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vendredi 8 mai 2020

Le yoga de l'éveil de la Koundalinî

Hanuman as Yogi India, Kerala, Cochin, early 19th century Teak ...



"L'éveil de la Kundalinî".
J'avais lu ces mots pour la première fois dans l'Homme-Dauphin de Jacques Mayol, quand j'avais 14 ans. Il parlait d'une puissance mystérieuse et dangereuse. Et comme il parlait aussi de zazen, je m'étais confectionné un zafu. 

Par la suite, j'ai étudié, fais des expérience et plus encore, j'ai écouté d'autres me raconter les leurs. Comme je pratique le sanskrit, j'ai pu commencer à accéder aux textes, au-delà de ceux publiés par Arthur Avalon et recyclés à l'infini par le Nuage et ses entrepreneurs.

Récemment, j'ai lu une étude sur le yoga du Netra Tantra par Bettina Baümer, très clair et précis.
Le Netra enseigne trois yogas : le yoga des rituels, avec Mantra, Yantra et Mudrâ. Mais ce yoga implique aussi le second yoga, celui du corps subtil. Car "seul Shiva peut adorer Shiva". Et pour devenir Shiva, il faut devenir Shiva. Et pour devenir Shiva, il faut parfaire le yoga du corps subtil. Et pour parfaire ce yoga, il faut commencer par le yoga de l'éveil de la Kundalinî.

Et ce yoga est donc basé sur celui du corps subtil, c'est-à-dire le yoga de l'éveil de la conscience, de l'énergie vitale, du réveil de la vie se délivrant de l'emprise des mots.
Elle part d'en bas et s'élève en haut à travers le canal central, comme un flot ou un feu.

Elle travers 6 centres, 5 espaces, 3 luminaires, 3 cibles, 12 noeuds, 16 supports vitaux.

Ce sont différentes manières de nommer les chakras et les trois canaux principaux.
Une fois en haut, un flot de nectar s'écoule et inonde le corps "jusqu'à travers les pores de la peau" précise le commentaire de Kshémarâja.


Le yogî devient immortel : son corps se transforme en corps divin libre de toute maladie. Il est à la fois libre du corps et incarné, bhoga et moksha, libre de toute passion et libre pour toute action.

Le point est qu'il y a deux méthodes pour ce yoga :
- la méthode tantrique, plus détaillée, graduelle et fondée sur l'effort de l'adepte.
- la méthode ésotérique kaula, plus simple, directe, fondée sur la spontanéité du ressenti.

Malgré des description détaillées, dans ce tantra et d'autres (dont des passages sont repris dans les purânas, les upanishads et les textes de hathas-yoga), la pratique conserve son mystère. On sent qu'il s'agit d'une pratique concrète décrite à travers des symboles, comme dans l'alchimie. Mais il y a des éléments concrets : l'observation de la respiration, la concentration et des contractions du fondement. Le corps est au cœur de cette voie. Ainsi que la vibration, l'idée de pulsation, que ce soit les cycles de la respiration ou le "scintillement" (sphurattâ) de l'attention.

Mon impression est que la pratique est simple, comme en témoignent plusieurs versets du Vijnâna Bhairava Tantra et la méthode kaula. Le point de départ consiste à poser l'attention entre expir et inspir. Le reste évoque l'expérience à l'aide de symboles, car il faut inventer pour décrire ce que le langage quotidien n'a pas pour vocation de décrire. 

samedi 25 mars 2017

Un corps délivré du mental



La croyance que je ne suis que ce corps
est la source de bien des souffrances.
Ce corps est la porte par laquelle 
le voleur - la mélancolie - fait irruption.

Mais quand je réalise que je ne suis pas que ce corps,
mais que toutes les formes sont mon corps,
car toutes apparaissent, vivent et disparaissent en moi,
alors le voleur entre, mais...
... dans une maison vide !

Réaliser que je ne suis pas que le corps,
est-ce que cela veut dire que ce corps
est abandonné, laissé à l'abandon,
et donc délabré, négligé, 
telle la carcasse d'un ermite
qui vivrait dans le rejet de sa chair ?

Il y a un paradoxe :
si je cesse de m'identifier,
de me contracter,
de me limiter à ce corps,
alors mon être se redéploie,
reprend de la hauteur et de la profondeur,
à l'infini de l'espace.
Un chant s'élève dans le cœur,
une allégresse en cet
abandon d'élévation,
une palpitation dans ce vaste
silence immobile.

Un corps délivré des espoirs et des craintes,
affranchi des délires de l'imagination,
est heureux.
Le souffle va doucement et puissamment,
comme le soufflet d'une forge,
comme le souffle d'un nouveau-né.
Luxe, calme et volupté.
Quand le mental se fond dans le silence,
le corps retrouve son équilibre.
Quand le corps est apaisé,
l'âme est en paix.
Avenir et passé sont vus
comme de loin.
Les possibles sont comme des serviteurs
qui attendent à la porte du palais,
certains plus forts que d'autres,
mais tous soumis 
à la Reine Présence.

Comme disait le maître d'un de mes maîtres :

"Je ne suis pas le corps,
car ce corps apparaît en moi.
il est mon serviteur,
et de ce fait il déborde de joie et de conscience."

Heureux les pauvres, 
le Royaume est à eux,
qui n'ont plus ni Moi ni Mien.

mardi 13 août 2013

Techniques du corps

Tout dépend de tout. Ou presque. Du corps, c'est certain.

J'avais déjà évoqué plusieurs traditions dans ce domaine, celui des manières de bouger.
Je vais vous faire une confidence : j'ai toujours eu tendance à marcher en posant d'abord la pointe des pieds, "comme une danseuse". Évidemment, cette tendance spontanée, je l'ai souvent réprimée, à cause du ridicule. Aussi, je découvre avec plaisir que cette tendance devient aujourd'hui très "tendance". Voici un petit document intéressant sur cette façon de marcher et de courrir :



Il y a quelque temps, Arte avait diffusé un autre document, passionnant, sur la question, dont voici la fin :



Ils ne parlent que de la course, mais je crois que ce genre de recherche concerne aussi la marche. Et tout le reste : la manière de se tenir debout, de dormir, de s'asseoir, de parler, etc. Un exemple parmi mille autre, celui du japonais Kono Yoshinori :


Kono Yoshinori 1 par Gebo88

Et Tetsuzan Kuroda :



Ce domaine est, bien sûr, propice aux charlatans. Après plusieurs billets sur la "projection à distance", voici une compilation sur les bouffons des "bambous jaunes" . Bien jaunes, en effet ! Et on retrouve partout ce genre de drôles. Par exemple dans le Sud de l'Inde. Mêmes costumes kitsch (l'uniforme, ah l'uniforme !), même bla-bla grandiloquent, même indigence des gestes techniques : hilarant.




vendredi 30 mai 2008

Le chemin subtil

Le système contemplatif de la Quintessence de la Grande Complétude (dzogchen nyingthig) est unique dans le bouddhisme tantrique, au motif qu'il s'appuie sur une physiologie subtile différente des autres systèmes tantriques. En particulier, il professe qu'il existe, à l'intérieur du canal (nâdî) central un autre canal, plus subtil encore, le "canal gati doré", ou "canal de cristal". Les spécialistes de ce sujet (Cf. par exemple, D. Germano, Poetic Thought..., p. 727) affirment que le terme gati, qui n'est pas tibétain, n'a aucun sens en sanskrit, et que donc il proviendrait plutôt d'une hypothétique langue d'Oddyâna (dont la capitale est Mingora, martyrisée en ce moment même par les Talibans) ou du royaume de Shang Shoung (autour du Kailash).
Cependant, outre que l'existence même de ces langues n'est pas établie avec certitude, il est un fait admis par tous : le dzogchen a conservé, dans sa terminologie décrivant le corps subtil, des mots sanskrits (citta pour le "coeur", cakshu pour les yeux). L'hypothèse selon laquelle le mot gati serait lui aussi sanskrit me paraît donc plus plausible.

Mais que signifie gati en sanskrit ? Le dictionnaire Monier Williams nous propose "voie", "chemin", "destinée", "cheminnement", "mouvement", voire "transmigration" d'une existence vers une autre. Remarquons, pour commencer, que ces acceptions sont compatibles avec l'idée que ce canal gati est une voie partant du "coeur" vers les yeux. C'est ce chemin qu'empruntent les "corps" (kâya) et les sagesses (jnâna) de notre Nature de Bouddha pour "sortir" par nos yeux et ainsi devenir visibles face à nous, lors de l'expérience post-mortem du bardo ainsi que lors des pratiques yogiques qui sont censées la préparer.

Et ce n'est pas tout. En effet, l'un des plus anciens textes en sanskrit, la Brihad Âranyaka Upanishad, parle à plusieurs reprises du "coeur" en lequel reposent cinq essences (rasa) colorées et dont partent d'innombrables canaux. Tous mènent à des expériences samsâriques. Mais il y a un canal "infime", "subtil" (anu) qui monte vers le haut et qui mène au brahman, c'est-à-dire à la délivrance, décrite comme découverte du Soi et du paradis (svarga) : "Un chemin (panthâ) subtil est tracé depuis toujours. Je l'ai découvert [...]. Par ce chemin les sages qui connaissent le brahman montent d'ici-bas, affranchis, au monde du svarga. On y voit, dit-on, du blanc, du bleu, du jaune, du vert et du rouge. Ce chemin a été trouvé par brahman; par là passe celui qui connaît le brahman, l'homme vertueux et énergique" (BÂ, IV, 4, 8-9, trad. Emile Senart). D'autres passages du même texte (BÂ II, 1, 19; IV, 2, 2; IV, 3, 20) précisent que le lieu d'origine de ce canal est le coeur. Mais une autre Upanishad védique (Chândogya, VIII, 6, 1 et suivants) le dit aussi clairement : "Les canaux subtils (animnah) du coeur sont plein de marron, de blanc, de bleu, de jaune et de rouge", comparables aux rayons du soleil. L'âme traverse les états de veille, de rêve et de sommeil profond selon qu'elle se déplace dans l'un ou l'autre de ces canaux. De même, sa destinée future dépend du canal emprunté au moment de la mort. Le canal qui monte vers le haut est celui du brahman, sorte de guide et de précurseur du chemin de la délivrance, à l'instar du "Bouddha primordial" du dzogchen.

Certes, le mot gati n'apparaît pas dans ces extraits. Mais on y trouve le terme "canal" (nâdî) avec le sens de "chemin" (panthâ). Chandogyâ VIII, 6, 5 emploie gacchati -"il va" - pour designer le mouvement de l'âme dans les canaux. Or gacchati est apparenté par la racine GAM- à gati, qui en est un nom d'action.

Evidemment, ce ne sont pas là des preuves irréfutables. Mais il me semble que ces indices rendent l'hypothèse de l'origine indienne de ce terme bien plus crédible que les hypothèses proposées actuellement par les tibétologues spécialistes du dzogchen.
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