mardi 31 janvier 2017

Un double mouvement

Quand j'énonce un Mantra, il part du bas du corps,
de la terre, comme si la Terre elle-même était 
la source de la vibration du Mantra, tel un ange sorti du sol.

En remontant, le Mantra emporte tout avec lui,
vers le haut, comme un feu,
pour que tout soit sauvé dans l'espace de la Présence.

Mais le mouvement du Mantra 
ne va pas seulement du bas vers le haut,
car simultanément à ce Feu ascendant,
une pluie de nectar de Lune
s'écoule du haut vers le bas,
allant me remplir jusqu'au bout des doigts
et au-delà,
régalant chaque parcelle de ma chair.



La vibration du Mantra
est double,
pour faire en bas comme en haut,
et en haut comme en bas,
en une union sans confusion.

L'humain se divinise.
Le divin s'incarne.

Je m'élève en la Déesse,
la Déesse descend en moi.
Un seul et double mouvement.

Jean disait :

Dieu est amour,
qui demeure dans l'Amour
demeure en Dieu
et Dieu demeure en lui.

Pourquoi la non-dualité paraît-elle aride ?

Depuis la mort de Poonja en 1997, 
la non-dualité connait une certaine vogue.
Pourtant, malgré le nombre de livres parus, 
malgré le nombre impressionnants d'"éveillés",
la non-dualité reste marginale.

Pour plusieurs raisons.
L'une d'elles est l'aridité de l'approche non-dualiste dominante.
La non-dualité est présentée, le plus souvent, comme un éveil à l'absence d'ego, de libre-arbitre, de volonté, d'individualité, de désir, d'engagement, de passion...
Selon la majorité des membres de ce courant, 
il n'y aurait que l'unité. Pas de dualité. Pas de séparation. 

Or, je veux certes me libérer, et je veux être libéré de certains aspects de moi, mais pas de "moi" tout court !
Qui peut vraiment aspirer à un tel anéantissement, à un tel suicide ?



A mon sens, cette non-dualité qui nie la dualité, l'individu, ses droits, ses passions, ses prises de risque, n'est pas la véritable dualité. C'est plutôt un dualisme qui ne dit pas son nom : on nous presse en effet de choisir entre l'absence de choix (l'éveil) et une vie de choix (et de souffrances).
Mais c'est un faux dilemme !
La non-dualité, c'est embrasser à la fois l'unité de la conscience universelle et la dualité de la vie personnelle, engagée, risquée et responsable.
Je veux à la fois la sécurité profonde de mon essence véritable,
et
l'aventure pleine de craintes et de tremblements de mon existence individuelle.
Voilà la non-dualité !
Elle n'exclut rien, mais elle inclut tout.
La séparation n'est pas la cause de nos souffrances.
Cette cause, c'est de n'avoir conscience que de la séparation.
Le problème n'est pas la séparation, le problème est le "que".
Le problème est de prendre la partie pour le Tout.
Or, les partisans de la non-dualité actuelle ne voient, 
eux aussi, 
"que" l'unité, l'absence de dualité. 
Certes, c'est merveilleux, mais c'est aussi une partie seulement du Tout.
C'est réducteur. Dualiste.
L'éveil complet, profond, 
c'est embrasser les différents points de vue.

Quand j'ai l'audace d'explorer ce paradoxe, je souffre en tant que personne, c'est certain,
mais cette souffrance se ressent sur fond d'unité, d'immensité, de joie profonde.
Et, moi conscience divine sereine, je goûte ma nature humaine terrifiée
dans l'émerveillement, l'humour et l'amour,
ces trois grandes émotions compatibles avec la dualité, l'indivi-dualité, et la souffrance.
Car oui, mes ami(e)s, il faut le dire une bonne fois pour toutes,
clairement et sans ambiguïté :
l'éveil ne supprimera jamais toutes les souffrances.

La séparation seule, c'est une souffrance épouvantable... une fois que l'ego est suffisamment construit.
Mais l'unité seule, dans le rejet de l'ego, est aussi une souffrance, vu qu'on ne peut vivre sans ego.

Par contre, nous pouvons savourer une vie pleine, entière, sans dilemmes stériles, une vie où nos différentes dimensions sont compatibles, et même complémentaires.

Shiva et Shakti,
divin et divine.

lundi 30 janvier 2017

Au-delà du mental ?

Les problèmes de la vie se présentent sous la forme de dilemmes : "Ou bien... ou bien..."
"Soit tu est avec nous, soit tu est contre nous".
"Soit tu es libre, soit tu es une marionnette".
"Soit tu te fie à ton intuition, soit tu raisonne avec ton mental".

Mais ce genre d'alternative est purement mentale !

Il existe une autre logique, paradoxale, sous forme de réconciliation : "A la fois... et..."
Je suis à la fois une personne unique et l'être universel.
Je suis à la fois libre et soumis aux lois du monde.
Je suis à la fois un corps et une conscience.
Je suis à la fois un cœur et une raison.
Je suis à la fois humain et divin.



Pour moi, ceci est la clé pour une spiritualité qui ne rejette pas la vie.
Qui intègre, réconcilie, embrasse,
après avoir distingué, discerné, séparé.

Le problème est un dilemme.
La solution est une vision qui embrasse les opposés.

Abhinava dit :

Je salue Shiva qui,
après avoir manifesté la dualité,
l'embrasse dans l'unité.


dimanche 29 janvier 2017

La paix intérieure

La prospérité ne suffit pas à nous combler.
Même riches, nous sentons un manque, une sorte de vide.
Pourquoi ?
Parce que nous somme fait pour ce qui est plus vaste que tout espace,
pour ce qui est plus riche que toute fortune,
pour ce qui est plus puissant que toute réussite.



Madame Guyon, une mystique du XVIIe siècle :

Les personnes du monde croient avoir la paix en se donnant toutes les satisfactions possibles.... mais si on les examine de près, si on leur demande à eux-mêmes.... ils avoueront qu'ils n'ont point de paix.... Ils désirent encore : plus ils sont comblés de biens, plus ils en souhaitent ; ils sont toujours agités, les plaisirs dont ils sont brûlés les soûlent, les dégoûtent sans les satisfaire.
D'où vient cela ? C'est qu'ils n'ont pas la paix en ces choses, et qu'ils ne la peuvent avoir.... leur cœur n'étant pas fait pour elles et étant incomparablement plus grand, il reste un vide dans ce cœur.... C'est ce qui les rend agités et inconstants : ils cherchent toujours de nouveaux plaisirs, ils les désirent avec ardeur, ils en jouissent, sans y trouver ce qu'ils s'éteint promis, ils en restent dégoûtés ; et comme ils éprouvent toujours ce même vide, ils passent toute leur vie à chercher ce qu'ils ne peuvent trouver....qui est la paix, qui seule peut remplir leur vie.
Voyons d'un autre côté une personne à qui tout manque, qui ignore tous les plaisirs, pauvre, persécutée des hommes, privée même de sa liberté.... on la regarde comme la plus malheureuse du monde... cependant on est surpris de ne remarquer au-dehors ni agitation ni impatience. Approchez-vous de cette personne, demandez-lui ce qu'elle désire ; elle, qui aurait tant de choses à désirer, vous répondra qu'elle est parfaitement contente et qu'elle ne désire rien. "Quoi ! Tout vous manque au dehors, et vous ne désirez rien ! - Non, je ne désire rien rien, parce que je ne trouve point de vide en moi... La paix que je goûte au-dedans remplit tout le vide de mon coeur avec surabondance...
Je n'ai pas simplement la paix parce que je suis privée de tous les biens que le monde estime, mais c'est l'extinction de tous les désirs qui cause ma paix.

Madame Guyon, Discours I, 52

Comprenons : ça n'est pas le vide extérieur qui conduit à la paix intérieure, à l'absence de désirs. C'est l'expérience de la Plénitude qui conduit à l'absence de désir et donc, à la paix. Madame Guyon ne fait pas d'effort pour se détacher. Elle concentre toute son énergie à s'ouvrir à son Centre, à se rendre disponible au ressenti d'amour et de félicité, comme un chien qui capte des effluves. Et, se laissant ainsi aller à ce Centre, elle se trouve en plénitude. D'où l'absence de désirs extérieurs.
Si l'on ne comprend pas cela et que l'on prend l'effet (l'absence de désirs) pour la cause, on se créera une tension qui mènera, tôt ou tard, à l'échec. Je ne dis pas qu'un peu de détachement extérieur, imposé, ici et là, n'est pas salutaire. Mais toute notre énergie doit se donner à la Plénitude intérieure. Alors nous serons pleins, remplis, contents, et naturellement sans désirs extérieurs ni agitation.

samedi 28 janvier 2017

Pas d'océan sans vagues

Au-delà de nos pensées, de nos sensations, de nos perceptions,
par-delà le monde, 
il existe un espace de pure présence.
Il ne brûle pas quand le monde brûle,
il ne souffre pas quand nous souffrons.



Mais ceci n'est que partiellement vrai.
C'est une astuce pour éveiller la conscience à son immensité.
Car cet espace existe t-il vraiment à l'état pur, sans les choses ?
On dit "conscience pure", "sans objet".
Mais cette conscience vierge existe t-elle vraiment ?

Cette reconnaissance d'une conscience "transcendante", pure, présente un avantage, certes. 
Mais aussi deux inconvénients.

Un avantage : si "je" souffre et que je me découvre comme conscience pure, je réalise que "je" ne souffre pas réellement. La souffrance est un objet qui passe en moi, espace de pure conscience, comme un nuage dans le ciel.

Mais deux inconvénients : D'une part, si je me conçois comme conscience pure, j'aurai tendance à vouloir faire disparaître les objets, les choses, le monde. J'aspirerai à la conscience pure, vidée de tout contenu. Et alors, d'un côté je voudrai m'éloigner du monde, et de l'autre j'aurai un problème avec mes pensées et mes émotions, car elles reviendront sans cesse. D'autre part, je vais croire que la conscience est coupée de tout, comme un espace qui contient tout, mais qui ne ressent rien, qui est indifférent. Cette indifférence apporte une certaine paix à la faveur de laquelle la personne peut s'épanouir jusqu'à un certain point. Mais alors, il restera toujours une séparation entre la conscience et les choses (dont mes pensées, etc.).

Pour éviter ces écueils, je crois qu'il est important de réaliser que la conscience n'est jamais totalement immobile et vide
L'Absolu n'est jamais absolument vidé du relatif. 
Regardez un miroir : sa surface n'est pas altérée par ce qu'il reflète. Il ne brûle pas quand il reflète du feu. Il ne gèle pas quand il reflète de la glace. 
Mais il n'est jamais sans reflet. 
En un sens, il est au-delà de ce qu'il reflète, car il n'est pas altéré par eux ; mais en un autre sens, complémentaire, il n'est jamais sans reflets, et il fait corps avec eux. 

C'est le paradoxe de la conscience, de la pleine conscience : 
je suis vide de tout, mais aussi, en même temps, plein de tout. 
Je ne suis rien et je suis tout.

Même dans les traditions de non-dualité, cette réalisation est courante.
Ainsi Vasishta le dit, l'Absolu

ne peut rester sans la manifestation,
qui lui est naturelle et qui est simplement ainsi.
(Pourquoi ?) Parce qu'il est conscient !
De même, l'or ne rester sans forme...

Toi qui est sage !
Dis-moi comment
le poivre pourrait être du poivre
sans avoir la saveur du poivre ?
Un sucre sans goût de sucre
serait-il du sucre ?
Une conscience sans conscience
serait-elle "pure conscience" ?

La conscience ne peut jamais exister
sans une subtile vibration
qui est l'essence de la conscience,
tout comme une chose ne peut être cette chose...
sans être cette chose !

Le Yoga selon Vasishta, VI/2, 82, 6-14

Et il ajoute :

L'or n'existe pas sans forme.
De même, Dieu n'existe pas
sans monde 
et sans sentiment du "je".

Le Yoga selon Vasishta, VI/2, 93, 43

Ce point est très important.
Si nous ne le comprenons pas, nous tomberons dans l'impasse d'une vie intérieure qui nie la vie.
La méditation n'est jamais "sans forme".
"Méditation sans forme" signifie seulement que je perçois sans saisir les formes, sans m'accrocher, en relâchant l'attention.
Mais la conscience n'est jamais absolument vide,
de même que l'océan n'est jamais immobile.
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