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mardi 14 septembre 2021

Jamais sans mon consentement

 


Se fondre dans l'action divine, quelque soit le nom qu'on lui donne, c'est plonger dans un état sans effort, un état de grâce, un état fluide. Pourquoi tout baser sur nos efforts ? Plutôt laisser faire cette force infiniment plus forte.

Mais cette légèreté n'est possible que si nous nous rendons disponibles, si nous nous tournons vers cette Source, si nous nous laissons faire. Autrement, la transparence évidente demeure inaccessible.

L'œuvre du mystère demande un consentement de notre part.

La Source est toute-puissante. Elle est la force sans laquelle aucune force n'existe. Mais elle ne nous forcera jamais. Tout repose donc sur notre libre consentement. Nous pouvons nous laisser envahir, laisser cette force s'emparer de nous, la laisser remplacer notre néant par son tout. 

Nous ne pouvons rien sans elle. Mais elle ne peut rien sans notre libre consentement. Là encore, liberté. Nous dépendons entièrement de ce qui est plus vaste et plus fort que nous. Alors, une lumière se met à transformer nos ténèbres. Si nous l'acceptons.

samedi 8 mai 2021

Quand l'orage apaise


Le Cachemire est une large vallée. Les orages y sont aussi fréquents que dans notre Sud. Un sage de cette contrée, un héros spirituel, Vîranâtha, nous a laissé ce conseil :

"Quand le roulement du tonnerre
disparaît peu à peu,
l'esprit qui l'écoutait 
s'apaise." 

(Un Bouquet pour l'éveil à soi, Svabodhodayamanjarî,1)

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Ce conseil vaut pour n'importe quel mouvement. Il vaut encore davantage pour les mouvements violents : tempêtes, orages, douleurs, crises, maladies, canicules, efforts et autres épuisements.

J'écoute l'avion qui fait résonner la vallée. L'avion de La Poste passe à minuit, une longue vibration qui me fascine depuis l'enfance. Toute la vallée résonne comme un corps géant, un "om" immense qui réveille le Vide et ramène au vide, à ce mystère loin-proche. "Le calme après la tempête". Je suis cette paix, tout est cette paix. Je suis la paix entre les guerres, l'équilibre entre les tensions, le silence vivant entre les mots, l'espace entre les corps.

Je suis identifié à la douleur, à l'émotion, à l'orage. Mais alors, quand ils s'apaisent, je me laisse porter dans la paix, je plane sans effort dans l'immensité nue. Naturellement, l'attention captivée par le tonnerre débouche dans le silence.

Comme après un massage. Comme après une salve d'applaudissement. Comme à la fin d'une longue journée de travail manuel.

C'est une pratique traditionnelle. Dans le dzogchen par exemple, il existe une pratique de "tonnerre corporel" : Je reste les jambes pliées, sur la pointe des pieds, les mains se rejoignent au-dessus de la tête. Cette position engendre une tension extrême dans les cuisses et les épaules. Je la tiens jusqu'aux limites. Puis je m'effondre. Et dans cet effondrement, le ciel se révèle à nu.


Cette pratique est d'origine chamanique, mais peut-être pas mongole. En effet, de nombreuses population indo-européennes ont habité la Steppe asiatique. Il pratiquaient différentes voies célestes, voies de la roue solaire et des bois du cerf. Il en reste encore des poches, comme les Kalashs dans l'Oddiyâna, la grande vallée des fées et autres yoginîs, contrepartie mystique à quelques lieues de la vallée du Cachemire.

Il y a là notre héritage, qui attend dans notre chair d'être réveillé par d'attentifs roulements de tonnerre.

mercredi 5 mai 2021

La vie intérieure est accessible à tous

 

Bourdon mystique (Om)

La vie intérieure, c'est la vie mystique. Ce mot sonne gros, mais en vérité son sens est des plus simples :

"La Théologie Mystique... n'est autre chose que la Science de l'Oraison", de la prière sans mots. Une conversation silencieuse, la plus intime, avec la Vie.

"On la surnomme Mystique parce que tout y est secret et intérieur, la conversation y est cachée avec le Dieu caché, qui cache ses Amants dans la cachette de son visage, et les y met sous l'ombre de ses ailes, à l'abri de la contradiction des langues, et du trouble des hommes. Il ne s'y dit rien qu'entre Dieu et l'âme, de coeur à coeur, par une communication incommunicable à tout autre que ceux qui la pratiquent". (Camus, Profil de la Théologie Mystique)

Comme elle dépasse le langage ordinaire, il n'y a qu'en la goûtant qu'on la... goûte. Cela peut paraître élitiste, mais il n'en est rien, car cette Contemplation, comme on l'appelle aussi, "n'est pas une chose si rare, si difficile, si éminente, ni si peu accessible que beaucoup de gens se figurent". En effet, pourquoi serait-ce difficile ? Il n'y a même pas à supprimer les pensées pour sentir la Vie au-delà des pensées. Il suffit de se laisser aller. Cela ressemble plus à l'amour qu'à une concentration mentale. Donner de l'attention à la Source, l'unique nécessaire. De toutes façons, elle est le véritable Objet de nos désirs. 

Mais si je choisis autre chose, même si je me laisse distraire, c'est toujours ce Je-ne-sais-quoi que je désire en réalité. Cependant, cette vision embrouillée de la vie intérieure est regrettable, car elle empêche la plupart des gens de s'y plonger, elle leur coupe l'audace dans l'âme, si j'ose dire. La vie intérieure n'est, ni seulement une grâce qui tombe du Ciel, ni seulement affaire de technique. Il y faut à la fois une grâce, mais qui est toujours donnée à ceux qui se donnent, et une attention, mais sans laquelle il ne saurait y avoir d'amour.

Sans cela, cette vie intérieure de liberté, cette vie vivante plus réelle que tout, devient "comme le Phoenix dont tout le monde parle, et que personne n'a vu".

Facile de plonger, disparaître, de voir que je suis absolument transparent, rien et comme moins que rien, comme un soleil couchant dans un horizon limpide, lumineux. Comment échapper au délice de cette présence qui surgit d'elle-même, vive, infinie, infiniment patiente, présente toute nue, donnée tout entière ? Quelque soit l'effort, il est délicieux comparé à tout autre effort. Penser est difficile, plus difficile que ne pas penser. Lever le petit doigt est plus difficile. La vie ordinaire est plus coûteuse que ce délicat rien qui vibre toujours déjà au cœur. 

Tout est pénible, en comparaison de ce libre vol. Tel le bourdon qui plonge dans le pollen, épuisé de tant de butineries, laissons-nous, plongeons, simplement, librement, maintenant. 

samedi 10 avril 2021

Simplicité naturelle



Inexprimable est la simplicité naturelle de l'esprit,

Libre et vaste : par soi-même elle doit être reconnue.

Quand toute fabrication mentale, toute saisie

Et tout attachement s'effacent naturellement,

C'est ce que l'on appelle "reconnaître l'essence de de l'esprit".

Un fois libéré du filet des pensées,

Ne pas perdre la continuité de la présence à la nature primordiale,

Sans agir ni faire effort, ni rien vouloir,

Voilà ce qu'on appelle "préserver la méditation".

Quand les vagues des multiples pensées

Ne font plus, comme les nuages avec le ciel,

Ni bien ni mal à l'esprit, qui demeure serein,

C'est ce que l'on appelle "libérer l'esprit dans sa propre nature".

Lama Mipham 1846-1912, trad. Ricard

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Se donner directement à la limpidité de l'espace, sans support, sans but, sans rien à tenir, sans distraction. Les nuages, dons du ciel, s'offrent au ciel. Ma fin est mon commencement.

Cependant, que l'on me permette cette remarque : 

L'approche ici est purement cognitive. Il n'y a rien d'affectif. Il s'agit de se faire témoin des pensées et autres mouvements. Les émotions, désirs et élans sont réduits à des objets pour la "présence" qui est une sorte d'attention. 

Or, je me demande si cette approche n'est pas un peu contradictoire : elle est censée ne pas être "intellectuelle", mais elle est foncièrement intellectuelle, comme toutes les approches centrées sur la notion d'éveil. 

D'autre part, il n'y a pas d'effort, mais il faut quand même "préserver", "garder". Il n'est pas question de s'abandonner à une force plus grande que soi, de se laisser faire par cette force. Du coup, l'attention mise en jeu dans cette pratique reste "la mienne". Je sais bien que, selon Mipham, elle est censée basculer à un moment dans une attention qui n'est plus "mon" attention, mais toutefois tout part de nos forces et reste dans ce champs. 

Quand je m'efforce ainsi, même en vue de ne plus faire d'effort, je reste dans une certaine logique, celle du "mental", disons. Tout ceci reste "froid". La chaleur du cœur, du corps, n'est pas intégrée : seulement, on la laisse être car "elle ne fait plus ni bien ni mal". Suprême indifférence.

Or le problème est : Le mental peut-il se libérer du mental ?

lundi 18 février 2019

L'effort comme voie ?



Les approches non-dualistes sont connues pour ne par requérir d'effort. Celui-ci est, au contraire, dénoncé comme une forme de crispation enracinée dans l'ego, le faux Moi, qui lui-même est alimenté par l'aveuglement. 
La conscience crée spontanément. Elle s'oublie dans ses créations, s'identifie à un personnage, puis fait des efforts pour doter ce personnage de ses propres qualités - éternité, plénitude, liberté, etc. Comme ça ne marche pas vraiment, il faut vraiment faire des efforts. Mais ces efforts n'aboutissent jamais et ne font que nourrir le cercle vicieux.

Dans les approches non-duelles traditionnelles, l'effort joue un rôle. Mais une fois notre vraie nature reconnue, il disparaît en même temps que l'ego.

Il y a cependant une exception : le shivaïsme du Cachemire. Dans cette tradition, l'effort est à la fois dénoncé comme vain, notamment l'effort yogique du "yoga de l'effort" (hatha), mais d'un autre côté, l'effort est pointé comme notre vraie nature elle-même !

Que signifie cette bizarrerie ?

L'effort (yatna) est pointé comme notre essence même. Elle n'est pas un accident dans le ciel de l'absolu, mais sa nature même. Les efforts personnels ne sont que des manifestations incomplètes de cet effort. Quand il est tourné vers les objets, dans l'oublie de l'Effort sous jacent, alors l'effort mène à la souffrance, il l'entretient. Faire un effort pour ceci ou pour cela, pour devenir riche, pauvre, calme ou plus énergique, sera toujours voué à un échec relatif, car tous ces efforts sont fondés sur l'oubli de notre Vrai Visage et sur l'identification inconsciente à un Moi factice. 

Mais si ces efforts se retournent vers l'Effort primordial, alors "je me reconnais comme Effort" à la racine de tout effort, je suis Energie, je suis Pouvoir, "je suis" est l'Être, la Vie et le Mouvement, et alors l'Effort devient la voie.

Au-delà de fixer toute mon attention dans les buts apparents et immédiats de l'effort, je plonge dans l'Effort que je suis, indépendamment des buts extérieurs. Si je me sens "speed", je plonge dans cette ébullition, ce feu, cette vie, ce jaillissement antérieur à toute pensée, à tout mouvement extérieur, à la réussite et à l'échec.


Comme dit Shiva dans ses Sûtras, "L'absolu est l'élan", et "L'effort est la réalisation". Nous réalisons alors, nous reconnaissons notre propre force, la "force du Soi" (sva-bala). Comme nous coïncidons alors avec la source de tout, nous ne ressentons plus d'effort. Le corps ressenti ne fait plus qu'un avec le flot de la vie. Si vous allez à contre-courant, il y a effort contre effort. Si vous fait corps avec le courant, avec l'effort de l'eau, vous ne ressentez plus d'effort.

C'est ce qu'enseignaient les Stoïciens, à un niveau plus mental : nous sommes comme des chiens attachés à une charrette. SI nous résistons, nous souffrons, et nous suivons quand même la charrette. La sagesse consiste à suivre la charrette, c'est-à-dire à apprendre à aimer son Destin. 

Dans le Tantra de la Félicité ultime (Paramânandatantram), Shiva offre cette instruction d'éveil et de méditation :

Contemple toujours cette énergie
qui te porte quand tu dis
"Je dois absolument le faire !"
C'est la réalisation du Soi. (XXIV, 126)

Voilà une simple, directe, précise, typique du Tantra non-duel authentique. Prendre l'obstacle comme moyen. Le stress devient la vie intérieure.
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