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mardi 14 septembre 2021

Comment intégrer la pensée dans le silence ?

 


Pour vivre le silence plus intensément, continument, vivement, un conseil :

Restez silencieux mentalement. Et quand vous pensez, pensez "à voix haute", comme si vous articuliez distinctement, comme si vous parliez vraiment, même si c'est seulement "dans votre tête". Bannissez les pensées marmonnées, pâteuses, inarticulées. Seulement un silence cristallin et des pensées clairement articulées. 

Le silence devient plus vivant, réconcilié avec le bruit des pensées.

Il est étonnant de constater à quel point cela intensifie le silence. 

mercredi 1 septembre 2021

Le silence des pensées est nécessaire


La Présence est toujours présente. Même quand les pensées, les émotions, les perceptions arrivent. Les deux peuvent coexister, comme une musique dans le bruit.

Mais, quand j'entends une belle musique, je me tais, je fais silence et je recherche un lieu de silence pour mieux entendre cette musique. Elle chantait déjà. C'est comme si les bruits étaient des déformations de cette musique. C'est comme si les pensées bavardes étaient des parasites aveugles, mais issus de la Présence.

La Présence est toujours présente. Mais, quand j'entends son appel, je suis invité à céder. Et je fais silence. En un sens, ce silence des pensées n'est pas absolument nécessaire, car la Présence est toujours présente. Cependant, je suis appelé au silence par le charme même de cette mélodie muette. 

Il n'est pas nécessaire de supprimer les pensées pour que la Présence soit présente. Mais l'entendre, la reconnaître, c'est être amené à faire silence. C'est comme une mélodie envoûtante que l'on perçoit soudain, au loin tout près. Spontanément, on se tait. Pourquoi ? Pour écouter. Car il y a une différence de qualité entre une musique que t'entends sans l'écouter, et une musique que j'écoute. C'est certain. Alors seulement, elle peut faire pleinement son effet. Autrement, c'est du gâchis.

Certes, le silence chante, il dit sa parole unique et éternelle. Mais, si je ne fais pas silence, si je ne cède pas à son appel, si je ne réponds pas, c'est comme si je ne l'entendais pas. La transmutation est alors impossible. Or, répondre, c'est écouter, et écouter, c'est se taire.

Le silence intérieur est donc inévitable. Il y a une sorte d'effort, très fort même. Comme pour s'arrêter quand on était plongé dans une conversation. L'effort pour ce laisser aller, pour ne plus résister à cette force. Pour plonger dans le courant, pour se laisser posséder, comme dit Ramana Maharshi. C'est pareil pour goûter, jouir, savourer : il faut bien un vide pour un plein. Laisser place. Sans cela, la Présence est certes présente, mais elle est alors la vie qui s'agite, qui dégénère en parasites et en cacophonie pleine de chocs, de malentendus et de tourments.

Le silence intérieur est donc inévitable.

mardi 13 avril 2021

Pensées libérées



"La nature de l'esprit transcende 

les notions d'existence et de non-existence, d'éternité et de néant :

à cette nature on donne simplement le nom

d'"espace absolu".

Cet espace, de lui-même parfaitement pur,

ce ciel immaculé, vide et lumineux,

sans milieux ni pourtour,

se trouve depuis toujours au cœur de chaque être,

son "visage" occulté par le voile éphémère

des constructions mentales.

Difficile est de mettre fin par la force

à l'enchaînement continuel des pensées,

mais, quand elles surviennent, on reconnaît leur nature,

les pensées n'ont pas d'autre choix

que de se libérer dans leur propre sphère."

Nyendrak Lougrik Nyima, XIXe siècle, trad. Ricard

_______________

"Se libérer" : les pensées n'ont plus d'emprise, de poids, de solidité, elles se détendent et se dissolvent comme des volutes d'encens ; et le corps suit.

lundi 28 septembre 2020

Que faire avec les pensées ?

Karaïkkal

 


Quand je découvre le silence intérieur, je m'y attache. C'est alors le début de la vie intérieure. 

Mais c'est aussi le début de nouvelles frustrations, car je désire l'absence des pensées. Or, il est impossible d'arrêter de penser. Comme dit Milarépa, le célèbre yogi et poète tibétain, "on peut essayer de planter une pensée avec neuf clous, elle ne tiendra pas en place". La pensée n'a pas de forme, on ne peut la saisir et l'enfermer.

Et donc, je fais des efforts, j'entretiens des espoirs fous, je me mets à écouter ceux qui promettent une "destruction du mental". Je tombe et je me relève. Une fois, mille fois. Mais les pensées reviennent. Les voix, ou la voix, revient. Toujours au rendez-vous. J'ai beau casser la radio, la déconstruire, la reconstruire, la mettre dans la cave, la jeter dans une grotte, l'affamer, l'orienter, la repeindre ou la maudire, rien n'y fait. Ces ondes-là sont intarissables. Du coup, ma colère augmente, ma frustration, mon cynisme, ou mon fanatisme. Mais les fantômes demeurent. Nous sommes tous un peu schizophrènes. Dédoublés, multiples. Et en guerre contre nous, contre ce bavardage intérieur, avant même d'être en guerre avec les autres, avec le monde. Nous détestons nos pensées, nos mots, nos paroles avant de haïr celles des autres.

Que faire ? 

Il n'y a qu'une seule issue : reconnaître que les pensées sont les manifestations du silence intérieure, de la présence, de la conscience, quel que soit le nom qu'on lui donne. Reconnaître, de tout notre être, que la mer fait des vagues. C'est normal. Naturel. Quel fada irait essayer d'enlever les vagues de l'océan avec sa petite cuillère ? Aimer la mer et détester les vagues, c'est de la folie.

Rejeter l'intellect, le mental, la raison, le langage, les mots, la parole, etc. c'est du dualisme pathologique, un dualisme pire que tous les autres. Une source de souffrance plus grande que les souffrances ordinaires. 

Et donc, je me détends. Je ne cherche plus à éteindre. A faire taire. Je me détend. Je laisse venir, je laisse partir.

Au-lieu de m'obséder du sens de ces pensées, ou de leur absurdité, je les ressens. Comme des vagues de lumière. Comme des bulles de clarté. Et tout s'apaise. 

Ça n'est pas parfait, je me laisse distraire, reprendre par les tensions, par les habitudes. Mais au moins, je sais qu'il y a une issue. Les pensées ne sont plus incompatibles avec la présence silencieuse. Comprendre ça est plus important que s'éveiller au silence entre les pensées. Je dirais même, infiniment plus important, absolument vital. Sans cela, il n'y a pas de vie intérieure. Que des morts.

C'est cela, la véritable libération, l'éveil, la non-dualité. 

Plus de famine spirituelle ! Plus de frustration. Plus de dilemmes. Plus d'excuses. Plus de gâchis. Les pensées, comme tous les mouvements en général, deviennent mes alliées. Mes amies. Plus de colère. Plus de peur. Plus d'hésitation. Plus de regrets.

Se détendre et reconnaître que les pensées sont les vagues de la conscience infinie, est un point vital. Et une source de joie et d'émerveillement... intarissable.

vendredi 18 janvier 2019

Comment gérer les pensées ?



Je ne l'aime pas trop, ce mot de "gérer".
Mais bon, on se comprend.

Quand une pensée a cessé, 
se révèle un silence vivant, vibrant mais doux,
une transparence lumineuse.
On peut l'appeler "pure conscience", "conscience" ou "présence", "le Soi", "notre essence", "Moi profond", "espace impersonnel", peu importe.
Ce qui compte est de reconnaître clairement "cela"
qui n'est pas une chose.

Mais ce silence ne dure pas. 
Même si vous êtes une grand yogi/yogini
plongé en samâdhi, 
tôt ou tard une autre pensée apparaît
et semble rompre le silence.

Un conte de yoga le rappelle :
un grand yogi vivait avec sa servante
dans sa grotte.
Il était accro aux soupes à l’oignon.
Un grave péché pour un yogi,
mais nul n'est parfait.
D'autant qu'il était fort en méditation.
Par la force de son entraînement,
il plonge donc en samâdhi,
un état de pure présence sans pensées.
Puis il en ressort,
savoure sa soupe,
puis il replonge,
dans l'espoir qu'un jour,
plus aucune pensée ne vienne 
jamais le déranger de son état
de pure conscience.
Il connu un certain succès.
Ses samâdhis étaient de plus en plus long.
Si bien qu'un jour il plongea pour de bon.
Son corps devient comme une branche
desséchée. Il resta ainsi,
parfaitement immobile,
pendant douze ans,
identifié à l'espace impersonnel.
Quand il réémergea,
il ne put s’empêcher de demander 
une soupe. Juste une, pour la route.
Sa servante se faisait vieille,
elle avait de plus en plus de mal
à déterrer les oignons (ou les radis,
selon une autre version).
Le yogi avait le sentiment d'être proche du but.
Il se disait que,
s'il plongeait assez longtemps,
son mental ne réapparaîtrait plus.
Plus de pensées, plus de désir de soupe.
Il replongea.
Cette fois, pendant des siècles.
La terre changea, des montagnes furent rasées,
d'autres apparurent.
Mais le yogi ressorti de son samâdhi.
Et il senti un irrépressible besoin de soupe.
Enragé contre la colère même
qu'il sentait monter en lui,
il s'écria "Où est cette maudite soupe ?
Elle est où ? Je VEUX ma soupe !"
La servante, qui était aussi une yogini,
et qui était donc toujours vivante,
lui sourit et dit : il n'y a plus de soupe.
Mais son parfum semble immortel
en toi...

Le mot pour parfum est vâsanâ en sanskrit. C'est la trace laissée par les actes. Autrement dit, les habitudes. Qui, comme chacun sait, ont la vie dure.

De fait, quelle que soit la qualité de "notre" expérience de la pure conscience sans pensées, des pensées vont réapparaître. Comme si de rien était. Comme de frais poissons surgis hors de l'eau limpide de la présence.

Si donc nous aspirons à être libre,
ça n'est pas tout de savoir être sans pensée.
Il faut encore savoir que faire
lorsqu'une pensée surgit.

Tant que nous n'aurons pas vécu le "bruit" de la pensée
comme silence, nous ne serons pas libres.
Même si nous sommes par moments
sans pensées, nous ne sommes pas libres des pensées.
Et il ne suffit pas de plaquer sur les pensées une autre pensée, vague, du genre : "Mais les pensées ne sont que des objets qui apparaissent dans l'espace impersonnel que je suis". Ce verni ne résistera pas à la vie quotidienne. Les tensions et la souffrance révéleront que cette stratégie est factice. 

Comment être libre alors ?

D'abord réaliser qu'à toute conscience, des objets apparaissent. Pensées, sensations, etc. Même au plus grand des yogis. Nul ne peut totalement et définitivement faire cesser toute pensée. Le corps et l'esprit sont un. Tant qu'il y a un corps, il y a un esprit. Tant qu'il y a du souffle, il y a parole, donc mots, donc pensées.

Mais alors, quelle est la différence entre un "éveillé" et un profane ?

La différence est dans la manière de laisser les pensées revenir au silence.

Quand je suis inconscient du bavardage mentale, je suis pris à son jeu : une pensée mène à une autre pensée, un mot à un autre, comme en un labyrinthe sans fin.

Quand "je" (la conscience) me suis éveillé à moi-même (comme pure conscience silencieuse), alors l'attention se déplace : au lieu de mettre l'accent sur les pensées, l'attention s'ouvre, se détend et vient reposer dans le silence sans limites.

Mais comment ?

Concrètement, quand je médite, au lieu de mettre l'accent sur l'apparition des pensées, en restant comme un chat qui guette les souris, ce qui va entraîner un choc à chaque fois qu'une pensée/souris se présente,
je mets l'accent (=je place l'attention) sur la disparition de la pensée. De fait, je ne peux empêcher les pensées d'apparaître ; mais je ne peux non plus les empêcher de disparaître, l'une après l'autre. C'est le bon côté de l'impermanence. 

Comme des dessins tracés sur l'eau, chaque pensée commence à s'évanouir dès qu'elle se présente.

La clé n'est pas dans l'apparition des pensées, 
mais dans leur disparition. 
Ne faites pas attention à l'apparition des pensées,
mais à leur disparition.
Ne craignez plus l'impermanence.
Faites-en votre alliée.

Dès lors, chaque pensée est ressentie comme une détente.
Essayez et voyez par vous-même. Sinon, ce ne sont que des mots.
Placez votre attention sur le fait que les pensées sont évanescentes, en fuite, sur le fait qu'elle s'évaporent
dans la vaste immensité silencieuse.

Ce yoga de l'impermanence est un yoga de la liberté, un yoga de l'offrande des pensées au feu du silence éloquent.
Me revient ici l'image de la Bhagavad Gîtâ : le yogi offre ses sensations et ses pensées dans le feu de la Présence allumé par l'éveil.

Bien sûr, cela ne vaut pas que pour les pensées, mais pour tout ce qui se présente : au lieu de mettre l'accent sur l'apparition de la sonnerie de téléphone, ressenti comme une agression (même petite, cela s'accumule), mettre l'accent sur la disparition de cette sonnerie.

La méditation, au lieu d'être une cessation factice et donc transitoire du bavardage mental, devient une libération, une détente, comme un long, long bâillement...

Et cette méditation peut être pratiquée en toute circonstance, puisque les pensées et autres dérangements ne sont plus des ennemis.
Ainsi, le mouvement fusionne vraiment avec l'immobilité.
Cela ne reste pas une idée vague, mais une expérience directe. Une expérience libre car non conditionnée, non parfumé par l'angoisse du retour du mental et des tensions.  Autrement, notre yoga reste une fabrication superficielle. Même si nous sommes les rois de l'âsana et du prânâyama, l'énergie reviendra et démasquera ce personnage du parfait yogi.

Voilà, en bref, comment gérer les pensées.


vendredi 15 juin 2018

Le silence et les pensées

Souvent, on vit un moment de silence,
puis on a le sentiment que "le mental"
nous le dérobe.
Comment intégrer les pensées dans une pratique de méditation ?

Une pensée se meurt dans le silence,
comme la résonance d'une cloche.

Présence vide.
Puis une autre pensée surgit du vide,
comme un poisson sort de l'eau
avant d'y replonger.



Voici une pratique simple,
en séance de méditation formelle
ou dans le quotidien.
L'attention de pose sur un mouvement, 
n'importe lequel : un son, une pensée,
un mouvement dans le corps...
et elle se laisser porter jusqu'au silence,
jusque dans l'espace.
Comme surfer une vague
jusqu'au grand large.

Le silence et les pensées : c'est le yoga essentiel de l'espace,
décrit par un tibétain dans ce beau passage, remarquable de clarté,
passage d'ailleurs traduit plusieurs fois déjà,
mais que je cite ici dans la traduction française de Mathieu Ricard :

Lorsque les pensées passées ont cessé
et que les pensées futures n'ont pas encore surgi,
n'y a-t-il pas, dans cet intervalle une perception du présent,
une fraîcheur claire, éveillée, nue, qui n'a jamais changé,
ne serait-ce que d'un cheveu ?
Voilà !
Cela, c'est l'état naturel de la conscience éveillée.
Or cet état ne durera pas : une pensée ne surgit-elle pas soudain ?
C'est le pouvoir de manifestation même de la conscience éveillée.
Mais si vous ne le reconnaissez pas comme tel dès que surgit une pensée,
et si les pensées ordinaires se mettent à proliférer,
c'est ce que l'on appelle "l'enchaînement de l'illusion",
la source même du samsara.
Si, au moment même où les pensées surgissent,
vous vous contentez de les reconnaître 
en les laissant à elles-mêmes,
sans que d'autres viennent s'y greffer,
toutes les pensées se libéreront naturellement
et sans difficulté dans l'espace de la conscience éveillée...
(Chemins spirituels, p. 273)

"les pensées se libéreront" signifie simplement qu'elles disparaîtront.
Vous me direz, une pensées finit toujours pas disparaître.
Oui, mais d'ordinaire, l'attention n’accompagne pas cette disparition.
Elle est déjà tournée vers une autre pensée, en état d'attente.
Du coup, cette pensée qui n'est pas pleinement vécue
va ressurgir sous forme de doute, regret, nostalgie, espoir, crainte, etc.
Alors que dans cette pratique, la pensée apparaît et disparaît,
mais "en conscience" et comme consumée par le feu de la présence éveillée,
de l'attention qui accompagne, ou plutôt qui raccompagne
cette pensée vers le silence. 
Au lieu de conduire à une autre pensée qui "s'enchaîne"
et qui ainsi nous enchaîne, cette pensée retourne au silence,
à jamais. 
Bien sûr, d'autre pensées surgissent, mais elles sont de plus en plus senties
comme des manifestations du silence.
Chaque pensée est une manifestation du silence.
Chaque mouvement est une manifestation de l'espace immobile.

Tel est ce yoga des manifestations de l'espace,
qu'ailleurs je nomme "méditation de Shiva".
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