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mardi 18 juin 2019

L'expérience et son sens

sens et expérience


La distinction entre l'expérience et son sens est vitale.

Pour moi, le silence intérieur et le ressenti viscéral sont les deux dimensions principales de l'expérience. Mais elles ne dépendent pas du sens que je découvre en elles ou que je leur donne. Je peux les interpréter d'une façon,puis d'une manière complètement différente par la suite. L'expérience est tout entière donnée. Le sens est un processus sans fin.

C'est vital car le sens et la valeur d'une expérience évoluent, progressent et donc régressent. Le risque est alors de bloquer l'accès à l'expérience en la faisant dépendre du sens que je lui donne, de les confondre. Mais à l'inverse, je peux aussi imaginer un sens, sans jamais vraiment m'ouvrir à l'expérience. C'est ce qui se passe souvent dans les approches traditionnelles : l'expérience est placée très haut sur le piédestal du sens absolu, ultime, de sorte qu'on ne s'autorise jamais à y accéder.

Je viens de lire un excellent article de Douglas Harding sur ce sujet (dans The Turning Point, p. 19), intitulé justement "L'expérience et le sens".

Harding y envisage les rapport entre l'expérience de la Vision (voir l'absence de tête ici, au-dessus des épaules, ce qui correspond à ce que j'appelle le "silence intérieur") et la valeur ou le sens qu'on lui donne.

Ce rapport est d'abord un rapport de contraste, de "dichotomie" (p. 23) : l'expérience est immédiate, simple, entièrement accessible en un instant, elle n'évolue donc pas, elle est silencieuse, elle ne parle pas, ne pense pas, ne signifie pas, en tous les cas, elle ne dit rien, muette et mystique. Le sens, au contraire, est en évolution constante, il se livre peu à peu, jamais entièrement, il est lié à la parole et à la pensée, il est prolixe. 

Nous avons là une opposition, voire une antinomie, entre le naturel et l'artificiel, entre l'intuitif et le discursif, l'immédiat et l'élaboré, entre le silence et le langage, entre ce qui est donné et ce qui est interprété, entre le produit brut et ses applications, entre le simple et le compliqué.

On pourrait alors se dire qu'il vaut mieux s'en tenir à l'expérience seule, sans interprétation. Mais, comme le remarque Harding, c'est de fait presque impossible. De plus, la Vision demande du temps et de la pratique pour être stabilisée. Or, cela est impossible sans une forte motivation, et cette motivation n'existera pas si l'expérience n'a, à nos yeux, aucune valeur. Harding se montre assez pessimiste (ou réaliste) en estimant que seul 3 ou 4% des gens qui font l'expérience lui trouveront une quelconque valeur, une signification. Les autres réagirons par un "oui, et alors ?"

Il examine ensuite le rapport opposé, celui où l'on a le sens, mais sans aucune expérience. Et là, Harding devient sévère. C'est le domaine de la religion, de l'idéologie, des arguments d'autorité, des gourous. Harding cite trois exemples de gourous qui ont approché la Vision, qui en avaient déjà le sens, mais qui s'en sont détourné à cause de leur préjugé, sans que l'on sache exactement pourquoi : Osho (alias Rajneesh, qui présente une sorte de visualisation d'autodécapitation, soi-disant inspirée du Vijnâna Bhairava !), Krishnamurti (coincé comme à son habitude dans son personnage de gourou anti-gourou) et Alan Watts (à qui l'expérience fait simplement rêver de gens décapités).

Les traditions sont censées être des transmissions de l'expérience, mais elles sont bien souvent des trahisons de l'expérience. Comme Harding, j'admire certes des personnes du passé, revendiquées par les traditions, j'y vois de précieux amis, mais les institutions et systèmes de pouvoirs qui se sont construits autours sont des barrières, plus que des moyens. Et surtout, dans leur cas, le sens qu'ils ont construit est comme une prison qui empêche de voir, justement.

Harding invite donc à se méfier des interprétations et à se contenter le plus possible de l'expérience brute. 
Je suis d'accord avec lui : même si je spécule à partir de l'expérience, je ne la perd jamais de vue. Silence, encore et encore. De toute façons, le silence intérieur, comme son nom l'indique, est plutôt une expérience de silence radical, de nudité. "Juste ce qui est", comme disent nos amis du Nuage. Mais tout cela même est interprétation. L'expérience reste plus simple. Toujours plus simple. Et plus riche. 

En revanche, le ressenti viscéral me semble échapper à cette dichotomie entre les faits et leur interprétation. Pourquoi ? Parce qu'ici, l'expérience porte en elle un sens. Ce ressenti, manifeste à l'orée de n'importe quel mouvement, en particulier lors des choc émotionnels et des élans intenses, est porteur d'une valeur. Bien sûr, l'expérience, ici non plus, ne dit rien. Mais elle murmure. Il ne s'agit pas d'un discours, d'un message divin ou sur l'avenir de l'humanité, etc. Mais il y a quand même un sens, dans l'expérience elle-même. Il y a une intuition signifiante je dirais. Son contenu serait quelque chose comme "je suis tout", ou bien "tout est bien", "je suis un avec tout".

A mon sens, il faut donc revoir le rapport entre sens et expérience. Je suggère qu'il est le même qu'entre ce que le shivaïsme du Cachemire appelle la Lumière (prakâsha, personnifié par Shiva) et son pouvoir d'autoréalisation, de conscience de soi (qui est perception de soi, désir de soi, pensée de soi, etc.), de prise de conscience, que comporte cette Lumière (vimarsha, personnifié par Shakti). 

Or, ces deux-là sont inséparables. Et la prise de conscience ou réalisation, qui est sens, valeur et interprétation, est inséparable de la Lumière, de la Manifestation ou de l'Apparaître, qui est de l'ordre, apparemment, du donné. Il n'y a jamais présentation (expérience) sans représentation (sens). Il n'y a jamais Lumière sans prise de conscience, sans jugement, fut-il intuitif et non verbal. Pas de Shiva sans Shakti, sans quoi, dit Outpala Déva, la Lumière, même colorée par les formes, n'en n'aurait nulle conscience et jamais aucune expérience n'aurait lieu. Pas de conscience simple sans un minimum de retour sur soi. 

Abhinava Goupta dit par ailleurs que le rapport entre Lumière et Conscience (si l'on traduit ainsi cet intraduisible), le rapport entre Shiva et Shakti donc, est semblable à la relation entre question et réponse. La conscience est sens, intrinsèquement, car elle est question. La Lumière est présentation, manifestation - elle est réponse. Tout est engendré par cette relation entre la conscience et le monde, entre la pensée et l'être. La conscience est conscience de soi. La pensée, c'est l'être qui se pense, qui se questionne. Il y a distinction certes, mais non pas séparation entre deux entités qu'il faudrait ensuite mettre en relation.

Ce rapport est aussi un rapport de reconnaissance. Reconnaître le sens dans l'expérience. Telle est la formule idéale. Reconnaître le sens transcendant, lointain, idéalisé, réputé inaccessible, parfait, dans l'expérience banale, ordinaire, proche, intime. C'est ce que propose la philosophie de la Reconnaissance (pratyabhijnâ). Vois, ressens : "Tu es cela". Ce que tu es vraiment est ce qui est vraiment. L'expérience que tu es, est le sens qui est.

L'expérience est donc, toujours, sens. Et tout sens est expérience car, comme l'admet Harding à la fin de son article, toute expérience, fut-elle enfermée dans un sens factice, comme c'est le cas pour la plupart des humains, reste l'expérience, la Vision, car la Vision est de l'ordre du fait, justement. Elle ne dépend pas des interprétations.

Reste que je suis parfaitement d'accord avec Harding pour pencher en faveur de l'expérience. Le sens, oui, mais à partir de l'expérience. Autrement, on reste dépendant d'une autorité extérieure, en attente d'une confirmation et d'une autorisation d'expérimenter. Les gens suivent souvent un gourou dans l'espoir que celui-ci les autorisera à vivre. C'est ce que l'on appelle l'éveil, la "réalisation spirituelle". En attendant de vivre, en attendant l'expérience, on suis les méandres d'une interprétation coupée de l'expérience (purification, préparation... sans fin) qui interdit l'expérience. Ce qui est une bien triste situation, comme toute forme de minorité ou d'esclavage. 

Revenir sans cesse à l'expérience. Sobriété. Diététique du mystique. Non pour rejeter a priori tout discours, mais pour nourrir un discours vivant, original, personnel et, surtout, libre.

samedi 15 juin 2019

Ce que je veux vraiment ? La voie du désir ou le désir comme voie


La plupart des spiritualités et des philosophies valorisent l'intellect et la vision, au détriment de l'affect. Dès lors le désir est, au mieux, un mouvement que l'on peut orienter vers le Bien, mais il n'est pas le Bien souverain, ni l'absolu. 

Et si le désir et la conscience étaient deux mots pour désigner la même réalité ? Et si l'on appliquait au désir tout ce que l'on dit de la conscience ? Rares sont les réflexions ou recherches à ce sujet.

Les expériences inventées par Douglas Harding (1909-2007) sont remarquablement claires et efficaces pour éveiller la conscience à elle-même. On peut appeler cette pratique "voir", car de fait, son modèle est visuel. Harding était architecte et il privilégiait le dessin et donc la vue pour partager sa vision, précisément.

Mais comme nous l'avons vu dans l'article précédent, il exprimait parfois des doutes quand au pouvoir de cette vision de combler, à elle seule, ses aspirations. Mais il n'a pas proposé d'expérience partant du désir, sauf dans Head off Stress, beyond the bottom line (Shollond Trust, 1990, pp. 98-107), dans un chapitre intitulé Comment avoir ce que votre cœur désire ? Il y distingue trois niveaux de désir ou de volonté : individuel, inconscient et impersonnel ou universel. Il reprend ces idées dans un article publié dans le recueil La Troisième voie (Albin Michel, 1996, p. 130) où il affirme que le bonheur consiste à découvrir que la source de nos désirs est la source de tout ce qui arrive, de sorte que "vous avez ce que vous voulez parce que vous voulez [en tant que source de tout] ce que vous avez" (p. 136).

Il y aurait donc trois ensembles de désirs emboîtés. D'abord, il y a ce que je désire en tant qu'individu, consciemment. D'autre part, il y a mes désirs dont je n'ai pas une claire conscience, qui peuvent contredire ceux que je revendique consciemment. Pour dépasser ces contradictions entre mes différents désirs, il faut remonter à la source du désir, vers la conscience universelle, le point de vue de la première personne impersonnelle  : là, selon Harding, il n'y a plus qu'un seul désir qui est "désir de ce qui est". L'expérience qu'il propose est purement analytique et introspective : se retourner vers la source de soi pour constater que ce désir est déjà comblé, en quelque sorte, car il est "choix de ce qui est", désir de tout, sans désir d'y changer quoi que ce soit.


Le contraste entre cette "expérience" et celle que Harding propose sur le modèle de la vision est frappant. L'analyse qu'il offre sur le désir est succincte et, pour tout dire, elle ne peut que laisser le philosophe sur sa faim, car il n'y est pas vraiment question de ce qui est ressenti, ni de l'impact de ce désir de ce qui est, sur les autres désirs. En quoi "choisir ce qui est" pourrait-il faire disparaître les contradictions entre mes désirs ?
Harding évoque une certaine perfection en faisant observer que tous les désirs, contradictoires entre eux, émergent de la même source, qui est cet espace de vision vide et immobile "au-dessus des épaules", ici exactement. On le voit, le modèle reste visuel. Voir d'où viennent les désirs, ce serait voir que ce que nous sommes vraiment. Cet espace qui accueille l'ensemble des phénomènes est la source de tout et donc cela est "désir de ce qui est". 

Or certes, je vois que tout apparaît, subsiste et disparaît dans la conscience. Mais cela est voir. Cela n'est pas encore désirer, ou déjà plus. Cette observation est censée avoir des effets sur l'affect, mais elle est cognitive en elle-même, non pas affective. De plus, il ne précise pas le rapport entre le "désir de ce qui est" et la conscience universelle (ou impersonnelle) d'où provient ce désir. Est-ce l'impersonnel-universel qui désire ? Il semble bien que oui. Enfin, pourquoi réduire ce désir "total" au seul désir de ce qui est ? Pourquoi ne pas englober aussi le désir de ce qui pourrait être, de ce qui aurait pu être, de ce qui sera, et ainsi de suite ?

Selon moi, Harding va droit à l'essentiel quand il partage ses expériences, que l'on pourrait aussi comparer à des jeux d'exploration de l'expérience telle qu'elle se donne. En revanche, la dimension affective fait défaut, comme il le reconnaît. Bien sûr, voir est supposé faire effet sur la psyché, sur la vie quotidienne, mais ce sont des effets indirects. Le ressenti et le désir ne sont pas au centre.

C'est pourquoi je propose de compléter ces expériences par des expériences centrées sur le désir, des expériences de retournement du désir. On pourrait appeler cela "le Désir Sans Cœur", en calquant sur l'expression (guère séduisante en français) de "Vision Sans Tête" (Headless Vision), mais cela serait sans doute encore moins séduisant, quoique pas tout à fait inexact.

De plus, je propose d'appliquer tout ce que l'on dit de la conscience au désir, afin de reconnaître le Bien dans le désir lui-même, indépendamment de son orientation apparente. C'est ce que je m'efforce de faire sur ce blog et dans mes livres depuis une dizaine d'années.

J'affirme que le désir est l'absolu, qu'il est toujours présent, qu'il constitue tout, sans exception, qu'il est toujours accessible et que l'éveil au désir ainsi reconnut, ou l'éveil du désir, est une voie complète vers le Bien.

mercredi 12 juin 2019

Eveil impersonnel ?

Dans mon approche de la vie intérieure, il y a la dimension de silence et celle de ressenti.

L'éveil au silence est l'éveil simple, par le retournement de l'attention de 180°. Je n'écris même pas "vers sa source", car c'est plus simple que cela. Il y a juste un "retournement" de l'attention, un retournement qui est un réveil de la conscience. Et c'est tout. Comme une bulle qui éclate. Ensuite, il y a une sorte de silence simple, nu. Une immensité impersonnelle. Impersonnelle en ce sens qu'elle n'a pas de sens, ni de valeur, particulières. Simple. Donné. "Ce qui est", si l'on veut.

Mais il y a, aussi, l'éveil ressenti, par le retournement d désir. Par "désir" j'entends ici le mouvement affectif au sens le plus large : besoin, instinct, volonté, émotion, élan...

Pour moi, les expériences inventées par Douglas Harding sont les outils les plus puissants, comme on dit, pour l'éveil au silence.

Exemple : Que voyez-vous, en cet instant même, dans la direction pointée par ce doigt ?



Mais qu'en est-il de l'éveil ressenti, ou de l'éveil à ce ressenti intime, que j'appelle aussi, parfois "vibration du cœur" ?
Mais d'abord, Douglas Harding a-t-il parlé de quelque chose de semblable à cet éveil ressenti, ou bien a-t-il seulement parlé de l'éveil simple par retournement du regard ?

Voici un passage ou Harding évoque ce qui ressemble à des limites de l'éveil simple, quand il fait cette "confession" :

"Une immortalité impersonnelle peut peut-être satisfaire un saint, mais pas moi. J'exprime ici un doute insistant et puissant, une réserve sous-jacente à toute cette investigation et qui ne peut être ignorée plus longtemps. pour moi, il est certain que VOIR est essentiel, crucial, la seule chose nécessaire. Simplement voir ma Nature intemporelle, neutre, vide, ici, au centre de moi-même. Mais s'il s'agit simplement d'un regard impersonnel porté sur des profondeurs impersonnelles, ce n'est pas satisfaisant. Cela n'a pas de force, cela me laisse froid, ce n'est pas senti. Certes, cela me démontre amplement et me persuade que c'est Ce Que Je suis sans aucun doute, mais cela ne gagne pas mon adhésion totale. Quelque chose de très profond en moi refuse les généralités, les généralisations, tout ce qui fleure l'abstraction, et veut absolument une éternité concrète, spécifique et personnelle sans vergogne ! Il faut que l'éternité m'appartienne !"

(Le petit livre de la vie et de la mort, p. 194)

De deux choses, l'une : soit Harding n'a pas pleinement réalisé la valeur de l'éveil simple, visuel, par retournement de l'attention ; soit il a réalisé une autre dimension de l'éveil. C'est, peut-être, ce qu'il confirme plus loin, quand il écrit, à propos de la question de savoir s'il faut supprimer ou non l'ego :

"Certainement, l'ego a besoin d'être corrigé, mais la solution n'est pas de le dégonfler, la solution est de le parachever, c'est-à-dire de l'élargir au maximum et de le compléter." (p. 195)

Il conclut enfin que, pour lui ("ces questions sont vraiment si personnelles qu'il ne conviendrait pas de m'attarder sur elles ici"), l'apothéose est l'étonnement, l'étonnement de ce mystère que nous sommes et qui se crée soi-même "sans l'aide personne et sans aucune raison" (p. 197).

Mais il ne répond pas à la question de la dimension personnelle de l'éveil, au besoin de ressenti qu'il avait d'abord confessé. Dans un autre livre, que nous examineront dans un autre article, nous verrons comment Harding aborde plus précisément ce ressenti et quel outil il propose pour s'y éveiller.

A mon sens, ce "doute persistant" pointe vers la nécessité de l'éveil ressenti. Et cet éveil ressenti est la vibration du cœur ressentie au premier instant de n'importe quel désir, de n'importe quelle émotion. Ce ressenti est "personnel" au sens où il comporte un sens ("tout est bien") et une valeur (conséquence du sens ressenti) qui s'imposent évidemment. Qu'est-ce qui est ressenti ? Une conscience universelle, totale, qui est aussi amour inconditionnel. Une unité avec tout. En fait, selon moi, cet éveil partage toutes les caractéristiques de l'éveil visuel "simple", avec en plus une dimension ressentie centrale. Et ce ressenti n'est pas impermanent. Comme l'absence de visage, ici, ce ressenti d'unité avec toute chose est toujours présent, quoiqu'il soit rarement reconnu. Et on s'éveille par un retournement. Mais l'éveil ressenti, ou plutôt l'éveil au ressenti, est un ressenti. L'éveil visuel peut déclencher des ressentis, bien sûr. Mais dans ce cas, ils sont périphériques, pour ainsi dire. Alors qu'ici, l'éveil même est ce ressenti. Et en effet, c'est aussi un émerveillement devant ce jaillissement de tout à partir de rien, ou du tout dans le tout. Mais là, nous entrons dans le domaine des interprétations.

Quoi qu'il en soit, l'éveil impersonnel ne peut non plus me satisfaire entièrement pour ces raisons. Cela étant, même un éveil personnel, "ressenti", ne saurait combler totalement ma personne, car je constate que le manque est, à tous les niveaux, le moteur de la vie. En fait, il y a à la fois manque et plénitude. 
Et je suis convaincu que ces deux "éveils" participent d'un seul mouvement, qu'ils animent une seule et même vie intérieure. Le vide appelle le plein. Le plein appelle le vide. A l'infini.

Je crois que Douglas Harding aurait sans doute été inspiré par la philosophie de la Reconnaissance, s'il l'avait connue. A mon sens, des passages comme celui cité plus haut peuvent être interprétés dans ce sens. L'absolu non pas comme substance (être ou vide), mais comme acte. Et comme liberté donc. Le mystère comme volonté, désir, action. Tout un monde nouveau s'ouvre alors.
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