Dans notre monde, une chose ne peut en devenir une autre sans cesser d'être elle-même. Comme dit le philosophe grec Proklos, "dans la matière, les contraires se détruisent et se chassent mutuellement. L'espace occupé par l'un ne peut participer à l'autre. Une chose blanche ne devient pas noire, sauf par la destruction du blanc, le chaud ne devient pas froid sans la disparition de la chaleur" (In Parmenidem, 739.27).
Bienvenue dans les pâturages de la Vache cosmique. Philosophie et mystique, voie de la connaissance et de l'amour. Philo-sophia, amour de la sagesse, désir de vérité, expérience et réflexion. Yoga ou union du cœur et de la tête. La philosophie comme yoga, la philosophie comme pratique, éclairée et nourrie par la tradition du Tantra et autres sources que nous ont léguées nos ancêtres. Cours Tantra traditionnel.
vendredi 12 juillet 2019
Le monde de l'impossible
Dans notre monde, une chose ne peut en devenir une autre sans cesser d'être elle-même. Comme dit le philosophe grec Proklos, "dans la matière, les contraires se détruisent et se chassent mutuellement. L'espace occupé par l'un ne peut participer à l'autre. Une chose blanche ne devient pas noire, sauf par la destruction du blanc, le chaud ne devient pas froid sans la disparition de la chaleur" (In Parmenidem, 739.27).
dimanche 25 novembre 2018
La vie intérieure a-t-elle un commencement ?
mercredi 16 mai 2012
La tour des miracles du Bouddha-Soleil
mercredi 11 avril 2012
A l'intérieur... l'extérieur !
Le dharma proclame dès l'origine l'interdépendance ou "coproduction interdépendante" (prati-ītya-sam-utpāda). Chaque chose naît - existe - à cause de causes et de conditions multiples. Rien d'original en cela. Ce qui l'est davantage, c'est de tenir que la chose elle-même n'existe pas en dehors de ce réseau causal. Non seulement le tissu n'existe pas en dehors des fils, mais encore l'identité, le temps, l'espace, l'humanité, rien n'existe en dehors des parties, des particules et des rapports et des effets. Par exemple, le feu est l'ensemble de ses pouvoirs : brûler, cuire, éclairer, sécher, enfumer, etc. Le Bouddha prend l'exemple du char - on parlerait aujourd'hui de la voiture. Elle n'existe pas en dehors de ses parties, de ses usages et des idées que l'on s'en fait. Le philosophe Diṅnāga en donnera la formulation la plus aboutie : être, c'est être une cause capable de produire tel effet attendu (artha-kriyā).
De plus, comme le montre Dharmakīrti et sa famille philosophique (cachemirienne), l'interdépendance débouche sur l'expérience brute des êtres comme singuliers, absolument indépendants (vivikta) les uns des autres. Ainsi, l'idée centrale du dharma est bien éloignée de l'idée d'interdépendance. Il s'agit au fond de montrer que toute relation n'est qu'une construction conceptuelle projetée sur des choses singulières et donc ineffables. La relation - et donc l'interdépendance - est une généralisation, une abstraction sans rapport avec le réel. Telle est du moins l'idée du dharma ancien tel que Dharmakīrti l'a bien comprise.
Donc si le bouddhisme ancien parle d'interdépendance, ce n'est pas pour célébrer l'idée que "tout est un", que tout est comme un grand organisme où tout se tient. Cette idée-là, cette idée de kosmos, de nature vivante, composée en un être unique, c'est celle des Upaniṣads ou bien du stoïcisme. Le bouddhisme - le plus ancien du moins - est à l'opposé de cette vision holiste (de holos, le tout en grec). L'idée que le bouddhisme célèbre l'interdépendance dans le sens d'une unité de toutes choses est, à tout prendre, une idée romantique du XIXe siècle, époque à laquelle le dharma a commencé à intéresser les Occidentaux. Telle est, par exemple, la thèse de The Making ofBuddhist Modernism.
Voir aussi les billets tout frais d'Eric Rommeluère et Joy Vriens !
samedi 5 mars 2011
La lettre de l'esprit
Le zen est souvent présenté en Occident comme une voie "en dehors des textes". Les maîtres zen apparaissent comme des excentriques anti-intellectuels. Pourtant, ce point de vue largement propagé par les japonais de l'école Soto ne reflète qu'une partie de l'héritage du zen. Il y a eu des maîtres zen érudits. Ainsi Guifeng Zongmi, auteur de vastes commentaires sur les soutras comme l'Avataṃsaka ou l'Eveil parfait. Son amour des lettres ne l'a pas empêché de pratiquer l'assise zen jusqu'à la fin de ses jours. Les reflets ne cachent pas la transparence du miroir. La transparence du miroir n'efface pas les reflets. Pour l'avoir compris, Zongmi est marginalisé.
Il n'est pas le seul cas. Advayavajra fût un maître érudit et un grand yogin. Marginalisé aussi.
Abhinavagupta développa de conserve une recherche intellectuellement très exigeante avec une pratique mystique des plus profondes. Célèbre, sans doute. Mais qui le lit ?
Longchenpa fût un "docteur abyssal" et un yogin du simple laisser-être. Son dzogchen reste largement ignoré. Simplicité absolue de la contemplation. Richesse inépuisable de la composition. Non pas Docteur Jekyll et Mister Hyde, mais vacuité et forme, forme qui n'est autre que la vacuité. Plus la compréhension de la vacuité de la forme est profonde, plus la forme s'épanche à profusion. "Vérité de surface pure" (shuddha-samvriti, dixit Maitripa).
Et Maître Eckhart. Et Ibn Arabî.
La tentation de jeter tout ce qui fait plus de deux lignes à la poubelle est grande dans la spiritualité contemporaine, obnubilée par l'esprit du "plug-and-play". Que cela est fort dommage !
PS : Le Soutra de l'Eveil parfait est accessible en français, dans cette excellente collection.




