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lundi 6 septembre 2021

L'homme sans tête

 Dans cet enseignement du Swami Sarvapriyananda de la Ramakrishna Mission, il est question du shivaïsme du Cachemire. A 16'25, il rapporte une fable cachemirienne :

Il était une fois un grand dévot de Shiva qui méditait jour et nuit et répétait son Mantra. Mais il ne recevait aucune vision de Shiva. Un jour, Shiva lui apparut en songe. Ce dévot lui demanda : "Mais pourquoi donc ne puis-je te voir directement ?" Shiva lui répondit : "Soit, tu pourras me voir. Demain". Le pieux homme voulait savoir où il pourrait voir Shiva : "Mais où pourrai-je le voir ? Où devrai-je regarder ?" Shiva précisa : "Cherche l'homme sans tête. Ce sera moi". Le lendemain, le dévot regarda tout le monde attentivement, des pieds... à la tête ! Mais il ne voyait aucun homme sans tête. Mais il continua, si bien qu'il finit par voir son propre corps. Et il vit que, en effet, son corps n'avait pas de tête. A la place de cette absence, il vit Shiva, directement, vide vivant et sans limites.


Je ne connaissais pas cette fable cachemirienne.

Swami Sarvapriya raconte aussi qu'il a pris des cours sur la philosophie tantrique de la Reconnaissance (pratyabhijnâ) avec Aravinda Chakravarti, un brillant philosophe bengali, et avec Devavrata Sensharma de Kolkatta. J'ai eu la chance de recevoir les leçons de ce dernier. Il était disciple de Gopinath Kaviraj.

Il était donc condisciple d'un autre de mes gourous, Hemendranath Chakravarti, lui aussi disciple de Gopinath Kaviraj. Quant à lui, il était disciple de Swami Vishuddhananda, qui était disciple de Babaji. Il était aussi dévot d'Ânandamayî et on peut l'apercevoir avec elle sur un des films de Desjardin. C'est lui qu'on aperçoit à la fin, assis avec la moustache blanche :



Mais ne me demandez rien sur le sujet, je n'y connais rien. Comme tous le monde, j'ai médité dans la chambre de Vishuddhananda et visité son Navamundâsana, réputé être une porte subtile vers Jnânaganja, l'ashram secret de Babaji et d'autres siddhas. Kaviraj a écrit sur le sujet, notamment sur la "pratique spirituelle du soleil" (sûryasâdhanâ). La vie de ces personnages, liée aux fondateurs du Kriyâyoga qui habitaient non loin de Kavirâj, est pleine de mystère, mais justement je n'ai rien à rapporter.

En tous les cas, le shivaïsme du Cachemire est un trésor dont nous commençons seulement à entrevoir les reflets.

jeudi 12 septembre 2019

Ce Soi qui est désir


Gopinâth Kavirâdj dans l'état de didrikshâ "désir de percevoir",
essence de la méditation de Shiva (bhairava-mudrâ)


Je découvre que le verset ci-dessous, cité par Kshéma 
Râdja dans sa Quintessence du frémissement (Spanda-
samdoha), est tiré
 d'un poème publié par Gopinâth Kavirâdj à Lucknow en 
1965, composé par Avadhûta Siddha, un maître du 
shivaïsme 
du Cachemire ancien.
C'est un verset magnifique qui décrit le Soi comme désir
absolument libre, prakâmya, synonyme de 
liberté, svacchanda,
 svatantra. Pourvoir de se rendre désirable également. 
C'est l'un des huit pouvoirs surnaturels (siddhi).

"Maître !
Quand tu te révèle clairement
en ton Soi qui est libre désir (prakâmya),
qui se déploie à chaque instant
en des formes singulières,
variées et nouvelles,
alors même l'impermanence
enseignée par les sages (bouddhistes)
devient pleine de sens !"

Avadhûta-siddha, Bhakti-stotra, 29

Ainsi la théorie de la destruction instantanée (kshana-
bhanga-vâda) prônée par les Bouddhistes devient révélation
 de la créativité de la conscience. 

Faites l'expérience : au lieu de chercher à bloquer les
 pensées et les sensations pour retenir une sorte de
 présence pure, essayez de les retenir. Vous verrez qu'elles
 sont impermanentes, évanescentes, fuyantes. Apprenez
 alors à ressentir cette évanescence comme une détente, 
une libération, une purification. Ainsi, je peux apprendre à
 reconnaître dans l'expérience ordinaire, commune, la
 danse de l'absolu. 
L'impermanence, c'est-à-dire la vacuité, est le "signe" 
(linga) de la liberté de la conscience qui est "sans essence" 

(nihsvarûpa) fixe, libre d'elle-même.


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