeur), la Séparation (=l'expir, le souffle quitte le Coeur vers le haut) et la Résonance (=la fin de l'expir, au-dessus de la tête)] 

caitanyatritayaṃ cātra ātmaśaktiśivātmakam /
avinābhāvayogena caitanyatritayasthitam // 12.56 //
"C'est là que se trouve la triple conscience,
qui est Dieu et qui est la Puissance (shakti) du Soi.
(Ce Hamsa) est présent à travers cette triple conscience,
dans une continuelle union (de l'inspir et de l'expir, donc de Shiva et Shakti)."

tenopacaryate bhadre haṃsadevaḥ parāparaḥ /
saṅkoce tu parā śaktir vikāse bhairavaḥ smṛtaḥ // 12.57 //
madhye ātmā sadā tiṣṭhet pūryaṣṭakasamanvitaḥ /
vikāsaś cordhvanāḍis tu saṅkoco'dhaḥ prakīrtitaḥ // 12.58 //
"Voilà pourquoi, ô toi qui est belle,
Dieu est métaphoriquement 'Hamsa', (car) il est (à la fois) transcendant et immanent.
Or, selon la tradition (smritah), la Puissance suprême est contraction ;
Dieu est expansion.
Entre (eux) se tient toujours le Soi,
orné de l'Octuple cité."

[Dieu est 'Hamsa', l'oie migratrice, non seulement parce que la conscience 'transmigre' et se 'contracte' ainsi aux dimensions du corps, mais aussi parce qu'il va et vient 'dans' le corps en tant que souffle de la respiration ; l'esprit est respiration. "L'Octuple cité" est l'âme, le psychisme (citta) constitué des cinq sens, du mental, de l'ego, de l'intellect et des habitudes de tous ces organes. Le Coeur aux huit 'pétales' est le siège particulier de l'âme]

madhye nābhir iti proktas trayam etat sudurlabham /
ūrdhvanāḍīnirodhena adhonāḍīnikuñcanāt // 12.59 //
"Au centre (de ce va-et-vient se trouve) le (chakra du) Nombril, dit-on.
Ces trois (aspects) sont à la fois faciles et difficiles à repérer (sudurlabham).
(Comment ?) - En bloquant le canal (central) vers le haut
et en contractant le canal (central) vers le bas."

[Ici, le centre du va-et-vient n'est plus le Coeur, mais le Nombril. Bizarrement. "Facile et difficile à obtenir" (su-dur-labha) : on retrouve la même expression à propos du Hamsa à la fin du Vijnâna Bhairava Tantra, 156. Normalement, sudurlabham signifie "très (su) difficile (dur) à obtenir (labha) ; mais je crois qu'ici l'expression est quelque peu ironique, comme dans le Vijnâna, vu que le Hamsa est simplement la respiration]

madhye cittaṃ samādāya mathanaṃ tatra kārayet /
yonimadhyagataṃ liṅgaṃ yonyodarapuṭīkṛtam // 12.60 //
"D'abord, on pose l'attention au centre.
Et là, on baratte.
Le Linga est au centre du Yoni,
enveloppé en son sein."

[Le Mandala est un Triangle dans lequel se trouve un Point, le Linga ; ce Point est ici la fin de l'expir : le va-et-vient du souffle est le Yoni, le Triangle - sachant que le Linga est lui-même Yoni et que le Yoni n'est que l'expansion du Linga : leur 'vibration' , unité-dans-la-dualité, est l'absolu]

tanmadhye cātmano rūpaṃ lakṣayeta punaḥ punaḥ /
mathanaṃ hy etad ākhyātam ajñānamalanāśanam // 12.61 //
"Et au centre (du Linga) se trouve l'essence du Soi/ de soi,
qu'il faut reconnaître encore et encore,
car c'est là ce que l'on nomme 'barattage/copulation'
qui détruit la souillure de l'ignorance."

[le 'barattage' (mathana/manthâna) désigne aussi la copulation et le va-et-vient de la respiration : c'est de ce barattage que proviennent toutes choses, à commencer par le Mandala des Six Roues, de même que le nectar, le poison, etc. ont émergé du barattage de l'océan de lait par les dieux et les titans]

madhyamanthānayogena jñānāgnir jvalate kila /
jvalite tu tadā vahnau jyotir evaṃ pravardhate // 12.62 //
"Au moyen de ce barattage du centre/ grâce à ce yoga du barattage du centre,
le Feu de la Conscience s'allume vraiment.
Or quand ce Feu brûle, 
la Lumière s'intensifie."

[quand on se met à l'écoute de la fin de l'expir, c'est-à-dire à l'écoute du souffle 'égal' (samâna), le souffle 'vertical' (udâna) s'éveille, s'allume : c'est l'éveil de la Kundalinî, laquelle n'est qu'un autre nom de la Conscience]

pravardhanān mahājyoter ānandam upajāyate /
mathanād bhagaliṅgābhyāṃ yathānandaḥ prajāyate // 12.63 //
"Grâce à l'intensification de cette Lumière absolue,
la félicité naît à sa suite.
Par le barattage/ la copulation du Yoni et du Linga, 
la félicité naît de la même manière."

mathanāc chivaśaktyos tu tathānandaḥ prajāyate /
niścayatvaṃ bhaved devi śivaśaktyor abhedataḥ // 12.64 //
mathanaṃ hy etad evoktam amṛtotpādakaṃ priye /
tenāmṛtena cātmānaṃ plāvyamānaṃ vicintayet // 12.65 //
"Or, la félicité naît (aussi) de la copulation
de Shiva et Shakti.
L'état de certitude (inébranlable) adviendra (de même)
de l'union de Shiva et Shakti, ô Déesse !
En effet, on dit que cette même copulation/ barattage
est source de l'ambroisie/ du nectar d'immortalité,
ô toi qui es belle.
Que l'on médite le Soi/ soi-même
inondé de cette ambroisie."

eṣā sā paramā vṛttiḥ paratattvam idaṃ smṛtam /
etat tat paramaṃ brahma paramānandalakṣaṇam // 12.66 //
"Telle est l'opération/ la pratique (vritti) ultime,
tel est le principe suprême, selon la tradition.
Tel est l'absolu suprême
qui se reconnaît à la félicité (qu'on éprouve) !"

tad ānandaparānandaṃ śaktityāgam iti smṛtam /
eṣa te maṇipūras tu sarahasyaṃ prakāśitam // 12.67 //
"Telle est la félicité suprême de la félicité (de la copulation).
Tel est, selon la tradition, le Sacrifice (offert) à la Shakti.
Voilà, le secret du Chakra du Nombril t'a été révélé !"

[je lis shakti-yâga à la place de shakti-tyâga, qui ne me paraît pas faire sens. Le rattachement au Nombril me semble quelque peu forcé ; d'ordinaire, cette pratique centrale, dans tous les sens du terme, est centrée sur le centre du Coeur, comme c'est d'ailleurs le cas au début de ce passage. Enfin, la place de tad ânanda-, on pourrait aussi lire sadânanda : "la félicité de toujours/ la vraie félicité"]

vendredi 7 août 2020

Cachée entre l'expir et l'inspir

The Heritagist: India


kharaṇḍadaṇḍamadhyasthā aṇucitkalayāpinī //
prāṇāpānāntare līnā ānandaśaktirucyate /
kālavelāvicitrāṅgī tanvī tattvaprabodhakī //
nirānandapade līnā bhīṣaṇī paramāvyayā /

"Cachée entre l'expir et l'inspir,
on dit qu'elle est l'Energie de Félicité.
Elle habite au centre du canal de l'espace,
infuse dans le dynamisme conscient de l'âme.
Fine, ses membres ornés des temps et des moments,
elle est Celle Qui Éveille à ce qui est.
Elle repose dans la félicité de la paix,
terrible, suprême et immortelle."

Manthâna Bhairava Tantra, Kumârikâkhanda, II, 4b-6a

Ceci est la réponse de la Déesse à Dieu, le début de l'explication du Soûtra en Trois Versets Et Demi, la quintessence du Tantra (ce mot étant ici pris en son sens traditionnel de "gnose divine", la conscience que la conscience universelle a d'elle-même).

Dans la culture, les tantras (livres) Shaivas sont la quintessence. Leur quintessence est le Kaula, l'intime gnose échangée entre Dieu et la Déesse. Sur cet arbre ancien, quatre branches puissantes : la tradition primordiale (pûrva) de la Triade (Trika) ; la tradition secrétissime de Kâlî (Krama, à ne pas confondre avec la personne du même nom bien connue dans les purânas, etc.) ; la tradition érotique de Tripurâ ; et enfin la tradition ultime de Kubjikâ. 

De profondes arcanes sont cachées dans les relations entre les branches de ce Mandala de la Réalisation (samvitti). Ainsi, Trika et Krama se complètent : Éros et Thanatos. Tripurâ et Kubjikâ ont été révélées un peu plus tard. Ces deux traditions sont à l'origine du système à sept chakras bien connue aujourd'hui. Enfin, dans la Triade et Tripurâ, Dieu enseigne la Déesse. Alors que dans Kâlî et Kubjikâ, la Déesse répond au questions de Dieu, comme dans le passage ci-dessus.

Dans cette révélation de la Déesse Lovée (kundalinî, vakrâ) elle-même, la Déesse se révèle et se réalise dans l'Intervalle, c'est-à-dire sur le Chemin du Temps ; puis, elle s'épanouit sur la voie du Centre (madhyanâdî), c'est-à-dire sur le Chemin de l'Espace. 

Elle est l'intime Présence en chacun, le dynamisme de la Présence, source de toutes les présences et de toutes les absences, au-delà de l'absence comme de la présence, acte infini à la racine de toutes les actions, mouvement total dont tous les mouvements sont comme les ornements. 

Et cela se révèle dans l'Intervalle. L'alchimie commence ainsi, là, dans cet Équinoxe. Le souffle Égal s'éveille alors, devient le Vertical qui consume tout ce qui doit l'être, jusqu'à l'Omniprésent, origine du mental, par-delà le mental. Et tout cela est félicité.

Ce passage transmet ainsi, en bref, tout l'enseignement du Tantra.

lundi 3 août 2020

Vijnana Bhaitava Tantra 28 29 30 The Rising of Vital Breath


Une exposition sur l'histoire du yoga à Washington

The Experience of the Rising of the Vital Breath : 


āmūlāt kiraṇābhāsāṃ sūkṣmāt sūkṣmatarātmikam |
cintayet tāṃ dviṣaṭkānte śyāmyantīm bhairavodayaḥ || 28 ||
"From the Root, shining (like) the sun,
more and more subtle,
one shall visualise her : at the End of the Twelve,
she becomes peaceful and the Divine (clearly) arises."


udgacchantīṃ taḍitrūpām praticakraṃ kramāt kramam |
ūrdhvaṃ muṣṭitrayaṃ yāvat tāvad ante mahodayaḥ || 29 ||
"Going upward, like lightning,
through each wheel in due order,
upto three fists (above the top of the head),
at the end of which, the infinite manifests (clearly)."


kramadvādaśakaṃ samyag dvādaśākṣarabheditam |
sthūlasūkṣmaparasthityā muktvā muktvāntataḥ śivaḥ || 30 ||
"One should (speak) the twelve syllables
in due order along the twelve (wheels),
through (their) gross, subtle and supreme state,
leaving (each one in turn) : at the end, (one becomes) divine (again)."



vendredi 8 mai 2020

Le yoga de l'éveil de la Koundalinî

Hanuman as Yogi India, Kerala, Cochin, early 19th century Teak ...



"L'éveil de la Kundalinî".
J'avais lu ces mots pour la première fois dans l'Homme-Dauphin de Jacques Mayol, quand j'avais 14 ans. Il parlait d'une puissance mystérieuse et dangereuse. Et comme il parlait aussi de zazen, je m'étais confectionné un zafu. 

Par la suite, j'ai étudié, fais des expérience et plus encore, j'ai écouté d'autres me raconter les leurs. Comme je pratique le sanskrit, j'ai pu commencer à accéder aux textes, au-delà de ceux publiés par Arthur Avalon et recyclés à l'infini par le Nuage et ses entrepreneurs.

Récemment, j'ai lu une étude sur le yoga du Netra Tantra par Bettina Baümer, très clair et précis.
Le Netra enseigne trois yogas : le yoga des rituels, avec Mantra, Yantra et Mudrâ. Mais ce yoga implique aussi le second yoga, celui du corps subtil. Car "seul Shiva peut adorer Shiva". Et pour devenir Shiva, il faut devenir Shiva. Et pour devenir Shiva, il faut parfaire le yoga du corps subtil. Et pour parfaire ce yoga, il faut commencer par le yoga de l'éveil de la Kundalinî.

Et ce yoga est donc basé sur celui du corps subtil, c'est-à-dire le yoga de l'éveil de la conscience, de l'énergie vitale, du réveil de la vie se délivrant de l'emprise des mots.
Elle part d'en bas et s'élève en haut à travers le canal central, comme un flot ou un feu.

Elle travers 6 centres, 5 espaces, 3 luminaires, 3 cibles, 12 noeuds, 16 supports vitaux.

Ce sont différentes manières de nommer les chakras et les trois canaux principaux.
Une fois en haut, un flot de nectar s'écoule et inonde le corps "jusqu'à travers les pores de la peau" précise le commentaire de Kshémarâja.


Le yogî devient immortel : son corps se transforme en corps divin libre de toute maladie. Il est à la fois libre du corps et incarné, bhoga et moksha, libre de toute passion et libre pour toute action.

Le point est qu'il y a deux méthodes pour ce yoga :
- la méthode tantrique, plus détaillée, graduelle et fondée sur l'effort de l'adepte.
- la méthode ésotérique kaula, plus simple, directe, fondée sur la spontanéité du ressenti.

Malgré des description détaillées, dans ce tantra et d'autres (dont des passages sont repris dans les purânas, les upanishads et les textes de hathas-yoga), la pratique conserve son mystère. On sent qu'il s'agit d'une pratique concrète décrite à travers des symboles, comme dans l'alchimie. Mais il y a des éléments concrets : l'observation de la respiration, la concentration et des contractions du fondement. Le corps est au cœur de cette voie. Ainsi que la vibration, l'idée de pulsation, que ce soit les cycles de la respiration ou le "scintillement" (sphurattâ) de l'attention.

Mon impression est que la pratique est simple, comme en témoignent plusieurs versets du Vijnâna Bhairava Tantra et la méthode kaula. Le point de départ consiste à poser l'attention entre expir et inspir. Le reste évoque l'expérience à l'aide de symboles, car il faut inventer pour décrire ce que le langage quotidien n'a pas pour vocation de décrire. 

mardi 5 mai 2020

Vijnâna Bhairava 33



Enseignement sur le Vijnâna Bhairava,
verset 33, souvent mal compris, mais qui décrit en réalité une pratique assez simple et semblable aux précédentes.

īdṛśena krameṇaiva yatra kutrāpi cintanā |
śūnye kuḍye pare pātre svayaṃ līnā varapradā || 33 ||

"Par le même processus
(Que celui mentionnée avant)
On doit méditer sans cesse sur un mur vide
(Ou bien) sur un excellent disciple,
Excellent support (de cette méditation).
Celle qui octroie les désirs
Se résorbera alors spontanément."

P.S. : Shivopâdhyâya interprête "yatra kutra api" au sens temporel, "sans cesse", "jour et nuit".

Exemple de pratique du culte sur le "corps subtil" d'une icône, une image divine. La yoginî "impose" (nyâsa) les divinités sur les pétales des différents lotus :




Visualisation du mandala du Trika :

Trika Dhyana (With images) | Tantra, Shaivism, Chakra art

jeudi 30 avril 2020

Eveil du souffle, éveil simple

Parâ Devî
par Ekabhûmi


Comment faire cesser le bavardage mental sans effort ?
Il suffit d'écouter la respiration.

Extrait de l'Anthologie du shivaïsme du Cachemire,
à paraître le 18 juin 2020 chez Almora.
Ce recueil complète le manuel Les Quatre yogas, chez le même éditeur.

Voici une sélection de versets tirés de la Lampe du Yoga Technique (Hatha-pradîpikâ en dix chapitres, différente de la version en cinq chapitres déjà publiée en français), qui est elle-même une sorte de compilation de versets pris dans différentes traditions tantriques. Ces passage constituent aussi bien une description de la méditation de Shiva (Bhairava-mudrâ) et de "l'éveil de la Kundalinî" (shakti-bodha) :


Quand le mouvement des souffles est stoppé
Grâce l'attention (portée aux intervalles),
La (conscience) non-mentale
Apparaît d'elle-même et sans effort. (2, 27)

On pose d'abord les mains sur les genoux,
Les doigts étalés,
Puis, la bouche grande ouverte,
On pose le regard dans le prolongement du nez. (2, 35)

Tant que le souffle est stoppé dans le corps,
L'esprit est sans maladies.
Tant que le regard est posé entre les sourcils,
Comment donc pourrait-on craindre la mort ? (4, 28)

Quand le souffle traverse le centre,
L'esprit se stabilise.
Cet état où le mental est complètement immobile
Est l'état mental libre du mental. (4, 30)

La rétention du souffle aisée,
Qui laisse de côté remplissage et vidage :
Cet arrêt du souffle
Est ce que l'on entend par "rétention pure".

Quand on maîtrise la rétention pure,
Dépourvue de remplissage et de vidage,
Plus rien n'est difficile à obtenir
Dans les trois mondes.

En maîtrisant la rétention pure,
Peut peut tenir le souffle à volonté,
Et on gagne le royaume du yoga royal
Sans le moindre doute. (4, 64-65)

Il y a une rétention (spontanée) à la fin du vidage.
Il vide le mental de tout point d'appui.
En s'exerçant à ce yoga,
On atteint le royaume du yoga royal. (4, 67)

Quand le souffle est dans le domaine du vide,
Il est de fait sur la voie royale.
L'esprit est alors sans point d'appui
Et on triche avec la Mort.

Voie creuse, domaine du vide,
Ouverture vers l'Immense, grande voie,
Champs de crémation, attitude de Śiva
Et voie du centre : toutes ces expressions ont un seul et même sens. (5, 3-4)

La vie s'écoule
Dans l'expir et l'inspir,
Vers le haut et vers le bas,
Dans les chemins de gauche et de droite.
Quand elle va et vient (ainsi) on n'en a pas conscience.
Jeté contre le sol avec un bâton,
Une balle rebondie.
De même, la vie est emportée
Par l'expir et l'inspir,
De sorte qu'elle va et vient.


Un aigle attaché à une corde
S'envole puis est ramené en tirant sur la corde.
De même, la vie, prisonnière des qualités,
Est entraînée par l'expir et l'inspir.
L'inspir appelle l'expir
Et l'expir entraîne l'inspir.
Ils sont présents vers le bas et vers le haut (respectivement).
Celui qui le sait est un expert en yoga.

La vie sort en faisant "ha"
Et rentre en faisant "sa".
La vie récite donc sans interruption
Ce mantra : "haṃsa, haṃsa".

La vie récite ce mantra sans interruption,
Vingt-et-un mille six cent fois
En un jour et une nuit. (5, 155-160)
Quand le souffle s'amenuise,
Le mental se résorbe.
Quand il devient homogène,
C'est ce que l'on appel "contemplation". (7, 5)


Tant que les les souffles n'entrent pas dans le canal du centre,
Tant que la semence n'est pas stabilisée par l'éveil des souffles,
Tant que la vision naturelle de l'espace ne surgit pas dans l'esprit,
Parler de "connaissance" n'est que bavardage mensonge et hypocrisie. (7, 15)


Quand les souffles
Entrent dans le flot du canal vide,
Vide de souffles,
L'expert en yoga déracine
Toutes les conséquences des actes passés.


Déesse !
Comment la connaissance pourrait-elle vivre dans l'esprit
Tant que le souffle et le mental vivent ?
Quand le souffle et le mental disparaissent,
L'homme atteint la liberté.
Il n'y a pas d'autre méthode. (7, 18-19)

Bhairavi !
Quand le mercure ou le souffle sont neutralisés (mūrcchita),
Ils sont un remède aux maladies.
Morts, ils donnent la vie.
Emprisonnés, ils offrent la vie céleste (khecaratā).


Le mental est le maître des sens.
Le souffle est le maître du mental.
La résorption est maîtresse des souffles.
Or, cette résorption dépend de la résonance (nāda). (7, 21, 22)


Quand l'expiration et l'inspiration des yogins
Ont cessé,
La saisie des objets cesse.
Immobiles, inactifs,
Ils se résorbent. (7, 25)


Le mental se résorbe
Là où se résorbe le souffle.
Le mental et le souffle sont inséparables,
Comme l'eau et le lait.
Quand le souffle s'élance,
Le mental s'élance dans l'action.
Quand il se détend,
Le mental se détend.
Anéantir l'un,
C'est anéantir l'autre.
Puisque l'activité de l'un
Est celle de l'autre. (7, 32-33)


Celui dont le regard est fixe
Sans même un objet,
Dont le souffle est immobile
Sans effort,
Dont l'esprit est stable
Sans point d'appuis,
Lui seul est un vrai maître,
Digne d'être servi.


Quand le souffle
Ne sort ni n'entre
A droite et à gauche,
Alors il s'élance vers le haut
Dans la voie du milieu.
Alors on est libre,

Sans aucun doute. (10, 35, 36)



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