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dimanche 4 août 2024

"L'ultime consommation de l'âme en Dieu"

 La lecture est une pratique spirituelle, profondément transformatrice.

Elle n'est pas distraction, ni prise d'informations.

Elle est méditation : Quand je lis, mon attention est tournée à la fois

vers les mots, à l'extérieur, et vers l'intérieur, 

là où les mots résonnent avec la parole intérieure, la parole éternelle

qui ne fait qu'un avec le cœur universel.

Voici un extrait du mystique Jean de Saint-Samson. Vous trouverez d'autres lectures sur ma chaîne.



vendredi 3 juillet 2020

Une fois touché, nul retour

Jean de Saint-Samson — Wikipédia

La découverte du centre divin au centre de soi n'est pas comme les autres expériences. Il est vrai qu'elle peut sembler s'affaiblir, quitter le champs de la conscience ou être emportée par les circonstances adverses. Mais, en vérité, une fois touché, il n'y a plus de retour possible. Tout l'être est converti, même s'il n'en a pas une conscience immédiate. Cette réorientation est un acte pour toujours, comme l'affirme l'aveugle de Paris (et non de Marseille, cette fois !) dans ce passage :

"En admettant maintenant que l'on ne soit pas encore très avancé vers cet abîme infini [de Dieu], pas même de très loin à côté de ce que sera l'abandon total du sujet en lui, cela ne change rien.
En effet, dès que le fond est ouverts de quelque façon par les irradiations répétées de Dieu ou moins efficaces et fortes, l'appétit est épris du désir éternel de suivre dans tous les événements intérieurs et extérieurs, ce qu'il voit et sent l'attirer à soi. Le cœur en ayant été plus ou moins fortement touché, il suivra toujours par nécessité cette inclination amoureuse ; de telle sorte que lorsqu'il se trouvera grandement avancé en cet état, il semble que l'homme ne pourra pas se déprendre de son objet divin qui l'attire plus ou moins sensiblement et fortement à lui, et même qui l'attire et le ravit secrètement à soi par les actes subtils de l'habitude excellente qu'il aura acquise jusque-là."

Jean-de Saint-Samson, La pratique essentielle de l'amour, vers 1630

mardi 30 juin 2020

Que puis-je dire ?

Les tentations du Christ au désert : plus actuelles que jamais !

"Que puis-je faire
et que puis-je dire,
puisque vous êtes tout entier
dans ma propre chair ?
N'est-ce pas tout dire ?
Oui, puisque c'est être tout.

...

Que reste t-il à dire et à penser de cela,
puisque nous sommes tous deux en notre centre et repos ?
On a beau parler sur ce sujet,
je sais la différence avec la réalité elle-même.

...

Et vous étonnerez-vous
si, dans l'élan de mon amour ardent,
je vous embrasse tout nu,
tout divin en votre divinité
et tout divin en votre humanité,
vous qui n'êtes et qui n'avez pour votre gloire et votre félicité
qu'un seul et unique moi personnel divin et humain,
en votre divinité et en votre humanité."

Jean de Saint-Samson, Épithalame (Dialogues entre l'épouse et l'époux), vers 1620

dimanche 28 juin 2020

Du cosmos au coeur

Les Rêveries du Promeneur Solitaire Rousseau

La contemplation ou oraison du cœur à partir de la contemplation du cosmos, présenté en quelques lignes par un aveugle parisien du Grand Siècle :

"Dieu éternel et infini
ayant résolu de toute éternité
de sortir de soi,
sans sortir de soi,
a produit par cet écoulement
et par cette seconde sortie,
une infinité d'effets,
en la bonté et en l'amour de soi-même
et de son incompréhensible excellence,
créant selon ses divines et éternelles idées,
tout ce grand monde,
tant visible et inférieur,
que supérieur et invisible.
C'est cet univers qui manifeste évidemment l'incompréhensible bonté,
amour et perfection de son auteur,
de son origine et de son principe,
spécialement les anges et les hommes,
qui accomplissent et perfectionnent cet ouvrage,
ou pour mieux dire,
qui en font l'accomplissement et la perfection.
Car si tout ce qui est du monde inférieur est si admirable
qu'il montre évidemment par ses propriétés visibles et par ses effets
l'excellence de son auteur,
combien le même créateur de ce grand tout
s'est-il montré plus admirable dans ces invisibles substances
et dans leur existence, conservation et perfection,
dans l'état de grâce et de nature ?
Ce sentiment une fois présupposé,
il est facile d'admirer par amour profond,
voire excessivement profond,
l'amour et la bonté de l'amour et de la bonté même,
en sa propre source,
qui est Dieu éternel et infini."

Jean de Saint Samson, Les contemplations et les divins soliloques, 1654, p. 455

mercredi 17 juin 2020

Dieu au-delà de l'être

Georges de La Tour en majesté au Prado | Le Club de Mediapart

"Dites-moi, mon Époux,
ai-je mal parlé et mal pensé
quand je vous ai montré et fait comprendre
que je ne dois pas échapper à cette situation
de ne rien pouvoir exprimer de votre amour ?

En effet, la jouissance et la possession
que nous y prenons l'un et l'autre sont au-delà de toute explication,
car cela se passe en une vision et un repos
infiniment indicibles.
Elles ne peuvent être exprimées
par quelques idées représentatives,
élaborées ou infuses,
qui ne pourraient être qu'à une infinie distance
de ce qu'est notre union.

A quoi sert-il d'exprimer les choses-qui-sont
par les choses-qui-ne-sont-pas,
ou, pareillement, d'exprimer celles qui-ne-sont-pas
par celles-qui-sont ?

Car, dites-moi, ma Vie et mon Amour,
où est la vérité de tout ce qui se rapporte
à l'Objet qui me ravit de lui et en lui,
dans la plénitude de ce qu'il est,
plénitude dont je me sens déborder
plus abondamment qu'on ne peut le penser ?

Où est-elle cette vérité,
sinon en vous, qui êtes au-delà de l'être,
en l'éminence de l'être et en l'éminence du non-être,
en l'être et au-delà de l'être,
connu par la voie de la suréminente négation."

Jean de Saint-Samson, Epithalame, 15

vendredi 29 juillet 2016

Au-delà de l'étonnement


 


Dans l'union, il n'est plus à craindre de séparation, tout est mis en commun :

"Mais quoi, ne vous semble-t-il pas, ô mon Amour,
que je craigne, en mon abondance,
d'être frustrée de votre jouissance,
comme je 'lai été dans le passé ?

Non, quoi que je dise, je ne le crains pas,
car vous êtes mien
et je suis vôtre.
Vous me possédez et je vous possède tout à tout,
tout entier et totalement.

Et nous ne sommes qu'un,
en l'un et l'unique de nous deux,
également ravis
de l'amour et de la beauté
de l'un et de l'autre,
l'un en l'autre,
et par les mutuels et ineffables embrassements
l'un de l'autre,
l'un en l'autre.

Dans cet état, nous nous possédons
à égalité de jouissance,
à égalité de simplicité,
dans un amour simple,
en cet être que nous formons
simple et simplement unique,
au-delà de l'action,
au-delà de la passion,
au-delà de l'inondation,
au-delà de l'amour même,
dans l'amour-donné au même amour-reçu.

Tout ceci se réalise en la très simple,
la très unique et très attentive
vision réciproque et mutuelle de nous deux,
dans l'unique indivision de nous deux.

C'est au-delà de la compréhension
au-delà de l'étonnement, sans étonnement,
tout à fait indescriptible.

J'y suis totalement submergée,
perdue d'amour et de joie,
au-delà de l'amour et au-delà de la joie,
dans l'unique Objet
qui me tient dans un état immuable,
à la fois prise de force et consentante,
en une perpétuelle attention sans tension,
en vous et à vous,
mon unique Objet et mon Epoux.

Qu'est-ce que tout cela ?
Le conçoive qui pourra ;
l'exprime, s'il le veut, qui le connaîtra ;
s'il le peut, cela lui est permis.
Mais surtout, qu'il le taise s'il le doit.

Car c'est le domaine où notre jouissance intuitive
parle en nous deux
de façon respective et mutuelle,
non pas de cette réalité
ni de rien qui s'y rapporte,
mais d'infiniment autre chose,
qui est hors de ceci
par son profond, perpétuel et ineffable silence."

Jean de Saint Samson, Chant d'amour, 31, début du XVIIè siècle

Tout est dit.
Et pourtant, rien n'est dit.

lundi 21 décembre 2015

Comment exprimer ?

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"Dites-moi, mon Époux,
ai-je mal parlé et mal pensé
quand je vous ai montré et fait comprendre
que je ne dois pas échapper à cette situation
de ne rien pouvoir exprimer de votre amour ?

En effet, la jouissance et la possession
que nous y prenons l'un et l'autre sont au-delà de toute explication,
car cela se passe en une vision et un repos
infiniment indicibles.
Elles ne peuvent être exprimées
par quelques idées représentatives,
élaborées ou infuses,
qui ne pourraient être qu'à une infinie distance
de ce qu'est notre union.

A quoi sert-il d'exprimer les choses-qui-sont
par les choses-qui-ne-sont-pas,
ou, pareillement, d'exprimer celles qui-ne-sont-pas
par celles-qui-sont ?

Car, dites-moi, ma Vie et mon Amour,
où est la vérité de tout ce qui se rapporte
à l'Objet qui me ravit de lui et en lui,
dans la plénitude de ce qu'il est,
plénitude dont je me sens déborder
plus abondamment qu'on ne peut le penser ?

Où est-elle cette vérité,
sinon en vous, qui êtes au-delà de l'être,
en l'éminence de l'être et en l'éminence du non-être,
en l'être et au-delà de l'être,
connu pa la voie de la suréminente négation."

Jean de Saint-Samson, Epithalame, 15

mercredi 9 décembre 2015

Que puis-je dire ?


Que puis-je faire
et que puis-je dire,
puisque vous êtes tout entier
dans ma propre chair ?
N'est-ce pas tout dire ?
Oui, puisque c'est être tout.

...

Que reste t-il à dire et à penser de cela,
puisque nous sommes tous deux en notre centre et repos ?
On a beau parler sur ce sujet,
je sais la différence avec la réalité elle-même.

...

Et vous étonnerez-vous
si, dans l'élan de mon amour ardent,
je vous embrasse tout nu,
tout divin en votre divinité
et tout divin en votre humanité,
vous qui n'êtes et qui n'avez pour votre gloire et votre félicité
qu'un seul et unique moi personnel divin et humain,
en votre divinité et en votre humanité.

Jean de Saint-Samson, Epithalame (Dialogues entre l'épouse et l'époux), vers 1620

mardi 8 décembre 2015

Une fois touché, nul retour

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La découverte du centre divin au centre de soi n'est pas comme les autres expériences. Il est vrai qu'elle peut sembler s'affaiblir, quitter le champ de la conscience ou être emportée par les circonstances adverses. Mais, en vérité, une fois touché, il n'y a plus de retour possible. Tout l'être est converti, même s'il n'en a pas une conscience immédiate. Cette réorientation est un acte pour toujours, comme l'affirme l'aveugle de Paris (et non de Marseille, cette fois !) dans ce passage :

"En admettant maintenant que l'on ne soit pas encore très avancé vers cet abîme infini [de Dieu], pas même de très loin à côté de ce que sera l'abandon total du sujet en lui, cela ne change rien.
En effet, dès que le fond est ouvert de quelque façon par les irradiations répétées de Dieu plus ou moins efficaces et fortes, l'appétit est épris du désir éternel de suivre dans tous les événements intérieurs et extérieurs, ce qu'il voit et sent l'attirer à soi. Le cœur en ayant été plus ou moins fortement touché, il suivra toujours par nécessité cette inclination amoureuse ; de telle sorte que lorsqu'il se trouvera grandement avancé en cet état, il semble que l'homme ne pourra pas se déprendre de son objet divin qui l'attire plus ou moins sensiblement et fortement à lui, et même qui l'attire et le ravit secrètement à soi par les actes subtils de l'habitude excellente qu'il aura acquise jusque-là."

Jean-de Saint-Samson, La pratique essentielle de l'amour, vers 1630
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