mercredi 9 décembre 2015

Même en rêve



Je suis fais de toi
et j'habite la célébration de ta présence.
Toujours, sans trêve et spontanément
je t'évoque, ô seigneur,
comme "je".
Alors pourquoi donc
ne serais-je pas ainsi
jusque dans mes rêves ?

Outpaladeva, Hymnes à Dieu, XI, 5

mardi 8 décembre 2015

Une fois touché, nul retour

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La découverte du centre divin au centre de soi n'est pas comme les autres expériences. Il est vrai qu'elle peut sembler s'affaiblir, quitter le champ de la conscience ou être emportée par les circonstances adverses. Mais, en vérité, une fois touché, il n'y a plus de retour possible. Tout l'être est converti, même s'il n'en a pas une conscience immédiate. Cette réorientation est un acte pour toujours, comme l'affirme l'aveugle de Paris (et non de Marseille, cette fois !) dans ce passage :

"En admettant maintenant que l'on ne soit pas encore très avancé vers cet abîme infini [de Dieu], pas même de très loin à côté de ce que sera l'abandon total du sujet en lui, cela ne change rien.
En effet, dès que le fond est ouvert de quelque façon par les irradiations répétées de Dieu plus ou moins efficaces et fortes, l'appétit est épris du désir éternel de suivre dans tous les événements intérieurs et extérieurs, ce qu'il voit et sent l'attirer à soi. Le cœur en ayant été plus ou moins fortement touché, il suivra toujours par nécessité cette inclination amoureuse ; de telle sorte que lorsqu'il se trouvera grandement avancé en cet état, il semble que l'homme ne pourra pas se déprendre de son objet divin qui l'attire plus ou moins sensiblement et fortement à lui, et même qui l'attire et le ravit secrètement à soi par les actes subtils de l'habitude excellente qu'il aura acquise jusque-là."

Jean-de Saint-Samson, La pratique essentielle de l'amour, vers 1630

vendredi 4 décembre 2015

Contre un Dieu sans mystique

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Il y a les mystiques sans Dieu. Mais il y a aussi ceux qui veulent avoir Dieu sans mystique, sans mystère, sans être ravis et réduis à l'état de mutisme par cette muette musique. Ils s'attachent à une religion toute extérieure, toute en images et sans contemplation silencieuse. Selon eux, Dieu est inconnaissable, et cette inconnaissance doit nous laisser sans contact direct avec Dieu. Il faudrait alors se contenter des œuvres, comme d'une morale sans conscience, comme d'un corps sans âme. L'aveugle de Marseille leur répond :

"Chose étrange, on veut me faire croire que je ne vois pas le soleil parce qu'il y en a qui ne le voient point. On me dit que ma contemplation est une chimère parce qu'on ne peut la concevoir sans images. Et, ce qui est plus admirable, c'est que jouissant d'une grande paix et d'une profonde tranquillité, comme je les assure, on entreprend de me persuader qu'il n'est point vrai que je sois dans ce repos, et que, si je veux l'acquérir, il me faut toujours méditer, toujours penser et toujours agir."

François Malaval, La Belle ténèbre, p. 176

Ici, "méditer" veut dire se représenter des images, par exemple des scènes de la vie de Jésus ou bien évoquer des attributs de Dieu comme sa bonté ou sa simplicité. La contemplation, elle, consiste à se mettre en présence de Dieu, sans images ni discours, sauf éventuellement quelques paroles pour se lancer.

mardi 24 novembre 2015

Douze vraies bulles dans une fausse coupe de champagne


"Un vrai sommeil vaut mieux qu'un faux Eveil.
Un vrai doute vaut mieux qu'une fausse certitude.
Une vraie réflexion vaut mieux qu'une fausse méditation.
Une vraie passion vaux mieux qu'un faux détachement.
Une vraie femme vaut mieux qu'une fausse shakti.
Une vraie surdité vaut mieux qu'une fausse écoute.
Un vrai refus vaut mieux qu'une fausse promesse.
Une vraie sieste vaut mieux qu'un faux yoga-nidra.
Une vraie gymnastique vaut mieux qu'un faux yoga (sans jeu de mots).
Un vrai voyage en Beauce vaut mieux qu'un faux voyage dans l'Himalaya.
Un vrai gîte rural vaut mieux qu'un faux ashram.
Un vrai coup de pied au cul vaut mieux qu'un faux sourire."

Pierre Feuga, Fragments tantriques, Almora

dimanche 22 novembre 2015

L'appel de l'Immense

Peu après le 11 janvier, j'écrivais :


La vie intérieure n'est rien si elle ne s'incarne pas à l'extérieur. 
Et si elle peut s'exprimer, alors elle doit s'exprimer.
Le sommeil des consciences, même éveillées (?!), engendre des monstres. Ou du moins les laisse prospérer.

Mais comment ? Comment matérialiser l'esprit, comment spiritualiser la matière ?
A quoi ressemblerait une éthique et une politique fondée sur l'expérience de l'unité éprouvée en soi ? Comment traduire le mystique en politique ? On pense à la religion. Mais je crois qu'il y a d'autres possibilités. Il faut les explorer. Montrer l'actualité politique d'une philosophie de l'unité inclusive, de la philosophie de la Reconnaissance, tout en convoquant les parallèles occidentaux tels que Rousseau et Jaurès.

Ma thèse est : une république démocratique, laïque, est le système politique qui incarne le mieux l'expérience mystique, ou l'éveil comme on dit aujourd'hui.

En guise de mise en bouche, voici un petit délice façon Jean Jaurès :

"Dieu intimement mêlé au monde qui est sa puissance [=son potentiel en train de se réaliser], 
est à la fois être et devenir, réalité et aspiration, possession et combat. Par là cesse le seul scandale que la conscience humaine rencontrait dans l'affirmation de Dieu : nous luttons, nous souffrons, nous essayons péniblement de dompter en nous les penchants mauvais, de réaliser une perfection naturelle et chancelante; et pourquoi cela si la perfection existe déjà ?
Mais précisément parce que cette perfection absolue existe, elle veut éternellement abolir en elle ce qui pourrait ressembler au destin. 
Dieu ne se contente pas d'être la perfection toute faite ; il veut encore et en vertu même de cette perfection la conquérir, et si je puis dire, la mériter ; et voilà comment, du fond de son acte éternel, il déploie le monde, qui est sa puissance, dans la lutte, dans l'obscurité, dans l'effort. Il donne le moi, c'est-à-dire la communication directe avec l'infini et la liberté, à des formes innombrables. Et lui, le parfait, il poursuit avec toutes ces consciences qui cherchent, qui doutent, qui tombent et se relèvent, le pèlerinage de la perfection."

Abhinavagupta n'aurait pas dit mieux !

P.S. : voir là d'autres magnifiques textes de Jaurès que j'avais partagé sur ce blog.
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