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jeudi 19 mars 2020

Pourquoi est-il si difficile de partager l'éveil ?

Avoir confiance en soi  Changer de vie maintenant

"C'est au-delà des mots", "trop proche", "trop simple"...

Pourquoi les mots semblent-ils incapables de communiquer l'essentiel ?

Parce que le langage est issu d'une sélection naturelle, une très longue évolution.
Or, il n'a pas été sélectionné pour connaître le réel, mais pour agir sur lui.

L'expérience quotidienne me l'enseigne.

Si l'on me dit "Passe-moi le sel !", je passe à l'action, ou pas. Mais c'est fluide. Je n'ai aucune tentation de répondre par un "Ah mais, le sel, c'est au-delà des mots !" Pourquoi ? Parce que le langage est adapté à l'action. Tout discours est une injonction, une incitation à faire. Depuis les signes les plus primitifs jusqu'aux discours du président, tout langage incite à agir : "Sauve-toi !", "Votez pour moi !". Entre le signal primitif et le discours alambiqué, les feuilles, les fleurs et les fruits diffèrent, mais la souche est la même.

Si, en revanche, on me dit "Qu'est-ce que le sel ?", je reste interdit. Le flot de l'action est bloqué, comme grippé. Car qui peut dire ce qu'est le sel ? Et si l'on dit que c'est tel assemblage de particules, que sont ces particules ? Qu'est-ce que l'énergie ? Qu'est-ce qu'une force ? Qu'est-ce que le vide ? Qu’est-ce que le temps ?  Qu'est-ce qu'être ? Et, sous l'angle subjectif, qu'est-ce que le salé ? Qu'est-ce que le goût ? Qu'est-ce qu'une saveur ? Qu'est-ce que percevoir ? 
Bref, d'une simple question, on tombe en cent, toutes plus obscures les unes que les autres. Employer les mots pour connaître, c'est entrer dans un labyrinthe dont on ne sait même pas s'il a une issue.

Agir et connaître sont bien différents. Si on me demande de passer le sel, je n'ai pas besoin de savoir ce qu'est le sel, etc. Je peux agir dans l'ignorance. Je ne peux connaître dans l'ignorance. 

Shankara dit que le "Tu es cela" n'est pas un acte, mais une connaissance. Mais c'est, en fait, l'acte d’attirer l'attention sur un fait présent. C'est donc bien un acte. Comprendre une parole qui n'inciterait à absolument aucune action, c'est impossible. Comprendre un discours, c'est comprendre ce qu'il incite à faire. Par exemple, à "voter pour Untel".
L'expérience du doigt qui pointe le vide, ici au-dessus des épaules est, elle aussi, un geste, a minima un acte de l'attention. Il s'agit de faire, et non purement de connaître. Et même connaître, c'est faire, mais de manière plus subtile. Si l'on me dit : "Votre pot d’échappement fume", c'est une transmission de connaissance qui, clairement, incite à l'action.

Mais connaître purement ? 
Oui, c'est possible. Et vital.
Mais pas par le langage. 
Disons ceci : plus le langage est complexe, plus il dérive du côté de l'action. Plus il est simple, plus il demeure du côté de la connaissance.
La connaissance pure, la contemplation, est sans mots. Elle n'est pas discursive, mais intuitive, au sens où elle est directe. 

Je récapitule :
Les mots, c'est l'action.
La connaissance, c'est le silence. Se taire. Muet. Arrêté. Suspendu.
Quand je suspend, la connaissance surgit, la conscience se réveille. Une autre sorte d'activité émerge. Comme si je changeais de vitesse.

Mais ça, les mots ne peuvent le décrire, car les mots ne sont pas fait pour ça.
C'est pourquoi, si l'on me demande de décrire la connaissance pure, l'expérience brute, 'l'éveil", je pointe le vide au-dessus des épaules. 
Le moins de mots possible.
C'est comme pour tout. Si l'on me demande "Qu'est-ce que le sel ?", ma première réaction, après un moment d'arrêt (justement), sera de pointer le sel en ajoutant, peut-être, "C'est ça !"
J'en resterai à un langage subtil, le plus sobre.

D'où l'intérêt des "expériences", des jeux d'éveils, des paroles qui pointent en peu de mots, comme "Dans un expir, se laisser planer" ou "Entre deux pensées, l'arrêt". Ce sont des signes qui pointent l'expérience nue, comme des boutons que chacun peut comprendre intuitivement et faire ce qu'il y a à faire.

A côté de cela, de cette connaissance pure, il y a la quête de connaissance par les mots : la théorie. 
Mais si je ne m'arrête pas sans cesse, je me perds dans des labyrinthes.
Donc la pratique de l'arrêt est vitale. Il suffit de s’arrêter.
Je ne sais pas ce que ça veut dire, mais ça marche très bien.

vendredi 13 mars 2020

"Il y a des choses qui ne se partagent pas"

Écoutons Marie-Madeleine Davy, esprit libre qui, comme d'autres grandes dames du XXème siècle, ne s'en laissait pas conter. Elle aurait sans doute bien des choses à dire sur les adolescentes attardées, ces bigotes du XXIème siècle, qui encombrent les "salons du bien-être".



Sur le fond, elle dit quelque chose d'essentiel :
l'essentiel est indicible,
et donc (presque) impossible à partager.

En revanche, il existe des expériences et des mots qui pointent vers l'essentiel.

mardi 4 février 2020

Le meilleur moyen d'atteindre l'éveil

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Dans Le Secret de la Déesse Tripurâ, Dattâtreya explique le moyen suprême d'atteindre l'éveil, le "moyen de gagner la connaissance" (jnâna-sâdhana).

Ce moyen de réalisation est en fait double, "pour soi" et "pour autrui". 

"Pour soi", il consiste en une totale dévotion à la Déesse, c'est-à-dire une attention entièrement tournée vers la conscience. Tâtpâryam : "le fait d'être tourné vers". Ce qui, à son tour, peut signifier deux choses : une conscience tournée vers l'intérieur, vers elle-même ; ou une conscience entièrement détendue, déprise de toute limite. Se retourner vers soi ou ouvrir l'attention sont en effet deux geste équivalents, car le but est la conscience sans limites, vierge de toute objet. Ensuite, la conscience pourra se reconnaître dans les objets, reconnaître ses pouvoirs dans les activités. Mais il faut d'abord qu'elle se voit à l'état indifférencié.

"Pour les autres" : en expliquant cette évidence aux autres. C'est le moyen suprême pour affermir notre compréhension, dit la Déesse. En effet, en nous obligeant à expliciter notre intuition, cette pratique met au jour les doutes, dilemmes et hésitations, les "croyances limitantes" ou présupposés qui demeurent à l'état latent, les "nœuds du cœur", c'est-à-dire les blocages intellectuels. 

Je suis donc invité à me retourner vers moi, au-delà de tout "mien", à me détendre sans conditions et à faire l'effort de partager.

La Déesse dit (à travers Dattâtreya) :

"Entièrement tourné vers la divinité, 
sans presque aucune autre moyen,
il connaît le Soi/ se connaît soi d'une manière (qui transcende cause et effet).
Il décrit alors (le Soi) aux autres.
En décrivant encore et encore, 
il pénètre complètement (dans le Soi)." (21, 13-14)

"D'une manière", kathamcit, le même terme est employé par Utpaladeva dans le verset inaugural de son Chant pour la Reconnaissance. Abhinavagupta explique que cet adverbe indéfini ("d'une certaine manière") suggère une opération divine, transcendante, au-delà de la relation de cause à effet. Seule la conscience peut éveiller la conscience, car éveiller, c'est manifester, mais rien ne peut manifester la conscience puisque, au contraire, c'est elle qui manifeste tout et qui se manifeste librement ainsi. Seule la conscience elle-même peut s'éveiller elle-même, librement, de même que c'est librement qu'elle fait mine de s'oublier dans son auto-manifestation.

A quoi sert de décrire (nirûpana) le Soi encore et encore ? C'est un exercice (abhyâsa) qui permet de passer de la connaissance (jnâna) du Soi à l'absorption totale et entière dans le Soi (samâvesha), c'est-à-dire, en clair, de réaliser non seulement que la conscience transcende tout, mais encore que tout est conscience. Voyez : pour faire l'expérience directe de la conscience, je n'ai guère besoin de réfléchir, c'est-à-dire que je n'ai pas besoin de mots. C'est un silence, une parole muette, indifférenciée, une intuition. Mais à cause de cette absence d'articulation, de discours, de raisonnement, je vais très probablement avoir le sentiment de "perdre" cette expérience quand l'activité mentale/mondaine va reprendre. Je vais croire que ces mouvements "cachent" le silence, comme des reflets qui "cachent" le miroir". C'est ce qui se passe le plus souvent. Pour aller plus loin, pour m'affranchir de cette erreur, je vais devoir réfléchir, avoir recours au discours, aux mots, comme dans l'exemple du roi Janaka décrit au chapitre précédent. Si je reste purement et exclusivement dans le silence, sans questionner mon impression de "perdre" ce silence, alors je serai dans une impasse. Pour aller plus loin, l'intuition doit être articulée. Et pour cela, rien de tel que de partager avec les autres.

Décrire ce qui est indescriptible est le meilleur moyen de "stabiliser" l'éveil :

"Ainsi, quand l’absorption complète est stabilisée
grâce à ces moyens, à commencer par l'acte de décrire (le Soi),
alors ce psychisme atteint l'état de Shiva,
affranchi  de l'enthousiasme excessif comme de l'abattement.
Où qu'il aille, tout cela est rendu identique à Shiva.
Ce meilleur des éveillés est habite l'état de liberté dans la vie.
Le meilleur des moyens est donc la vraie dévotion
et le fait de décrire (le Soi) aux autres.
Il n'y a pas d'autre moyen aussi puissant,
il n'y a pas d'autre moyen aussi puissant
que la pratique de décrire (le Soi aux autres)
en étant plein de dévotion." (15-18)

C'est exactement ce que fait Utpaladeva dans son Chant de la Reconnaissance (Pratyabhijnâkârikâ). En explicitant son intuition, il ne la perd pas, il l'absorbe au contraire de manière plus complète, il la digère car cette pratique le force, en quelque sorte, à reconnaître que la parole est aussi le dynamisme du silence. Or, c'est cela le plus difficile. Contrairement aux choses de ce monde, l'éveil se multiplie quand on le partage. C'est bien naturel, puisque la conscience n'a pas de parties.

L'éveil n'est pas une expérience occulte réservée à quelques êtres mystérieux élus par je-ne-sais quelle grâce. Non, c'est le mystère évident dans lequel nous baignons tous.

dimanche 22 septembre 2019

Le chemin de chacun, notre chemin à tous

Aujourd’hui je rencontre à nouveau ma colère. Je sens bizarrement que cette colère me connecte à une puissance en moi…La louve montrant les crocs.


La présence dans laquelle ces mots apparaissent : la même pour chacun.
L'écho de ces mots : propre à chacun.

Alors le chemin est à la fois le même, et unique.

Ce que je cherche à partager, ce sont des amorces du chemin universel.
Ce qui se passe ensuite est propre à chacun.

Il n'y a pas de transmission :
L'universel est la présence pareille à l'espace :
peut-on transmettre l'espace ?

Il n'y a pas de transmission :
Le propre est singulier :
peut-on transmettre ce qui ne se compare à rien ?

Mais il y a partage :
La présence, comme l'espace, ne se divise pas
quand on la partage.

Et chacun va, par l'universel,
sur un chemin singulier.

Ce serait comme une autoroute magique,
la même voie pour tous, mais par des détours singuliers.

Pas de transmission, pas de spécialistes, pas de hiérarchie fixe,
pas d'organisation.

C'est comme une flamme, d'une bougie à une autre :
en un sens, la flamme est bien transmise.
Est-ce la même ? est-ce une autre ?
Je dis que c'est la même.
Il y a partage de la flamme, 
sur des bougies différentes. 

Entre celle/celui qui partage et ceux qui participent,
il n'y a pas de différence de nature.
Pas des "éveillés" d'un côté, les autres de l'autre.
Il y a différence,
mais seulement des différences de degrés.
Plus ou moins expérimentés.
Plus ou moins inspirés.
Plus ou moins éloquents.

Chacun partage avec peux.
Douze est l'idéal.
Douze fois douze fois douze fois...
Ou cent huit. 
Ou comme on pourra.
L'important est que le modèle est artisanal, pas industriel.
Pas de partage à la chaîne.
Chaque partage, unique, irremplaçable.
Et en ce moment, je me demande : "Pourquoi conserver ?
Pourquoi garder des traces ?"
Si nous transmettons des traces, ce seront juste des aphorismes
discrets, dans la veine du Vijnâna Bhairava, sur le modèle duquel
je propose une compilation (en fait, il y en a plus de 60 dans ce livre, environ 300). Avec celle de José, ça fait à peu près 360 amorces d'allumage de flamme.
Je l'appelle la compile Smara, ou trésor d’Éros.
Voilà pour la tradition : un partage de présence, une transmission d'amorces.
Esquisses, expériences, essais.
Un fil clair et solide ; des perles uniques et inconnues, passées et à venir.

Yoga de l'espace.
Yoga de l'élan.

Et autour de ce couple du dieu et de la déesse,
un mandala du tout-possible,
un choeur de liberté.

Chaque moment de partage est unique.
Contexte.
Ici, maintenant le plafond est bas, l'air humide de nuages.
Des détonations au loin...
Je ne connais pas l'avenir.
Mais le plus simple est le plus puissant.
Chaque instant nouveau,
mais lois de natures éternelles.
Les éléments de culture les plus dépouillés
prêterons peut-être moins le flanc aux dépouillages à venir ?
En tous les cas (je ne vois pas l'avenir), la simplicité est richesse.
Benoît, Jean de la Croix, Hadewijch, Outpala Déva, Vijnâna Bhairava, la compile Smara...
Je prépare un choix de Simon de Bourg-en-Bresse,
sur "la simple vue de Dieu, en Dieu",
la nue vision qui nous jette dans la lumineuse ténèbres,
le salut sans rien savoir.
La manne, le pain qui me nourrira, 
qui pourra nous nourrir,
même si un jour prochain les champs ne poussent plus de blé.

Cela prend forme ainsi, maintenant.
Il n'y a rien à garder.
Juste se concentrer sur l'essentiel : la vibration dans le cœur.
Simple et inépuisable.
Un partage précis.
Une exploration en communion.
L'expérience suffit à partager l'expérience.

Comme disait Ramana "la meilleure préparation pour plonger en soi,
c'est de plonger en soi".

Belles plongées à toutes et à tous !
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