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samedi 18 juillet 2020

Comment progresser dans notre compréhension de la situation ?

Cycladic Thinker Statue Like Rodin The Thinker Early Greek Adaptation

I - La base logique

Le complotisme est à la véritable science politique ce que le Père Noël est au business réel. C'est une caricature simpliste de la situation objective et de sa compréhension possible.

Mais comment atteindre à cette compréhension ? Ne sommes-nous pas limités dans nos capacités cognitives ?

Il est vraiment que nous sommes inégaux sur ce plan, comme sur le plan des capacités physiques. Mais ces inégalités intellectuelles sont moindres ou, du moins, elles peuvent être comblées en partie grâce aux exercices adéquats.

Lesquels ?

- La méditation, le silence intérieur, améliorent la mémoire, la concentration, l'élocution. Heureusement, la méditation est à la mode. Il suffit de s'asseoir et écouter les sensations. Encore plus simple : sans s'asseoir ni rien faire d'autre, se taire à l'intérieur.

- La logique. En Europe et en Méditerranée, il y a l'Organon d'Aristote. Il y a aussi la Logique de Port-Royal. En Inde, il y a le Nyâya, "l'art de conduire (la pensée)", l'une des trois "portes vers la délivrance" (moksha-dvâra), avec la grammaire et l'interprétation. Malheureusement, la logique n'a pas bonne réputation. 

Cependant, il est certain que l'on ne peut comprendre quoi que ce soit si l'on ne s'exerce pas à bien penser. Cette pratique est la grande absente des voies spirituelles. Et je crois que cette lacune explique en grande partie le sentiment de frustration que l'on rencontre souvent dans la clientèle des coachs, thérapeutes, etc. Si je ne sais pas comment distinguer un raisonnement valide d'un sophisme, comment pourrais-je m'éveiller ? Si je ne connais rien à l'art de penser, je risque fort de tomber sous le contrôle d'une idéologie ou d'individus peu scrupuleux. Je vais me retrouver dans les impasses du complotisme, de l'occultisme, du consumérisme, du fanatisme ou d'une doctrine superficielle, sans réelle solidité. La vie me rappellera sans cesse que tout cela n'est qu'illusion et faux-semblants, et je finirai déçu.


Pour s'exercer à la logique, il y a des sites sur les paralogismes (les raisonnements erronés) et des vidéos :







Il faudrait proposer des stages de logique. Ou faire de la logique dans les séminaires de yoga. Mais cela n'aurait guère de succès. Pourtant c'est l'un des fondements de la tradition. Et, selon le shivaïsme du Cachemire, "la raison/logique est le suprême auxiliaire du yoga". 

Mais je ne me fais guère d'illusion. La raison ne fait pas vendre. Au contraire, elle dégoûte. Or, il s'agit bien de vendre, n'est-ce pas ? Bref.
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II - La situation

Une fois cette base posée, voyons quelle est notre situation ?

On peut la schématiser ainsi les fouillis apparemment inextricable des idées, des doctrines et autres idéologies :

Trois visions : 

1 - La vision pré-moderne : 
Il existe des valeurs éternelles venant du passé, transmises par la tradition ou telle Autorité. Le progrès est une illusion. Le meilleur est derrière nous. L'Homme doit se soumettre à la tradition. Il y a une réalité atemporelle. La Nature est belle et bonne. L'Homme doit l'imiter. Tout dégénère. Si l'Homme désobéit à Dieu ou à la Nature, il est puni. La Nature nous montre quoi faire, il suffit de l'imiter. Il y a un ordre naturel ou divin des choses. Il n'y a pas de hasard.

2 - La vision moderne :
L'Homme peut choisir son avenir. Le progrès est possible et il est un devoir. L'Homme doit se bâtir son propre monde, parfois contre la Nature ou mieux qu'elle. Dieu et la Nature sont rationnels. La raison est fiable. L'Homme peut progresser vers la vérité, améliorer sa condition, inventer des techniques, comprendre la Nature et Dieu, et même améliorer sa nature, son éthique et sa politique. Il existe des valeurs universelles, des Droits de l'Homme, une égalité des races et des sexes. L'Etat ne doit pas décider des conditions du bonheur, ni de toutes les valeurs, ni des croyances, mais seulement poser un cadre minimum. L'individu existe, il est doué de libre-arbitre. La liberté de conscience est essentielle. Même si Dieu existe, chacun doit être libre de croire ou non. Les libertés d'expression, de circulation, d'échange, sont essentielles.

3 - La vision post-moderne :
Tout est relatif, tout est construit par des pouvoirs. Il n'y a aucune vérité universelle, aucune valeur universelle. Il n'y a pas de progrès, pas d'individu, pas de sujet, pas de libre-arbitre, mais seulement des forces qui s'affrontent. Tout est subjectif : il n'y a pas de vérité objective. Il est donc impossible de vraiment communiquer. Les cultures comme les points de vue individuels n'ont rien de commun. Chacun dit vrai de son point de vue. Tous les points de vue se valent. Il n'y a pas de critère de vérité, de beauté, de bonté, de justice. Les minorités sont plus importantes. Le laid est beau. Le faux est vrai. Le mauvais est bon. Tout est construit par les mots, les mots ne connaissent rien de la réalité. L'homme blanc est toujours méchant, raciste et sexiste. L'Autre est sacré. Il n'y a pas d'essence, il ne faut pas juger, on ne peut rien définir. L'Occident est mauvais. 


Ces trois visions ont dominé
1 - Prémoderne : Jusqu'à la Renaissance
2 - Moderne : Jusqu'aux années 1960
3 - Postmoderne : Depuis les années 1960

Mais attention : en réalité, ces trois visions se retrouvent à chaque époque, dans toutes les grands cultures (Europe, Inde, Chine). 

Ainsi, dès l'Antiquité il y a eu des postmodernes : les sophistes en Grèce, les Cârvâkas en Inde et "l'Ecole des Noms" en Chine.

Chaque vision a ses qualité et ses défauts.

Cependant, dans la situation présente, il y a deux visions en position dominante et une vision en état de faiblesse.

Les deux visions qui dominent aujourd'hui sont la vision prémoderne (islamisme, intégrisme, fondamentalisme, traditionalisme, écologisme radical, boboisme populaire, occultisme, complotisme, etc.) et la vision postmoderne (justice sociale radicale, politiquement correcte, bien-pensance, wokeness, racialisme, communautarisme, indigénisme, relativisme, LGBTisme, inclusivisme, décolonialisme, etc.).

En outre, ce qui se passe est que la vision postmoderne fait le lit du retour de la vision prémoderne :

En effet, s'il n'existe pas de vérité objective, il devient impossible de réfuter les croyances et les superstitions. 
S'il n'existe pas de critère universel de justice, il devient impossible de dénoncer les injustices de "l'ordre naturel. divin des choses". 
Si tout se vaut, alors à quoi bon discuter ? 
Si tout n'est que verbiage creux, à quoi bon discourir ? 
Il n'y a plus de morale, plus de politique, plus de culture, plus de mémoire, plus d'identité, plus de repères, plus d'âme, plus rien... Et dans ce désert, dans ce magma impersonnel, la vision prémoderne peut fleurir. C'est le "retour du religieux", si vous voyez ce que je veux dire.

Paradoxalement, la destruction des traditions par la vision postmoderne permet le retour au prémoderne. La terre est plate pour ceux qui croient qu'elle est plate, etc. Tout se vaut. Toute velléité de défendre un point de vue au nom de quelque chose de plus que ce point de vue - comme la raison, la vérité, l'objectivité, la cohérence - est immédiatement interprétée comme l'expression d'une volonté de pouvoir, généralement occidentale, c'est-à-dire mauvaise, raciste, "fachiste", etc. 

L'un des buts initiaux de cette "déconstruction", qui est en fait une véritable destruction, est de neutraliser le racisme en détruisant la raison. Autrement dit : casser le thermomètre dans l'espoir de faire baisser la température....
 Mais ce qui se passe bien plutôt, c'est que tout les prophètes et autres charlatans peuvent désormais raconter n'importe quoi sans crainte d'être contredits. Car à présent, tout le monde craint d'être labellisé "occidental", "intellectuel", "rationaliste", c'est-à-dire raciste et "facho", terme qui constitue l'horizon ultime de la vision actuellement dominante et le centre de son champ lexical.

Et c'est ainsi que l'on voit des féministes (postmodernes) manifester avec des femmes voilées (prémodernes). Les premières luttent pour que les secondes puissent imposer leur volonté aux premières. Mais il est vrai que l'incohérence fait la fierté de la vision postmoderne. Plus c'est obscur, charabiatesque et imbitable, plus on se donne des airs de supériorité "mystérieuse", voire "poétique". C'est de l'art, alors circulez, pauvres débiles réfractaires ! 

En fait, il n'y a rien d'autre, dans cette vision postmoderne, que des sophismes. L'actuelle domination postmoderne dans tous les secteurs de la société mondialisée, c'est la victoire des sophistes. Tout simplement. De la fumée.

Or, ce triomphe fait aussi la joie du capitalisme libre-échangiste. Car il a toujours prôné la dérégulation, la disparition des frontières et l'uniformisation au sein d'un Marché divinisé, présenté comme la solution à tous les problèmes. 



Le commerce a joué un rôle dans l'Histoire, certes. Mais il a toujours été perçu, à raison, comme une source de déséquilibre potentiel. La vision prémoderne et la vision moderne n'ont jamais voulu mettre les commerçants au pouvoir. Platon parlait juste quand il décrivait ainsi les marchands : "Il s'agit le plus souvent de ceux qui sont faibles physiquement et inaptes à exécuter un autre travail. La tâche qui leur convient est de rester au marché, d'acheter des marchandises contre un paiement en argent à ceux qui ont besoin de les vendre, et de les revendre contre paiement en argent à ceux qui ont besoin de se les procurer" (République, 371b-d, GF). On voit de suite qu'ils sont le point faible de la cité, le ver dans le fruit. 

Aujourd'hui, le Marché est idolâtré : considéré comme omniprésent, omniscient et omnipotent. Et avant que le Marché ne soit divinisé, la divinité a été marchandisée, par des marchands qui se sont proclamé prophètes. 

Ainsi, la plus récente des "grandes religions" (grande par la quantité) a été fondée par un marchand, propagée par des marchands. Ceux-ci ont d'abord mis à leur service les guerriers, puis les intellectuels et les prêtres. Leurs premières cités furent donc bâties dans l'excès, en détruisant les forêts. Aujourd'hui, cette religion est l'alliance la plus aboutie du consumérisme et du fanatisme. 

Le consumérisme se nourri de la vision postmoderne ("tout est relatif" = "tout est à vendre") et le fanatisme, à son tour, se nourri de cette même vision postmoderne et de quelques éléments prémodernes pervertis, en une sorte de culte de l’Oeil Unique. 

Toujours est-il que le capitalisme s’accommode parfaitement de ce fanatisme, et concourt à une stupéfiante renaissance du communautarisme, du tribalisme et des formes les plus primitives d'identité, à l'opposé de l'universalisme des grandes civilisations. Voulant détruire les identités, le postmodernisme accouche des pires monstres identitaires.

Enfin, le culte de la tribu trouve un dernier allié dans le boboisme apparemment écologiste et réellement capitaliste qui s'étale partout, dans un moment de triomphe inédit. Sans doute victimes d'un accès virulent du Syndrome de Stockholm, les classes moyennes en voie d'extinction célèbrent à tue-tête, dans un dernier cri aussi fou que touchant, les valeurs sacrées qui sont en train de les anéantir. Car les classes moyennes, "l'honnête homme", étaient l'humain moderne, celui des Lumières, épris d'idéaux harmonieux.

III - La solution

A mon sens donc, il faut aujourd'hui se battre pour toutes sortes de valeurs et de choses. Mais l'axe doit être moderne : raison, progrès, universalité, république, égalité des chances, éducation, méritocratie, vertu, fraternité dans la fierté assumée d'un héritage unique. La France a toujours été le fer de lance du progrès de l'humanité. Elle doit le redevenir, au lieu de se complaire dans une culpabilité aussi imaginaire que mortifère.

Au fond, tout ceci est une question d'équilibre, de juste mesure. L'Autre, oui, mais dans un cadre universaliste et juste. La diversité certes, mais dans l'unité d'une raison seule capable de juger, de répartir, d'assigner à chacun sa juste place, de faire progresser l'ensemble, d'émanciper des superstitions, de former des citoyens, de discerner le bon grain de l'ivraie. Sans cela, nous allons droit à la libanisation du pays, à l'image des reste du monde. C'est déjà le cas et cela empire, sous l'emprise du poison postmoderne et des filous qui en profitent, tant du côté des tribus, des religions, que du Marché.

Nous avons de quoi nous en sortir : c'est la vision moderne. Un héritage exceptionnel. Une véritable sagesse. Équilibrée, juste, rationnelle, faite pour évoluer, en elle est notre salut. Sinon, c'est la barbarie. C'est elle qu'il faut redécouvrir. 

Un exemple de défense de ces valeurs : Paul Boghossian, La Peur du savoir. Le voici dans une conférence :


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IV - Un idéalisme moderne est-il possible ?

Soit. 
Mais comment adhérer à cette vision moderne quand on épouse une doctrine de la conscience universelle ? Si "tout est conscience", tout n'est-il pas subjectif, et donc relatif ? Si tout est conscience, alors cela ne va-t-il pas dans le sens du narcissisme new age actuel ? Le divin, le cosmos, la Nature ne sont-ils pas au servie de "mes envies" ? 

Non.
Il est possible de maintenir à la fois que "tout est conscience" et qu'il existe des critères universels et rigoureux de jugement du vrai, du beau, du bon. Idéalisme (l'appellation technique du "tout est conscience") ne rime pas avec relativisme.

Deux exemples : le platonisme et le shivaïsme du Cachemire.

Ces deux doctrines sont 1) idéalistes ("Penser et être sont le même") et 2) très conscientes de la relativité des opinions ("Tout est illusion").

Pourtant, elles ne sonnent pas du tout comme le relativisme actuellement omniprésent.

Pourquoi ?

Parce qu'elles prennent soin de distinguer entre l'opinion et la science, entre l'imagination et la raison. 

Certes, le shivaïsme du Cachemire ne fonde pas sa théorie de la science sur une opposition entre monde sensible et monde intelligible. Néanmoins, le shivaïsme du Cachemire prend soin de montrer que "les idées" ne sont pas de simples "constructions" subjectives ou sociales. Car il y a un critère du Vrai : la cohérence. L’objectivité étant une forme de cohérence entre sujet et objet ; et l'efficacité étant une autre forme de cohérence, entre le moyen et la fin. 

Ce n'est pas le lieu ici de rentrer dans les détails, mais le platonisme (c'est-à-dire presque toute la philosophie européenne) est idéaliste sans être relativiste. Or, le shivaïsme du Cachemire offre l'exemple d'une entreprise semblable. 

Voilà pourquoi je suis convaincu que le platonisme et le shivaïsme du Cachemire sont des visions vitales pour notre avenir. Nous devons les explorer, de même que nous devons redécouvrir la pensée moderne. Et nous devons trouver le courage de la mettre en pratique. Nous n'avons pas le choix. Les Lumières ou la mort.

mercredi 17 juin 2020

Vivre "sans identité" ?

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L'identité est devenue tabou.

Pour les Occidentaux s'entend. Car pour les autres, affirmer son identité est bienvenu. Fut-ce par la guerre, par la razzia, le pillage, le meurtre, la torture, la castration, l'esclavage, le viol ou l'appel au meurtre.

Mais si vous êtes Occidental, vous êtes suspect : mâle blanc hétéro, donc responsable de tous les maux, forcément sans coeur, méchant rationaliste froid, sans tradition, sans lien à la nature, sans intuition, colonialiste, raciste, sexiste, spéciste, bref, vous êtes le mal incarné. 

Selon les propos des traditionalistes (c'est-à-dire des militants de l'exotisme et du romantisme) vous êtes, au mieux, "malade". Et l'Orient va vous guérir, vous reconnecter à la Pacha Mama, vous ré-enraciner ailleurs, en Amazonie ou je-ne-sais-où en Inde, n'importe où pourvu que ça ne soit pas en Occident. Sinon c'est "facho". Car s'enraciner dans le Poitou ou les Hauts-de-France, c'est "nauséabond". 

Dans ce cas, vous devez absorber quantité de Padamalgam et avaler plein de couleuvres pour guérir de vos "privilèges". Par contre, si jamais vos témoignez un brin de vos racines européennes, de votre fierté d'être Français, alors, dans ce cas, le Padamalgam se transforme instantanément en son opposé : l'Amalgam, un puissant amalgamant ad hitlerum. Et puis il ne faut stigmatiser personne, hein. Mais vous devez, en tant que mâle blanc hétéro, vous laisser amalgamer et stigmatiser. Et avec le sourire. Avec un petit air contrit et le visage penaud. Et avec bienveillance. Dans le coeur. En conscience. 

Mais le fond de tout cela, c'est qu'il existe des identités, des Mois, des Sois, des essences, des esprits, des tempéraments, des mentalités, des personnes, des peuples, des nations, des ethnies, des cultures, des traditions, des parfums. 

Face à ce fait indéniable, il y a deux types de réactions qui prédominent aujourd'hui : 

1) La réaction pré-moderne, du genre "Il n'y a de Dieu que Dieu et Untel est son (ultime) prophète" - cette réaction étant le fondement d'un égocentrisme et d'un ethnocentrisme absolu, d'une violence sans égale. 

Et 2) la réaction post-moderne : il n'y a pas d'identité, pas de Moi, pas d'essence, etc. Tout est relatif, tout est construit, tout se vaut, il n'y a pas de vérité, pas de valeurs, pas de repères. 

Cette folie, véhiculée par le gang postmoderne, est un terrible poison qui, voulant apparemment défendre la tolérance, fait en réalité le lit des fanatiques prémodernes et de leur ethnocentrisme radical. Car, s'il n'y a pas de vérité, pas de critère universel du vrai, alors il n'y a pas de jugement possible (les Newages sirupeux sont ravis), et sans jugement, pas de justice, pas de revendication possible (Macron est content), plus de langage donc plus de pensée, donc plus de discernement (le Marché est en extase). 

Mais surtout, les prémodernes de tous bords peuvent avancer comme bon leur semble dans ce désert postmoderne totalement lavé de toute identité comme de toute mémoire. Car au nom de quelle vérité, de quelle justice, de quelles valeurs pourrait-on s'opposer à leur totalitarisme ? à leur barbarie ? Tout n'est-il pas relatif ? Tout ne se vaut-il pas ? 

Et c'est ainsi que l'on voit des féministes "progressistes" antiracistes s'allier de fait avec des sexistes racistes. Voilà la folie dans laquelle le relativisme nous a fait tomber. Et dont nous risquons de ne jamais nous relever. Eh oui :Le "tout est relatif" travaille pour le "la seule vérité, c'est nous, c'est moi !" Et après des siècles de progrès, nous régressons. Telle est la folie que nous subissons, conséquence de l'idéologie postmoderne, qui est sans doute la plus terrible entreprise criminelle jamais créée par les "intellectuels" postmodernes, sortes de laquais du Marché qui se retrouvent objectivement aux côtés des pires fanatiques. En son temps, Foucauld n'avait-il pas témoigné de son admiration pour Khomeiny ?

Soit.
Mais l'ego n'est-il pas une illusion ? Le Moi n'est-il pas haïssable ? Le Soi n'est-il pas le concept qui sert de fondement à l'égoïsme, à l'ethnocentrisme ? Au racisme ? Au nationalisme ? Au fanatisme ?

Cependant, d'un autre côté, peut-on vivre sans identité ? L'identité, sous toutes ses formes (essence, tempérament, esprit, Moi, Soi, nation, peuple, Dieu, ego, etc.) est-elle toujours mauvaise ? 

Je ne le crois pas. L'identité n'est pas toujours malheureuse, ni source de souffrance.

Je propose d'envisager la question au plan individuel, car la nation, le peuple, l'Eglise, la communauté, la tribu, Dieu, etc., ne sont que des extensions et des dérivés du Moi. Sans Moi, point de Dieu, ni de "peuple élu". Ça n'est du reste pas un hasard si le bouddhisme, qui récuse le Moi, réfute aussi l'existence de Dieu. 

Or, je ne peux être sans "je". Même en admettant que le Moi psychique puisse s'effacer, reste que le corps - la vie - EST identité. Le corps vivant est un territoire en lutte permanente contre les intrus, les étrangers, les menaces extérieures. Ceux qui ont des problèmes d'inflammation, donc d'immunité, donc d'identité biologique, le savent bien. 

L'absence d'identité c'est le chaos, c'est l'entropie, la dispersion, l'évaporation, la perte irrémédiable. La vie est précisément le mouvement qui s'oppose à cela. La vie, c'est la séparation, l'essence, l'identité, l'autonomie, la frontière, l'homéostasie, l'autoréparation, l'autorégulation, l'automotion, l'autoreproduction, la lutte contre l'étirement de l'espace et du temps. 

Et plus la vie évolue, se fait complexe, plus cette tendance devient évidente. Jusqu'à l'apparition du Moi conscient, puis à celle de l'individu et de ses extension collectives et divines. 

Cependant, chacun conviendra que le Moi, sous toutes ses formes, est aussi cause de souffrance.

Comment expliquer ce paradoxe ?
Quelle est la solution ?

Si tout Moi est toujours cause de souffrance, alors il faut détruire le Moi à tous ses niveaux, sous toutes ses formes. Mais alors, il faut détruire la vie elle-même. Toute vie, jusqu'à la racine. C'est le projet assumé du bouddhisme ancien. La vie est une anomalie, et pas seulement la vie humaine. La guérison est la fin de la vie. La vie ne doit plus renaître. Extinction, nirvâna. La vie, comme effort contre l'entropie, est mauvaise. Car l'entropie, c'est le mouvement général de l'univers depuis le Big Bang, et c'est bon, car c'est la dispersion, le mélange, l'égalisation, l'uniformisation. La vie, au contraire, c'est l'individuation, la contraction, la résistance, l'organisation, la préservation, la lutte, la concurrence, l'affirmation de soi comme être séparé, etc.


Il y a pourtant une issue.

Au plan politique, c'est la modernité. C'est l'universalisme des Lumières. Ni ethnocentrisme identitaire, ni relativisme mercantile. Mais convergence vers des valeurs universelles qui incluent les identités tout en les transcendant.

Au plan spirituel, c'est la spiritualité de l'élargissement du Moi. Un Moi cosmique, vaste, qui dépasse le Moi individuel, unique, mais en l'incluant. L'Un enveloppe l'unique et, en l'affranchissant de ses limites infantiles, lui permet de pleinement s'épanouir. C'est le paradoxe de l'éveil : en niant le Moi individuel, la spiritualité permet à l'individu de vraiment se révéler en sa singularité.

Au final, il y a donc deux manières de s'affranchir de la dictature de l'ego et de ses dérivés politiques :

A) La manière prémoderne (servie par le couille-mollisme postmoderne, dont on ne dénoncera jamais assez la dangerosité) qui consiste à faire régresser le Moi individuel dans un Moi collectif (le clan, la tribu, la famille, la caste, la patrie, l'oumma, l'église, le peuple élu, etc.) éventuellement projeté dans un super-Moi (Dieu, Allah,  l'Histoire, le Destin, les Ancêtres, le Totem, etc.). Le Moi est alors neutralisé en apparence, mais en faveur d'un autre Moi, aveugle et bien plus redoutable. Un monstre. On le voit à l'oeuvre, chaque jour à travers le monde. 

B) La manière moderne, qui consiste à dépasser le Moi en l'intégrant dans un tout plus vaste qui, à la fois, l'inclu et le dépasse. Par exemple, la Nature, le Progrès, l'Univers. Et, au plan spirituel, la conscience universelle bien comprise. Je ne développe pas ce point, attendu qu'il est le thème central de ce blog, développé déjà dans des centaines d'articles.

Or, il y a confusion entre ces deux manières. La plupart des gens veulent régler les problèmes d'identité en détruisant l'identité (ou en faisant "comme si"), c'est-à-dire en détruisant unilatéralement l'identité occidentale et en célébrant les "autres" identités (le syndrôme de Stockholm), ou encore en régressant à un stade pré-identité, proto-individuel : la Pacha Mama, etc. 
ou tout simplement en sombrnt dans la confusion, une sorte de débilité bienheureuse, du moins tant que les conditions matérielles (conquêtes de la modernité) permettent ce luxe. Nous prenons alors un état de stupidité (sans pensées) pour un état d'éveil (qui est libre des pensées). Nous confondons le renoncement à nos droits individuels avec le devoir de dépasser nos droits en vue d'un réel accomplissement moral.

Donc l'identité, oui. Nécessaire même. Mais une identité qui enveloppe, qui embrasse, un Moi de plus en plus vaste, sans dissoudre cependant ses états précédents, mais en les corrigeant au besoin et en les intégrant dans des perspectives de plus en plus universelles, qui progressent toujours vers le Vrai, le Bien, le Juste et le Beau.

Au plan politique, il est donc clair que j'ai une identité. J'appartiens à une nation, avec un passé très riche, unique, et un projet extraordinaire, nouveau dans l'Histoire. Je ne me réduit pas à elles, mais je ne les oublie pas.

Mon identité est une. Mais, comme un mandala, elle comprends des étages. Des niveaux. Un ordre. Une hiérarchie. Des priorités. Des facettes. 

Ds lors, en tant que nation, nous ne pouvons accueillir des étrangers que si nous sommes fiers de notre identité. Sans cela, nous ne pouvons faire preuve de discernement, nous ne pouvons choisir et guider ceux que nous accueillons, exactement comme ceux que nous invitons, à titre individuel, dans nos demeures privées.  

Il en va de même au plan psychologique : si je n'ai qu'une mauvaise estime de moi, je me sens faible, je renonce à toute discrimination, je vaque à l'aveugle et je me laisse envahir par toutes sortes de contenus, des publicités, des slogans, des mantras, etc. 

Et il en va de même, bien sûr, en ce qui concerne la nourriture. Mon corps est un être séparé, qui a son ordre propre. Il ne peut digérer n'importe quoi. Là comme ailleurs, le discernement est nécessaire pour choisir ce que l'on intègre à soi, ce que l'on rejette et ce que l'on ne mange pas. C'est là le principe de tout échange de toute relation avec les autres et avec le monde. Aspirons donc à davantage de cohérence.

Tout cela permet de progresser en s'élargissant vers un Moi de plus en plus vaste. Une identité de plus en plus heureuse. Et de se libérer du poids des injonctions contradictoires à "ne pas faire d'amalgames" tout en "ne faisant pas de discrimination". 

Nous abandonner à ce qui nous dépasse ? Oui, mais à ce qui nous dépasse vraiment. A ce qui est au-dessus, non à ce qui est au-dessous. Par libre audace, non par réelle crainte travestie en fausse tolérance. 

Nous allons vers le même sommet de la même montagne, mais par des voies différentes. Et toutes les voies ne se valent pas. Egalité et hiérarchie à la fois, ce qui laisse place à la fois au respect de la dignité de l'autre, et au nécessaire discernement.

En suivant cette voie, un éveil individuel et un réveil de l'humanité sont, peut-être, possibles. Sans cela, nous régresserons, peut-être jusqu'à disparaître. 

Remplacer une logique du "ou bien... ou bien..." par une dialectique du "à la fois... et...". Tout notre art et notre salut sont là.

samedi 28 septembre 2019

Qu'est-ce que la folle sagesse ?

L'affaire Sogyal remet le débat sur la "folle sagesse" sur le devant de la scène.

Selon la vision populaire du tantrisme (transgressif), la folle sagesse serait une forme d'habilité à "casser l'ego" des gens, pouvoir spécial dont seraient dotés les "éveillés". Ce concept présuppose qu'il existe des "éveillés", qu'ils ont atteint un état irréversible, que toute leur personne est parfaite, et que l'on peut et doit abandonner tout esprit critique pour bénéficier de leur bonne influence.

Ça n'est pas tout à fait l'impression que donne la fréquentation des textes tantriques, même les plus transgressifs (car tous ne sont pas transgressifs, loin de là). Ça n'est pas mon impression, depuis trente ans que j'arpente leurs recoins parfois touffus. Il est vrai que l'idée tantrique du gourou exige un abandon de l'esprit critique et que le gourou tend à remplacer tout autre moyen spirituel : il suffit de renoncer à l'esprit critique, et "tout est joué, je suis sauvé, l'énergie du gourou va me sauver". Il est vrai aussi que le gourou doit être vu comme parfait en chacun de ses actes, sans aucune exception.

Mais, même selon la tradition elle-même, ce gourou n'est pas nécessairement parfaitement éveillé. Ce que promet en revanche la tradition (le tantrisme en général), c'est que la foi absolue en un gourou, même s'il n'est pas parfait, donnera des résultats parfaits. De plus, il faut examiner de façon critique le gourou, mais seulement avant l'initiation, c'est-à-dire avant l'engagement formel auprès de ce gourou. Après, il n'y a plus de retour en arrière possible et tout regard critique doit impérativement être banni, sous peine de damnation éternelle et incurable.

Cela  ne signifie pas qu'en Orient, il n'y a pas du tout la naïveté que l'on trouve en Occident à l'égard des gourous potentiels. Bien sûr qu'il y a de la naïveté, une ignorance crasse. Si des gourous peuvent manipuler des gens bien éduqués, que dire de gens qui ne savent même pas quel âge ils ont ? Ce qui est chose encore courante dans les campagnes de l'Inde, quoique cela disparaisse rapidement grâce au progrès. En tous les cas, il me semble évident que ce mythe de l'éveil comme transformation radicale de soi, sans régression possible, est une fable dangereuse.

En revanche, la folle sagesse ne consiste pas à "casser l'ego", mais à remettre en question des stéréotypes. Quand on lit les nombreuses anecdotes sur les "grands accomplis" indiens, on est frappé par le fait qu'ils ne cassent rien ; mais ils questionnent, par leurs actes, des clichés des groupes dans lesquels ils vivaient. Ces sages fous sont des sortes de cyniques, les sages de la Grèce antiques qui n'hésitaient pas à choquer le bourgeois, si j'ose dire, pour provoquer un "éveil", c'est-à-dire une prise de conscience, tout simplement. Il n'y a rien de surnaturel là-dedans. Au contraire, les cyniques revendiquaient un retour à la nature ! Par exemple, un cynique faisait l'amour en public : ça n'était pas pour "casser l'ego", mais manifestement pour questionner la division conventionnelle entre "public" et "privé". De même, quand tel "grand accompli" tantrique s'enfuie avec la princesse Untelle et que le roi furieux les poursuit, ce gourou tantrique montre ainsi que les relations sexuelles peuvent et doivent parfois s'affranchir de la norme du groupe, dont le roi est le garant. 

Au fond, ces gens sont des moralistes, au sens où l'on parle des moralistes du XVIIè siècle, comme La Rochefoucauld. Ils nous apprennent à distinguer entre morale et moeurs et à critiquer les coutumes et autres conventions. Voilà tout. Ils nous provoquent pour éveiller notre bon sens, c'est-à-dire notre raison.  

La folle sagesse, c'est l'amour de la sagesse, c'est la philosophie.

En ce sens, Socrate est LE maître de folle sagesse par excellence. Sa société le lui a d'ailleurs bien fait payer en le condamnant à mort. Jésus en est, peut-être, un autre. Mais Socrate reste l'archétype du sage pris pour un doux dingue. A juste titre, du reste, car il fut un très puissant moraliste, un "accoucheur des âmes" d'une redoutable habileté. Comme beaucoup, j'ai découvert Socrate avec l'Apologie en Terminale. 



Je dois dire que plus les années passent, plus j'éprouve de l'admiration pour cette figure de la sagesse universelle. Il est véritablement le Jésus de la philosophie. "La sagesse est folie aux yeux du monde". Certes. Mais toute folie est-elle sagesse ? Je crois qu'il y a des folies qui ne sont rien de plus que ce qu'elles paraissent : de misérables folies.

Mais l'arrivée du tantrisme et, en particulier, du bouddhisme dit "tibétain", a créé une confusion. 
Voici une discussion intelligente de ce sujet par un adepte du bouddhisme tantrique qui a passé quelques années avec le gourou Sogyal. Il nous propose quelques pistes pour penser la "folle sagesse", qui s'avère parfois nettement plus folle que sage :



Cela fait du bien, je l'avoue, d'entendre un peu de bon sens au sein d'un milieu que l'expérience m'a appris à considérer comme une nef des fous. 

Cependant, je crois qu'en Occident, il y a eu un facteur aggravant. 

Comprenons-nous : je n'affirme pas que les scandales soient la faute des Occidentaux. Je conspue la pseudo explication dite du "vide spirituel" qui fait florès chez les illettrés et autres sycophantes d'un passé et d'un ailleurs qui n'existent que dans des têtes gâtées. 

Quand un individu se revendique d'une religion et commet des crimes au nom de cette religion, comment croire que cela n'a aucun lien avec ladite religion ? Ou idéologie, ou comme vous voudrez l'appeler. Bien sûr, la personnalité de telle personne joue un rôle. Mais quand le crime se répète, il faut aller examiner les idées derrières ces crimes. On reconnaît l'arbre à ses fruits. Nos actes suivent de nos croyances. Sinon, on fait comme dans les films hollywoodiens : on accuse l'individu d'être un "déséquilibré", se dédouanant ainsi du dur devoir d'examiner les idées qui ont rendu possible ses actes. "C'est un fou, donc ça n'a rien à voir avec..." Et alors, nous nous sentons soulagés d'avoir échappé à la polémique ; mais en réalité, nous ne faisons que nous mentir et chercher à fuir notre conscience. Laquelle, tôt ou tard, nous rattrapera. 

Je crois donc que Sogyal n'était pas un "fou". Il a principalement cherché à recréer, sur sa personne, l'idéal du gourou tantrique qui vit au-dessus des normes, parce que c'est ça, la norme tantrique. Mentir, voler, frapper - mais "pour le bien des êtres" : tel est l'idéal prescrit dans les textes sacrés bouddhistes. La fin justifie les moyens, tout simplement, dans un monde qui n'est qu'une illusion dépourvu de tout repère réel, de tout essence fixe.

Et donc, je crois d'une part que les dérives de la folle sagesse sont un effet des idées tantriques dans leur frange transgressive, inspirée en partie par le relativisme bouddhique, même au sein du shivaïsme : dans le tantrisme transgressif, il n'y a pas de morale, parce que la morale y est réduite aux moeurs. Selon le tantrisme, tout est construction culturelle et affaire d'intention. Tout "dépend" de tout. Donc tout est relatif. Donc tout est confus. Donc la morale est impossible. Donc il devient très facile de faire ce que l'on veut dès que l'occasion se présente et pour peu qu'on soit "habile". 

D'autre part, je suis convaincu que ce constructivisme de la connaissance est entré en conjonction avec le relativisme de la pensée postmoderne (Derrida, Deleuze, Foucauld, eux-mêmes inspirés par Nietzsche et les sophistes). C'est l'idéologie dominante aujourd'hui. Je n'ai pas le temps de développer aujourd'hui, mais il y a une "synergie" entre le bouddhisme, le tantrisme transgressif, l'idéologie ultralibérale mercantiliste (les doctrines managériales) et la "pensée" postmoderne. 

A mon sens, ça n'est pas un hasard si le bouddhisme réussi si bien dans un monde si mercantilisé. Le Mahâyâna est un bouddhisme macronisé. Je vais le dire clairement : c'est du commerce (vyavahâra), avec des VRP qui font "carrière" et qui sont coachés en "moyens habiles". L'initiation y est un contrat. De dupes, certes, mais un contrat tout de même. 

Et la pensée postmoderne, de son côté distingué et toute gauchiste qu'elle se considère, est le plus puissant auxiliaire de l'idéologie ultralibérale. Toutes ces mouvances se retrouvent en effet sur un point : la volonté de détruire les repères. Le Marché est comme l'Eveil : ils ne tolèrent pas les identités, les essences, les habitudes. Il exècre la nature. Je me demande si une pensée antiessentialiste peut vraiment lutter contre la destruction de la nature, alors qu'elle oeuvre à la destruction de la notion de cette nature, pour la remplacer par celle de "réalité". 

D'un autre côté, la nature est tournée vers la conservation du passé, d'un ordre hiérarchique et d'habitudes qui sont autant de repères et de valeurs. Bien sûr, tout cela évolue, mais autour de noyaux essentiels. 

Bref, c'est un autre problème, mais important me semble-t-il : le bouddhisme est mercantile dans son ADN, de même que le tantrisme en général, ainsi que le relativisme culturel et la pensée ultralibérale. C'est, à mon sens, la cause profonde des scandales que l'on voit aujourd'hui.
Ce que je veux dire, c'est que l'avènement du "marché du yoga" n'est pas une trahison d'un yoga originel pur et non-mercantil. Non, c'est la suite d'un commerce. Le tantrisme, le bouddhisme, le yoga, le vishnouïsme... ont toujours été des formes de commerce. Ou du moins, ils ont d'emblée épousé des modèles commerciaux. D'où la distinction problématique, au sein du bouddhisme, entre un "discours de vérité commerciale" (vyavahâra-satya) et un "discours de vérité vraie" (paramârtha-satya). Tout ça est mercantile de part en part. Pourquoi les sanskritistes ont-il "du mal" à traduire le mot vyavahâra ? Peut-être parce que, en son sens littéral, il suggère une réalité que l'on ne veut pas voir ? En tous les cas, la chose est à examiner. Et si le vyavahâra, c'était juste le business ? Et si c'était juste ce que cela désigne littéralement : du boniment ? Et si le modèle des "sagesses orientales" était, depuis le début, un modèle capitaliste ? 
Je pose la question.

Mais alors, me direz-vous, la philosophie aussi, puisque la philosophie, en tant qu'elle critique les moeurs, tend à les détruire, contribuant ainsi à l'avènement du Marché total ? 

Je ne le crois pas. C'est toute la distinction entre modernité et postmodernité, entre employer la raison pour tendre au Vrai d'un côté ; et employer la raison pour saper la raison dans une pulsion destructrice, de l'autre. 
La modernité - les Lumières, si vous voulez - détruit en partie l'ordre, pour construire autre chose, autour de valeurs universelles. La postmodernité, quant à elle, veut seulement détruire, y-compris les valeurs universelles, en les accusant de tous les maux, mais sans argumenter vraiment, sans rien construire à la place, et finalement en laissant le champs libre aux "communautarismes", c'est-à-dire aux moeurs prémodernes. C'est ce à quoi l'on assiste chaque jour.

Donc la folle sagesse, aujourd'hui plus que jamais, c'est la philosophie : penser par soi-même, penser avec la raison. 
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