Affichage des articles dont le libellé est réincarnation. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est réincarnation. Afficher tous les articles

dimanche 27 janvier 2019

Et si l'éveil était la naissance de la (vraie) personne ?

Le vide appelle la lumière

Comme je disais dans un article récent, 
la mort de l'ego est la naissance de la véritable personnalité.

Quand je donne une première dissertation à faire à mes élèves, une question qui revient est "A-t-on le droit de donner son opinion personnelle ?"

Mais qu'est-ce qu'une opinion personnelle ?
Car enfin, le plus souvent "nos" opinions ne sont que des schémas impersonnels qui se baladent dans l'inconscient collectif comme bactéries sur saucisson. Nos idées nous possèdent bien plus que nous ne les possédons, surtout si nous croyons naïvement que ce sont "nos" idées. Elles sont tout sauf personnelles. 
Pour parvenir à exprimer un avis vraiment personnel, il faut d'abord accepter de renoncer à ces opinions pseudo-personnelles et de s'en remettre à la lumière "impersonnelle" de la raison. Alors, au prix d'un travail critique de discernement et de détachement, nous nous approchons peu à peu du concept véritable, de la synthèse vivante, fruit d'une expérience intellectuelle et non d'une simple mécanique collective. 

Ce paradoxe de la philosophie se retrouve dans la vie intérieure. Pour devenir unique, je dois prendre le risque de m'abandonner à l'Un. Pour retrouver, en quelque sorte, mon Moi profond, je dois d'abord renoncer au faux Moi, construction sociale factice engendrée par des forces paresseuses et nourrie surtout de peur et d'aveuglement.

L'éveil de la conscience à elle-même au-delà de toute limite est mort du faux Moi, mais renaissance du Moi véritable.
En réalité il n'y a qu'un seul Moi. L'ego ou Moi factice n'est qu'un ensemble d'habitudes qui vampirisent l'énergie de la conscience, même si ces habitudes ont leur racine dans la conscience. 

C'est comme un lion effrayé par son propre reflet, comme un chien qui aboie contre son écho, comme un artiste qui se perd dans son oeuvre, comme un rêveur qui s'égare dans son rêve, comme une étoile noyée dans sa propre lumière, comme une star à qui son talent monte à la tête.

On dit souvent que l'éveil spirituel est la fin de l'individualité, de la personne, qui se fondrait alors définitivement dans la conscience universelle, alors que, sans éveil, la conscience individuelle se perpétuerait en se réincarnant, par exemple.

Je ne suis pas d'accord.

J'ai la conviction que c'est l'inverse : seules les individualités inertes ou incurables se dissolvent à jamais dans la conscience impersonnelle, dans l'Être. Quand une personne est prise dans de tels schémas de haine que son éveil devient quasi-impossible, alors elle se dissout à jamais dans l'Être. C'est le remède de dernier recours, mais aussi une sorte de gâchis.
En revanche,  quand la souffrance mène la conscience à se réveiller en un individu donné, alors cet individu ne se dissout pas : il est transfiguré, corps et âme, transformé. Et il poursuit à l'infini son ascension, progressant sans terme. 

La reconnaissance de la conscience universelle dans la conscience personnelle permet l'épanouissement de cette dernière, à travers un cycle de morts et de renaissances analogue au cycle sommeil-veille. Quand de dors, je disparaît comme individu. Mais c'est pour mieux réapparaître au matin ! Il en va de même dans la vie intérieure. La dissolution n'est pas une fin en soi, mais une étape dans l'épanouissement de la personne. La mort de l'ego est le moteur du "développement personnel". Des cycles analogues se répètent à des échelles de temps plus courtes : inspir-expir, apparition-disparition d'une pensée, d'une sensation...

Le but de la vie intérieure est la naissance par la mort, non pas la mort en elle-même. La mort, le vide, l'Être impersonnel, ne sont pas ultimes. Ils sont l'arrière-plan éternel, certes, mais pas l'état ultime. Il n'y a pas d'état ultime, mais une progression infinie de la personne à travers des cycles de mort et de renaissance, passant à chaque fois de l'Un à l'unique, de l'impersonnel au personnel.
Car rien de ce qui est beau et bon ne disparaît définitivement.

Seul le laid ou le mal sont résorbés dans l'Être à jamais, comme l'ombre dans la lumière. La vie ne perd rien, sauf ce qui n'existe pas vraiment. Et encore, la part de beauté dans la laideur ne disparaît pas. Je suis convaincu que, non seulement l'individualité ne disparaît jamais pour toujours, mais qu'encore chaque expérience de beauté et d'amour est conservée d'une certaine manière. L'individualité est belle. Même si elle est sans doute destinée à évoluer, pourquoi devrait-elle cesser à jamais ?

Seules meurent les illusions, l'inconscience, l'inertie, l'aveuglement et autres causes de peine. Le vide nous replonge dans l'Être pour mieux nous faire renaître. Et nous sommes à la fois Un et uniques, comme les rayons d'un cercle : chaque point de la circonférence est unique, mais relié à un même centre. Retourner notre attention vers le centre ne fait pas disparaître les points qui constituent la circonférence. 

En termes d'états, l'état de veille est "personnel" alors que l'état de sommeil profond est "impersonnel". Mais aucun état n'est supérieur à l'autre. Ils sont juste différents et complémentaires. Si je perds mon individualité dans le sommeil ou la mort, c'est pour me "ressourcer" et me réveiller mieux, "plus unique" en quelque sorte. L'Un est au service de l'unique même si, pour bénéficier de cette énergie, l'unique doit provisoirement renoncer à son unicité et s'oublier dans l'Un.

Donc l'Un et l'unique sont comme les deux ailes d'un oiseau.
L'Eveil est vraie naissance de la personne.

mardi 18 septembre 2018

Le Bouddha croyait-il en la réincarnation ?

un Bouddha a deux faces ?


Sujet de controverse séculaire, déjà, dans le bouddhisme moderne (j'entends par là le bouddhisme entré en contact avec la science moderne et sa méthode)...

Le bouddhisme offre des méthodes de contemplation attrayantes pour un esprit sceptique ou athée. 
Mais, comme pour les autres traditions de l'Inde, ces méthodes sont mélangées à des croyances qui sont loin, très loin, de faire l'unanimité.

Evidemment, me dira-t-on, il existe la Pleine Conscience, approche qui a déjà mis à jour ces méthodes contemplatives au regard des méthodes scientifiques. Mais la Pleine Conscience n'offre que l'approche contemplative, c'est-à-dire la méditation, la concentration, la relaxation. Selon le Bouddha lui-même, ces pratiques sont bonnes et source de riches bienfaits. Mais, à elles seules, elles ne mènent pas à l"extinction de la souffrance", c'est-à-dire à la cessation du désir d'être ou de ne plus être. Elles ne mènent pas au Nirvâna, à la guérison complète et définitive, à la fin des renaissances.

Mais, à dire vrai, on peut se demander si le Bouddha croyait vraiment en la réincarnation. Le terme indien, employé par toutes les traditions de l'Inde, est punar-bhava ou punar-janma, littéralement "re-naissance" ou "ré-existence". La traduction exacte serait renaissance ou, dans une version un peu pédante, la version française du terme que les Grecs avaient inventé pour traduire le sanskrit : la palingénésie;

Le Bouddha n'est pas clair sur la question des renaissances. Parfois, et certes souvent, il affirme que tous les êtres naissent, meurent et renaissent sous l'effet de leur actes et de leurs intentions. Le détail de cette "loi" est assez obscur. Seul un Éveillé (solitaire, enseignant ou enseigné) est censé pouvoir la comprendre complètement. Ces discours sont nombreux, surtout dans les récits des "vies antérieures" du Bouddha. Mais l'on est jamais sûr de pouvoir attribuer ces récits (très nombreux) au Bouddha historique.

Ailleurs, le Bouddha proclame que "personne ne naît, personne de meurt", en ce sens qu'il y a bien naissance, mais personne ne naît. Evidemment, il est très difficile d'expliquer ce qui, alors, constitue l'unité d'un "flux" ou d'une "série" individuelle et ce qui fait que ces séries ne se mélangent jamais. De plus, comment prendre au sérieux une continuité, apparemment personnelle mais réellement impersonnelle, en l'absence de mémoire ? Autant affirmer que mes ancêtres étaient "moi", au motif qu'il y a une continuité biologique entre nous ; ce que le Bouddha ne fait jamais, sans doute parce qu'il ignorait les ressorts de la génétique.

Parfois le Bouddha laisse entendre que ce genre de connaissance est inutile. Y a-t-il un Soi ou non ? Inutile pour remédier à la maladie de la souffrance. Ce qui amène de l'eau au moulin de ceux qui aspirent à un bouddhisme sans renaissances/réincarnations, puisque ce genre de pragmatisme du Bouddha suggère que seule la pratique et ses effets ici-bas comptent. Mais ailleurs, le Bouddha affirme que la seule véritable guérison définitive n'a lieu qu'avec la mort (pari-nirvâna, "extinction complète"). Un Éveillé-libéré vivant, selon lui, n'a aucune maîtrise sur les souffrances physiques - faim, soif, maladies... Le Bouddha âgé souffrait de terribles maux du dos.

Enfin, dans certains textes (Dîgha Nikâya II, 83 ; Majjhima Nikâya II, 86), le Bouddha affirme clairement qu'aucun "esprit" ne saurait exister indépendamment du corps (nâma-rûpa, en sanskrit). Ce qui implique qu'aucun esprit - personnel ou impersonnel - ne survit à la mort du corps. Quand le disque dur est détruit, les données sont détruites. Tous ceux qui ont connu cette mésaventure le savent bien... A moins de sauvegarder ces données sur un autre support. Mais cela n'est pas une hypothèse envisagée par le Bouddha historique. 

Alors, que pensait vraiment le Bouddha ?
Difficile de le déterminer clairement, et c'est sans doute pourquoi le bouddhisme a tant évolué par la suite.

Le bouddhisme a en effet expliqué par la suite que le Bouddha avait tenu un double discours, avec deux niveaux de vérité. Ce qui est étrange si l'on y réfléchit. Soit il y a renaissance, soit il n'y a pas renaissance. D'autant plus que la pensée bouddhiste n'est pas vraiment portée à la synthèse (sa "voie du milieu" n'a rien d'une synthèse).

En tous les cas, la croyance à la renaissance s'explique aisément. Elle répond au besoin humain (et partagé avec les mammifères) de justice. Une expérience célèbre des années 60 l'a assez montré (par Lerner, dans le sillage des expériences de Milgram). la plupart d'entre nous préférons une explication bancale, mais qui satisfasse notre sens de la justice, plutôt qu'une explication rationnelle, mais absurde : cliquer sur ce lien pour une introduction à ces expérimentations passionnantes. 
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...