Affichage des articles dont le libellé est siddhi. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est siddhi. Afficher tous les articles

dimanche 31 janvier 2021

Le seul bien



tā eva paramarthyante sampadaḥ sadbhirīśa yāḥ |
tvadbhaktirasasambhogavisrambhaparipoṣikāḥ || 23 ||

"Maître !
Les êtres vrais ne visent vraiment
que les biens capables
de faire grandir l'intimité
en la jouissance bienheureuse
du nectar de ton amour."

Utpala déva, Hymnes à Shiva, I, 23

Les "êtres vrais", tes amoureux, ne cherchent finalement que le Bien souverain : être envahi par toi, Bien souverain et sans pareil. Ils ne cherchent donc pas les pouvoirs surnaturels, comme celui de se rendre subtil comme un atome. Ils savourent l'émerveillement miraculeux de s'immerger en toi, dans la totale jouissance de ton amour.  

Ce verset suggère aussi que la Déesse, la conscience universelle, est la seule et unique source de plénitude. Elle est la "jouissance bienheureuse". Elle est ton amour, la Pierre Philosophale.

Tel est le Tantra intime, qui ne dépend que de notre libre-vouloir intime. 

Les pouvoirs surnaturels (siddhi) et autres "réalisations" sont des biens inférieurs, voire des diversions, des tentations, des infidélités. On pourrait croire que nous pouvons d'abord atteindre ces pouvoirs, puis leur source divine. Mais l'expérience nous enseigne que cette quête de pouvoir nous fait oublier la Source. En fait, cet oubli est déjà la condition profane. Pourquoi poursuivre ? Pour ne pas plonger directement ?

dimanche 1 octobre 2017

Que retenir du "tantra" ?

Je viens de lire deux biographies de maîtres tibétains.


D'un côté, un gros volume sur Khyentsé Lodreu, maître notamment de Sogyal,
et figure du bouddhisme tibétain en exile. 
Un personnage fascinant,
initié à toutes les traditions. Ses biographies (il y en a plusieurs deans ce volume)
énumèrent ses exploits tantriques, ses visions, sa puissance, 
ses dons, ses pouvoirs magiques, ses aventures politiques,
les rivalités avec les autres écoles, sa célébrité,
ses oeuvres, son autorité,
ses ambitions, ses réussites.
Sa "biographie intérieure" n'est qu'une suite de visions
spectaculaires. Sa "biographie secrète" concerne 
sa vie sexuelle.
Mais rien sur la vie intérieure.

De l'autre, un petit volume d'anecdotes sur Patrul, rassemblées patiemment  par Mathieu Ricard. 
Un portrait à travers des témoignages,
 où transparaît
un personnage humble, attentif aux autres,
exigeant avec lui-même, effacé, tourné vers l'intérieur.

Je vois, dans ce contraste, le rappel d'un fait :
malgré toutes mes sympathies et attirances pour le "tantrisme" (ou le "tantra",
comme on voudra),
le fait est que les personnages charismatiques, puissants,
les saints remplis de visions et de prodiges,
les missionnaires surhumains, les avatars et autres 
dispensateurs de la grâce dans ses formes les plus spectaculaires,
ne me touchent guère.
Et j'ai le sentiment de ne pas être le seul.
Si je reviens sur les figures qui m'ont marqué,
force est de constater qu'elles ont un point en commun :
une sorte d'humilité, une certaine méfiance
vis-à-vis des institutions, des groupes,
de tout ce qui est brillant et spectaculaire.
Je pense à Patrul, Shabkar, Ramana, Harding,
Nyoshul Khenpo.
Sans doute est-on frappé par les qualités qui nous manquent,
et sans doute je manque d'humilité...
En tous les cas, c'est un fait qui me fait réfléchir.

Même dans le shivaïsme du Cachemire,
je ressens ce même contraste
entre l'humilité d'une part, 
et la brillance charismatique, de l'autre.
Ainsi le contraste entre un Outpaladéva
qui s'efface, qui doute, qui confesse ses limites,
et un Abhinava Goupta qui, tout brillant qu'il soit,
invective souvent son interlocuteur,
le ridiculise parfois, n'hésite pas à se vanter
et ressemble parfois à un écrivain qui se regarde écrire.

D'où la figure de Jésus, aussi, et d'autres dans le même esprit.
Pauvreté, nudité, humilité.
Notez bien que je ne dis pas cela dans un sens anti-intellectuel. Du tout.
Outpaladéva est un philosophe génial et original.
Mais il est entier.
Or, dans le tantrisme, on est rarement entier.
J'observe le même trait dans le néotantra.
"On s'aime", en croyant semer...
Mais souvent, on se regarde juste le nombril.

Donc voilà, je me demande qu'est-ce qui est vraiment indispensable dans tout ça.
Que faut-il retenir du tantra ?

lundi 3 août 2015

Le yoga c'est du tantra

Billet anecdotique :

Les gens ont parfois l'air étonné quand ils apprennent que le yoga est une pratique tantrique. Surtout s'ils pratiquent le yoga dans des écoles où la pureté est de mise et où l'on se veut "védique" (quoi que ça veuille dire...).

Or en réalité, le yoga est bel et bien une pratique enseignée dans des textes qui s'appellent des "tantra". Principalement dans la religion de Shiva (shiva-dharma), dans celle du Bouddha (buddha-dharma) et dans celle de Vishnou (vishnu-dharma). Mais la source principale c'est, à l'intérieur de la religion de Shiva, le culte ésotérique des yoginîs (kula-dharma). Kula veut dire clan, famille, totalité, corps, souffle, puissance et conscience. Le propos de cette religion est de réaliser l'identité de tous ces termes. Le corps est le monde, qui est conscience.

Qu'est-ce que le yoga ?

Il existe deux approches :

- celle, plutôt bouddhiste, des Yoga-sûtra de Patanjali/Vyâsa, pour qui le yoga est "la suppression des activités (du corps, du souffle et) de l'esprit". Le yoga serait donc l'immobilité du corps, suivie par celle de la respiration, puis celle du regard, et enfin l'immobilité mentale. Dans le cadre de cette approche dualiste, on pourrait dès lors se reconnaître comme pure conscience isolée, ab-solue du corps et du mental. Le yoga est alors la branche appliquée de la philosophie sâmkhya, une tradition dualiste, fort ancienne, très influente, quoi que nul ne s'en revendique.

- celle de la religion de Shiva, pour qui le yoga est "l'union du Soi individuel avec le Soi ultime". Cette approche est clairement théiste, centrée sur Dieu. Mais aussi sur la fascination pour les pouvoirs surnaturels, alors que l'approche de Patanjali met en garde contre cette fascination. Cette vision est tantrique. Tantra=religion de Shiva, et plus spécialement de la Déesse, des yoginîs, du Koula.

Cette vision tantrique est évidente dans le texte de yoga le plus célèbre (aujourd'hui) après les Yoga-sûtra, la Lampe du Hatha-yoga (Hatha-pradîpikâ). Voici juste deux versets, issus de la version en dix chapitres, qui montrent que ce texte n'est qu'une compilation d'extraits de tantras. C'est donc un texte récent (XVe), mais tissé de citations de textes plus anciens (XIe et avant) :

Il faut tirer le souffle descendant vers le haut
et pousser le souffle expiré vers le bas,
en partant de la gorge.
S'il pratique ainsi, le yogi
sera délivré de la vieillesse
et il deviendra comme un jeune homme de seize ans ! IV, 36

Il faut toujours inspirer par la bouche,
entre le palais et la langue,
et expirer seulement par le nez.
En s'exerçant à ce yoga,
On devient comme un autre Eros !
On est adoré par les yoginîs,
on devient celui qui crée et détruit (le monde),
on ne souffre ni de la faim,
ni de la soif,
ni du sommeil
ni de la fatigue ! IV, 43-44

On voit ici que le but du yoga concerne d'abord le corps : les manifestations du yoga sont corporelles. On arrive à voler, à être invisible, immortel, jeune, joli, mince, etc. Le corps est au centre de la religion du Koula. Et même au centre des religions de l'Inde et du tantrisme en particulier.

Donc le yoga c'est du tantra.
Ceux qui disent le contraire sont, soit ignorants, soit menteurs.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...