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jeudi 7 avril 2022

L'Envisagement de Dieu



La tradition catholique a mauvaise presse. Elle est pourtant riche d'une tradition quasi inconnue, celle de la contemplation sans images ni pensées, appelée aussi "oraison du cœur" ou "oraison de silence et de repos". Elle est l'expérience directe du mystère au-delà de toute expression, de toute représentation. On l'appelle aussi "théologie mystique".

Dans cette tradition, qui a disparue à la fin du XVIIe siècle, nous avons plusieurs dizaines de manuels de pratique, des guides complets, depuis le tout premier "éveil" jusqu'à "l'état fixe", quand le cœur est totalement établi dans la présence divine.

J'ai donc grand plaisir à vous annoncer la parution d'un de ce manuels, celui d'un moine de Bourg-en-Bresse dont on ne sait rien par ailleurs, un certain Simon. Son manuel étant fort long, j'en ai extrait le quart. Ce petit livre s'adresse aux amoureuses et aux amoureux du silence intérieur. Direct, sans concession, il guide sur le chemin de l'expérience directe, au-delà des symboles et des dogmes.

Voici un extrait, sur l'aspect "savoureux" de la Présence :

"Quelque fois le saint Amour redonde  avec une grande tendresse jusqu'au cœur et aux sens, mais toujours d'une façon qui nous est cachée, et sans savoir comment nous aimons. Et d'autres fois, avec plus de vigueur et de force en l'âme, il ne fait aucune impression sur les sens. Et alors comme nous le comprenons moins, nous restons plus obscurcis et anéantis, et par conséquent moins satisfaits , mais aussi plus sublimes et divins."

Vous pouvez commander ce livre sur lulu.com,

ou dans une librairie avec l'ISBN 9791093925189 :

cliquer ici

mercredi 11 mars 2020

Vivre dans le néant



Tout notre être est Dieu.
Le Diable a bien mis son grain de sel, selon la tradition.
Mais, même lui, d'une façon incompréhensible, agit selon Dieu, même en agissant librement et contre Dieu. Même les fausses notes font partie de la divine musique. Tolkien dit cela à travers la métaphore du chant, au début de son Silmarillion.

Et donc, dans la conscience de cette dépendance totale,
il n'y a pas à se soucier des dons ou de leur absence.
Il suffit de réaliser que nous n'avons rien par nous-mêmes,
et tout en Dieu et par Dieu.

Simon de Bourg-en-Bresse, comme tous les mystiques, conseille d'oublier ces dons pour les laisser vivre en Dieu, avec tout le reste :

Lorsque Dieu nous élargit des dons naturels et des grâces surnaturelles, nous n'en faisons aucun cas, sinon en tant qu'il veut être servi de nous par leur moyen. Nous n'estimons pas ces grâces en elles-mêmes, mais par leur moyen nous venons à reconnaître et estimer plus noblement leur donateur comme le seul et unique être. 
Nous rapportons toujours très fidèlement toutes ces grâces à Dieu comme à leur source unique. Nous ne nous élevons point pour elles, mais nous nous tenons toujours fermement dans notre néant. Nous ne nous éjouissons point en nous de ces grâces, mais en Dieu. Nous ne les recevons pas, ni les retenons en nous, parce que ce qui n'est rien ne peut recevoir en soi aucune chose. mais nous les recevons et conservons en celui qui est le seul et unique être. Nous ne nous représentons point si Dieu nous prive ou non de ces grâces. Les ayant ou ne les ayant point, nous demeurons également contents en notre néant.

Les Saintes élévations, Deuxième degré, chapitre V

dimanche 2 février 2020

Laisser le mystère penser en nous

silvaris:    waterfall by Taylor Chang

L'intégration de la pensée dans la vie intérieure est la chose la plus difficile de cette vie.

Il semblerait que, soit nous nous perdons dans nos réflexions, soit nous nous frustrons en refusant de penser.

Le remède est peut-être de "penser en Dieu" pour parler comme au Grand Siècle.

Dieu est le silence intérieur, au centre de nous comme de tout, en lequel chaque être baigne comme l'éponge en la mer.

"Penser", c'est faire oeuvre de prudence dans les affaires du monde, par exemple décider si "ma fille doit rentrer à 22 heures ou bien à 23, comme ses amies". Presque toujours, nous sommes distraits par ces dilemmes. Ou bien, nous demeurons dans le silence intérieur, mais nous craignons alors de paraître ineptes, d'être une mauvaise mère, etc.

Un maître de vie intérieure du XVIIe siècle nous répond :

Ne voulant et ne pouvant plus penser amoureusement qu'en Lui, Lui est comme obligé de penser plus particulièrement en nous, veillant avec une attention continuelle et amoureuse sur toutes nos actions, pour connaître et accomplir sa sainte volonté. Lui par sa sainte volonté ne manque pas aux rencontres de nous la faire reconnaître efficacement : notre âme ayant perdu sa conduite humaine et discursive par un profond engloutissement en Dieu, Dieu tout bon et communicatif prend plaisir de se rendre son maître et son directeur particulier. Bref, comme notre union avec Dieu est toute divine et passive, ce n'est pas merveille que nos opérations soient aussi divines et passives. Et que Dieu comme notre seigneur absolu, nous possède pleinement, et nous émeuve divinement, à savoir, ou bien à ignorer, ou à nous ressouvenir, ou à oublier tout ce qu'il faut.
Et comme il arrive quelques fois que la personne par un très grand et continuel recueillement perd la prudence humaine et devient comme stupide et inepte pour les choses du monde, Dieu par une Providence particulière la récompense d'une prudence divine et admirable, et aux rencontres lui inspire efficacement tout ce qu'elle a à faire.

Et un jour Dieu dît à sainte Catherine de Sienne : « Ma fille, pense en moi, et je penserais en toi et en tes affaires. »

Simon de Bourg-en-Bresse, Les Saintes élévations, quatrième degré, chapitre XXX

"Penser en Dieu", c'est réaliser que, quand moi, être incréé, je me tourne vers mon être incréé, je me tourne vers Dieu. Et c'est alors Dieu qui pense. 
En un sens, c'est toujours Dieu qui pense, car il n'y a qu'une seule cause efficace. Mais d'ordinaire, je ne le réalise pas, je ne le reconnais pas. D'ordinaire, Dieu me pense, et ensuite "je " pense. Et les pensées me semblent de plus en plus étranges et étrangères, à l'image du reste du monde. Et je me perds en ces entrelacs, l'acte intellectuel devenant peu à peu mécanique bavarde.

Remarquez que tout ceci reste valable si, au lieu de "Dieu", je préfère parler de l'univers, de la nature, du cosmos ou de la réalité. Les implications pour l'intégration de la pensée dans la vie intérieure sont les mêmes.

Et donc, il est possible de penser à partir du silence, de reconnaître tout simplement que les mots apparaissent, vibrent et s'évanouissent dans le silence. Le silence n'est pas étouffé par les mots, les mots ne sont pas vampirisés par le silence. Il y a harmonie, comme dans une belle musique, il y a un respire, un balancement. Parfois les mots affleurent comme des grosses baleines bleues. Parfois elles jaillissent comme des poissons volants. Mais l'harmonie demeure. Et même, les mots, en faisant vibrer le silence, le mettent en valeur, tout comme un son met en valeur l'espace d'une église. Attentif au surgissement des choses, elles me semblent de moins en moins étrangères. 

Et aussi, je réalise ainsi que les pensées, comme n'importe quel acte ou mouvement, jaillissent de l'acte universel. C'est cette mise à l'unisson avec l'acte universel qui me rempli de joie, de force et me réconcilie avec la souffrance, la vieillesse, la maladie, la mort et autres accidents de la vie. Il y a vision et affection. Intellect et coeur, la dimension cognitive et la dimension affective.

Donc le retournement vers soi, la plongée au centre, ne détruit pas l'intellect, mais m'ouvre à une autre manière de penser, dont j'ai forcément déjà fait l'expérience, mais que j'épouse ici pleinement. L'explication de tout cela est simple, en vérité : comme tout est dans l'espace, tout est dans la conscience universelle, d'elle et vers elle. Il n'y a pas d'exception. Même la distraction baigne dans la conscience ; même l'oubli, même le bavardage, tout. Avoir cette assurance, basée sur l'expérience ordinaire, nous donne le courage et la confiance pour plonger. Il y a alors yoga, conjonction, union.

Reconnaître que c'est m'univers qui vit, qui s'identifie, qui imagine, qui désire. Voir, sentir qu'il n'y a pas de séparation, mais continuité d'une infinité de degrés, de nuances, à l'image d'une cascade qui fait un seul mouvement, depuis sa source jusqu'à ses plus fines gouttelettes. 

jeudi 30 janvier 2020

Laisser le Tout-présent me simplifier

Brindilles...

La vie intérieure, une simplification :

"Dieu est infiniment simple, en ce qu'il est dépouillé de toute composition et multiplicité. Sa puissance est lui-même, sa sagesse est lui-même, son amour est lui-même, la jouissance est infinie qu'il a de soi-même, est lui-même, et les trois Divines Personnes ne sont que la même très simple et infinie essence.

Au premier degré, nous nous occupons en plusieurs et directes méditations, prises sur des sujets tous différents, et par ainsi nous agissons beaucoup et sommes dans une grande multiplicité.

Au second, nous restreignons et recueillons notre esprit à une sainte méditation qui est celle de Dieu, et encore pour le regard de sa seule immensité, de son existence et de sa sainte présence. Et par ainsi nous commençons à nous simplifier.

Au troisième, nous ne recherchons plus comme Dieu est présent et nous ne nous évertuons plus grossièrement de produire des affections en la sainte présence. Mais par l'abondance de la grâce et opération de Dieu en nous, et par une sainte habitude nous possédons le sentiment de sa sainte présence, et nous conservons une vue intérieure de lui tout présent dans laquelle nous formons nos affections, non plus activement et grossièrement, mais passivement et intimement, de sorte que nous devenons encore plus simples et détachés de nous et de nos actes.

Au quatrième, non seulement nous retranchons les méditations, mais encore les diverses affections sur Dieu présent : et communément nous nous contentons d'une élévation simple, amoureuse et respectueuse de notre esprit sur Dieu tout présent. Et par ce moyen nous sommes rendus encore plus simples.

Au cinquième, comme plus passif et surnaturel, Dieu nous fait perdre notre propre activité et tout notre effort grossier du quatrième degré, avec lequel nous tâchions d'élever notre esprit à lui. De sorte qu'il nous fait faire cette élévation d'une manière plus passive et surnaturel. Et par même moyen il nous rend plus simples et plus intimes.

Au sixième, Dieu nous prive du regard de notre entendement sur lui tout présent et il ne nous laisse que le seul amour, amour sans aucune connaissance actuelle, et par conséquent obscur et ténébreux, dont nous restons tous désolés, craignant de retourner en arrière et de devenir oisifs et moins spirituels, quoi que pourtant nous devenions plus simples, plus intimes et plus élevés, en ce que nous sommes très noblement occupés au meilleur, qui est l'amour.

Au septième, Dieu nous laisse bien son amour, voire même il nous l'augmente, mais il nous prive de tout sentiment de lui, voire même il nous en donne un sentiment tout contraire, par les diverses rebellions de la partie inférieure et par le peu d'action et de résistance sensible de la partie supérieure, dont nous restons encore plus troublés et angoissés, mais en vérité plus simples, plus éloignés de nous et de nos actes, plus purgés de nous-mêmes et de nos imperfections et plus déiformes.

Et au huitième, non seulement nous pratiquons toutes les vertus les plus excellentes, mais encore nous n'opérons plus imparfaitement, bassement, activement et humainement, mais très parfaitement, hautement, passivement et divinement, en ce qu'en toutes nos œuvres nous sommes comme continuellement mus et agis de Dieu. Et par même moyen nous vivons dans une très bonne simplicité, nudité et aliénation de nous-mêmes.

Et par cette simplification de nous-mêmes, nous acquérons une union et si j'ose dire, une unité très admirable avec Dieu."

Les Huit Degrés de l'oraison, par Simon de Bourg-en-Bresse, moine capucin du Grand Siècle, à paraître bientôt chez Arfuyen

Notez que tout ce qu'il y a à faire est de se laisser faire. In-action divine, action intérieure qui détermine une vie intérieure, par l'intérieure, qui flue de l'intérieur vers l'extérieur. Notez aussi que l'individu est simplifié, qu'il ne cesse pas, et que son libre-arbitre est toujours respecté. Enfin, l'accès à Dieu est directe, car Dieu est le seul moteur efficient. De plus, comme il n'y a pas de parties en Dieu tout simple, il n'y a pas de parties de la connaissance de Dieu. Dieu est connu d'un seul coup, tout entier en une présence immédiate. En revanche, mon être a des parties, des parties de mon corps, de mon âme et de mon esprit. L'inaction de Dieu sur elles a donc des parties. Les effets de la connaissance immédiate de Dieu sont donc progressifs. Voilà une voie simple : s'ouvrir instinctivement à Dieu, c'est l'éveil instantané. Puis se laisser faire peu à peu, dans toutes les parties de son être.
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