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lundi 18 septembre 2017

"Alors le coeur s'élargit..."

S'abandonner soi-même est simple. 
Du point de vue de l'ego, c'est impossible.



Mais de fait, "il y a peu à faire", 
dit Fénelon, qui n'est décidément pas cet homme
de lettres un peu fade que la culture bien-pensante
nous racole :

"Quand on est ainsi prêt à tout, c’est dans le fond de l’abîme que l’on commence à prendre pied[104] ; on est aussi tranquille sur le passé que sur l’avenir. On suppose de soi tout le pis qu’on en peut supposer; mais on se jette aveuglément dans les bras de Dieu ; on s’oublie, on se perd ; et c’est la plus parfaite pénitence que cet oubli de soi-même, car toute la conversion ne consiste qu’à se renoncer pour s’occuper de Dieu. Cet oubli est le martyre de l’amour-propre ; on aimerait cent fois mieux se contredire, se condamner, se tourmenter le corps et l’esprit, que de s’oublier. Cet oubli est un anéantissement de l’amour-propre, où il ne trouve aucune ressource. Alors le cœur s’élargit ; on est soulagé en se déchargeant de tout le poids de soi-même dont on s’accablait ; on est étonné de voir combien la voie est droite et simple. On croyait qu’il fallait une contention perpétuelle et toujours quelque nouvelle action sans relâche ; au contraire, on aperçoit qu’il y a peu à faire."

Fénelon, Oeuvres I, Pléiade, p. 577

Nous croyons qu'il y a beaucoup à faire.
En un sens, oui.
Mais pas par nous.
Seulement,
pour que tout se fasse 
à travers nous,
nous devons dire "oui"
encore et encore.
C'est tout ce que nous avons à faire.

Se laisser faire,
c'est tout faire.

lundi 1 décembre 2014

Dieu seul


Dieu seul.
Ah ! Quelle parole ! qu'elle est grande, qu'elle renferme des choses !
Plus de créatures, plus de soi-même, plus de dons de Dieu : vide total, perte entière de tout ce qui n'est pas Dieu seul, Dieu en lui-même, Dieu sans aucun milieu.

Jean-Nicolas Grou, Manuel des âmes intérieures, p. 236

jeudi 2 octobre 2014

Se laisser trouver par le silence


C'est un grand abus que de prétendre entrer par soi-même dans l'état d'inaction, cette grâce dépend de la pure libéralité de Dieu, elle n'est pas pour tout le monde, il faut la recevoir avec humilité lorsqu'il la donne ; mais il y a de la présomption et de l'orgueil à s'y porter sans y être appelé. 

Tout ce qu'on peut faire est de s'y disposer par la pratique des vertus, de la mortification, de la retraite, de l'oraison ; mais laissez-vous chercher et laissez-vous trouver dans l'excellence de cet état surnaturel. 

Si vous faites autrement, vous ne serez pas sous la conduite de Dieu, mais sous celle de votre amour-propre, vous ne ferez aucun progrès dans la vie intérieure, et plus vous voudrez vous mettre en silence, plus votre intérieur sera dans le bruit : votre esprit sera comme ces huissiers qui en commandant de se taire font plus de bruit que ceux qui parlent.

Maximien de Bernezay, Traité de la vie intérieure, 1686

dimanche 7 novembre 2010

Reconnaissance


"Nos peines et nos tristesses viennent de ce que nous cherchons les choses où elles abondent, tandis que nous fuyons celles qui renferment la joie et la vie. Ainsi sommes-nous les artisans de nos propres misères. Oui, nos désirs sont nos bourreaux.

Cependant, la fin de tous nos désirs sont la jouissance et le repos. Les mondains eux-mêmes ne cherchent pas autre chose ; ils travaillent dans la jeunesse pour se reposer dans la vieillesse et l'on plaint comme malheureux ceux qui sont toujours dans le travail et ne se reposent jamais.

C'est dans ce sens que Saint Thomas blâma les personnes spirituelles qui passent leur vie à chercher Dieu, au lieu de jouir de lui, et il assure que leurs exercices sont moins parfaits par cela même. Celui qui bâtit une maison compte sans doute l'habiter, et celui qui plante une vigne prétend bien en recueillir les fruits. "Quel est le pâtre, demande l'Apôtre, qui, content de paître ses vaches, ne boit pas leur lait ?" (1 Co 9, 7).

N'était-ce point encore dans ce sens que Jésus disait à Jérusalem : "Ah, si tu avais connu la paix qui s'était offerte ! Mais non, ce grand bien est caché à tes yeux" (Lc 19, 42). Ces paroles, en effet, peuvent très bien s'interpréter de cette manière : "Tu possèdes ce qu'il te faut pour être heureuse : il ne te manque que de le savoir pour jouir de la paix." Ce qui rend donc l'âme inquiète, c'est l'agitation avec laquelle elle poursuit un bien qu'elle croit ne pas avoir ; si elle savait le posséder, assurément elle se reposerait dans sa jouissance.

Voyez un homme qui en cherche un autre auquel il a besoin de parler ; lors même qu'il l'a trouvé, s'il ne le reconnaît pas, il continue à s'agiter encore, parce que son désir n'est pas satisfait.

Voilà ce qui arriva à sainte Marie-Magdeleine, à la résurrection du Sauveur ; elle le cherchait avec inquiétude, et, lors même qu'elle l'eût retrouvé, elle ne fut point en repos jusqu'à ce qu'elle sût que c'était lui. Quel est l'homme assez insensé pour préparer sans cesse sa nourriture sans jamais la prendre ? "Il y a, dit l'Esprit Saint dans l'Ecclésiaste, un autre mal que j'ai vu sous le soleil : un homme que Dieu a comblé de biens, en sorte que rien ne lui manque, et à qui il n'a pas donné le pouvoir d'en manger."

Balthasar Alvarez, Sur l'oraison de repos et de silence, Arfuyen, pp. 48-50

"Et pourtant, bien qu’il soit vu, le (Soi) n’est pas identifié comme étant ce (Seigneur dont parlent les Ecritures) en vertu de l’égarement. C’est pourquoi on donne à voir cette reconnaissance en dévoilant ses Puissances.

Cependant le Seigneur – qui est pourtant établi pour autant qu'il est notre conscience – n’est pas pris à cœur en vertu de l’égarement. C’est pourquoi (à présent) on donne juste à voir la reconnaissance (du Seigneur en soi-même). Elle est une ferme certitude (acquise) à travers la mise en lumière des Puissances qui lui sont propres et auxquelles on le reconnaît

De même que le bien-aimé qui, grâce à des tentatives répétées, finit par se trouver auprès de la fille amoureuse, ne (la) satisfait pas parce qu’elle ne l’a pas reconnu comme tel dans la mesure où il ressemble au commun, de même, pour les gens, ce Seigneur universel n’est pas en mesure de manifester sa gloire innée, bien qu’il soit notre Soi, car ses qualités ne sont pas examinées."

Utpaladeva, Stances pour la reconnaissance du Seigneur (Īśvarapratyabhijñākārikā)

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